Aspasie de Milet, égérie de Périclès

De
Publié par

Voilà quelqu’un qui n’était privilégié ni par un rang social ni une fortune exceptionnels ; qui vivait dans une société où les femmes n’avaient guère de chances de faire connaître leur nom ou de passer à la postérité ; qui ne nous a laissé d’elle aucun écrit ni aucun portrait ; et qui pourtant a franchi le temps en focalisant sur son personnage plus de rêves, d’admiration ou de critiques que n’en ont peut-être fait naître Hélène de Troie ou Cléopâtre d’Egypte.

Il est peu probable que ce soit pour avoir enseigné la rhétorique à Périclès, la philosophie ou l’art d’aimer à Socrate qu’elle a frappé l’esprit de ses contemporains ; ce n’est sans doute pas non plus pour avoir brillé par son esprit et sa beauté dans les banquets athéniens, ou dans un salon littéraire qui n’a jamais existé, du moins sous cette forme. C’est plus certainement pour avoir tenté un enseignement nouveau, destiné plus spécifiquement aux femmes, alliant la rigueur de la rhétorique à la subtilité dans ce qu’on pourrait appeler la gestion de l’entreprise conjugale : tentative qui lui valut d’abord un succès de curiosité, puis l’estime et l’admiration des grands esprits. Sans doute aussi pour avoir surpris le public par l’association (dans ses débuts du moins) d’un métier intellectuel original, exercé de façon particulièrement brillante, et d’un statut d’hétaïre nécessitant beauté et séduction. Enfin et surtout, c’est pour avoir conquis l’homme politique le plus remarquable de son temps, et, semble-t-il, conservé son affection jusqu’à sa mort.

Pourquoi cette survie s’est-elle prolongée au travers des siècles et jusqu’au xxe et pourquoi notamment cette héroïne a-t-elle passionné les pionnières du féminisme? Les témoignages antiques ne suffisent pas à expliquer la pérennité de l’image - ou plutôt des images - d’Aspasie, car son profil se modifie sans cesse selon les époques et les milieux. Or ce sont justement ces métamorphoses qui sont significatives : si Aspasie a survécu, c’est parce qu’elle est devenue une figure symbolique reflétant le rapport que chaque génération a entretenu avec l’Antiquité, avec le sexe et avec la femme.
Publié le : mercredi 2 novembre 2005
Lecture(s) : 66
Tags :
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782213648231
Nombre de pages : 432
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat
Voilà quelqu’un qui n’était privilégié ni par un rang social ni une fortune exceptionnels ; qui vivait dans une société où les femmes n’avaient guère de chances de faire connaître leur nom ou de passer à la postérité ; qui ne nous a laissé d’elle aucun écrit ni aucun portrait ; et qui pourtant a franchi le temps en focalisant sur son personnage plus de rêves, d’admiration ou de critiques que n’en ont peut-être fait naître Hélène de Troie ou Cléopâtre d’Egypte.

Il est peu probable que ce soit pour avoir enseigné la rhétorique à Périclès, la philosophie ou l’art d’aimer à Socrate qu’elle a frappé l’esprit de ses contemporains ; ce n’est sans doute pas non plus pour avoir brillé par son esprit et sa beauté dans les banquets athéniens, ou dans un salon littéraire qui n’a jamais existé, du moins sous cette forme. C’est plus certainement pour avoir tenté un enseignement nouveau, destiné plus spécifiquement aux femmes, alliant la rigueur de la rhétorique à la subtilité dans ce qu’on pourrait appeler la gestion de l’entreprise conjugale : tentative qui lui valut d’abord un succès de curiosité, puis l’estime et l’admiration des grands esprits. Sans doute aussi pour avoir surpris le public par l’association (dans ses débuts du moins) d’un métier intellectuel original, exercé de façon particulièrement brillante, et d’un statut d’hétaïre nécessitant beauté et séduction. Enfin et surtout, c’est pour avoir conquis l’homme politique le plus remarquable de son temps, et, semble-t-il, conservé son affection jusqu’à sa mort.


Pourquoi cette survie s’est-elle prolongée au travers des siècles et jusqu’au xxe et pourquoi notamment cette héroïne a-t-elle passionné les pionnières du féminisme? Les témoignages antiques ne suffisent pas à expliquer la pérennité de l’image - ou plutôt des images - d’Aspasie, car son profil se modifie sans cesse selon les époques et les milieux. Or ce sont justement ces métamorphoses qui sont significatives : si Aspasie a survécu, c’est parce qu’elle est devenue une figure symbolique reflétant le rapport que chaque génération a entretenu avec l’Antiquité, avec le sexe et avec la femme.
Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.

Diffusez cette publication

Vous aimerez aussi

Mon Amour à Pompéi

de futurs-incertains

Lettres à des amies

de editions-gallimard

Chemins croisés

de editions-de-la-remanence