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L'affaire Lefebvre

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15mn d'Histoire : une collection numérique de textes courts pour apprendre et comprendre l'Histoire en 15 minutes !
Mgr Marcel Lefebvre, celui qu'on nomma l'évêque rebel faillit provoquer un schisme au sein de l'église catholique. Découvrez l'histoire de celui qui dédia sa vie à la lutte contre le progressisme, terminant sa carrière en étant excommunié pour avoir consacré ses successeurs sans l'aval de l'église.



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Bernard Lecomte
L'affaire Lefebvre
PERRIN
Du même auteur en poche o Jean-Paul II4335, 2006., Paris, Gallimard, Folio n
EAN : 9782262049799
© Perrin, 2009 et 2011 pour la présente édition, revue et augmentée
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A Evelyne
Un schisme pour rien
Pourquoi l’affaire Lefebvre fut un vrai faux schisme
« Etre excommuniés par des modernistes, des gens condamnés par les papes précédents, qu’est-ce que cela peut bien nous faire ? » Mgr Lefebvre,L’Homme nouveau, 3 juillet 1988
Ecône, dans le Valais suisse. Il est presque midi, ce jeudi 30 juin 1988. Plus de six mille fidèles sont là, fervents et heureux, qui n’ont pas pu tous trouver place sous l’immense chapiteau dressé pour l’occasion. Coiffé de sa mitre d’archevêque, Mgr Marcel Lefebvre, 83 ans, les rejoint pour présider cette cérémonie exceptionnelle, suivi de quatre prêtres au regard baissé, au visage grave. Protégé du soleil par un dais à l’ancienne, courbé sous le poids de sa chasuble tissée d’or fin, une crosse d’argent à la main, le vieux prélat est applaudi frénétiquement par la foule. Bientôt, il va poser ses mains gantées de velours sur la tête bandée de ses quatre acolytes – un Suisse, un Français, un Anglais, un Espagnol. Ils s’appellent Bernard Fellay, Bernard Tissier de Mallerais, Richard Williamson, Alfonso de Galaretta. L’archevêque les oint solennellement et, dans une atmosphère à la fois recueillie et grave, sous les flashs des nombreux photographes de presse conviés à la cérémonie, il leur remet à chacun la crosse et l’anneau, symboles de leur nouvelle dignité épiscopale. Au moment même où Mgr Lefebvre étend les mains sur la tête de ses futurs évêques, il est excommunié par Rome, tout comme les quatre prêtres consacrés par lui. Sans procédure particulière. La sanction tombelatae sententiae, c’est-à-dire « du fait même de la faute commise ». Dès le lendemain, le cardinal Gantin, préfet de la Congrégation des évêques, signera un décret d’excommunication pour confirmer que l’acte de consécration est bel et bien « schismatique ». Un schisme, dans l’histoire moderne de l’Eglise, ce n’est pas banal. Mais sur quoi porte celui-ci exactement ?
Un Ch’ti en Afrique Marcel Lefebvre est né à Tourcoing le 29 novembre 1905. Clin d’œil du destin, il vient au monde quelques jours avant un événement historique qui pèsera sur sa propre vie : le vote de la loi de séparation des Eglises et de l’Etat. Une « séparation » qui n’a aucun sens pour son industriel de père : profondément catholique, attaché à la monarchie, membre de l’Action française, René Lefebvre ne comprend pas qu’on puisse exclure l’Eglise du domaine temporel, politique ou social. Comme beaucoup de patrons paternalistes de la région, il récuse farouchement toute idée de lutte des classes et prône un ordre social tout entier basé sur les « corporations » et les valeurs de l’Evangile. Dans cette vieille famille d’industriels de la laine, on pratique depuis plusieurs siècles une foi profonde, sincère, absolue. Cinq des huit enfants Lefebvre entreront dans les ordres. Rien d’étonnant que le petit Marcel suive les traces de son frère aîné, séminariste à Rome : — Ton frère est à Rome, tu vas à Rome, toi aussi ! Le Séminaire français de Rome, via Santa Chiara, où il entre à son tour le 25 octobre 1923, est animé par la Congrégation des pères du Saint-Esprit, qu’on appelle aussi les « Spiritains ». Le directeur, le père Henri Le Floch, proche de l’Action française, est hostile à tous les poisons réformistes de l’époque. Mgr Lefebvre dira plus tard à quel point il fut marqué par ce recteur charismatique et, plus encore, par son enseignement basé, sans nuances, sur « l’antilibéralisme, l’antimodernisme et l’anticommunisme ».
