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100 fiches d'histoire du Moyen Âge - 2e édition

De
320 pages

Par une approche thématique, l'auteur analyse les fondements des sociétés de l'Occident médiéval sur les plans politique, religieux et culturel, loin des stéréotypes d'un âge prétendument obscur. Grâce à des fiches claires de 2 ou 4 pages, cet ouvrage propose une synthèse simple et précise sur les grands moments, les évolutions, les hommes et les femmes de cette période charnière. Une série de repères (carte, chronologie, lexique) permet aux lecteurs d'horizons divers de découvrir cette époque ou d'approfondir leurs connaissances.

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Introduction
Qu’estce que le Moyen Âge?
En France, le Moyen Âge se définit traditionnellement comme la période historique succédant à l’Antiquité et précédant les Temps modernes. Il convient de préciser que ce découpage n’a de sens que pour l’histoire de l’Europe et que celle du reste du monde lui est étrangère, ce qui en limite considérablement la portée. Quelles sont les bornes chronologiques du Moyen Âge ? La question est très controversée. Débute-t-il avec la christianisation de l’Empire romain par l’édit de Constantin, en 313, ou à la déposition du dernier empereur romain d’Occident en 476 ? D’autre part, s’achève-t-il à la conquête de Constantinople par les Turcs en 1453, marquant la fin de l’Empire romain d’Orient, ou en 1492, lorsque l’Occident s’ouvre sur le Nouveau Monde avec la découverte des Amériques par Christophe Colomb ? Le débat fait rage sans qu’aucun choix ne soit définitif et certains historiens proposent même d’autres limites. Tout choix est arbitraire. Aussi ne trancherons-nous pas dans le détail de la périodisation – il est vrai que les contemporains ne se sont pas dit en 1493 : « Tiens, le Moyen Âge est fini ! ». Aussi, limiterons-nous notre étude au millénaire conventionnellement e e considéré comme médiéval, à savoir la périodeV-XVsiècle. Si les bornes chronologiques du Moyen Âge sont fluctuantes, que penser de l’imprécision du nom même de la période ? Il va de soi que les contemporains ne se disaient pas « hommes du Moyen Âge ». L’expressionmedia tempestas (« période moyenne ») est attribuée à l’évêque d’Aléria, Giovanni Andrea e Bussi, à la fin duXVsiècle, sans avoir néanmoins le sens qu’on lui donne e aujourd’hui. Le concept de Moyen Âge est formulé au milieu duXVIsiècle lorsque Vasari utilise le terme derinascita(« renaissance ») pour désigner le mouvement de retour aux canons de beauté antiques. Entre l’Antiquité glorieuse et la Renaissance qui cherche à renouer avec elle, on situe une longue période d’obscurité, d’ignorance et de déclin : le « Moyen Âge ». Beau début pour toute une série d’idées reçues ! Les romantiques du e XIXsiècle ont associé au Moyen Âge les thèmes de l’amour courtois, des troubadours et des flamboyants tournois de chevalerie. Pour autant, les hommes du Moyen Âge sont aujourd’hui encore largement considérés par le grand public comme des barbares à moitié sauvages, sales et malodorants, ignares voire bêtes, obscurantistes manipulés par une Église intolérante, mais surtout cruels ; on se remémorera les multiples bûchers, les ignobles tortures couramment pratiquées et, bien sûr, les inévitables oubliettes des châteaux forts. Sans forcer le trait, on constate que le Moyen Âge est généralement considéré comme une longue nuit doublée d’un long hiver n’ayant pour toute lumière et chaleur que… celle des bûchers de sorcières ! L’adjectif « moyenâgeux », fréquemment utilisé à tort pour « médiéval », est le corollaire de cette série de poncifs et qualifie tout ce qui est archaïque, violent et intolérant. Pourtant quelques efforts sont entrepris pour briser ces
mythes coriaces (notamment l’ouvrage de Régine Pernoud,Pour en finir avec le Moyen ge, publié en 1979). Il n’en reste pas moins que le Moyen Âge reste un repoussoir systématique, essentiellement par ignorance, et la faiblesse de la place qui lui est réservée dans l’enseignement secondaire laisse encore présager de beaux jours aux idées reçues.
Qu’estce que l’Occident ?
