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Carnets militaires du général Lecourbe (1794-1799)

De
252 pages
De juillet 1794 à avril 1799, le général Lecourbe a rédigé un manuscrit qui comprend les ordres donnés à ses subordonnés et sa correspondance avec ses supérieurs hiérarchiques. Elle laisse entrevoir les préoccupations d'un officier général, ses soucis, ses efforts pour maintenir la discipline, mais aussi le respect des civils tout en atteignant l'objectif de tout conflit : la victoire. En 1799, c'est le tacticien de la guerre des montagnes qui apparaît.
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Historiques Historiques Historiques
série Travaux série Travaux
Carnets militaires Sébastien ÉVRARD
du général Lecourbe (1794-1799)
Un chef de guerre dans la Révolution
De juillet 1794 jusqu’en avril 1799, le général Lecourbe a rédigé
un manuscrit qui comprend des centaines d‘ordres donnés à ses
subordonnés, ainsi que de la correspondance échangée avec ses
supérieurs hiérarchiques. Elle laisse entrevoir les préoccupations Carnets militaires
majeures d’un ofcier général, ses soucis, ses eforts pour maintenir la
discipline, mais aussi le respect des civils tout en atteignant l’objectif
de tout confit : la victoire. du général Lecourbe
En 1799, c’est le tacticien de la guerre des montagnes qui apparaît :
d’une troupe afamée, privée de nourriture (« mon pire ennemi, c’est (1794-1799)la faim » écrit-il au général Masséna, chef de l’Armée d’Helvétie),
confnée à un théâtre d’opérations hostile en haute altitude, il en
fait une division victorieuse qui remporte plusieurs succès contre Un chef de guerre dans la Révolution
l’adversaire autrichien.
Avec des cartes, des illustrations, des documents souvent inédits,
c’est le témoignage d’un chef de guerre au cœur des événements de
la Révolution, qui indique comment et par quels moyens la guerre
devient un élément inséparable de la politique française.
C’est à une véritable épopée à laquelle l’auteur invite le lecteur, au
milieu de nombre de personnages qui s’illustrent déjà sur les champs
de bataille, et qui concourront plus tard à la formation de la légende
napoléonienne.

Universitaire, diplômé en droit des universités de Paris I et Paris II,
Sébastien Evrard enseigne le droit et l’histoire à l’Université de Lorraine.
Il est l’auteur d’une quarantaine de contributions scientifques parmi
lesquelles L’intendant de Bourgogne et le contentieux administratif
eau XVIII siècle (2006), Les campagnes du général Lecourbe (2011),
eUne troupe de choc dans la Grande guerre : le 20 corps à travers le
témoignage d’un ofcier d’artillerie (2011), L’or de Napoléon. Sa
stratégie patrimoniale (1806-1814), 2014.
Collection « Historiques »
dirigée par Bruno Péquignot et Denis Rolland
Illustration de couverture :
« Contribution de guerre payée aux Français en Suisse »
(Musée de l’Armée, peinture anonyme, photo Josse).
26 € Historiques
ISBN : 978-2-343-02552-0 Travaux
Carnets militaires du général Lecourbe (1794-1799) Sébastien ÉVRARD







Carnets militaires du général Lecourbe
(1794-1799)

Un chef de guerre dans la RévolutionHistoriques
Dirigée par Bruno Péquignot et Denis Rolland


La collection « Historiques » a pour vocation de présenter les
recherches les plus récentes en sciences historiques. La collection
est ouverte à la diversité des thèmes d'étude et des périodes
historiques.
Elle comprend trois séries : la première s’intitulant « travaux »
est ouverte aux études respectant une démarche scientifique
(l’accent est particulièrement mis sur la recherche universitaire)
tandis que la deuxième intitulée « sources » a pour objectif d’éditer
des témoignages de contemporains relatifs à des événements
d’ampleur historique ou de publier tout texte dont la diffusion
enrichira le corpus documentaire de l’historien ; enfin, la troisième,
« essais », accueille des textes ayant une forte dimension historique
sans pour autant relever d’une démarche académique.

Série Travaux

Yann GUERRIN, La France après Napoléon, 2014.
Émilienne LEROUX, Histoire d’une ville et de ses habitants,
Nantes. De 1914 à 1939, Tome II, 2014.
Émilienne LEROUX, Hi
Nantes. Des origines à 1914, Tome I, 2014.
Eric AGBESSI, Ce qu’en disait le Sud. La loi sur les droits
civiques de 1964 : perspectives et arguments des opposants au
projet, 2014.
Annie BLETON-RUGET, La Bresse bourguignonne. Les
e edynamiques d’un territoire. XVIII -XXI siècle, 2014.
Jean-Michel PARIS, L’Humanitaire (1841), Naissance d’une
presse anarchiste ?, 2014.
Sébastien ÉVRARD, L’or de Napoléon. Sa stratégie patrimoniale
(1806-1814), 2014.
Eva PATZELT, Un haut fonctionnaire est-allemand aux prises
avec l'intelligentsia (1963-1989), 2014.
Edouard BARATON, De Gaulle ou l’hypothèque française sur le
Canada, 2013.
Anne METENIER, Liberté pour les Noirs ! La résistance des
Africains-Américains à la ségrégation et à l’esclavage
(16191865), 2013. Sébastien ÉVRARD









Carnets militaires du général Lecourbe
(1794-1799)

Un chef de guerre dans la Révolution






















Du même auteur


eL’intendant de Bourgogne et le contentieux administratif au XVIII
siècle. Paris, de Boccard, 2005.

Les campagnes du général Lecourbe (1794-1799). Paris,
L’Harmattan, 2011.

eUne troupe de choc dans la Grande guerre : le 20 corps d’armée à
travers le témoignage d’un officier d’artillerie. Serpenoise, 2011.

L’or de Napoléon. Sa stratégie patrimoniale (1806-1814). Paris,
L’Harmattan, 2014.

Les Tables de la loi : de l’argile au numérique. Paris, L’Harmattan,
Collections Logiques Juridiques, 2014.
