En décembre 1926, un coup de tonnerre ébranle les fondations du séminaire français : Pie XI met à l’index les livres de Charles Maurras et interdit aux catholiques tout contact avec l’Action française. Cette condamnation provoque quelques mutations brutales à la tête du séminaire. A son retour du service militaire, Lefebvre constate que le père Le Floch a été remplacé. Mais contrairement à certains de ses condisciples, il ne proteste pas, au nom du vieil adage :Roma locuta est, causa finita est (« Quand Rome a parlé, la cause est entendue »). Il est ordonné prêtre le 21 septembre 1929 à Lille par le tout jeune évêque de la ville, Mgr Achille Liénart, qui sera plus tard – autre ironie de l’Histoire – le principal défenseur des prêtres-ouvriers, aux antipodes de la conception rigoriste du sacerdoce prônée par Marcel Lefebvre. Pour l’heure, celui-ci retourne à Rome terminer ses études de théologie, puis il décide d’entrer, comme son grand frère, chez les Spiritains. Les lettres et les appels de son aîné le convainquent de ne pas aller s’enterrer dans une paroisse lilloise : — Rejoins-moi au Gabon ! A l’automne 1932, on le retrouve professeur au séminaire de Libreville – barbu, le casque colonial vissé sur le chef – puis supérieur de la mission de Lambaréné, où il fréquente un autre missionnaire, protestant celui-là, le Dr Schweitzer. C’est au Gabon qu’il traverse la guerre, rattrapé jusqu’au fond de la brousse par les luttes de pouvoir entre Pétain et de Gaulle – son évêque, Mgr Tardy, étant resté fidèle au Maréchal. Mais, en Afrique, on a autre chose à faire que parler politique, et l’on a peu e d’échos des polémiques incessantes qui rythment, en métropole, les premiers pas de la IV République. Marcel Lefebvre est un remarquable organisateur, même s’il passe pour une tête de mule. En juin 1947, il est nommé vicaire apostolique de Dakar, ce qui lui vaut d’être sacré évêque – à 41 ans – avant de partir pour ce Sénégal majoritairement musulman qui le change du Gabon. Puis le pape Pie XII le nomme délégué apostolique pour toute l’Afrique occidentale : il représente personnellement le souverain pontife sur un territoire qui va du Maroc à Madagascar en passant par le Sahara, l’A-OF, l’A-EF et la Réunion ! En février 1956, le cardinal Tisserant en personne débarque à Dakar pour l’introniser archevêque du lieu. Le voilà qui sillonne le continent noir, de Marrakech à Tananarive, de Dakar à Gao. Nul doute qu’il change le visage de la mission en Afrique francophone. A Paris, il fréquente le nonce Angelo Roncalli, futur Jean XXIII. Il rencontre René Coty, François Mitterrand, Pierre Messmer, le général de Gaulle. Il va souvent à Rome, où Pie XII lui exprime sympathie et affection. En 1957, il inspire partiellement au pape l’encycliqueFidei donum sur les missions. Il rencontre les deux substituts de l’époque : Mgr Tardini, qu’il apprécie, et Mgr Montini, futur Paul VI, dont il se méfie. Un jour, Montini se plaint à lui que, en Afrique, les missionnaires mettent sans cesse en garde contre les protestants, les athées, les musulmans :
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