Chemins de traverse

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Le chemin de traverse nous détourne des grands axes, il peut être plus direct, mais semé d'embûches. Et "quand tout va de travers" émerge l'idée de non-conformité au regard de ce qui devait être. Ce numéro explore ces chemins improbables, s'attarde sur des situations "exceptionnelles" ou "atypiques". L'exception ou l'atypicité renvoie à la norme tout en manifestant leur intention de ne pas s'y laisser enfermer.
Publié le : mercredi 1 janvier 2014
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EAN13 : 9782336336718
Nombre de pages : 174
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00380_couv.indd 1 n° 00380 - pel. BR. -format : 210x210, dos=10 mm 20/01/2014 15:35:20 CHEMINS DE FORMATION
au fil du temps…
Chemins de traverse
Intelligence de l’improbable

Chemins de formation.indd 1 15/01/2014 10:04:19Chemins de formation
au fl du temps…
COMITÉ SCIENTIFIQUEISSN : 0760-0070 – ISBN : 978-2-343-02638-1
Édité par
Éditions L’Harmattan Mesdames et messieurs les professeurs
5-7 rue de l’École Polytechnique 75005 Paris
• Au plan international
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Mireille CifaIi (psychologie et sciences de l’éducation, Genève, 2 bis boulevard Léon-Bureau B.P. 96228
Suisse), Olga Czerniawska (théorie de l’éducation, Lodz, Pologne), 44262 Nantes Cedex
Guy De Villers (psychanalyse, Louvain, Belgique), Pierre Dominicé Tél. : 02 72 64 88 63
(sciences de l’éducation, Genève, Suisse), Ettore Gelpi (politique
Université Catholique de l’Ouest internationale et formation des adultes, Italie, 1933-2002), Makoto
3 place André-Leroy Suemoto (sciences de l’éducation, Kobe, Japon).
BP 10808 49008 Angers Cedex 01
• Au plan national, en dehors des sciences de
Direction scientifique l’éducation
de la publication Boris Cyrulnik (neurologie, psychiatrie, éthologie clinique), David
Le Breton (sociologie), Jean-Louis Le Moigne (sciences des systèmes), Martine Lani-Bayle
Jacques Lévine (psychanalyse, 1923-2008), Edgar Morin (sociologie), www.lanibayle.com /
Jacques Nimier (mathématiques et psychologie clinique).martine.lani-bayle@univ-nantes.fr
Bertrand Bergier • Au plan national, en sciences de l’éducation
bertrand.bergier@uco.fr Jacques Ardoino, Hélène Bézille, Françoise Cros, Nelly Leselbaum,
Philippe Meirieu, Gaston Pineau, André de Peretti.
Comité de rédaction
• De l’université de NantesUniversité Catholique de l’Ouest
Daniel Briolet (lettres, 1933-2003), Agnès Florin (psychologie du dé-Département Sciences humaines et sociales
veloppement), Philippe Forest (lettres), Olga Galatanu (linguistique), BP 10808 49008 Angers Cedex 01
Catherine Sellenet (sciences de l’éducation).
Université de Nantes
Département des Sciences de l’éducation
CREN axe 4
BP 81227, 44312 Nantes Cedex 3
Crédits illustrations
photographies : Mickaël Bernard [UCO]
œuvres de Richard Rak [p. 102 et 144]
Chemins de formation.indd 2 15/01/2014 10:04:20 TABLE DES MATIÈRES
Éditorial « Je vais bien… Je change de travail »
Bertrand Bergier .................................................................... 5 Laurence Cocandeau-Bellanger et Julie Rouzier ..................59
Se saisir du présent pour cristalliser l’improbable
Eddy Supeno et Sylvain Bourdon ........................................67
dossier : Chemins de traVerse
Réflexion théorique sur la question du refus de la INTELLIGENCE DE L’IMPROBABLE
technique
Feirouz Boudokhane-Lima ..................................................73
1 – fondements
Un regard philosophique sur l’exception
3 – PRATIQUE INTERROGÉEPierre-Jean Haution .............................................................11
Des chemins de traverse en formation professionnelle Quel est le sens de la revendication d’un
continue : les exemples de Marie et de Martine…parcours professionnel atypique ?
Nathalie Roekens.................................................................81Agnès Catherine Alliot-Allamand ......................................17
L’initiative individuelle en éducation et formation : Étudier l’improbable
une posture face à l’improbable ?Bertrand Bergier et Alain Bihan-Poudec .............................23
Clarisse Faria-Fortecoëf et Paula Guimarães .....................89
2 – reCherChe Les expériences affectives formatrices des éducateurs
en rapport avec le Sertão semi-aride au Brésil
Réinventer sa vie professionnelle pour ne pas
Karla Patrícia Martins Ferreira
en mourir
et Henrique Sérgio Beltrão de Castro ..................................95
Jean-Yves Robin ...................................................................31
Quand l’exception devient objet de recherche :
Se développer entre épreuves instituées et
handicap et réussite universitaire
épreuves de la vie : le cas des stages
Dominique Mabon ..............................................................103
d’enseignants en entreprise
Sylvain Starck et Julie Deville .............................................37 Les candidats au DAEU : qui sont-ils ? D’où
viennent-ils ? Que veulent-ils ? Où vont-ils ?