© L’HARMATTAN, 2014
5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris
www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-343-02552-0
EAN : 97823430025520
Avant-propos

Dès avril 1792 s'ouvre en Europe une guerre continentale qui embrase
le continent européen et qui va durer près d’une génération, pour
s’achever à Waterloo en 1815. Mais entre ces deux dates, que d’épopées,
de drames et de succès ont jalonné la marche des armées françaises. Si
cette époque reste à bien des égards fascinante, c’est d’abord parce
qu’elle a suscité le réveil de talents dissimulés et qu’elle a donc permis
d’extraordinaires ascensions sociales qui n’eussent, dans l’ancienne
société bousculée en 1789, pas été possibles. Ensuite, cette guerre a
conduit à l’irrésistible essor du modèle français ; derrière les armées
conquérantes, on trouvait en effet des juges, des administrateurs, des
collecteurs d’impôt. Bref, tout ce qui forme l’ossature d’un État, lui
permet de vivre et de se faire obéir des populations qu’il domine.
Le présent ouvrage cherche à dresser l’itinéraire d’un homme qui, à
travers ses réflexions, ses joies comme ses peines, est emblématique de la
révolution armée. En effet, issus d’un milieu à la fois militaire et robin,
Claude-Jacques Lecourbe fait ses premières armes comme simple soldat
en contractant un engagement dans l’armée royale. Là, durant sept
eannées, il sert dans Aquitaine-Infanterie – plus tard 35 régiment
d’infanterie – et connait l’épreuve du feu dans les Indes, précisément au
moment même où le bailli de Suffren connait la gloire dans sa campagne
navale contre ses adversaires britanniques. Sitôt dégagé de ses
obligations (1785), l’ancien militaire soutient un père très âgé ; la
Révolution saura lui offrir – comme à des milliers d’autres – un horizon
très différent et reconnaitra tous les talents, pourvu qu’ils soient
républicains.
Cela étant, sa destinée telle qu’elle s’inscrit dans le Carnet d‘ordres,
n’embrasse qu’une partie seulement de l’épopée républicaine et
impériale : le récit tel qu’il est présenté ne débute qu’en juillet 1794, au
lendemain de la célèbre victoire de Fleurus – à laquelle le personnage a
participé avec sa brigade -, et s’achève en mars 1799, au moment même
où commence la spectaculaire campagne d’Helvétie. Promu général de
division en mars 1799, Lecourbe est ensuite, en octobre suivant, promu
au commandement en chef d’une des plus réputées armées, celle du Rhin.
Il en laisse le commandement à Moreau et devient l’un de ses
lieutenantsgénéraux (1801-1802). En 1802, il exerce les fonctions
d’inspecteurgénéral de l’infanterie dans trois divisions militaires. À la suite du procès
erMoreau (février-juin 1804), Napoléon I le met à la retraite et Lecourbe
doit alors se retirer dans le Jura. En avril 1814, réintégré par les Bourbons

5
dans l’armée, Lecourbe, fait comte en janvier 1815, est de nouveau
inspecteur-général d’infanterie. Lors des Cent-Jours, rallié à l’Empereur,
eil prend le commandement du Corps d’observation du Jura (devenu le 8
corps) et résiste victorieusement aux Autrichiens à Belfort.
À travers près de cinq cents ordres qu’il a personnellement donnés, et
qui témoignent de ses ambitions, de ses ordres comme des échanges
parfois houleux qu’il entretient soit avec ses subordonnés, soit encore
avec ses supérieurs hiérarchiques, le Carnet d‘ordres nous révèle l’armée
en profondeur, c’est-à-dire dans son intérieur, sans protection de ce qui
viendrait de l’extérieur. Il offre donc un regard intime sur un monde
certes disparu, mais dont nous sommes les héritiers.


6
Introduction

La découverte d‘un manuscrit autographe relatif aux guerres de la
Révolution menées par un général français est en soit une agréable
surprise. Elle l’est d’autant plus que ce haut gradé, Lecourbe
(17591815), s’il n’a pas laissé de souvenirs, laisse indéniablement sa marque et
ses pensées à travers la centaine de pages dans ce texte qu’il nous a
laissé. Ensuite, si certains passages ont fait l’objet d’une publication
passée, ils l’ont été dans des livres très anciens aujourd’hui
introuvables et certains passages avaient été tronqués ; or le texte tel que
nous le présentons dans son intégralité apporte des renseignements de
premier plan tant sur l’histoire des mentalités que sur celle des activités
militaires, particulièrement pour la période qui concerne 1797-1799. Il
apparaissait donc opportun d’en favoriser l’édition, accompagnée d’un
appareil critique et de notes pour en faciliter la compréhension.
Hélas, le manuscrit comporte deux lacunes : d’une part, il s’achève en
mars 1799 et laisse donc le lecteur imaginer une suite, au milieu des
farouches combats qui ensanglantent le territoire helvétique. Ensuite, il
existe une absence temporelle sous la forme d’une absence d’ordres
durant une vingtaine de mois (de septembre 1795 - vendémiaire an IV –
jusqu’à novembre 1797 - vendémiaire an VI)
Cela étant, ce qui subsiste encore remplit bien son office qui consiste à
révéler de l’intérieur l’armée républicaine de l’an II. Ces détails tels
qu’ils apparaissent parfois crûment nous montrent une armée souvent
éloignée des schémas officiels ; telle qu’elle devrait être et non pas telle
qu’elle était en vérité. Ainsi, tout ce qui relève de la discipline, de la
condition des troupes (armement, équipement, alimentation, solde) nous
révèle une armée souvent traversée par la rébellion, la lassitude, la
désertion, la rapine, tous fléaux des armées en campagne. Dans ce cadre,
ces éléments nous confirment que le chef qui guide l’unité ne peut pas
toujours accomplir de miracle pour améliorer le sort des soldats qu’il
commande. Néanmoins, le chef peut insuffler le souffle du succès, il peut
gonfler ses troupes et leur montrer le chemin de l’ambition en prêchant
l’exemple ; c’est ce spectacle qui saute aux yeux quand on lit les ordres
donnés pendant la campagne d’Helvétie aux sept mille soldats de sa
division. Là, on voit un chef de guerre émerger dans les pires conditions,
se frayer un chemin victorieux, accomplir de hauts faits d’armes –
souvent en nette infériorité numérique, avec des troupes sous-alimentées,
mal armées et non soldées - et devenir un redoutable tacticien de la
guerre des montagnes. C’est comme une sorte de prodige qui apparait en
Helvétie et qui redonne du moral aux troupes républicaines passablement

