Usine de femmes

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L'auteur, qui nous invite à pénétrer au cœur d'une usine de la banlieue parisienne en 1972, fait vivre sous nos yeux, avec finesse, "l'usine au féminin" : les méthodes de la hiérarchie pour infantiliser les ouvrières, leur difficulté à assumer des conditions de travail pénibles, ce rapport, souvent différent des hommes, à l'argent, au travail et à la lutte revendicative. Ce récit plein de suspens, où l'on se demande, à chaque page, si les ouvrières se libéreront de l'emprise psychologique d'une chef de chaîne tyrannique, se lit comme un roman policier..
Publié le : samedi 1 mars 2003
Lecture(s) : 89
EAN13 : 9782296313521
Nombre de pages : 210
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USINE DE FEMMES
RÉCIT

Collection Mémoires du XXe siècle Dernières parutions
Marie-Gabrielle COPIN-BARRIER, Marguerite ou la vie Rochambelle,2001. Guy SERBAT, Le P.C.F. et la lutte armée, 1943-1944, 2001. d'une

Lionel LEMARCHAND, Lettres censurées des tranchées, 2001. Laure SCHINDLER-LEVINE, L'impossible au revoir, 2001. Marc CHERVEL (en collaboration avec Georges Alziari, Jean Brugié, Michel Herr, Léon Horard, René Paquet), De la résistance aux guerres coloniales,. des officiers républicains témoingnent, 2001. Jean-William DEREYMEZ (dir.), Etre jeune en Isère (1939-1945),2001. Jean-WilliamDEREYMEZ (dir.),Etrejeune en France(1939-1945),2001. Jean SAUVY, Un jeune ingénieur dans la tourmente (1938-1945), 2001. GérardSESTACQ PINTO, L'usurpateurou la résurrection Lawre, 2001. de
Madeleine COMTE, Sauvetages et baptêmes - Les Religieuses de Notre-Dame de Sion face à la persécution des juifs en France (1940-1944), 200 1.

Hanania Alain AMAR, Une jeunesse juive au Maroc, 2001. Louis DE WIJZE, Rien que ma vie. Récit d'un rescapé, 2001. Constance DIMA, Les petits princes de l'univers, 2002. Max de CECCATY, Valbert ou la vie à demi-mot, 2002. Michaël ADAM, Les enfants du mâchefer, 2002. SaIni DASSA, Vivre, aimer avec Auschwitz au cœur, 2002. Jacqueline WOLF, Récit en hommage aux Français au temps de l'Occupation, 2002. Sous-Lieutenant Etienne GRAPPE, Carnets de guerre (1914-1919), 2002 . Rose GETRAIDA, Avec mes deux enfants dans la tourmente, 2002. Judith HEMMENDINGER, Revenus du néant: cinquante ans après: l'impossible oubli, 2002. Benjamin RAPOPORT, Ma vie et mes camps, 2002. Claude COLLIN, Mon Amérique à moi. Voyage dans l'Amérique noire (1944-2000), 2002. Raoul BOUCHET, Lettres de guerre d'un artilleur de 1914 à 1916,2002. Jules FAINZANG, Mémoire de déportation, 2002.

Marie-France

BlED-CHARRETON

USINE DE FEMMES
RÉCIT

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris FRANCE

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALIE

@ L'Harmattan, 2003 ISBN: 2-7475-3934-2

Un grand merci à Stéphane Bernard pour sa lecture vigilante de cet ouvrage

Ce livre est la chronique d'une établie à l'entreprise Grandin, quelques années avant qu'elle ne ferme ses portes après neuf mois de grève.

