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Claude Simon

De
268 pages
"Avoir un père" ne suffit pas pour "être" un fils". Cet ouvrage nous dépeint Claude Simon, prix Nobel de littérature en 1985, dans sa quête du père, lequel meurt en août 1914, peu après son engagement et la naissance de son fils. Donné pour mort le 17 mai 1940 lors de la bataille des Flandres, Claude Simon suit les traces du père : le baptême du feu le projette dans les bras de son père. A partir de là, la construction romanesque nourrit la quête identitaire du fils engendrant le père : tel fils, tel père.
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Le fait d’« avoir » un père ne sufIt pas,
, pour « être » un Ils.
Pour le père comme pour le Ils, dans les mêmes lieux, tout est allé très vite. Le premier meurt quatre jours après le premier engagement, le 27 août 1914. Le second est donné pour mort au septième jour de la bataille des Flandres, le 17 mai 1940. Quand le Ils poursuivi par des tireurs allemands tombe dans un ravin, il croit creuser avec la bêche de l’histoire sa propre tombe et s’écroule, comme interloqué, dans celle de son père. Mieux que toutes les médailles, mieux que la gloire obtenue pour fait d’arme, le baptême du feu projette le Ils dans les bras de son père. À partir de là, « comme si j’étais quelqu’un », la construction romanesque nourrit la quête identitaire du Ils engendrant le père : tel Ils, tel père.
Avant même qu’il ne vienne au monde, Claude Simon, survivant à un frère aîné mort, a déjà raté sa naissance. Dans la réinvention permanente de ce que fut le désastre de la guerre, s’il rate sa mort c’est pour lui une seconde chance.
Freud : un cas d’identiIcation à l’agresseur La folie de Marguerite, Marguerite Duras et sa mère Aimer Duras, Marguerite aux semelles d’eau et de vent
Christian Jouvenot
CLAUDE SIMON
L’identification au père inconnu
Espaces théoriques
CLAUDE SIMON s u r v i v a n t à u n m a s s a c r e e n m a i 1 9 4 0
L'IDENTIFICATION AU PÈRE INCONNU
© L’Harmattan, 2015 5-7, rue de l’Ecole polytechnique, 75005 Paris
http://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-06808-4 EAN : 9782343068084
ChristianJOUVENOTCLAUDE SIMON su r v i v a n t à u n m a s s a c r e e n m a i 1 9 4 0
L'IDENTIFICATION AU PÈRE INCONNU
L'Harmattan
Espaces théoriques Collection dirigée par Michèle Bertrand
Partout où le réel est donné à penser, les sciences de l'homme et de la société affûtent inlassablement outils méthodologiques et modèles théoriques. Pas de savoir sans construction qui l'organise, pas de construction qui n'ait sans cesse à mettre à l'épreuve sa validité. La réflexion théorique est ainsi un moment nécessaire à chacun de ces savoirs. Mais par ailleurs, leur spécialisation croissante les rend de plus en plus étrangers les uns aux autres. Or certaines questions se situent au confluent de plusieurs d'entre eux. Ces questions ne sauraient être traitées par simple juxtaposition d'études relevant de champs théoriques distincts, mais par une articulation rigoureuse et argumentée, ce qui implique la pratique accomplie, chez un auteur, de deux ou plusieurs disciplines. La collectionEspaces théoriquesa donc une orientation épistémologique. Elle propose des ouvrages qui renouvellent le champ d'un savoir en y mettant à l'épreuve des modèles validés dans d'autres disciplines, parfois éloignées, aussi bien dans le domaine des SHS, que dans celui de la biologie, des mathématiques, ou de la philosophie.
Déjà parus
Monique DECHAUX-FERBUS, Michel SCHWEICH, Cure et médiations dans le traitement des patients psychotiques, 2015. Michèle BOMPARD-PORTE, Daniel BENNEQUIN, Christian MICHEL,Or Méduse médite… Vagabondages parmi la mythologie grecque, 2013. Valérie BOUCHERAT-HUE,Handicap psychique et handicap somatopsychique, 2012. Monique DECHAUX-FERBUS,La psychothérapie psychana-lytique corporelle, 2011. Michèle BOMPARD-PORTE,Si je t’oublie, ô Babylone…, 2009. Christian JOUVENOT,La folie de Marguerite. Marguerite Duras et sa mère, 2008. Claude de TYCHEY (sous la dir.),La prévention des dépressions, 2004. Pierre Loïc PACAUT,Un culte d'exhumation des morts à Madagascar : le Famadihana. Anthropologie psychanalytique, 2003.
à mon père
Chaque fois que le monde est dit d'une façon un peu différente (que ce soit par la science ou les arts) il se transforme.
Claude Simon,à Jérôme Lindon, Lettre 14 décembre 1980.
AVANT-PROPOS
« Aujourd'hui, maman est morte. Ou peut-être hier, je ne sais pas ». Et puis ce fut le tour de mon père. Et puis celui de Claude. Mon père et lui étaient amis d'enfance, le premier né en 14 et le deuxième en 13. Ils ne se sont jamais quittés, gar-dant le fil de leur lien par une correspondance, en partie per-due, jusqu'aux derniers instants de leur vie.
J'ai rencontré Claude Simon une fois, à Paris, chez lui, Place Monge. J'accompagne mon père qui lui rend visite. Je suis jeune, j'ai une dizaine d'années, et, à part le fait que cette visite a bien lieu, je n'en garde guère de souvenir, en tout cas rien de précis, si ce n'est le spectacle qu'offre la vue depuis la fenêtre de son petit appartement. Pour me distraire de la conversation des deux hommes, sûrement ennuyeuse à mon oreille, je regarde sans doute les pigeons sur les toits, le petit café en bas sur la place, les passants. Ce qui n'est pas rien, après tout, quand je pense aux premières lignes de quelques-uns de ses romans :La Corde Raideje regardais par la: « fenêtre les branches des arbres »,Le Palace: « comme un pigeon de porcelaine, pensa-t-il, se demandant comment dans une ville où la préoccupation de tous était de trouver à manger ils s'arrangeaient pour être aussi gras », Histoire: « je travaillais tard dans la nuit assis devant la fenêtre ouverte », La Bataille de Pharsale :« Le reflet dans le ventail de la fenêtre à demi fermé », ou bien ce commencement à la fin de L'Acacia :Un soir il s'assit à sa table devant une feuille de « papier blanc. C'était le printemps maintenant. La fenêtre de la chambre était ouverte sur la nuit tiède. L'une des branches du grand acacia touchait presque le mur ».
Je ne crois pas avoir attaché d'importance, à ce moment-là, à cette rencontre. Mais allez savoir ! Et même l'actualité de mon entreprise pourrait me faire penser le contraire. J'ai