7
malmenées en ce difficile an VII (sur le théâtre italien comme en
Allemagne).
Quant aux recettes qui permettent d’expliquer ce miracle, elles
reposent – le lecteur pourra s’en convaincre – sur quatre facteurs
décisifs : la ruse, l’effet de surprise, le moral, la discipline.
D’une part, le moral et la discipline. Or, si l’on remonte à l’an II, on se
rend bien compte que ces deux facteurs sont sans cesse remis en cause.
C’est particulièrement vrai lors du siège de Luxembourg, où le moral de
l’armée semble être très faible ; dans une lettre qu’il adresse à son frère
magistrat, le général Lecourbe émet ses états d’âme sur le conflit et fait
part de sa profonde lassitude. Il est vrai qu’à ce moment, la guerre dure
depuis près de trois ans. Mais Lecourbe a bien compris que sans morale
et sans discipline, l’armée ne valait rien parce que sa combativité, son
esprit de corps sont trop faibles pour espérer l’emporter. D’où de longues
litanies sur l’indiscipline et la désobéissance aux ordres, ce qui montre les
limites de cet exercice qui consiste à donner ses ordres sans être entendu.
Tout changera dans les hauteurs de l’Helvétie où, sans ravitaillement et
confrontée aux dangers de la guerre des montagnes, la division Lecourbe
laissera un nom dans l’histoire de la guerre. Là, non seulement elle
donnera la preuve de sa cohérence, mais en plus elle récoltera les fruits
de sa rigueur à obéir aux ordres. Elle fera ainsi preuve d’un indéniable
courage, à telle enseigne que Clausewitz comparera ces valeureux – et
victorieux - soldats républicains à de « l’acier trempé ». En définitive, sur
ce point, Lecourbe, en réclamant inlassablement la discipline chez ses
hommes, fait preuve de courage : au besoin, il punit les officiers
coupables de manquement et il prêche ainsi l’exemple auprès des petits
gradés comme des simples soldats. C’est, en fait, la référence implicite à
Sun Tzu qui conseillait d’éviter aussi bien la complaisance que les peines
excessives ; il fallait certes punir mais avec mesure et exemplarité :
« Un général qui n’ose punir, qui ferme les yeux sur le désordre, qui
craint que les siens ne soient toujours accablés sous le poids du travail, et
qui n’oserait pour cette raison leur imposer, est un général propre à tout
perdre. Ceux d’un rang inférieur doivent avoir des peines ; il faut toujours
avoir quelque occupation à leur donner… Punissez avec sévérité, mais
sans trop de rigueur. Procurez des peines et du travail, mais jusqu’à un
1certain point ».
Ensuite, reste le facteur temps qui agit sur le succès français ;
Lecourbe a parfaitement compris l’élément décisif que constituait l’effet
de surprise : il s’agit de frapper fort et vite, précisément là où personne ne

1 SUN TZU, L’art de la guerre. Éditions Mille et une nuit, 1996, p. 79.

8
vous attend. Pour maîtriser ce facteur, Lecourbe use de l’espionnage et du
renseignement en s’appuyant sur des guides locaux qui connaissent
parfaitement les conditions du terrain. À cet égard, c’est l’application
concrète de ce que préconisait Sun Tzu dans son Art de la guerre :
« Ayez une connaissance exacte et de détail de tout ce qui vous
environne ; sachez où il y a une forêt, un petit bois… un lieu marécageux,
une montagne… enfin tout ce qui peut servir ou nuire aux troupes que
vous commandez. S’il arrive que vous soyez hors d’état de pouvoir être
instruit par vous-même… ayez des guides locaux sur lesquels vous
2puissiez compter sûrement ».
Pour ce faire, il s’agit aussi bien d’encourager les hommes à collecter
des renseignements qu’à recruter des civils chargés de « missions
d’éclairage ». Autrement dit, Lecourbe, dans ses ordres, met en place un
système d’espionnage militaire dans lequel les civils ont un rôle
primordial. Encore faut-il relever qu’un pareil système repose d’une part
sur des recrutements savamment choisis, mais encore sur l’emploi de
sommes en numéraire pour offrir des gratifications aux impétrants. Or, au
même moment, la désorganisation du service de l’administration militaire
entrave la mise à disposition de ces fonds, de sorte que Lecourbe avance
les sommes dont il a besoin, quitte à se faire rembourser par la suite de
ses avances. De toute évidence, ce recours à l’espionnage explique une
part des succès militaires ; en se donnant les moyens de connaître et les
forces et le dispositif de défense de l’adversaire, le rédacteur du Carnet
dispose de connaissances approfondies qui lui permettent de préparer un
plan d’attaque bien calculé.
Enfin, le troisième facteur résulte de la ruse : savoir dissimiler ses
forces tout en connaissant parfaitement celles de l’adversaire. Il s’agit
donc de voir sans être vu.
En ce qui concerne les destinataires des ordres tels qu’ils apparaissent,
ils sont adressés en quasi totalité à des militaires ; si des civils sont
présents, c’est parce qu’ils servent de relais à l’autorité militaire et leur
intérêt est donc épisodique. Parfois, ces correspondances sont
savoureuses, telle cette lettre que Lecourbe adresse au Directoire de la
République helvétique et dans laquelle il dénonce les agissements des
représentants civils de ce gouvernement.
Concernant les correspondants militaires, c’est-à-dire les personnes
destinataires des ordres écrits, ils se partagent de manière presque égale
entre le haut militaire et les officiers subalternes. Avec ces derniers, de
véritables liens d’amitié se nouent, tandis que les liens se relâcheront