L’Occident médiéval est tout d’abord le successeur de la partie occidentale de l’Empire romain. Celui-ci est partagé en deux en 395 : l’Empire romain d’Occident et l’Empire romain d’Orient, dont est issu ce que nous appelons Empire byzantin (les « Byzantins » se sont toujours désignés par le terme de « Romains », même s’ils le disaient en grec). Cependant, l’Occident médiéval ne correspond pas strictement à son ancêtre romain : les conquêtes arabes e e desVIIetVIIIsiècles lui ont fait perdre l’Afrique du Nord et la majeure partie de la péninsule Ibérique au profit de l’islam. À l’inverse, l’expansion franque puis les missions d’évangélisation et de conquête sur ses marges nordiques (Scandinavie) et orientales (Germanie, Bohême, Hongrie, Pologne), en attendant les Grandes Découvertes, étendent son territoire bien au-delà de l’ancien Empire romain, alors que la reconquête de la péninsule Ibérique se profile. L’Occident est ainsi un espace en perpétuelle évolution durant les dix siècles de notre étude. Progressivement, à partir de la construction étatique carolingienne, conçue comme unerenovatio imperii(« restauration de l’Empire », sous-entendu « romain »), l’Occident tend à devenir synonyme d’Europe, notion géogra-phique qui se charge d’un sens politique et religieux. L’Europe, c’est désor-mais la Chrétienté, c’est-à-dire l’Empire et les royaumes dans l’obédience de l’Église de Rome : il n’y a pas de catholiques hors d’Europe et ce qui n’est pas catholique est rejeté hors d’Europe. L’Occident se définit ainsi par rapport à ses voisins. N’est pas d’Occident le territoire qui ne se rattache pas (ou pas encore) à l’Église catholique, à savoir le monde arabo-musulman, infidèle, et l’Empire byzantin, schismatique. Cette définition est assez souple pour s’adapter aux évolutions territoriales jusqu’aux Grandes Découvertes. Ainsi délimité, l’Occident médiéval n’est pas pour autant un espace uni. Le catholicisme romain apparaît comme l’un des rares points communs dans ce monde où les langues, les coutumes, les monnaies diffèrent d’un État à l’autre mais aussi d’une région à l’autre, où le pouvoir auquel on a affaire est local, où la centralisation étatique et le sentiment national ne sont au mieux qu’embryonnaires. L’Occident médiéval est une mosaïque de peuples et de pagi, c’est-à-dire de petites unités territoriales qui vivent à des rythmes différents.
Le poids de l’héritage romain
L’idée d’un Moyen Âge de ténèbres séparant l’Antiquité gréco-romaine de sa redécouverte durant la Renaissance suppose que l’héritage romain ait été perdu pendant mille ans. Or, tout au long de la période médiévale, le monde
Introduction
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romain a constitué un modèle, que l’on a cherché à reproduire, plus ou moins fidèlement et en l’adaptant aux contingences et aux évolutions. L’héritage romain est ainsi fondamental pour l’Occident médiéval qui le mêle aux influences barbares et le réinterprète dans toutes ses dimensions. L’Empire romain constitue en effet le modèle politique par excellence, celui qui prétend à l’universalité. Larenovatio imperiides Carolingiens et latranslatio imperii ad Germanos(« transfert de l’Empire aux Allemands »), donnant naissance au Saint Empire romain germanique, montrent bien que l’on ambitionne toujours de poursuivre l’œuvre de l’empereur romain Constantin. Et peu importe si l’empire idéal auquel on se réfère n’a jamais existé ou si celui que l’on construit ne lui ressemble guère ! L’héritage romain est également religieux. C’est Rome qui a légué au Moyen Âge le christianisme. Même après la fin de l’Empire, Rome apparaît toujours comme la capitale de la Chrétienté, toutefois en concurrence avec Constantinople, « Nouvelle Rome ». L’évolution divergente de l’Orient et de l’Occident puis leur rupture vont progressivement écarter la capitale byzan-tine et en émanciper le pape et l’Église tout entière. L’Occident médiéval est en outre le dépositaire de la culture romaine. Bien que limité à une minorité de religieux et de lettrés, le latin unifie des territoires et des peuples très différents. Il donne accès aux auteurs anciens. Il serait faux de croire que le Moyen Âge aurait oublié les auteurs grecs ou romains, que la Renaissance aurait redécouverts. Au contraire, de nombreux textes antiques sont recopiés et transmis durant tout le Moyen Âge. Ils suscitent l’admiration des lettrés, comme Bernard de Chartres qui dit, au e XII« Nous sommes des nains juchés sur les épaules de géants. Noussiècle : voyons ainsi davantage et plus loin qu’eux, non parce que notre vue est plus aiguë ou notre taille plus haute, mais parce qu’ils nous portent en l’air et nous élèvent de toute leur hauteur gigantesque » (Jean de Salisbury, Metalogicon). Le monde antique est ainsi le socle du Moyen Âge, qui le fusionne lentement et difficilement aux apports des civilisations barbares, celtiques, germa-niques, voire plus lointaines encore.
