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Cette vie d'aventure finit par me plaire

De
212 pages
Mobilisé en 1914, le soldat Edmond Duret écrit des lettres jusqu'à sa démobilisation en 1919. La guerre a construit et changé ce jeune homme ; confronté pendant ces années à la technique et la modernité, il s'oriente vers des études d'ingénieur à la fin de la guerre alors qu'il se destinait à l'enseignement. On découvre ici son quotidien, ses amis, ses lectures, ses réflexions, son département d'origine, la Haute-Savoie, l'évolution des moeurs...
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Philippe DuretCETTE VIE D’AVENTURE FINIT PAR ME PLAIRE
La guerre de 1914
change les projets d’Edmond Duret
CETTE VIE D’AVENTURE Mobilisé en 1914, le soldat Edmond Duret écrit des lettres
jusqu’à sa démobilisation, en 1919. Il rédige aussi des poèmes,
des scènes de théâtre, et conserve ses cours d’instruction FINIT PAR ME PLAIRE
militaire.
Ses écrits présentent un jeune homme que la guerre a construit La guerre de 1914
et changé. La technique (électricité, canons, usine, etc.) et change les projets d’Edmond Duretla modernité auxquelles il est confronté pendant ces années
parcourent ce livre, et, alors qu’il se destinait à l’enseignement,
il s’oriente vers des études d’ingénieur à la fn de la guerre. Sur
le front, il acquiert également des talents de meneur d’hommes
qu’il conservera jusque dans sa vie professionnelle. Dans les
tranchées et les camps de repos, il ne cesse d’écrire et donne
ainsi à voir son quotidien, ses amis soldats, ses lectures, ses
réfexions sur la mutinerie du régiment.
On découvre aussi son département d’origine, la Haute-Savoie,
la mobilisation, l’évolution des mœurs, les divorces, la sévérité
des curés, la grippe espagnole, l’annonce de l’armistice…,
la société telle que l’a vécue un jeune soldat mobilisé lors de la
Première Guerre mondiale.
Né en 1955, Philippe Duret enseigne
l’histoiregéographie en collège et en lycée. Après avoir écrit sur
l’histoire locale (Haute-Savoie, Haute-Loire, Yvelines),
il utilise ici d’abondantes archives familiales.
En couverture : Trois soldats de 1914-1918
pendant une journée de repos. Archives Duret
Edmond Duret, l’auteur des lettres publiées dans
ce livre, se trouve à droite.
ISBN : 978-2-343-04398-2
21 €
CETTE VIE D’AVENTURE FINIT PAR ME PLAIRE
Philippe Duret











Cette vie d’aventure finit par
me plaire




Philippe Duret















Cette vie d’aventure finit par
me plaire
La guerre de 1914 change les projets
d’Edmond Duret

















































































































































































































































© L’Harmattan, 2014
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-343-04398-2
EAN : 9782343043982

A mon fils

Remerciements
Je tiens tout d’abord à remercier ma sœur Hélène
Duret pour ses conseils et ses encouragements.
Une pensée toute particulière à Geneviève Dubois, ma
tante, fille du soldat dont il est question dans ces pages.
Ma gratitude va également à mon cousin Christophe
Dubois qui a sollicité ses collègues pour la traduction d’une
carte postale en allemand (carte du 23 novembre 1916).
Je remercie aussi Aichetou Hadi pour ses remarques.
Ma reconnaissance va également au personnel des
Archives départementales de Haute-Savoie à Annecy, de
la Bibliothèque de Genève, de la BNF (Paris) et de la
BDIC (Nanterre).








Sommaire
Pourquoi ce livre ? ........................................................... 13
Le milieu et l’enfance du futur soldat .............................. 17
Les études d’Edmond ...................................................... 23
Avant 1914 il voulait devenir enseignant ........................ 37
Présentation des lettres de guerre .................................... 49
1914 et 1915 : les Vosges et l’Alsace ................................ 53
1916 : Elève-officier à Saint-Cyr ................................... 113
1917 : mutinerie et changement de régiment ............... 121
1918 : blessure et convalescence .................................... 141
Autres témoignages sur la guerre .................................. 163
1919 : une démobilisation tardive ................................. 175
Après 1919 : devenir ingénieur ! ................................... 183
Conclusion : les temps changent 199
Notes de fin de texte ...................................................... 201