2 Ibidem, p. 64

9
avec le haut militaire. Cependant, parmi eux, Masséna évoquera avec un
3brin de nostalgie les évènements d’Helvétie . Hormis ce futur maréchal
de France, d’autres membres distingués de l’armée française apparaissent
au cœur du combat ; ils graviront l’un après l’autre tous les échelons de
l’armée française : Lefebvre, Oudinot, Drouet, Drouot,….
Si l’on descend dans le détail, on observe que les destinataires se
répartissent en trois éléments : d’abord, les généraux ; ensuite, les
officiers ; enfin, les commandants de place qui jouent un rôle dans le
moral des unités, dans le ravitaillement et dans l’image que l’unité donne
aux populations civiles. Ce dernier point est particulièrement vrai en
Helvétie, précisément là où les conditions de vie seront conflictuelles en
permanence entre les forces françaises et les civils. Il s’ensuivra de
véritables antagonismes et, à plusieurs reprises, l’occupation militaire
risque de dégénérer en sédition ouverte. C’est donc avec tact et rigueur
que Lecourbe s’efforce - et réussit, au final, si l’on juge aux résultats
obtenus – de maintenir le lien avec le pouvoir civil.
La variété des destinataires militaires s’explique, de l’an II jusqu’en
l’an VI, par une instabilité dans les troupes placées sous le
commandement de l’auteur. En effet, tout général dispose certes de corps
de troupes mais ces derniers varient au gré des circonstances ; en d’autres
termes, les unités peinent à s’habituer à rester sous les ordres du même
chef. Mais, dès la fin de l’an VI, cette instabilité tend à s’atténuer, de
sorte que les chefs de corps peuvent désormais s‘accoutumer aux unités
qu’ils dirigent ; une véritable estime réciproque est alors possible entre
celui qui commande et ceux qui sont commandés. Envisagé sous cet
angle particulier, les unités sont amenées à devenir de véritables outils de
combat : aussi faut-il leur rappeler qu’elles doivent s’atteler à
l’entraînement, respecter les règles relatives à la propreté. Mais au
besoin, il faut sévir ; c’est dans cet esprit que les chefs de corps tels que
les chefs de bataillons sont amenés à jouer un rôle de premier plan : ils
sont en effet tenus pour responsables des désordres qui affecteraient leurs
unités : ainsi est-il fait en l’an II, puis, en l’an VII, en germinal et au
moment précis où des circonstances particulièrement difficiles réclament
la mobilisation de toutes les forces disponibles, Lecourbe réclame et
eexige le licenciement des deux chefs de bataillon de la 36 demi-brigade :
l’un, Prigeasson, est accusé d’être dépassé par les évènements (il est

3 Mémoires d'André Masséna, duc de Rivoli, prince d'Essling, maréchal
d'Empire, rédigés d'après les documents qu'il a laissés et sur ceux du dépôt de la
guerre et du dépôt des fortifications, recueillis par le général Koch. Paris,
Paulin, 1849-1850, 7 vol.

10
« malade, vieux et absent depuis longtems ») ; le second, Joly, d’impéritie
et de couardise (il « vient de partir on ne sait où, pour aller cacher sa
decouardise ; depuis que cette ½ B fait partie de ma division, il a paru
quelques fois au corps, mais jamais il ne s’est trouvé à aucunes affaires.
Le murmure des officiers l’a déterminé à donner sa démission que je
alvous engage à faire accepter au g Schauenbourg ; c’est un j.f. en propre
terme »).
Afin de conserver l’authenticité et l’originalité de ces ordres, nous les
retranscrivons sans toujours corriger les fautes de forme ; pour la
compréhension du lecteur, nous ajoutons les documents d’origine privée
qui paraissent susceptibles d’éclairer les évènements et les personnages.
Pour le confort du lecteur, des cartes lui permettent de se repérer dans
l’espace et de suivre ainsi la marche du général Lecourbe dans l’Europe
en guerre.



11

12

PREMIERE PARTIE

DE LA BELGIQUE AUX PAYS-BAS
EN PASSANT PAR L’ALLEMAGNE (1794-1795)



Depuis le début de juillet 1794 jusqu’à la fin de 1795, nous suivons
pas-à–pas la marche de la brigade Lecourbe. Durant le même laps de
temps, elle parcourt une partie de l’Europe occidentale, passant de
l’actuelle Belgique aux Pays-Bas ; elle traverse l’Allemagne et rejoint le
Luxembourg pour achever son périple dans le Palatinat. Elle fait ainsi
une sorte de boucle.
Au cours de cette marche, elle livre bataille, participe à des sièges en
règle et contribue au maintien de l’ordre ainsi qu’à la garde du Rhin.
Tous ces éléments contribuent à ce que l’unité soit cohérente, même si
deux écueils émergent des ordres que Lecourbe lui a donnés. Le premier
concerne la maladie endémique des unités française de cette époque, à
savoir indiscipline et faiblesse des soldes. La crise des finances publiques
françaises, le discrédit de l’assignat touchent l’armée ; celle-ci, pour les
besoins des subsistances, ne cesse de vivre d’expédients, de sorte que
vivre sur le pays occupé devient une règle permanente. Or, lever des
contributions ou des réquisitions ne peuvent suffire à satisfaire les
énormes besoins des troupes. En effet, le pays est rapidement hors d’état
de pourvoir à l’entretien de l’unité ; aussi le chef de corps se débat-il dans
des difficultés qui paraissent souvent insurmontables. La conséquence
pèse sur le moral comme sur la discipline de soldats qui éprouvent le
sentiment que l’on se désintéresse d’eux. Cependant, les soldats ne sont
pas les seuls sacrifiés de ce système, car toute l’armée est alors logée à la
même enseigne. Au même moment, dans une lettre qu’il adresse à son
frère, Lecourbe l’informe que sa solde, versée en assignats, lui suffit à
peine pour s’offrir des cigares…
Ensuite, le second écueil consiste dans l’épuisement du discours
révolutionnaire. Cela apparaît surtout aux lendemains du siège de
Luxembourg. Il est vrai que pour un officier de volontaires comme
Lecourbe, qui participait déjà aux activités de la garde nationale de
Ruffey en 1789, cela fait près de six années qu’il sert sans discontinuer.
Or, au même moment, la première coalition semble s’essouffler tandis
que la République française est politiquement consacrée : la Prusse s’est

13
retirée de la coalition et la France étend son système politique et
administratif aux territoires qu’elle a conquis (Belgique, Rhénanie),
quand elle ne les transforme pas en État ami (Pays-Bas). Dans ces
conditions, Lecourbe semble relayer l’état d’esprit de la troupe : pourquoi
poursuivre la guerre si ses objectifs ont été atteints ? La guerre qui
perdure ne risque-t-elle pas d’épuiser la République ? L’armée, affaiblie
dans son moral et dans sa discipline, est-elle en mesure de poursuivre la
lutte ?