Le poids de l’Église
L’Occident médiéval ne peut être compris sans garder à l’esprit le poids majeur de l’Église dans la politique, la société, mais aussi dans la vie quo-tidienne des contemporains. Seule autorité ayant survécu aux invasions barbares, l’Église est aussi le principal facteur d’unification et de définition de l’Occident, qu’on assimile à la Chrétienté. Ceux qui n’en font pas partie (les musulmans de la péninsule Ibérique ou de Sicile, les communautés juives éparpillées dans toute l’Europe) ou ceux qui l’ont quittée (les hérétiques) sont forcément des exclus plus ou moins considérés comme des ferments de division et de désordre par les populations et les pouvoirs. L’Église est en effet le soutien obligatoire du pouvoir impérial ou royal. Celui-ci la protège tandis qu’elle le légitime progressivement par la cérémonie du sacre. Son influence politique, temporelle, est importante, héritage des
Introduction
temps où tout pouvoir laïc s’était effondré. Des principautés et des seigneuries ecclésiastiques se sont ainsi constituées, parallèlement aux laïques. Il y a bien des heurts entre les religieux et les princes (papes et empereurs ayant la même prétention à l’universalité), mais toute idée de totale laïcité du pouvoir politique est étrangère au Moyen Âge. Disposant pendant longtemps d’un quasi-monopole culturel, l’Église assoit son autorité sur une puissance économique colossale, constituée des legs pieux, mais aussi des prélèvements qu’elle opère sur le commun. Ses missions charitables au service des pauvres et des malades en sont la contrepartie. En effet, elle est le cadre quotidien des gens, du prince jusqu’au pauvre. Ses clochers scandent les journées, ses fêtes rythment l’année, ses cérémonies marquent les étapes de la vie. Autant qu’un lieu de culte, l’église est l’endroit où se manifeste l’unité de la communauté paroissiale, de même que le cimetière qui la jouxte permet de rassembler les vivants et les morts. Ce rôle fondamental et fondateur de l’Église dans l’Occident médiéval explique la place qui lui a été consacrée dans cet ouvrage.
Pourquoi 100 fiches sur l’Occident médiéval ?
Ce livre est issu de la volonté de présenter au plus grand nombre la période médiévale occidentale et d’en donner des repères simples, mais néanmoins précis. Présenter l’Occident médiéval en 100 fiches succinctes ne peut se concevoir sans faire des choix, en partie subjectifs. Il ne saurait en effet être question de traiter le sujet dans son intégralité – 1 000 fiches n’y suffiraient pas ! – mais d’exposer le plus simplement possible quelques questions sur cette période, avec laquelle le grand public n’est pas forcément familier. Nous tenterons ainsi de brosser un tableau de l’Occident médiéval, ce qui conduira à aborder des notions et des événements très divers, dont certains sont connus des non spécialistes, comme la guerre de Cent Ans, et d’autres beaucoup moins, comme la théocratie pontificale. Nous rappellerons parfois les préjugés ou les légendes qui circulent sur certaines questions pour les confronter à une réalité souvent plus simple, moins effrayante et plus modeste. Les 100 fiches qui constituent cet ouvrage ne sont pas conçues comme des questions étanches, bien au contraire, elles sont liées, se répondent et se complètent. Pour éviter les répétitions autant que faire se peut, des renvois invitent le lecteur à consulter une information connexe, dont la connaissance est utile à la compréhension du texte et qui est davantage développée dans une autre fiche ou dans une autre partie. La composition de l’ouvrage en fiches impose un classement thématique (Évolution politique, Vie religieuse, Société, Vie culturelle) qui a été préféré à la traditionnelle division chrono-e e logique de la période médiévale (haut Moyen Âge duVauIXsiècle, Moyen e e e e Âge classique duXauXIIIsiècle et bas Moyen Âge duXIVauXVsiècle). Toutefois, à l’intérieur de chaque partie, nous avons tenté de conserver une présentation chronologique des questions abordées.
Introduction
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10
Pictes
Les royaumes barbares e (VIsiècle)
Bernicie
Angles
Deira Scots York Saxons Frisons Mercie Wendes East-Anglie Galles Utrecht Essex Londres WessexCantorbery Cornouailles Kent Sussex Francs-Saliens Thuringe Domnonée506 Tournai Tolbiac Bretons Tertry496 Austrasie e486 (V-Vl s.) Soissons Metz Reims Paris  Bretagne (sous influenceNeustrie 491-98Alamanie Bavière Orléans496536 franque 555 497-630)Ouche 500 537 Vouillé Chalon St-Maurice 507 Bourgogne 523-36 524Pavie Aquitaine Vénétie Lombards Vézéronce 507-09 Exarchat de Toulouse ProvenceGênes Ravenne Gascogne Septimanie Cantabres 537 Basques531-32 509Spolète Suèves 531 BragaCorse Bénévent Rome
Tolède Wisigoths
582
Carthagène
Date d'annexion
Capitale royale
Bataille
Sardaigne
Limites entre domaine celte et anglo-saxon
Pays d'origine des Francs (vers 260)
Territoire des Francs-Saliens à l'avènement de Clovis en 482
Annexions de Clovis
Annexions de ses fils
e e Sous la direction de M. Kaplan,Le Moyen Âge (IV -X siècle), collection Grand Amphi, Bréal, 1994.