Pourquoi ce livre ?
Dans une vieille ferme savoyarde j’ai déniché les lettres
de mon grand-père Edmond Duret (1893-1981) rédigées
een 1914-1918 alors qu’il combattait au 133 R.I. puis au
e155 R.I. Dans le grenier se trouvaient aussi moult
poèmes, pièces de théâtre, photographies, carnets de notes,
cours d’instruction militaire, circulaires de l’état-major,
cartes géographiques, fiches techniques sur les canons, les
grenades, etc. Ces papiers furent conservés par la mère du
soldat, mon arrière-grand-mère. Lorsqu’elle décéda en
1946, la maison resta à peu près immobile jusqu’à mon
arrivée en 1975. Je découvris un véritable entrepôt de
brocanteur, un Himalaya d’archives.
Faisons attention à l’attrait trompeur du document brut.
Par sa vétusté, ce coquin revêt des allures de machine à
remonter le temps. En réalité il ne laisse voir que ce que
nous lui demandons. Si notre recherche est maladroite, il
1ne protestera pas .
L’historien doit prendre ses distances, expliquer,
contextualiser, comparer. Il est préférable d’avoir un point
de vue, quitte à y renoncer si le dossier infirme l’hypothèse
de départ. Pour aiguiser sa pensée, l’historien régional se
tiendra au courant des débats universitaires abusivement
qualifiés "d’intellos" ou de "parisiens".
Voyez comment opère Alain Corbin lorsqu’il veut
retrouver les traces d’un parfait inconnu, le sabotier
LouisFrançois Pinagot. Il étudie le rôle de la forêt, les délits,

l’invasion prussienne, les souvenirs de l’époque
révolution2naire .
Feuilletez le livre de Michel Rouche sur Clovis. Il ne se
contente pas de narrer la vie du caïd romano-franc mais se
penche également sur les Gallo-Romains, les Huns, les
Wisigoths, les Burgondes, les Ostrogoths, etc. Pour étudier
eun homme, il brasse toute l’Europe occidentale du III au
eV siècle.
Faire une biographie ? Pourquoi pas, mais élargissons.
Ici je voudrais m’éloigner du style stéréotypé des lettres de
soldats de 1914-1918. A force, ces livres se ressemblent et
peuvent devenir malsains, morbides, rétrogrades, régressifs.
De temps en temps je comparerai les lettres du
grandpère Edmond avec les lettres d’autres soldats savoyards, en
particulier avec celles de son oncle Octave jamais publiées
jusqu’alors. J’expliquerai longuement quelques allusions
contenues dans les missives : l’ambiance lors de la
mobilisation, le curé sectaire d’un village voisin, un journal
catholique pendant la guerre, l’arrivée des réfugiés en
Haute-Savoie, le travail des femmes aux champs, les
épouses des pioupious qui manquent d’hommes,
l’augmentation des divorces à Annecy, une brochure de la
féministe Hélène Brion, la grippe espagnole, l’armistice.
Nous feuilletterons les livres et les revues du jeune Edmond
à la recherche des phrases cochées et soulignées. Nous
ferons de nombreux va-et-vient dans les échelles
géographiques, passant du soldat à sa famille, ses réseaux (les
élèves instituteurs), sa commune, son département (la
Haute-Savoie).
Autre nécessité : ne pas parler uniquement de
19141918. La guerre sera connectée avec ce qui se passe juste
avant et juste après. Nous verrons la scolarité du gamin, ses
années de guerre puis l’entrée du jeune adulte dans la vie
active. De 1905 à 1934, grosso modo. Ses années d’écolier
influencent-elles la façon dont il rédigera ses lettres de
14
guerre ? Les années sur le front ont-elles modifié ses choix
professionnels ? Cet élargissement chronologique constitue
l’essentiel de notre propos.
Décalquer le passé, en faire une description
d’apothicaire, ce n’est pas suffisant. Donnons aussi du sens :
n’estce pas ce que le lectorat souhaite ? Les interrogations
psychologiques, philosophiques et sociologiques
retiendront donc notre attention. Nous méditerons sur le
système scolaire, l’ascension sociale, le progrès technique, les
relations entre catégories socio-culturelles.
Je tenterai de jeter un regard scientifique sur la jeunesse
de mon aïeul. Les historiens qui publient des lettres de leur
famille entretiennent automatiquement des rapports
complexes avec l’objectivité et la subjectivité (l’idéal
consisterait à les emboîter). Eh bien, autant afficher la difficulté
plutôt que d’écrire dans le déni.
15 Le milieu et l’enfance du futur soldat
Le nord-ouest de la Haute-Savoie vers 1900
Edmond Duret naît en 1893 à Raclaz, hameau de
Dingy-en-Vuache, canton de Saint-Julien-en-Genevois,
Haute-Savoie, dans le bassin genevois. Une région de
passage avec des villes moyennes (Bellegarde, Genève,
Annecy, Annemasse…).