14
L’OCCUPATION MILITAIRE DU PAYS DE HUY L’OCCUPATION MILITAIRE DU PAYS DE HUY
(JUILLET-SEPTEMBRE 1794)



Le carnet d’ordres débute le 8 juillet 1794, dans des circonstances très
particulières.
D‘abord, il suit la victoire de Fleurus, dans laquelle les forces du
général français Jourdan ont pris le dessus – après de durs combats –
sur celles des coalisés. Cette victoire, retentissante et aussitôt médiatisée
par la République française, permet deux avancées significatives : d’une
part, c’est la prise de Charleroi, un nœud de communication bien placé ;
de l’autre part, elle permet aux forces françaises d’avancer vers la
Flandre et les Pays-Bas. Par conséquent, les deux armées françaises,
celle de Sambre-et-Meuse et celle du Nord, s’avancent en territoire
étranger. Cela étant, les troupes françaises reviennent en territoire
connu : en effet, en 1792-1793, elles s‘étaient déjà emparées du pays,
avant d’en être chassées par une contre-offensive coalisée. Cet
évènement, Lecourbe le rappelle aux habitants dans l’une de ses
proclamations (celle du 18 thermidor), lorsqu’il évoque « les habitants
d’un pays qui a déjà fait tant d’efforts pour la liberté qui cette fois ne leur
échappera plus ».
Rattachée à l’armée de Sambre-et-Meuse, la brigade Lecourbe est
chargée de l’occupation militaire du pays de Huy, situé sur la Meuse à
mi-distance de Namur et de Liège ; elle marche donc vers le nord-est
depuis Charleroi.
L’occupation militaire, telle qu’elle apparaît des ordres donnés,
concerne essentiellement le maintien de l’ordre, la discipline et le nouvel
ordre des choses : il faut entendre par là la mise en place d’institutions
civiles calquées sur le modèle révolutionnaire. Parmi elles, relevons le
calendrier révolutionnaire, le culte des fêtes décadaires, la fin des
privilèges fiscaux dévolus aux ordres du clergé et de la noblesse. Il s’agit
d’acclimater dans le pays occupé le nouveau culte civique ; donc de
favoriser l’assimilation des Belges à la république. Pragmatique,
l’interdiction de travailler le décadi excepte les boulangers.
S’agissant de la discipline, le chef de la brigade s’efforce de maintenir
ses hommes dans l’obéissance et dans une attitude tant prudente que
mesurée à l’égard des civils. Pour ce faire, il érige en système la
responsabilité des chefs de corps pour les agissements de leurs
subordonnés ; cette mise en jeu du commandement devant être assez
efficace pour parvenir aux résultats escomptés.

15
Reste que des corps particuliers de civils sont nommément désignés
pour être placés sous une surveillance spécifique : d’abord, les
vivandiers. Il s’agit de civils autorisés à suivre les armées en campagne
et à leur proposer toutes sortes de biens ou de services. Or, ces civils
sont alors la source de trafics en tous genres ; ils acceptent de racheter
des biens volés par des militaires. Par conséquent, ils favorisent la mise
en place d’un marché noir du vol et incitent les troupes à commettre du
désordre ou à se livrer à la maraude ; de tels agissements, on s’en doute,
mécontentent les populations locales et n’incitent guère à admettre
l’indulgence envers les troupes d’occupation. Pour remédier à ce qui
apparaît comme un véritable fléau, les chefs de corps ont ordre de
vérifier les magasins des vivandiers. Cela étant, en raison du défaut de la
solde versée aux soldats par l’État républicain, on peut s’interroger sur
la bonne exécution de cet ordre, car la corruption des militaires est
toujours possible.
Ensuite, ce sont les commissaires des guerres qui suscitent l’ire du
général Lecourbe ; celui-ci est confronté à une foule de réquisitions
ordonnées sur les populations par ces civils agissant pour le compte de
l’autorité militaire. Or la difficulté repose sur la méconnaissance par les
commissaires d’unités extérieures à la brigade Lecourbe de leur
compétence territoriale ; en d’autres termes, des unités certainement
moins bien loties s’amusent à lancer des réquisitions sur Huy. Par
conséquent, les habitants de Huy sont submergés par des réquisitions
pour ravitailler plusieurs unités : ordre est donné au commissaire Rose,
spécialement attaché à la brigade, de faire respecter son autorité et de
protéger les habitants.
Néanmoins, la situation relative aux rapports qu’entretient la brigade
avec les habitants est plus délicate du point de vue fiscal. En effet,
conformément à l’usage, les représentants du peuple – des députés de la
Convention désignés dans chacune des armées de la République – ont
procédé à des levées de fonds sous le nom de « contribution ». Si, dans
un premier temps, le général fait appel aux sentiments fraternels qui
unissent les soldats républicains aux habitants francophones, il n’en
demeure pas moins que la contribution n’a pas été payée en temps voulu
(10 août 1794). Dès lors, c’est l’autorité militaire – donc Lecourbe – qui
intervient pour inciter les contribuables à s’acquitter spontanément de la
contribution, faute de quoi il menace d’en venir à des moyens de
coercition plus militaires (« Evitez moi le désagrément d’en venir à des
extrémités fâcheuses et auxquelles je serai forcé si vous n’avez pas
satisfait à l’arrêté »). Faute d’archives municipales consultables, nous
ignorons les effets de cet ordre.

16

Juillet-août 1795 Juillet-août 1795

eOrdre du 20 messidor l’an 2 de la République [8 juillet 1794]
Le général de Brigade Lecourbe voit avec peine que malgrés les ordres
réitérés de ne point commettre de pillage, beaucoup d’individus se
permettent du fait qui déshonore le nom français et le font haïr par les
habitans des campagnes, par ou l’armée passe.
En conséquence les chefs de corps seront personnellement responsables des
pillages commis par leur soldat. Pour cet effet ils feront faire plusieurs
appels dans la journée. Et désormais les commandants des compagnies dont
les soldats auroient commis des vexations ou violences seront
provisoirement suspendus de leurs fonctions, en attendant la décision des
responsables du peuple à qui il en sera rendu compte, s’ils n’ont pas employé
tous les moyens pour empêcher tous les excès dans leurs compagnies. Les
chefs de corps feront aussi surveiller et visiter tous leurs vivandiers qui la
plus part se permettent d’acheter des effets volés ils les feront arrêter s’ils
sont dans ce cas.
Le général de Brig. Lecourbe

Ordres du 5 thermidor de l‘an 2 [23 juillet 1794]
Les chefs de corps des troupes cantonnées à Huy s’assureront si leur
bataillon est logé à portée d’être réuni au premier coup de baguette ainsi que
les officiers qui doivent être à portée de leur compagnie.
Dans le cas contraire ils feront changer les logements par la municipalité. Il
sera fait fréquemment des appels, les officiers et soldats ne déserteront pas
de la ville, les postes des portes ne laisseront sortir aucun soldat des
bataillons qui sont en ville sans permission signées de leur chef.
L’eau de vie se distribuera aujourd’hui aux troupes de Huy, le citoyen
L’hermite est chargé de visiter les postes.