I

Depuis le temps que je me dis que je devrais travailler en usine, je devrais quand même au moins faire un pas, essayer de m'embaucher... Au lieu de me répéter qu'ils ne me prendront jamais, que je ne saurai pas faire le travail, que je serai incapable de parler avec des ouvrières, que ce serait beaucoup trop dur pour moi. Ces mots que je me redis si souvent maintenant. La nuit lorsque je cherche un sommeil qui ne veut par venir. Le jour pendant mes migrations solitaires, allant de mon travail à une réunion politique, d'une réunion politique à mon travail, le regard absent fixé sur l'asphalte du trottoir. Je fais un petit travail idiot, mais qui me permet, tout en gagnant un minimum d'argent, de garder le plus de temps possible pour militer. Militer. Je vais environ deux fois par semaine prêcher la bonne parole à des travailleurs africains, dans un foyer de banlieue délabré où ils ont pour seul réconfort dans cette vie de misère leurs traditions communautaires. Je leur dis qu'il faut lutter, qu'il ne faut pas se laisser faire. Mais, auprès d'eux, je me sens une révolutionnaire de pacotille. Une bourgeoise importée du dehors dans un milieu qu'elle ne pénétrera jamais. Qu'est-ce que je connais d'eux, de leur pays natal, de leur musique, de

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leurs danses, de leurs croyances, de leurs espoirs et de leur travail à la chaîne dans des usines grises, sales et ternes, qui leur confisquent jour après jour l'atmosphère baignée de soleil de leur enfance et de leur jeunesse? Je ne connais bien, de l'intérieur, que la vie bourgeoise. Tout est faux dans cette existence de marginale: faux militantisme dans un prolétariat auquel je suis étrangère, faux détachement pour une société qui m'a toujours dorlotée, fausse haine pour une classe dominante dont je ne connais les véritables méfaits qu'au travers de l'expérience des autres. J'en ai assez, je voudrais couper les amarres, tout larguer, être libre. Comment le devenir en restant une gauchiste de luxe dépourvue de toute efficacité politique? Je devrais travailler en usine. Ces mots qui se répètent maintenant, lancinants, se sont dessinés pour la première fois dans mon esprit en mai 1968, dans une petite rue du XVe arrondissement, alors que j'aidais les grévistes de Citroën à défendre l'occupation de leur usine. Jets d'eau projetés contre les jaunes avec des lances à incendie, chant de L'Internationale entonné avec conviction par des rangs compacts et serrés de travailleurs et de militants mêlés ensemble, solidarité. Je voulais moi aussi faire partie de la classe ouvrière, vivre et travailler tous les jours avec des ouvriers, lutter et construire avec eux un vrai parti révolutionnaire. Faire la révolution. Je renoue maintenant avec ce désir déjà ancien, mais j'ai peur de le réaliser. Me jeter à l'eau les yeux fermés. Les yeux fermés, je me représente les démarches qu'il faudrait faire pour s'embaucher: acheter un journal, trouver une offre d'emploi, se présenter à l'adresse indiquée, mentir sur son passé, voir ce que cela donne. Ça réussit ou ça rate, mais ce n'est pas compliqué. Je peux toujours essayer. Le kiosque à journaux. Je demande France-Soir et je paye.

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La terrasse du café. J'ai des difficultés à trouver une offre qui me convienne: la plupart des entreprises d'électronique proposent des postes pour câbleuses qualifiées. Je cherche un emploi d'O.S. Après une longue exploration, je découvre une petite annonce, coincée entre deux gros encarts: « J. Filles, J. Femmes, la société X... vous offre de vous apprendre métier intéressant et stable dans électronique. Pas de condo partic. à remplir. Forte rémunérat. dès le jour d'entrée. » Une petite entreprise. Je peux toujours y aller, voir s'ils m'embaucheraient, cela n'engage à rien. Et si par hasard j'étais prise, je peux y passer une journée, ne pas y retourner le lendemain, si c'est vraiment trop dur. Prendre les difficultés une par une, sans regarder la suivante. * Une heure de trajet. Ils vont certainement s'apercevoir à ma tête, à ma façon de parler, à ma façon de m'habiller, que je ne suis pas une véritable ouvrière. Le métro me dépose sur une immense artère encombrée de longues files de voitures. Je m'engouffre dans une petite rue, avec ses boutiques, ses petits immeubles, ses cafés, ses habitudes et ses habitués. L'usine. Un immense bâtiment grisâtre, planté dans une grande cour, avec des fenêtres en forme de barreaux de prison. Autour, des motos, des mobylettes, des vélos sont rangés sous un hangar. Dans un coin, quelques rares voitures de luxe. Je me laisse guider par les flèches « Service d'embauche », dans un couloir étroit, sinistre, peint en jaune; le sol est recouvert de gerflex; au fond, à droite, la porte que je cherche. En face, des chaises sont alignées; deux femmes y sont déjà assises, dans une attente anxieuse que cache un profond mutisme. Je m'assieds à côté d'elles.