Au-delà des logiques dominantes. Histoires
Sandoss Ben Abid-Zarrouk ..............................................109
d’itinéraires en rupture
Letitia Trifanescu ..................................................................45 De la pensée sans langage à la réforme de la pensée
Alain Mouchès ...................................................................117
Ce que les couples à hypogamie féminine
Moi, nous sommesnous disent du genre
Kalliopi Papadopoulos ........................................................123Yvonne Guichard-Claudic et Armelle Testenoire ................53
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L’école de la rue
Manuela Braud ..................................................................131
En passant par le cirque, rencontre de
l’improbable
Corinne Covez ....................................................................137
4 – AUTREMENT
Observer l’improbable pour un enseignement
plus équitable – Des « héritiers » en échec scolaire
(G. Henri-Panabière, Éd. La Dispute, 2010)
Jean-Yves Séradin ...............................................................145
Parcours singuliers de deux professeur(e)s
des écoles débutant(e)s : influences,
expériences et réussites avec les élèves
Sabine Thorel .....................................................................151
5 – LECTURES / DÉCOUVERTES
Ouvrages .........................................................................161
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ÉDITORIAL

e chemin de traverse nous détourne des grands axes. n’a pas de type déterminé. L’atypique se soustrait plus ou LIl peut s’avérer « plus direct que la grande route », moins au compréhensible, nous emmène, selon l’angle de
mais encombré, semé d’embûches ; les traverses désignant vue considéré, dans le différent ou dans l’ailleurs. Les valeurs
alors des obstacles. « Quand tout va de travers ». Émerge atypiques peuvent apparaître si étranges qu’elles laissent le
l’idée de non-conformité au regard de ce qui devrait être. En chercheur sans voix. Dans la logique de la différenciation,
ancien français, « travers » évoque la rareté : « travers en ce parce qu’il se conçoit en comparaison au type, l’atypique
sens ». Ce numéro 18 de la revue explore ces chemins impro- suppose l’autre. L’autre est là pour mieux lui permettre de
bables, s’attarde sur ces situations ou trajectoires qui, quali- créer et faire valoir sa différence. Dans la logique de l’ailleurs,
fées « d’exceptionnelles » ou « d’atypiques », demeurent une l’atypique part de ses singularités, les expose et les promeut,
manière d’interroger la règle, de lire autrement le typique. car ce sont elles qui le constituent. L’autre est mis à distance.
L’exception et l’atypicité renvoient à la norme tout en mani- Les chemins de traverse sont des chemins de rupture
festant leur intention de ne pas s’y laisser enfermer. avec les prescriptions sociétales de reproduction, avec une
Haution et Allamand nous permettent d’interroger ces histoire collective, avec des standards sociaux mais aussi
notions. Le premier s’intéresse à la fois à la rareté et à ce qui techniques, insiste Feirouz Boudokhane-Lima. Jean-Yves
échappe à la règle, à l’exception qui suppose l’existence et la Robin confère une force illustrative à ces propos en suivant
reconnaissance d’un ordre préalable, qu’elle transgresse. La des cadres s’aventurant hors des frontières de leur famille
seconde inscrit sa réfexion sur l’atypicité dans un espace de professionnelle d’appartenance. Ces diplômés de
l’enseitension entre différence (qui enferme mais intègre) et singula- gnement supérieur délaissent une carrière brillante pour
rité (qui grandit mais isole). L’usage de l’adjectif « atypique », s’exprimer enfn à la première personne, retrouver ainsi une
longtemps cantonné à la sphère médicale, qualifait des certaine liberté et, d’une certaine manière, « se retrouver ».