La ville de Huy, où stationne quelque temps la brigade Lecourbe,
faisait partie de la principauté de Liège ; elle abrite des bâtiments du
Moyen Âge et est nichée sur la Meuse.

eDu 5 thermidor l’an 2 [23 juillet 1794]
Le général de brigade Le Courbe, instruit que les Commissaires des guerres
des divisions dont la troupe ne font point partie, viennent faire des
réquisitions, en subsistances pour les hommes et pour les chevaux.
Considérant que ces demandes sont contraires aux arrêtés des représentants
du peuple qui défendent de faire des réquisitions dans les lieux habités par
d’autres divisions, et que d’ailleurs pour ce conflit, il résulterait que les

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troupes cantonnées à Huy et aux environs se trouveraient bientôt dans une
pénurie de subsistances.
En conséquence le Général défend aux mayeurs, bourguemestres et autres
officiers de la commune de Huy d’obéir aux réquisitions qu’on pourra leur
ensfaire, à moins qu’elles ne soient faites par les C Rose et Boquet
Commissaires des guerres de la division Mayer ou autres préposés par des
représentants du peuple français. Leur défend de laisser enlever aucuns
fourrages, ou avoines emmagasinés dans ladite ville.
ndAu quartier général à Huy le 5 thermidor l’an 2
Signé le Général Le Courbe

Ordre et réquisition
ndeDu 5 thermidor 2 année [23 juillet 1794]
Il est ordonné au commissaire des guerres Rose de se rendre demain matin à
la maison religieuse du val notre dame, pour prendre l’état des grains,
farines, foins, avoines et autres denrés ; les fera transférer dans les magasins
de la République, et ensuite d’apposer les scellés sur les autres objets
restants afin de les conserver à la République, les religieux ayant abandonné
ladite maison.
Signé Le général de brigade Lecourbe

Au Magistrat de la ville de Huy pour faire observer les fêtes décadaires
e eDu 18 thermidor 2 année républicaine [5 août 1794]
Le Général commandant les troupes de la République française à Huy.
Ordonne que désormais et à commencer d’après demain 20 thermidor, les
fêtes décadaires, ou tous les dix jours de chaque mois du nouveau calendrier
français, soit observé dans la ville de Huy.
En conséquence il est défendu à tout citoyen et citoyennes de se livrer à
aucun travail ces jours là, sont exceptés de la disposition les boulangers qui
seraient dans le cas de manipuler & cuire le pain pour les troupes de la
République.
Le Général espère que les habitants d’un pays qui a déjà fait tant d’efforts
pour la liberté qui cette fois ne leur échappera plus, s’empresseront d’adopter
les loix et les usages de la République française dont les bases sont l’égalité
la liberté ; il est enjoint au magistrat de faire lire, publier et afficher la
présente ordonnance afin que personne n’en ignore.
Donné &


Parmi les institutions répuiblicaines apparait le culte du citoyen ;
prétexte à des fêtes souvent grandioses. Partout où la France est
victorieuse, on organise de telles cérémonies, ainsi à Amsterdam en mars
1795 (la fête célébrée à Huy est donc similaire à celle-ci).


18
Ordre donné au Magistrat de la ville de Huy
me ndeOrdre du 21 thermidor 2 année républicaine [8 août 1794]
Le Général est instruit que des malveillants font courir des bruits
défavorables sur le compte des Français ; ces bruits sont fondés sur la
contribution que le représentant du peuple Laurent a imposé hier sur la ville
de Huy.
Le Général doit détromper le peuple de la ville que les Français regarderont
toujours comme leurs frères.
En conséquence il est ordonné au Magistrat de faire publier et afficher sur le
champ dans laditte ville, que la contribution ne doit porter que sur le clergé
qui doit payer les deux thiers, l’autre thiers sera supporté par les nobles,
privilégiés, capitalistes, notables et négociants en gros, tous les patriotes
persécutés par le régime autrichien de quelques classes qu’ils soient, doivent
être exceptés de la présente contribution, de même que tous négociants en
détail.
La dite proclamation sera faite sur le champ sur la responsabilité du
Magistrat.
tier al Donné au Q G à Huy les an et jour
Au Magistrat de la ville de Huy pour empêcher de faire de l’eau de vie &
bierres

e eDu 21 thermidor 2 année [8 août 1794]
Le Général est instruit qu’il se fabrique de l’eau de vie et de la bierre avec
des grains. Considérant que cela peut devenir préjudiciable à la République
française et au peuple de Huy par la pénurie de grains qu’il peut entraîner ;
ordonne qu’à compter d’aujourd’huy vingt et un thermidor, il sera défendu à
tout fabriquant d’eau de vie et brasseur de bierre, de se servir de froment et
de seigle.
Les grains ou farines en fermentation pouront être continués seulement, et ce
sous la surveillance du Magistrat à qui il est enjoint de faire publier et
afficher la présente ordonnance.
alDonné au quartier G à Huy les &

eLe citoyen Ruffin chef du 7 bataillon
Est commandant temporaire de la ville de Huy et se conformera aux lois &
règlements militaires pour le bien du service et les armées de la République.
Le général de Brig Lecourbe

Au magistrat de la ville de Huy pour effectuer le payement de la contribution
Armée de Sambre et Meuse quartier général à Huy 26 thermidor l’an second
républicain [13 août 1794]
Le Général de brigade Lecourbe au magistrat de la ville de Huy.