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Une demi-heure après, c'est mon tour. Un homme grisonnant et cravaté me fait entrer dans son bureau. Allure de directeur. Enfoncé dans un large fauteuil, il bourre méticuleusement une pipe. «Vous venez pour l'annonce? me demande-t-il. Qu'avezvous fait jusqu'ici?
-

Rien. J'ai gardé des enfants, c'est tout, dis-je la voix

enrouée par la timidité. y a-t-il l'ombre d'un soupçon dans le ton de sa question? Il caresse la surface de sa pipe d'une allumette flambante. Je lui réponds, de plus en plus anxieuse:
- Non. - Vous avez le certificat d'études? reprend-il. Une volute - Sinon vous n'avez jamais travaillé?

de fumée s'élève de sa bouche, légère.
- Non. »

Mes réponses sont brèves, je suis mal à l'aise. Mais je me rends compte, peu à peu, que cela ne le surprend pas. Combien en a-t-il vu défiler ainsi avec cet air affolé, mal assuré, n'ayant rien à faire valoir, ni diplômes, ni capacité particulière? Il me prend pour une demeurée, une empotée, et qui n'a même pas le certificat d'études. Il n'est pas sûr que je puisse faire l'affaire. Il me fait entrer dans une petite salle, tout en me disant: « Je vais vous faire passer un test. Tenez, voilà des bouts de bois, vous devez en faire un cube. Dans dix minutes, vous me montrerez ce que vous aurez fait ». C'est un jeu d'enfant. Je ne peux m'empêcher de me sentir un peu humiliée d'avoir à passer un test aussi stupide. En même temps, je ne sais pourquoi, j'ai peur de ne pas y arriver. Je me dépêche tant qu'en moins de dix minutes le cube a pris forme. Mais j'attends que le délai qui m'a été imparti soit écoulé pour l'appeler. Il jette un regard rapide et distrait dessus et retourne dans son bureau.

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« Bon, ça va. Je vous embauche comme O.S. 1 à 4,40 francs de l'heure, pour huit heures cinquante minutes de travail par jour, vous serez libre le samedi. Cela vous va ?
-

Oui, très bien. »

Je ne vais tout de même pas lui dire que le salaire qu'il me propose est beaucoup trop bas et que je me demande comment je vais vivre avec si peu d'argent. Je suppose que sa question signifie en réalité: c'est à prendre ou à laisser. C'est ma seule liberté. Il reprend abruptement: « Pouvez-vous commencer demain matin? » Demain matin? Instinctivement, je cherche dans mon esprit si j'ai des choses importantes à faire dans la journée de demain. Non, je n'ai rien à faire demain. Je souffle: « Oui. » Je réalise alors que je viens de jeter les dés. Comme on dit: jeter un sort. Ou bien, peut-être, décider de son sort ? « Alors vous vous présenterez à huit heures, au quatrième étage, à Monsieur Portal. Je vous écris son nom sur un papier, pour que vous ne l'oubliiez pas. Surtout ne le perdez pas! » C'est le début de 1'humiliation et de l'asservissement. J'ai soudain l'impression désagréable de redevenir une enfant qui doit obéir à tout, sans rien comprendre ni discuter. Il doit vraiment prendre les ouvrières pour des gamines! «Bien Monsieur. Merci Monsieur. Au revoir Monsieur. » Seule dans la rue. Cela a été si facile finalement. Si facile et si rapide. L 'homme qui m'a reçue n'a même pas cherché à approfondir mon identité; il semblait avoir un besoin urgent de main d'œuvre, être prêt à embaucher n'importe quelle personne qui serait capable d'assembler ses bouts de bois ensemble, pourvu qu'elle soit du sexe féminin. Je ne dois pas avoir spécialement une tête de bourgeoise... En tout cas, cela

