Arras, histoires et légendes

De
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Après avoir aiguisé nos regards
par le truchement de précédents
ouvrages, Balade au coeur
d’Arras
et Quartier de la Cité,
Robert Dumont nous offre, à
côté de ses deux « oeuvres de
poche » pour pérégrinations
buissonnières, une vision de la
vie à Arras à travers les siècles.
Si Arras, histoires et légendes
invite à découvrir, à redécouvrir
des textes proposés avec un
souci du respect de leurs différents
auteurs, sa rédaction offre
aussi à Robert Dumont l’occasion
d’une réécriture, d’une
synthèse d’éléments épars.

Agrémenté d’illustrations, de
dessins, ce patchwork réussi est
l’inventaire, l’itinéraire, le cheminement
d’un curieux désireux
de partager sa passion de
l’Artois.


RENÉE ROUZÉ-DOUDAIN

Publié le : dimanche 1 janvier 2012
Lecture(s) : 102
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782953313437
Nombre de pages : non-communiqué
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6. Un samedi surlaPetite-Place enl’an mil
DLe la baleine séchée ? Mets apprécié provenant du Pays basque… Le marché du samedi en l’an mil, c’est un peu comme aujourd’hui, c’est un peu différent… Des esclaves à Arras ? Coutume courante en Europe occidentale. Pourquoi pas chez nous ? Outre ces exceptions, la différence entre le marché actuel et celui de cette époque porte essentiellement sur l’étendue : de la Petite-Place à la préfecture en l’an mil !
Le marché d’Arras au Moyen Âge.
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La Petite-Place est bien animée ce samedi. Il fait beau, on est venu de partout vendre sa marchandise ; c’est une véritable foire sur la place, le long de la rue Saint-Géry, le long de la rue Saint-Aubert et jusqu’à la place Sainte-Marie (place de la Préfecture) ; Là, l’emplacement est moins avantageux, moins central, mais on n’y paie pas de droit d’étalage. Si nous faisions le tour des éventaires ? Voici de quoi se vêtir : que d’étoffes ! Que de laines ! Rien d’éton-nant : partout les tisserands sont à l’œuvre ; ceux de la rue des Teinturiersplongentavecconstanceetsavoir-faireleursétoffesdansle Crinchon. Des étoffes de lin ici, des lainages et le fameux filet renommé « le fil d’Arras » vendu dans la rue du Marché-au-Filet. Nos marchands sapprêtentàconduireleursétoffesàSaint-Gilles-du-Gard,àGênesoù ils seront expédiés vers Constantinople. Voici maintenant de la garance, de la cendre pour teindre les étoffes, des vases de bois pour préparer les mélanges. Qui veut des cordes ? Des chandelles, des bêches et des faucilles pour jardin et campagne. Puis des lances et des boucliers, car il faut savoir se défendre et le port d’armes n’est pas prohibé. Du cuir, du cuir de cerf par exemple ; des peaux d’agneaux, des peaux de chats ou de lapins. Il n’y a pas que des peaux ; voici les animaux tout vifs, chevaux, vaches, ânes, moutons, chèvres, porcs, truies avec porcelets. Mais je comprends bien que la mangeaille vous attire d’avantage ; boire et manger trouvent leur compte ! Quelle abondance campa-gnarde ! Voici des charrettes entières de produits du sol, des voitures de fruits. Voulez-vous du miel ? Vous allez pouvoir faire votre provision d’hydromel pour l’hiver. Préférez-vous du vin ? On en vend au pot ou au tonneau ; il doit venir du Rhin ou de Bourgogne, mais celui-ci qui a un petit goût de pierre à fusil a vu le jour aux environs. Allez aux futures promenades : au lieu d’un kiosque à musique, une plantation de vignes… Du fromage. Faites votre choix : l’un vient de Flandre, l’autre dAngleterre. Mais vous songez aux jours maigres ; n’ayez crainte, le poisson abonde, s’y mêle le sel par voitures entières, pour le conserver. Dites-moi si vos yeux ont déjà vu sur le marché aux poissons tout ce que votre voyage en l’an mil nous montre. L’eau en vient à la bouche… L’eau salée.