19
C’est aujourd’huy le sixième jour que l’arrêté du représentant du peuple
Laurent vous est notifié. Je ne vois pas encore l’effet qu’il a produit ; on me
dit au contraire que beaucoup de contribuables ne connaissent pas encore
leur part de cotisation. Vous n’ignorez pas que je dois rendre compte dans
les délais fixés de l’exécution de l’arrêté. Veuillez donc l’en exécuter ;
avertissez le clergé, et que demain dans la matinée la contribution soit
complétée. Evitez moi le désagrément d’en venir à des extrémités fâcheuses
et auxquelles je serai forcé si vous n’avez pas satisfait à l’arrêté.
Je vous salue fraternellement
Signé Le Courbe

e e eOrdre particulier du 9 au 10 fructidor l’an 2 [26 août 1794]
Le général est prévenu que les militaires de la garnison vont dans les vignes
piller les raisins. Quoique ces démarches soient déjà répréhensibles par le
fait, et soit très nuisible à la santé du soldat, par la raison que n’étant pas
mûr, ils causent la disenterie qui déjà commence à se faire sentir, et précisant
qu’il sera fait d’exactes patrouilles et que ceux qui seront pris en délit seront
punis sévèrement.
Le Général en chef se propose à voir la garnison demain. En conséquence les
chefs de corps veilleront à la Propreté et à la tenue du soldat.
t 4Les corps sont prévenus aussi que la prison site porte S Germain n’est
destinée que pour les hommes qui sont condamnés par le Conseil de
discipline, ou pour faute grave, et la salle de discipline de l’hôtel de ville
pour ceux de la police correctionnelle.
Le général de Brig Lecourbe

Au Magistrat de la ville de Huy
eDu 12 fructidor l’an 2 de la République [29 août 1794]
Je suis instruit, citoyens, que journellement il arrive en ville des étrangers,
hommes et femmes, les uns ne font que passer ; les autres y séjournent.
Comme je sais que vous ne prenez aucun parti pour connaître ces personnes,
je vous invite à donner des ordres à tous habitants, aubergistes ou autres de
porter dans vingt quatre heures à l’hôtel de ville, les noms, qualités, les lieux
dont viennent ou ils vont, des personnes qui peuvent arriver en ville et loger
chez eux, ensuite tous les matins entre huit et neuf. Vous m’en ferez passer
le rapport, les militaires sont exceptés de ces dispositions.
Salut et fraternité
Signé Lecourbe


4 Porte monumentale édifiée au Moyen Âge, par laquelle les princes-évêques de
Liège faisaient leur entrée dans la ville (les « Joyeuses Entrées »).

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Au début de septembre 1794, la situation militaire reste très favorable
aux Français : d’une part, les coalisés ne reçoivent ni renforts et ils sont
très divisés quant à la conduite des opérations militaires ; de l’autre
part, on sait que les troupes coalisées sont affaiblies par leurs revers
militaires, leur moral a considérablement chuté. Enfin, les Français ont
pris le contrôle des forteresses du pays francophone, dont Namur, auquel
la brigade Lecourbe a participé. Mieux encore, les armées françaises ont
également repris le contrôle de forteresses du Nord de la république, qui
étaient tombées aux mains des coalisées en 1793 (Condé, Valenciennes),
victoires qui incitent Lecourbe à ordonner la célébration de
réjouissances publiques pour témoigner de l’éclat républicain. Aussi, le
haut commandement allié, considérant que la perte des Pays-Bas
autrichiens est inéluctable, a décidé d’évacuer totalement le pays pour
s’efforcer de résister plus au Nord, en bloquant l’avance française vers
les Pays-Bas et les duchés de Gueldre et de Juliers qui appartiennent à la
Prusse, membre de la coalition alliée.
À Huy, Lecourbe émet des ordres qui regardent autant des travaux
d’utilité publique – qui s’accompagnent d’une réquisition de
maind’œuvre locale – que la nécessité de conserver en bon état les ouvrages
défensifs. Du côté français, en effet, on ne baisse pas la garde car on
craint un éventuel retour offensif de l’adversaire, danger qui était très
surestimé. Ce sont les représentants du peuple qui, échaudés par les
revers de 1793, sont cette fois-ci décidés à user de prudence dans
l’avance française. Par conséquent, celle-ci se veut à la fois lente et
méthodique ; pour être sûrs du résultat, les représentants ont décidé de
concentrer les armées de Sambre-et-Meuse et du Nord dans une vaste
offensive coordonnée : l’une se dirigera vers la côte flamande, tandis que
la seconde touchera la région très accidentée de Spa. C’est à la
miseptembre 1794 que les armées françaises lanceront leur attaque, afin de
frapper à deux endroits géographiquement distincts le dispositif de
l’adversaire.


Septembre 1794

eDu 14 fructidor [31 août 1794]
Les Magistrats de la ville de Huy sont requis de fournir cinquante ouvriers
munis de leurs outils, dans lesquels nombre il faut trente pelles. Ces
se trouveront au quartier général à Huy demain matin à cinq heures, sous les
peines portées par les Règlements militaires.
tier al al deFait au Q G signé Lecourbe G de B


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Au Magistrat de la ville de Huy
e erDu 15 fructidor [1 septembre 1794]
Les Mayeurs et magistrats de la ville de Huy sont requis de faire publier
dans les villages de leur arrondissement la défense de détruire les ouvrages,
redoutes, bivouacs que peuvent avoir élevés les Républicains français, même
dans le cas où l’armée avancerait. Les Bourguemestres des communes sont
responsables de l’exécution de cet ordre lorsqu’il leur aura été communiqué
légalement.
tier al al deAu Q G signé Lecourbe G de B

Du 18 fructidor [5 septembre 1794]
Lecourbe général de brigade aux magistrats de la ville de Huy
Citoyens, c’est un beau jour pour la République, que celui ou l’on a appris
l’abandon du sol de la liberté par les esclaves coalisés, par l’évacuation des
places de Valenciennes, Condé, & que la lacheté et la livraison leur avaient
livré.
L’armée de Sambre et Meuse a choisi le 18 fructidor pour célébrer cette fête.
Déjà une salve d’artillerie a annoncé l’allégresse des Républicains qui sont
en station dans Huy, en mêlant à ce bruit les cris de Vive la République.
Ces soldats de la liberté voient que dans ce pays ils ont de nombreux amis ;
ils vous prient par mon organe d’inviter tous les vrais amis des Français à
illuminer leurs maisons ce soir.
Salut et fraternité
Lecourbe