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ne l'a pas choqué au premier abord. Mon milieu social n'est pas inscrit sur ma figure. Un peu plus tard, dans l'après-midi. L'euphorie fait place à l'inquiétude: j'ai peur de ne pas savoir faire le travail. Je vais certainement être très maladroite. On dit que la cadence de travail à l'usine est « infernale », arriverai-je à la suivre? Au fait, qu'est-ce que cette usine fabrique? Pas la moindre idée. * Sept heures et demie du matin. Une aube humide. Des nuages gris. Les lanternes des voitures forment comme des auréoles voguant au-dessus du sol. Tout en marchant comme une automate, je m'imagine machinalement que je vais me retrouver dans un atelier petit, à l'atmosphère renfermée et ennuyeuse, avec un chef pas trop méchant avec moi. La cour de l'usine. Un flot de personnes la traverse d'un pas rapide et contourne le bâtiment gris. Je me mêle à leurs ombres mouillées et me retrouve en train de grimper un escalier, avec de hautes marches en ciment. Pas d'ascenseur pour accéder au quatrième étage. Pour tout accueil, des murs mornes et sales. Je ressens peu à peu, dans ce dénuement, l'impression d'être rejetée. Comme exclue brutalement de la bonne société. Mise au rancart, comme les bonnes de ma mère qui montaient dans leur chambre, chaque soir, par l'escalier de service. Je me sens basculer dans le monde de la pauvreté, un autre monde. La froideur des murs, l'indifférence d'un lieu de production. Le prolétariat refoulé de ce qui peut représenter le luxe d'une vie aisée: pas de tapis, pas de couleurs, pas d'ascenseur, pas de mollesse, pas de richesses.

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Des femmes montent en bavardant, alertes, souriantes et indifférentes à ce cadre de vie. Elles sont habituées depuis toujours. Quatrième étage. Sur le palier, un distributeur de boisson, une vague fenêtre poussiéreuse et une lourde porte métallisée. Je la pousse et j'entre. L'allée qui longe la pointeuse donne sur de nombreux vestiaires en fer gris, alignés en plusieurs rangées; sur la droite un peu plus loin, quelques bureaux, une chaise devant chacun, des papiers, des dossiers, des encriers, des calendriers. Vague impression de familiarité. Sur mon chemin, je croise une femme en blouse blanche (une chef ?). Je lui demande de m'indiquer Monsieur Portal. Il va arriver dans quelques minutes, me dit-elle, il faut que j'attende un peu. Et sur ces mots, elle me plante là, seule dans la pénombre, devant un bureau vide. Attendre, décontenancée. Je me retourne. Mes petites préoccupations teintées d'anxiété s'arrêtent net devant la vision qui s'offre à moi. Je ne m'y attendais vraiment pas, j'avais pensé à tout sauf à cela. Impression violente de dépaysement. Pourtant j'aurais dû prévoir, c'est évident: dans une usine, il y a des chaînes! Des chaînes. J'articule ces mots distinctement dans ma tête, cela me donne une illusion de : pas complètement inconnu. Des tapis roulants s'étirent, de leur dimension inhumaine, dans un atelier sans fond. Des arceaux métallisés, séparés par de courts intervalles, surplombent chacun d'eux; leur forme arrondie qui se répète, monotone et infinie, donne l'impression d'une voûte, d'un long tunnel fait pour protéger chaque chaîne comme quelque chose de précieux. Un long tunnel. Les pensées se bousculent dans ma tête. Je n'ai rien à faire ici; ce n'est pas ma place; c'est trop grand; c'est un enfer.