maladies périodiques et surtout des symptômes imprévi- Ces chemins qui les conduisent à préparer, par exemple, des
sibles laissant le corps médical désarmé. Cette impuissance CAP (certifcat d’aptitude professionnelle) pour devenir
artifait écho au « a » privatif de atypique. Est « atypique », ce qui sans, ne sont pas aisés. Ces défs existentiels autorisant une
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prise de pouvoir sur soi nécessitent bien des renoncements, milieu social, il s’agit de considérer la lecture de l’improbable
sont à l’origine de réaménagements identitaires. comme une invitation à ne pas faire du genre ou de l’origine
sociale un destin.Ces chemins de traverse peuvent s’avérer éprouvants. Et
c’est bien cette mise à l’épreuve qu’étudient Sylvain Starck L’engagement dans ces chemins de traverse fait souvent
et Julie Deville. Ils s’intéressent à la manière dont les ensei- suite à des incidents de parcours, à une « remise à zéro »
gnants, confrontés à des stages longs en entreprise, loin qui, pour Alain Mouchès sera cérébrale, à un ou des
événedes standards de la formation enseignante et des routines ments faisant avènement, produisant une déconstruction du
professionnelles, « s’exposent » et « s’engagent » dans cette quotidien et acculant à penser autrement l’itinéraire, voire
épreuve au travers de laquelle se construit leur identité et à repenser sa vie en profondeur comme le montre Kalliopi
sont mis au travail expériences et professionnalité. Sabine Papadopoulos. Pour les étudier, Nathalie Roekens
mobiThorel étudie, pour sa part, cet engagement à travers l’entrée lise les récits de vie. Il s’agit de donner toute sa place à la
dans le métier de deux professeurs des écoles que rien ne « petite histoire », à l’histoire singulière des personnes, seule
prédestinait à une telle orientation. capable d’expliquer les parcours atypiques auxquels elle
est confrontée dans le cadre de sa pratique de chargée de Emprunter de tels parcours déstabilise parfois fortement
cours au CUEEP de Lille. Clarisse Faria-Fortecoëf et Paula les individus qui prennent alors le risque de ne pas sortir
vainGuimarães ont aussi recours aux récits, autobiographiques queur de l’épreuve. Corinne Covez illustre cette prise de risque
cette fois, pour comprendre comment des individus dans un en retraçant l’errance de Mandoline endossant et assumant
contexte d’immigration, se saisissent des dispositifs d’édu-une posture pour le moins inattendue, celle de clown.
cation et de formation et mettent en place une stratégie Letitia Trifanescu conjugue à sa façon errance et prise
d’apprentissage et d’autoformation tout au long de la vie, de risque, en analysant les parcours des femmes migrantes,
en rupture avec ce qui pouvait être tenu comme probable.précaires, originaires d’Afrique du Nord et subsahariennes,
Mais l’engagement dans les chemins de traverse ne ren-demandeuses d’asile ou en attente d’un titre de séjour.
voie pas nécessairement en amont à des crises existentielles ou Confrontées à des mariages forcés, elles ont fait le choix
professionnelles. Ainsi Laurence Cocandeau et Julie Rouzier d’une rupture radicale avec le passé, avec la continuité
transétudient ces reconversions professionnelles d’hommes et de générationnelle.
femmes qui se disent satisfaits de leur précédente activité.Le refus du socialement prescrit, lié à la condition féminine,
Alors que nombre de jeunes adultes non diplômés du secon-est également à l’œuvre dans l’article de Yvonne
Guicharddaire peinent à s’extraire de conditions de vie pénibles et insa-Claudic et Armelle Testenoire. Les couples hétérosexuels où
tisfaisantes, certains arrivent à surmonter ou à contourner les la femme occupe une position supérieure à celle de l’homme,
diffcultés pour déboucher, malgré l’adversité, sur un parcours situation qualifée d’hypogamie féminine, sont socialement
d’insertion prometteur. Eddy Supeno et Sylvain Bourdon pro-peu probables. Ils dérogent, en effet, à la double logique de
posent d’articuler les contributions théoriques des approches l’homogamie sociale et de la hiérarchie de genre. Pour autant,
centrées sur les parcours de vie et sur les bifurcations biogra-la supériorité féminine par le diplôme n’a pas nécessairement
phiques à l’interactionnisme meadien pour mieux saisir comment d’équivalence au niveau professionnel, et n’entraîne pas
systés’opèrent et se cristallisent ces changements imprévisibles. matiquement un partage plus équitable du travail domestique.
Le caractère novateur de telles dynamiques conjugales ne se Nous retrouvons ce rapport d’étonnement dans l’article
joue pas à l’échelle d’une seule génération. de Karla Patricia Martins Ferreira, dans celui de Manuela
Braud ou encore dans celui de Dominique Mabon. La pre-Sans négliger les apprentissages sociaux liés au genre
mière, issue d’une famille pauvre de la région du Nordeste ou, comme s’y emploie Jean-Yves Serradin, ceux liés au
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au Brésil, promise à une scolarité courte, est devenue
chercheuse. La deuxième retrace le parcours et les
stratégies déployés par un trentenaire originaire d’un
quartier populaire, ayant emprunté des chemins déviants,
devenu homme d’affaires. La troisième se penche sur
les parcours de ces jeunes handicapés infrmes moteurs
cérébraux accédant à l’enseignement supérieur et validant
des études au long cours. Sandoss Ben Abid-Zarrouk lui
emboîte le pas en s’intéressant au public fréquentant un
des chemins de traverse menant à l’enseignement
supérieur et permettant de relancer des carrières scolaires.
La thématique des « chemins de traverse » aiguise
la curiosité du chercheur en sciences sociales. Les «
éléments statistiquement négligeables », les « phénomènes
aberrants » semblent ne pas offrir de prises théoriques
et méthodologiques. L’improbabilité qui caractérise ces
situations ou encore ces trajectoires « hors du
commun », incite à leur assigner un statut épistémologique,
voire ontologique, autre. À objet d’étude extraordinaire,
raisonnement et investigation extraordinaires. Tout se
passe comme si l’exception appelait une modélisation
elle-même exceptionnelle, évacuait d’entrée le banal.