LE STATIONNEMENT AU BORD DU RHIN
((SSEEPPTTEEMMBBRREE 11779944--MMAARRSS 11779955))


La brigade Lecourbe poursuit sa marche victorieuse en avant ; depuis
les Pays-Bas autrichiens, elle pénètre en terre d’Empire et remonte le
Rhin jusqu’à Nimègue, ville où elle stationne quelque temps. Les
Français rééditent l’histoire, puisque la ville était déjà tombée aux mains
de leurs ancêtres, lors de la Guerre de Hollande impulsée par Louis XIV
(1672-1674).
Le climat joue un rôle qui n’est pas négligeable à cette époque du
conflit ; ainsi, lors de l’hiver 1794-1795, le Rhin gèle, de sorte que les
transports par voie fluviale sont rendus plus difficiles. Mais en janvier
1795, des rapports satisfaisants parviennent de l’armée du Rhin, dont le
ravitaillement serait mieux fourni que par le passé. Mais trois mois plus
tard, la situation est plus difficile : les réquisitions ne rentrent pas, les
achats effectués auprès des civils par des entreprises ne rencontrent pas

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de succès, et les ressources qui existent sont dissimulées par les
habitants. Le représentant Merlin fait part au Gouvernement de la
situation misérable qui frappe les soldats : « Nous sommes vraiment
dans un état terrible. Indépendamment de la pénurie de subsistances qui
nous afflige toujours, nous sommes sans numéraire ». Pour toute
réponse, le Directoire lui conseille de passer le Rhin et de lever des
contributions sur la rive droite. Dès cet instant, les soldats sont
fréquemment privés de pain et plusieurs convois de ravitaillement sont
pillés.
Pire encore, des unités menacent de déserter si elles ne sont pas
correctement ravitaillées. La situation la plus grave touche les unités qui
font le siège de Mayence depuis près de sept mois ; leur ration de pain
diminue. Dès lors, désordres, pillages, vols se multiplient, ce qui entache
la cohésion des unités et de l’armée toute entière. Pour ne citer qu’un
eexemple, la 102 demi brigade est envoyée sur l’arrière par mesure
disciplinaire ; des gardes-magasins mélangent sciemment du sable aux
farines, afin de donner la quantité d’alimentation nécessaire aux troupes.



Septembre 1794

Aux mayeurs et bourgmestre de la commune de St Cornelier Munster
Les mayeurs et bourgmestre de la commune de St Cornelier sont requis de
faire proclamer sur le champ à tous habitants de la commune et circonvoisins
de ne porter aucuns dommages aux retranchements et baraques en paille,
feuillages des bivouacs qu’à occupé l’arme française sur ledit territoire, sous
peine à ceux qui se rendront coupables de ces délits d’être arrêter comme
suspect, conduit en France et puni comme tel.
t Donné au quartier général à S Cornelin le 8 vendémiaire an 3 [29 septembre
1794]
al deLe G de B Lecourbe

Depuis la fin octobre jusqu’à la dernière semaine de novembre 1794,
aucun ordre n’a été conservé. Mais ensuite, s’enchainent des dizaines
d’ordres qui relèvent le plus souvent de la vigilance nécessaire à la
conservation de l’espace militaire (gardes, rondes, relèves…). Toutefois,
il faut relever l’apparition d’appréciations par lesquelles perce l’intérêt
du chef de la brigade pour ses hommes : en nivôse (janvier 1795),
conscient des difficultés que traverse alors son unité (ce sont la fatigue et
le dénuement d’effets), Lecourbe se déclare « satisfait du zelle et de
ers ersl’activité que mettent dans le service les off , sous off et soldats de sa
de Brig ». Il ajoute que les décisions de rigueur qu’il est amené à prendre

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sont justifiées « par les circonstances » ; enfin, il montre l’exemple car il
« partage leurs peines et qu’il les allègera autant qu’il lui sera possible ».


Novembre-décembre 1794

eOrdre du 4 frimaire l’an 3 de la République [24 novembre 1794]
eUne demie compagnie de carabiniers du 16 bataillon d’infanterie légère fera
une patrouille le long du Rhin, dans tous les postes occupés par la brigade,
demain matin à cinq heures. L’officier qui la commandera avant huit heures
du matin en rendra compte au Général.

eOrdre du 6 frimaire l’an 3 de la République [26 novembre 1794]
Malgrés les règlements militaires le Général s’aperçoit que les chefs de
postes ne conduisent et ne ramenent point leur garde en ordre ; les premiers
gardes doivent se rassembler au poste principal puis de la être répartis dans
les petits postes de même que pour la descente ; aucune garde ne doit partir
erisolément ; l’officier du 1 bataillon de la Vendé qui a descendu la garde
aujourd’hui gardera les arrêts trois jours pour n’avoir pas conduit sa garde en
ordre et avoir souffert que les soldats tirent des coups de fusils.
eLe 4 bataillon de Laisen fournira sa demie compagnie de grenadiers le huit à
cinq heures du matin se rassemblant sur le bord du Rhin et faire patrouilles,
le rapport en sera fait avant les huit heures au Général de Brigade.
Le général de Brig Lecourbe

eOrdre du 30 frimaire l’an 3 de la République [20 décembre 1794]
Le citoyen Guyard est officier supérieur de service aujourd’hui 30 frimaire
eLa demie compagnie de grenadiers de la 178 ½ brigade d’infanterie se
e etrouvera à quatre heures du soir près le grand poste du 3 bataillon de la 23
½ brigade d’infanterie légère, y fera des patrouilles la nuit sur sa droite et sur
sa gauche dans tous les postes de la Brigade.
Le général de Brig Lecourbe

er e de e deConsigne du 1 nivose pour les postes de la 178 ½ B et 23 ½ B [21
décembre 1794]
L’officier commande et doit surveiller tous les postes de son bataillon,
lesquels sont tous sous sa responsabilité.
Il recommandera à ses sentinelles de veiller avec exactitude à tout ce qui se
passera sur le Rhin de jour et de nuit. Aucune personne, militaire ou autre, ne
doit paraître sur la rive gauche du Rhin pour passer ou faire aucun signe à
ceux qui sont de l’autre côté. Tous les postes doivent redoubler de vigilance
pendant la nuit. Les grands postes n’auront qu’une sentinelle de jour et trois

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