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J'ai une envie irrésistible de m'en aller, de fuir, mais je reste clouée sur place. Figée. Comment faire machine arrière à présent? Tout au long des tapis roulants, des femmes sont disséminées par grappes; discutant le coup, elles attendent 1'heure de commencer le travail. Leur calme me pénètre peu à peu; je me sens moins dépaysée. Certaines font penser à des paysannes avec leur teint cuivré, d'autres à des dactylos ou à des employées de bureau, avec le soin qu'elles mettent dans leur maquillage, leur coiffure, leur habillement. Elles sont nombreuses. Les femmes qui sont o.s. sont tellement cachées dans notre société qu'on n'en soupçonne guère l'existence, à moins d'être dans la même production ou du même milieu social. Huit heures. Une sonnerie aiguë et violente coupe d'un coup toutes les conversations. Les ouvrières s'assoient à leur place, le long des différentes chaînes. Les néons s'allument. Les tapis roulants véhiculent des objets. Des sifflements aigus et prolongés émergent brutalement du silence, cisaillant par éclairs fulgurants un bruit de fond permanent de moteurs et de marteaux. Grondements. Vibrations. Martèlements. Stridences. Pas un instant de répit. Pas un moment d'apaisement. Industrie. Injustice. Enfer. Trépidations. Les ouvrières ont un visage impassible. Les carreaux des fenêtres ne sont pas transparents. Le soleil n'existe pas, le temps qu'il fait dehors non plus. Un petit homme à lunettes et aux cheveux gris me dit bonjour, en me tendant la main. Blouse blanche, teint pâle, lèvres pincées, voix indifférente et froide. Le chef. Monsieur Portal. Il me montre mon vestiaire pour que j'y dépose mon manteau et me conduit sur la chaîne centrale de l'atelier, au premier poste de travail qui se trouve en arrivant. Une ouvrière y travaille, debout au milieu d'un tas de cartons. Sa position me donne une impression de provisoire qui pourrait

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durer éternellement. Il lui dit, doucereux: «Je vous amène une demoiselle, vous allez lui montrer le travail que vous faites, et ensuite je vous mettrai ailleurs. » Sur ces mots, il retourne à son bureau. Contrairement à ce que j'ai cru, ce n'est pas lui qui me donnera les directives de travail, mais une ouvrière. Le teint mat, les cheveux bruns, courts et bouclés, elle semble d'origine kabyle; ses yeux noirs empreints d'une extrême gravité contrastent avec la jeunesse de son visage; elle doit avoir environ dix-huit ans. Habillée d'une blouse à fleurs, elle a des chaussons aux pieds. Parce qu'elle se sent à l'usine comme chez elle? Ou bien parce qu'elle a mal aux pieds à force de travailler debout toute la journée? Elle se présente tout de suite, elle s'appelle Zaza. Et moi? Marie-France. Ça y est, nous avons fait connaissance. C'est facile; elle est si simple et si directe. Le lien entre nous est établi. Se rendant compte que je suis dépaysée, elle essaie de me rassurer et de me mettre à mon aise: « Tu verras, ça ira très bien.» Puis elle me montre le travail d'une façon maternelle. Sur le tapis roulant, se rapprochent de nous lentement et régulièrement des choses difficiles à définir à première vue; de forme parallélépipédique, en plastique vert foncé, elles sont séparées chacune d'un mètre de distance environ. Vu de près, je m'aperçois que ces « choses» comportent un cadran, une aiguille, trois boutons: des postes de radio, en cours de fabrication. Des postes de radio. Cela aurait pu être aussi bien des pièces pour calculateur électronique ou pour centrale nucléaire. Cela ne semble pas avoir une grande importance, ni pour Zaza ni pour le chef. Ce qui compte, c'est le travail à faire dessus, la finition et l'emballage. Elle m'apprend d'abord la finition. Fixer avec deux vis une couverture en plastique au dos du poste, encastrer à l'intérieur un boîtier à piles, le fermer avec une trappe.

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