Nous proposons, au contraire, en nous aventurant sur
les terrains empiriques des « irrégularités » de ne pas
céder à l’illusion héroïque ou à la tentation de l’exception
méthodologique ; c’est-à-dire à ne pas renoncer aux
instruments intellectuels et outils de production et d’analyse
des données classiquement mobilisés en sciences sociales
et humaines. Cette exigence de continuité est sans doute
une condition pour comprendre précisément ce que les
situations et trajectoires que nous appréhendons comme
« sortant de l’ordinaire » (social, économique, culturel…)
ont éventuellement de particulier. Il convient au fond, et
pour le dire autrement, de prendre les moyens d’étudier
les régularités des « irrégularités », le typique de
l’atypicité, et inversement, de se demander si l’atypique
d’aujourd’hui ne charrie pas le typique d’hier ou ne contient
pas en germe le typique de demain.
Bertrand BERGIER
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1- FONDEMENTS

Chemins de formation.indd 9 15/01/2014 10:04:22Chemins de formation.indd 10 15/01/2014 10:04:251- FONDEMENTS
Pierre-Jean HAUTION

1- FONDEMENTS

UN REGARD PHILOSOPHIQUE SUR L’ExCEPTION

Résumé : L’exception désigne aussi bien ce qui est rare que ce qui n’obéit pas à la règle. En ce sens, elle est autant
un fait qu’une valeur. En tant que réalité, elle suppose l’existence et la reconnaissance d’un ordre préalable, qu’elle
transgresse, cet ordre n’étant pas l’ordre naturel, qui n’autorise pas d’exception, mais l’ordre culturel et normé. En tant que
valeur, il convient de reconnaître l’utilité de l’exception, dans la mesure où elle permet à la fois le progrès de la
connaissance et le progrès social.
Mots-clés : exception, règle, valeur, nature, progrès.
Abstract: The exception refers to both what is rare and what does not obey the rule. In this sense, it is as much a fact as a value. As
a fact, the exception assumes the existence and recognition of a prior order which it transgresses, the latter being not the natural order which
does not allow any exception, but the cultural order based on the rule. As a value, the exception allows both the advancement of knowledge
and social progress, so that we must recognize its utility.
Keywords: exception, rule, value, nature, progress.
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on exclut un cas d’une règle ou d’une formule générale qui INTRODUCTION
lui serait applicable » (Lalande, 2010, p. 315). L’exception Qu’elle soit culturelle, juridique, sociale ou grammaticale,
est donc d’abord un processus, un acte : celui d’excepter, qu’il s’agisse de l’admirer ou de la stigmatiser, qu’il faille la
c’est-à-dire d’extraire, d’exclure ; elle est ensuite le produit défendre pour la préserver ou la combattre pour l’éradiquer,
de cet acte, le cas lui-même qui est exclu. Elle constitue ainsi l’exception ne peut laisser indifférent : elle est autant
rejeune mise à l’écart ou une mise à part : elle est enlevée ou tée qu’elle fascine. Pourtant, alors qu’elle attise la curiosité,
extraite d’un ensemble (une collection d’éléments) auquel l’exception apparaît la plupart du temps incomprise.
elle s’oppose, ce que confrment les différentes acceptions Qu’est-ce en effet que l’exception ? À son sujet, Gustave
communément admises du terme. L’exception est en effet Flaubert notait avec humour dans son Dictionnaire des idées
ce qui est en dehors du général, ce qui est hors du com-reçues : « EXCEPTION. – Dites qu’elle confrme la règle.
mun, ce qui n’est pas courant ; l’exceptionnel renvoie alors Ne vous risquez pas à expliquer comment ». Quoique feint,
à l’extraordinaire, le spécial, le rare, le remarquable, l’inhabi-l’embarras de Flaubert n’en traduit pas moins la diffculté
tuel, l’inattendu, etc. C’est en ce sens que l’exception peut qu’il y a à rendre compte de l’exception, car comment la
désigner une personne qui ne ressemble à aucune autre (un connaître si, comme le dit Aristote « il n’y a de science que
« homme d’exception »), qui apparaît rare, voire unique. Mais du général », et si l’exception est celle-là même qui s’oppose
l’exception est aussi, et surtout, ce qui n’est pas soumis à la à la généralité, s’inscrivant par nature dans le particulier,
règle, ce qui est hors de la loi commune. On parlera alors voire le singulier ? Pourtant, il y a bel et bien des exceptions,
d’anomalie, d’anormalité, de singularité. L’exception est ce de sorte qu’il doit être possible de ramener cette pluralité à
qui est hors norme, voire contre-nature, monstrueux, ce l’unité, et donc de défnir l’exception, expliquant ainsi
comqui répugne à l’ordre des choses. Deux caractères essentiels ment elle confrme la règle. Plus ardue semble en revanche
de l’exception nous apparaissent donc : sa rareté, et le fait la question de son existence : l’exception existe-t-elle en soi,
qu’elle est « hors la loi ».ou n’est-elle que le produit du regard que nous portons sur
En effet, l’exception se singularise dans la mesure où elle la réalité ? Par ailleurs, parce que l’exception relève à la fois
entre en confit avec une règle, à laquelle elle n’obéit pas. de l’être et du devoir-être, elle peut être utilisée, voire
maniC’est bien ainsi qu’il faut comprendre l’expression : « C’est pulée. L’exception est-elle utile ou dangereuse ?