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Ici ce sont des harengs, des plies, de la morue ! Fi donc ! Passons, c’est e bon pour leXXsiècle. Mais regardez ces saumons magnifiques, ces aloses aux écailles nacrées. Ici ces grands poissons majestueux ? Ils sont aussi beaux que bons : des esturgeons, peut-être de la Canche ! Ici, de gros morceaux… du marsouin ! Et là encore ? De la viande, au milieu de ces poissons ? Vous n’y êtes pas ! C’est de la baleine, de la baleine séchée ; c’est excellent, c’est gras, on dirait qu’on suce de la chandelle : un vrai délice… Sur cette évocation je vous laisse rêver… Quant au tarif du marché institué après l’an mil par Leduin abbé de Saint-Vaast, on y lit trois lignes étonnantes : S’il y a des exceptions dans le paiement des droits elles ne concernent ni l’or, ni les chèvres, ni les serfs et les servantes. Il est possible que la mention de la vente des esclaves soit le reste d’un document bien plus ancien ; c’est normal. Pour l’or, malgré ce que l’on e a pu en dire, il est probable qu’il circulait encore auXIsiècle. Le songe nous a transportés en l’an mil ; en ce temps qu’on nous a dit si terrible et si malheureux. Nous y achetons du miel, des fruits, un beau cochon gras, un esturgeon, une baleine en morceau… une lance pour nous défendre. L’or et la baleine un samedi matin sur la Petite-Place. Mais c’était en l’an mil, et nous y avons mis bon ordre.
D’aprèsArras au temps jadisde Jean Lestocquoy.
Le marché d’Arras au Moyen Âge, par Hoffbauer.
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Le marché aux vaches, place Victor-Hugo.
Les marchés d’Arras
Les marchés, à Arras comme ailleurs, ne datent pas d’aujourd’hui. Déjà avant l’an 1000, il y avait un marché le samedi place de la Madeleine et, peut-être même, place du Châtelain (place du Théâtre actuelle). Par la suite, ce fut le marché du mercredi et samedi sur la Petite-Place comme celui que nous décrivons en l’an 1000. Pour le marché aux poissons ce fut d’abord le Minck, place du Châtelain,celaexpliquelaprésencedelabellemaisondupoissonnier avec sirènes représentant la Scarpe et le Crinchon. À partir de 1840, e le marché aux poissons émigre place du 33 RI. À noter que, au Moyen Âge, le poisson d’eau douce se vendait rue des Balances. Le wetz d’Amain, la place de la Vacquerie, dont la création est plus récente, voient les « fourboulières » (faubouriennes), souvent venues d’Achicourt, proposer fruits et légumes. e Depuis leXIIIsiècle, était établi sur la Petite-Place l’entrepôt des vins de France pour les provinces du Nord. D’après le témoignage de Locrius, la ville était alors si riche et si commerçante, qu’il entrait chaque semaine dans ses murs, au moins six cents pièces de vin ! La proximité de la rue de la Warence, aujourd’hui rue des Trois-Visages, nous fait considérer le Petit Marché comme le lieu de vente et de réunions des marchands de garance, cette graine dont la culture fut d’une si grande importance dans l’Artois du Moyen Âge.
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Il y a encore peu de temps, le marché aux chevaux avait lieu cours de Verdun, celui des vaches, veaux, porcs gras et moutons place Victor-Hugo. On trouvait également un marché aux moutons près du jardin Minelle et, surprise, d’après Georges Bacot, il y aurait eu un marché aux chiens près du rivage…
Le marché de la place de la Vacquerie.
Le marché aux chevaux sur le cours de Verdun.
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