Le nord-ouest de la Haute-Savoie, Larousse 1922. Dingy-en-Vuache,
le village d’Edmond, se trouve entre Frangy et Saint-Julien.

ePendant la première moitié du XIX siècle, la
révolution agricole (élevage, plantes fourragères, coopératives
laitières, pommes de terre, maïs, multiplication des
moulins…) améliore la nourriture et diminue la mortalité des
enfants d’où hausse de la population. Au milieu du siècle
(1848) celle-ci atteint un niveau trop élevé car la surface
agricole n’est pas élastique à l’infini. Avec les divisions
successorales, à partir de 1848 les exploitations se
morcellent d’où pauvreté (ce fut le cas des Duret). L’exode rural
et la chute de la natalité font baisser le nombre d’habitants.
En soixante-quinze ans Dingy perd la moitié de sa
popula3tion. Le N.O. de la Haute-Savoie se vide .
Le sous-préfet de Saint-Julien dresse en 1909 un
rap4port relativement exact de son arrondissement . « Les
industries y sont peu nombreuses et peu développées, par contre la situation
agricole est bonne. Les principaux produits consistant en beurre et
fromage, trouvent un écoulement facile. Le bétail, les vins, les céréales
et les divers produits du sol font l’objet de quelques transactions avec
la Suisse et surtout le canton de Genève. […] Dans chaque localité se
trouve une fruitière où les cultivateurs vendent leur lait à la suite d’un
marché conclu pour une période déterminée. » Mais ne prenons
pas pour argent comptant tout ce qu’affirme ce rapport
officiel. Lorsqu’il prétend que l’alcoolisme n’y fait pas de
ravages il prend ses désirs pour des réalités… Patriotisme
local ? Carriérisme ? Peur de regarder la réalité en face ?
Avec la zone franche, ceux qui restent au pays ne
connaissent pas la misère.
Explications
En 1814-1815 Napoléon perd le pouvoir. Au Congrès
de Vienne les aristocrates et les monarques réinstallent le
royaume de Piémont-Sardaigne. Face à la Suisse les
douanes sardes (savoyardes) sont reculées afin de
permettre la création d’une petite zone franche facilitant
l’approvisionnement de Genève en denrées alimentaires.
18
Lors du rattachement de la Savoie à la France (1860) la
zone est étendue. Elle comprend 87 % du territoire
départemental et 68 % de sa population. Les productions
zoniennes entrent en Suisse sous le régime de la franchise
ou avec des tarifs modérés. Les achats en Suisse sont libres.
Avantage
Cela procure des revenus corrects aux paysans et cela
développe les contacts avec une Suisse riche en travailleurs
qualifiés (fruitiers) et en capitaux.
Inconvénient
La zone surprotège artificiellement l’agriculture au lieu
de libérer la main d’œuvre pour un développement
industriel. L’arrivée assurée de revenus n’incite pas les
cultivateurs à se lancer dans le progrès technique. En effet celui-ci
reste modeste : chevaux de trait, machines à vapeur,
coopératives laitières (fruitières), nouvelles charrues comme
la brabant double, conférences des professeurs
d’agri5culture . Mais la résistance de la petite exploitation limite
l’impact de ces progrès.

Couverture en métal d’un carnet utilisé par Edmond Duret vers 1907.
Ces moissonneuses américaines Mac Cormick restaient rarissimes en
Haute-Savoie : un rêve de modernité… Ce carnet a peut-être été
offert par un grossiste à la mère d’Edmond qui tenait une épicerie.
19
Le bourg de Saint-Julien-en-Genevois gouverne une
circonscription républicaine et radicale, situation
inattendue dans un département que l’on imagine habituellement
comme totalement conservateur et clérical. Aux législatives
de 1898 les trois candidats républicains parmi lesquels le
vainqueur Fernand David obtiennent 65 %. En 1902,
1906, 1910 et 1914 F. David est facilement réélu. Quant à
Dingy, son église avait brûlé à la Révolution et l’on avait
supprimé la paroisse. Cela explique peut-être l’absence de
références religieuses dans les lettres d’Edmond.
Toutefois si le canton de Saint-Julien votait radical il ne
faudrait pas en conclure que le catholicisme avait disparu.
Je trouve dans la maison d’enfance d’Edmond des
certificats de baptême, plusieurs chapelets, des missels, des
images pieuses, quelques numéros de la revue Le Pèlerin.
Appartenaient-ils à sa mère, sa grand-mère, sa tante ?
La mère du soldat Edmond, Joséphine Tremblet
(18691946), travaille d’abord comme couturière à domicile. En
1892 elle épouse Marie-François Duret, un gendarme
originaire de Raclaz (Dingy) qui travaille à Annemasse.
Lorsqu’en 1894 celui-ci meurt accidentellement, elle ouvre
une épicerie à Dingy. Son statut de veuve de militaire (de
gendarme) lui permet d’y ajouter une activité de buraliste
(tabac, timbres).
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