l’exception qui confrme la règle ». Bien entendu, cela ne Il s’agira tout d’abord de défnir l’exception,
d’explisignife pas que l’exception soit la règle, ce qui serait absurde, quer ce qu’elle est et, plus précisément, d’expliciter ce que
mais bien plutôt qu’elle dévoile l’existence d’une règle, sans recouvre le terme. Cette mise en lumière nous amènera
pour autant la remettre en cause. Comme l’explicitait déjà le ensuite à nous demander s’il existe réellement quelque chose
Littré : « L’exception confrme la règle, c’est-à-dire l’excep-comme l’exception ou si, au contraire, elle n’est que le
pro1tion, manifestant la règle, la constate » . Sans règle, il ne duit de notre esprit. Enfn, il nous faudra interroger l’utilité
peut y avoir d’exception, car il n’existe alors rien dont on de l’exception, autant d’un point de vue épistémologique
pourrait excepter une chose. Mais inversement, là où il n’y a que d’un point de vue moral et politique.
pas d’exception, il n’y a pas de règle ou, plus exactement, il
n’est nul besoin d’énoncer une règle puisqu’elle est toujours LA DUALITÉ DE L’ExCEPTION
suivie, qu’elle va de soi. La violation de la règle doit être
posLe mot « exception » vient du latin exceptio, et du verbe
sible pour que la règle ait une raison d’être, mais elle doit rester excipere, qui signife retirer à tout instant, prendre hors de.
exceptionnelle pour que la règle garde sa valeur, à savoir son Comme l’indique André Lalande dans son Vocabulaire
techcaractère normatif. Il n’en demeure pas moins que l’exception nique et critique de la philosophie, « l’exception est l’acte par lequel
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Pierre-Jean HAUTION
implique une transgression. Toutefois, cette transgres- l’implique comme son contraire (l’exception est donc
sion peut aussi bien être de fait que de droit, de sorte bien contre-nature), à la fois comme violation de la loi,
qu’apparaît une nouvelle dualité de l’exception. et comme rareté. Explicitant la polysémie du concept de
nature, il met en place une triple opposition :D’une part, l’exception relève de l’ordre du fait,
de l’être. C’est un état de choses, produit d’une simple 1. La nature est ce qui s’oppose au miraculeux (« Un
observation, d’un pur constat. Ainsi conçue, l’exception miracle est une violation des lois de la nature » écrit Hume
ne dérive que d’un jugement entendu comme simple dans son Enquête sur l’entendement humain, 1983, p. 188).
appréciation, comparaison. 2. La nature est ce qui s’oppose au rare, à l’inhabituel.
D’autre part, l’exception relève de l’ordre du droit, 3. La nature est ce qui s’oppose à l’artifce.
de ce qui peut (a le droit) ou doit être ; elle résulte alors Cependant, le point de vue de Hume se fonde sur
d’une décision, et manifeste une liberté, qu’il s’agisse de un rejet de la causalité et du déterminisme des lois de
la liberté de celui qui autorise l’exception (par exemple le la nature, qui va à l’encontre des présupposés de la
législateur) ou de celui qui transgresse la règle. science moderne, triomphante à son époque. Avec
celleLe problème proprement philosophique auquel nous ci, nous assistons en effet à une unifcation des lois de
confronte l’exception est ce glissement qui s’opère du la nature, qui implique une universalisation. Il n’y a plus
jugement de fait, de ce qui est n’est pas accepté (l’excepté), deux ordres de phénomènes, mais un seul. De plus, la
au jugement de valeur sur ce qui n’est pas acceptable. Inac- science moderne est déterministe et postule l’uniformité
ceptable, intolérable, l’exception est alors ce que nous du cours de la nature (fondée sur le principe de
causavoulons voir disparaître. Néanmoins, avant de nous lité, selon lequel il ne peut y avoir d’effet sans cause et
confronter à ce problème, nous devons nous demander les mêmes causes produisent toujours les mêmes effets).
si l’exception telle que nous l’avons défnie existe réel- Dès lors, il n’y a plus d’espace hors de l’ensemble des lois
lement. L’exception possède-t-elle une existence en soi de la nature. Quelle place reste-t-il alors à l’exceptionnel ?
ou bien n’existe-t-elle que pour nous, c’est-à-dire relative- L’exemple du miracle, tel qu’il est traité par Spinoza,
perment à notre manière d’appréhender le monde ? met de répondre à cette question.