Naples
0
Sicile
Empire Byzantin
Duchés lombards
Calabre
Domaine byzantin
Royaume lombard
Royaume wisigoth
Royaume suève
300 km
0
Aix-la-Chapelle
250 km
Èb re
SORBES
BAVIÈRE (788)
TCHÈQUES 805-806
Batailles
Pampelune Nîmes Toulouse GASCOGNE 759 Roncevaux 778 Narbonne NAVARRE SEPTIMANIE Marche d'Espagne ÉMIRAT DE (778-801) CORDOUE Barcelone
Covadonga 722
Bordeaux
PROVENCE
Vienne
L’Empire carolingien à la mort de Charlemagne
JUTES 0 1 8 SDANOIS D N A M NORDALBIGIENS R O N OBODRITES 809 WILZES 812 Frise LINONS 808-811 SAXE (772-799) 806
Marche de Pannonie
MORAVES
CROATES Dalmatie BOSNIENS SERBES
CARINTHIE
DUCHÉ
786-7 9 9 BRETAGNE
BRETONS
Mayence Rh in Royaume de Louis le Germanique
Poitiers 732 AQUITAINE
Paris NEUSTRIE
Empire carolingien en 814
ROYAUME DES ASTURIES
Marche de Bretagne N O R M 814 A N D S 7 9 9
D a n u be
V i s t u l e
E lb e
DE BÉNÉVENT
AUSTRASIE
Cornouaille
ROYAUMES
ROYAUME DE NORTHUMBRIE
Corse
Arles
0
Sardaigne
IRLANDE
DOMAINE DE DUCHÉ DE SPOLÈTE SAINT-PIERRE Rome
Ravenne
Venise
Verdun
Naples
Aquilée
ANGLO-SAXONS
Aix-la-Chapelle
d'Offa ROY. DE MERCIE Pays de Galles Dike
BOURGOGNE Lyon
ROYAUMES WESSEX
ESSEX
Pô
Océan
Royaume de Lothaire
79 6
799
795
Saint-Maurice
ALÉMANIE .
Fontenoy-en-P 841
ROYAUME Pavie
LOMBARD (774)
Mer Méditerranée
AVARS
SLOVAQUES
11
250 km
Source : S. Berstein, P. Milza, Histoire de l’Europe, t2 De l’Empire romain à l’Europe, Hatier 1994.
États de l’ÉgliseRome
e n ô h R
G a r o n n e
Atlantique
Paris S e i n e Royaume de Charles le Chauve
Le partage de Verdun (843)
Mer du Nord
e e Sous la direction de M. Kaplan,Le Moyen Âge (IV -X siècle), collection Grand Amphi, Bréal, 1994. EMPIRE
Normandie
GALLES
L’Europe occidentale vers l’an mille
ÉCOSSE
IRLANDE
DANEMARK
PRINCIPAUTÉ DE KIEV
POLOGNE
Lusace
Brandebourg
FRANCE
La Garde Freinet
Sardaigne
Trente Vérone
Carniole Istrie Croates
Tyrol
Léon
CALIFAT DE CORDOUE (929)
e e Sous la direction de M. Kaplan,siècle)Le Moyen Âge (IV -X , collection Grand Amphi, Bréal, 1994.
Baléares
Domaine royal français
Empire musulman
Empire byzantin
Palerme
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EMPIRE BYZANTIN
Carinthie
HONGRIE
Bulgares
NORVÈGE
e e Raid scandinave (VII -X siècle) Raid hongrois Raid sarrasin
sse B
te H
GERMANIE
Serbes
Bavière
Autriche
Bohème
Misnie
Bretagne
Navarre
Gascogne
Castille
Franconie
Souabe
ITALIE
Corse
Arles
Anglo-Saxons
Neustrie
Domaine Lombards de St-Pierre
Spolète
Lorraine Champagne
Bourgogne
Hollande
Saxe
Aquitaine
Toulouse Gothie d'Espagne
BOURGOGNE
Flandre
DANELAW
Calabre
0
300 km