Pour le philosophe hollandais, le miracle n’existe pas
À QUELLES CONDITIONS L’ExCEPTION à proprement parler. Tout effet suppose une cause, et le
EST-ELLE POSSIBLE ? déterminisme spinoziste implique que chaque événement
Pour que l’exception existe, il faut qu’existent une soit strictement déterminé. Par conséquent, un miracle
norme ou un ordre préalable, un comportement de trans- n’est en rien un événement surnaturel. Il consiste
seulegression à leur égard, et un processus de reconnaissance ment en une manifestation pour laquelle nous ne
posséde cette transgression. Nous avons auparavant employé dons encore aucune explication, c’est-à-dire dont nous
le terme « contre-nature » pour parler de l’exception. De n’avons pas pu encore déterminer la cause effciente. Pour
même, nous nous sommes servis des notions de mons- Spinoza, « il n’arrive rien dans la Nature qui contredise à
truosité ou d’anormalité. Or peut-il réellement exister ses lois universelles ; ou même qui ne s’accorde avec ses
quelque chose comme le contre-nature, le monstrueux ou lois ou n’en soit une conséquence » (Spinoza, 1965,
l’anormal ? p. 119), c’est pourquoi « le nom de miracle ne peut
Dans son Traité de la nature humaine (Hume, 1993, s’entendre que par rapport aux opinions des hommes
p. 70-72), Hume montre que l’idée de nature, non et signife tout uniment un ouvrage dont nous ne
pouseulement ne réfute pas la possibilité de l’exception mais vons assigner la cause par l’exemple d’une autre chose
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accoutumée, ou que du moins ne peut expliquer l’auteur En effet, si à la suite de Claude Lévi-Strauss, nous
consirelatant le miracle » (idem, p. 120). Deux siècles plus tard, le dérons que l’universalité est le critère de la nature, tandis
grand physiologiste Claude Bernard, fervent défenseur lui que la culture est fondée sur la norme (« Partout où la règle
aussi du déterminisme, ne dira pas autre chose : se manifeste, nous savons avec certitude être à l’étage de la
culture » (Lévi-Strauss, 1971, p. 9) et relève du particulier, Le mot d’exception est antiscientifique ; en effet, dès que les lois
nous devons en conclure que seule la culture peut souf-sont connues, il ne saurait y avoir d’exception, et cette expression,
frir l’exception. Le domaine humain est le domaine de la comme tant d’autres, ne sert qu’à nous permettre de parler de
convention, de l’institution, autrement dit de la règle, dans sa choses dont nous ignorons le déterminisme. (Claude Bernard,
double dimension constative et normative, ce que confrme 1984, p. 111)
la sociologie dans la mesure où le sociologue essaie d’établir
En défnitive, toute connaissance repose sur la recon- des lois, des régularités. C’est ainsi qu’est mis au jour le
déternaissance du déterminisme à l’œuvre dans la nature, lequel minisme social stigmatisé par Pierre Bourdieu. Par exemple, en
s’inscrit dans des lois naturelles. Or, il n’est pas possible de matière de réussite scolaire ou sociale, on peut légitimement
transgresser ces lois (il ne saurait donc y avoir de miracle parler de « reproduction sociale ».
ou d’exception dans la Nature), et ce qui nous apparaît tel
Cependant, ce déterminisme n’est pas un «
détermiest la conséquence d’un défaut de connaissance. L’exception
nisme mécanique » ou « absolu » : c’est un déterminisme
relève donc du paraître, et non de l’être. Faut-il, dès lors, nier
« statistique » (on observe des corrélations statistiques) ou
l’existence de l’exception et invalider son idée même ?
« relatif ». Pour improbables qu’ils soient, des parcours
En vérité, l’exception ne se défnit pas vis-à-vis de la professionnels, familiaux, scolaires semblent défer les
loi, entendue comme loi naturelle ou scientifque, mais tou- logiques de reproduction : alors que leurs pères étaient
jours vis-à-vis de la loi entendue comme règle ou norme. Or, ouvriers, certains individus parviennent à connaître une
tandis qu’il n’est pas possible de transgresser la première ascension sociale en l’espace d’une génération (il n’est
(pensée à l’origine comme instituée par Dieu, à la volonté donc pas impossible à un enfant issu des classes populaires
duquel on ne peut se soustraire), les secondes impliquent d’accéder à des situations scolaires-sociales prestigieuses).
la possibilité d’une violation. Plus exactement, elles sup- Toutefois, il s’agit bel et bien de « destins d’exception », qui
posent une forme de contingence, ou de liberté, qui per- ont nécessité, selon les propres termes de Bourdieu, une
mettent l’exception. « suite ininterrompue de miracles et d’efforts » (Bourdieu,
Dans La structure du comportement, Merleau-Ponty écrit que « les 2006, p. 38).
structures inorganiques se laissent exprimer par une loi, au lieu que Quoiqu’il en soit, la connaissance des déterminismes
les structures organiques ne se comprennent que par une norme » qui traversent la société est, pour Bourdieu, un moyen
(Merleau-Ponty, 1990, p. 161). Il affrme ainsi qu’existent deux d’échapper (tout au moins en partie) à ces déterminismes.
ordres de phénomènes : les phénomènes physico-chimiques, Autrement dit, la connaissance de la nécessité rend
posqui obéissent à des lois et ne souffrent aucune exception, et les sible la liberté réelle. C’est en sachant que la flle d’ouvrier
phénomènes biologiques, qui sont sujets à la normalité, et donc à qui intègre l’École Polytechnique est une exception, qu’il
l’approximation. Seuls ces derniers laisseraient place à l’exception, est possible de mettre en place une politique destinée à
à l’anormal, au monstrueux, à l’inhabituel, etc. Toutefois, plus faciliter l’accès des enfants issus des classes populaires aux
encore que les phénomènes biologiques, qui restent des phéno- Grandes Écoles. Le sociologue ne se contente pas
d’enmènes naturels, ce sont les phénomènes culturels qui constituent registrer des régularités statistiques, des déterminismes
le lieu d’élection de l’exception. sociaux. Il s’agit ensuite de les combattre. Par conséquent,
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Pierre-Jean HAUTION
étudier, et plus généralement penser l’exception, n’a pas que cette dernière est suivie, respectée, ce qui fait de
l’excepqu’un intérêt théorique. tion un élément différenciateur, parfois voulu comme tel.
Voilà ce qui donne sa véritable valeur à l’exception.
VALEUR DE L’ExCEPTION Dans ses Règles de la méthode sociologique, Durkheim
Il existe indéniablement un caractère heuristique de défnit le crime comme quelque chose de normal et ce
l’exception : une fois circonscrite et étudiée, elle permet de pour deux raisons. « En premier lieu, écrit-il, le crime
comprendre plus aisément ce qui relève de la règle ou de la est normal parce qu’une société qui en serait exempte
loi commune, comme le montre l’exemple de la biologie. est tout à fait impossible » (Durkheim, 1996, p. 67). Les
sociétés humaines étant ce qu’elles sont, il est néces-Pour Claude Bernard, il existe deux manières de
pratisaire qu’y surviennent ce que les hommes qualifent de quer la physiologie. Soit en étudiant les relations que l’être
« crimes ». C’est dire qu’en matière de criminalité, aucune vivant entretient avec son milieu extérieur, sous formes
société humaine ne fait exception, car le crime est une d’actions et de réactions, soit en analysant les états
pathonécessité sociologique au sens strict : il ne peut pas ne pas logiques du vivant. En d’autres termes, afn de comprendre
être. Toutefois, de cette nécessité purement ontologique, l’état normal de l’organisme, les règles de son bon
fonctionDurkheim passe à une nécessité d’ordre moral et poli-nement, il faut avant tout comprendre ses états morbides.
tique : le crime est en effet un besoin social.À strictement parler, comme nous l’avons vu plus haut, le
phénomène pathologique ne constitue pas, pour Claude Le crime est [...] nécessaire ; il est lié aux conditions
fonBernard, une exception. Toutefois, nous pouvons dire que la damentales de toute vie sociale, mais, par cela même, il
maladie est exceptionnelle, à la fois parce qu’elle doit être est utile ; car ces conditions dont il est solidaire sont
ellesrare et qu’elle renvoie à une norme. En effet, est en bonne mêmes indispensables à l’évolution normale de la morale et
santé, non pas à un instant précis, mais de manière générale, du droit. (Durkheim, 1996, p. 70)
celui pour qui la maladie est exception, c’est-à-dire
inhabiSelon Durkheim, pour qu’une société puisse évoluer
tuelle. Mais la maladie est exceptionnelle aussi parce qu’elle
et ne reste pas fgée, il faut que l’originalité individuelle
est opposition à l’état de santé, état normal qui, par
défnipuisse se faire jour et par conséquent que l’exception
tion, traduit l’existence d’une norme.
existe, qu’il s’agisse de « l’idéaliste qui rêve de dépasser
Nous avons donc affaire à une réfexion sur ce qui son siècle » ou du « criminel ». Mais plus encore,
l’excepsort de la norme ; l’exception permet d’obtenir un savoir tion criminelle est utile directement. Socrate, par exemple,
positif sur ce qui apparaît comme la normalité organique. fut condamné justement (dans le respect de la légalité)
Les « lois physiologiques » sont déduites de l’étude de par le droit athénien. En tant que tel, il fut criminel, mais
l’exception : là encore, l’exception confrme la règle. Pour son crime, l’indépendance de la pensée, qui faisait alors
comprendre l’ordinaire, il faut regarder non pas l’ordi- exception, était utile « non seulement à l’humanité, mais à
naire, mais la différence (de même que pour comprendre sa patrie ». Le pouvoir de l’exception c’est donc sa valeur
la différence, il faut regarder l’ordinaire). d’exemple, que cet exemple soit positif ou négatif. C’est
Certes, le pouvoir de normalisation de la règle est un pourquoi il y a toujours un moment où il est préférable
pouvoir d’homogénéisation, laquelle tend à faire disparaître non pas d’ignorer la règle (Socrate témoigne lui-même
l’exception, défnie comme hétérogénéité. Mais en même de sa pleine connaissance des lois athéniennes), mais
temps, et paradoxalement, la normalisation individualise, car d’adopter une règle contraire. Finalement, si l’exception
c’est elle qui permet de mesurer les écarts. L’exception, dans dérange d’abord, en remettant en cause l’ordre établi, les
son opposition à la règle, est donc d’autant plus frappante
CHEMINS DE TRAVERSE | INTELLIGENCE DE L’IMPROBABLE 15
Chemins de formation.indd 15 15/01/2014 10:04:26Chemins de formation au fl du temps...
habitudes, elle engendre ensuite le progrès social en deve- pourrions appeler un « formatage » des opinions ou des
comnant la règle. portements, il est peut-être bon de rendre à l’exception son
statut tout ambigu, à la fois source de défance et d’admiration.Dans le Gai savoir, Friedrich Nietzsche mettait en garde
contre une exception qui deviendrait la règle. Se rangeant
Pierre-Jean HAUTIONparmi les artistes et les poètes, qui incarnent la folie opposée
Professeur agrégé de philosophie,à la norme rationnelle des « vertueux intellectuels », il
oppoenseignant à Troyes dans l’Académie de Reims, sait la médiocrité de la norme, au danger et à la séduction des
en classes préparatoires scientifiques et économiqueshommes d’exception. Il écrivait alors :
Nous autres sommes l’exception et le danger – nous autres
NOtESavons éternellement besoin de nous défendre ! – or, il y a
certai1 La forme complète de l’adage est d’origine juridique : « Exceptio nement quelque chose à dire en faveur de l’exception, pourvu
firmat regulam in casibus non exceptis [l’exception confrme la règle à qu’elle ne veuille jamais devenir la règle. (Nietzsche, 1982,
l’égard des cas qui ne sont pas exceptés] ». En excluant, on reconnaît p. 104-105)
le principe ou la formule générale à laquelle on se prétend en droit
de déroger.En vérité, il y a assurément « quelque chose à dire en
faveur de l’exception ». Toutefois, là où Nietzsche
l’aristocrate se trompe, c’est qu’il n’y a pas à redouter que l’excep- BIBLIOGRAPHIE
tion devienne la règle, car alors, ce n’est que pour mieux BERNARD, C. (1984), Introduction à l’étude de la médecine
expédonner lieu à de nouvelles exceptions. rimentale [1865], Paris, Éd. Champs.
BOURDIEU, P. (2006), Les héritiers, Paris, Éditions de Minuit.CONCLUSION, P. (2011), « Le sociologue en question », in Il semble dans la nature de l’exception d’être
incomQuestions de sociologie, Paris, Éditions de Minuit.prise. Incomprise en ce sens qu’elle s’extrait d’un
ensemble, d’un ordre, d’une règle, qu’elle en est exclue. HUME, D. (1983), Enquête sur l’entendement humain, Paris,
Mais incomprise aussi en ce sens qu’elle refuse toute Éd. GF-Flammarion.
explication, ou encore parce qu’elle s’oppose à un ordre HUME, D. (1993), Traité de la nature humaine [1739], Paris,
que l’on voudrait idéal. Pourtant, comprendre l’exception Éd. GF-Flammarion.
apparaît nécessaire à celui qui veut à la fois connaître et
LALANDE, A. (2010), Vocabulaire technique et critique de la
phiagir sur le monde.
losophie [1926], Paris, PUF.
Aussi en conclusion de cette réfexion, nous voudrions
LÉVI-STRAUSS, C. (1971), Les structures élémentaires de la paraphraser Durkheim et dire que, paradoxalement, l’exception
parenté [1948], Paris, Éditions Mouton.est normale. Normale car une société traversée de part en part
MERLEAU-PONTY, M. (1990), La structure du comportement par la règle ne saurait en être exempte, de sorte qu’elle apparaît
[1944], Paris, PUF, Coll. Quadrige.nécessaire. Mais aussi, et avant tout, normale parce qu’utile
socialement, dans la mesure où une société qui tenterait de réduire NIETZSCHE, F. (1982), Le gai savoir [1882], Paris, Éd.
Gall’exceptionnel, que ce soit par le haut ou par le bas, deviendrait limard, Coll. Folio Essais.
une société statique et stérile, et ne tarderait pas à disparaître. SPINOZA, B. (1965), Traité théologico-politique [1670], Paris,
C’est pourquoi dans des sociétés comme les nôtres qui, Éd. GF-Flammarion.
par le biais du tout médiatique, tendent à obtenir ce que nous
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