Bombardement de l'Oflag XB - Nienburg-sur-Weser, 4 février 1945

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Début 1945, l’Oflag XB regroupe près de 2 000 officiers français,prisonniers de guerre depuis 1940. Leurs conditions de vie se sont dégradées depuis l'automne 1944 : alimentation insuffisante, absence de courrier et de colis, faibles moyens de chauffage… C’est donc affaiblis qu’ils auront à faire face à un bombardement dont ils n’imaginaient pas la possibilité.
Le 4 février 1945 un bombardier allié lâche une bombe sur le camp. Très mal protégés, 99 prisonniers sont tués et de nombreux autres blessés. Que s’est-il passé ? Pourquoi et comment les alliés ont-ils pu bombarder un camp d’officiers français ? Les prisonniers se sont posé ces questions sans trouver les réponses. Les réponses se trouvent dans les Archives Nationales anglaises où sont conservés les rapports du Bomber Command expliquant l’organisation d'un bombardement par la RAF et l’enchaînement des faits lors du raid qui aboutit à cette tragédie. Les conséquences du drame et les réactions des survivants sont également décrites à partir de nombreux documents conservés dans des archives françaises.

Publié le : mercredi 1 janvier 2014
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EAN13 : 9782954866918
Nombre de pages : 92
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Introduction
L’explosion d’une bombe lâchée par un bombardier allié, le 4 février 1945, sur l’Oflag XB provoqua la mort de 98 officiers et d’un soldat français prisonniers. Les nombreux récits de cet épisode tragique dans la captivité de plus de 2 000 officiers, sous-officiers et hommes de troupe français furent écrits par les prisonniers eux-mêmes qui décrivent les conséquences du bom-bardement. Des documents conservés aux Archives Nationales (Paris) et au Service Historique de la Défense (Vincennes et Caen) complètent ces récits. Pour en comprendre les causes il faut consulter les archives du Bomber Command aux National Archives (Kew – Grande-Bretagne), archives qui permettent d’appréhender l’enchaînement des faits qui conduisirent à cette catastrophe. Cette étude a pour objectif de présenter une synthèse des informations disponibles. La première partie décrit le contexte : la situation de l’Oflag XB début 1945 et sa protection contre les bombardements, puis l’organisation du bombardement straté-gique de l’Allemagne par la Royal Air Force. La seconde partie relate le déroulement de la mission de bombardement du 4 fé-vrier 1945 sur Hanovre et ses conséquences pour l’Oflag XB.
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ILecontexte
En février 1945, les officiers prisonniers à l’Oflag XB ont déjà subi plus de quatre ans et demi de captivité dans ce camp ou ailleurs en Allemagne. Leurs espoirs d’une libération proche ont été de nombreuses fois déçus et en particulier l’espoir de se retrouver en famille pour Noël 1944 suite au Débarquement des Alliés en juin 1944. Ils sont confiants dans une libération mais prudents sur sa date. Leurs conditions de vie se sont nettement aggravées depuis plusieurs mois et provoquent un affaiblissement généralisé des organismes.
1.Laviequotidienneàl’OflagXBdébut1945
LecampL’Oflag XB, camp d’officiers français prisonniers de guerre, était situé à Nienburg-sur-Weser, ville d’environ 10 000 habi-1 tants à l’époque , située entre Brême (à 70 km au nord-ouest) et Hanovre (à 50 km au sud-est). Le numéro de l’Oflag indi-quait qu’il était implanté dans la dixième région militaire, celle de Hambourg.
1 Kerangueven 1940-1942
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L’Oflag, d’une superficie inférieure à 10 hectares, avait la forme d’un quadrilatère irrégulier d’environ 300 m de côté. Il comprenait deux zones séparées par des barbelés : l’avant-camp et le camp proprement dit. Il fallait traverser l’avant-camp pour accéder au camp (voir photo panoramique de l’Oflag en 1940 en annexe 1 et le plan de l’Oflag en 1944 en annexe 2). 2 En 1945, environ 1 970 officiers et 166 sous-officiers et 3 hommes de troupe demeuraient dans le camp qui comportait 9 baraques d’habitation : les baraques III à VII au nord de l’allée principale, ancienne rue Ziegelkampstrasse surnommée « allée des poubelles » par les prisonniers, et les baraques VIII à XI au sud. Les baraques IX, X et XI abritaient respectivement 3 181, 193 et 197 officiers fin 1944 . La grande majorité des offi-ciers supérieurs (95 sur 111) étaient logés dans ces baraques qui comportaient chacune plusieurs chambres conçues pour un ou deux officiers supérieurs ou officiers responsables de cer-taines fonctions (aumônier, adjoint de l’officier de confiance…). Les autres chambres dans ces baraques avaient un effectif maximum de 8 officiers. Les baraques III à VII abritaient cha-cune environ 260 prisonniers dans des chambres d’environ 15 officiers chacune fin 1944. La baraque VIII hébergeait les sous-officiers et hommes de troupe. La baraque XII servait de cuisine et de réfectoire, la ba-raque XIII de cantine et de bureau militaire. La baraque XIIA, « nouvelle baraque » parce que construite après l’arrivée des prisonniers pendant l’été 1940, servait aux messes, aux mani-festations culturelles et musicales et aux cours. Cette baraque comportait une grande salle et une ou plusieurs salles plus petites, dont la bibliothèque.
2 AN F9-3436, Répertoire alphabétique des officiers prisonniers (fin 1944) 3 de Pinsun 1945
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L’avant-camp comprenait l’infirmerie (baraques XV et XVI), la prison (baraque XIV), la baraque de douches et d’épouille-ment, et deux baraques (I et II) affectées à la réception des prisonniers malades de la région militaire X (Hambourg), en instance de rapatriement. Les baraques I à VI étaient en briques alors que les autres étaient des préfabriqués en bois à double paroi. Les baraques, construites en matériaux légers, commencèrent, en 1943, à avoir besoin de grosses réparations :planchers usés, lavabos détériorés, chasses d’eau de WC usagées, fenêtres dont les vitres sans mastic laissent filtrer l’air et l’eau, cloisons de carton ou de fibro-4 5 ciment détériorées, etc…y avait beaucoup de vitres cassées . Il L’entretien était réduit au minimum. Aussi, début 1945, les prisonniers vivaient dans un habitat très délabré avant même les dégâts qui seront causés par le bombardement. Le camp fut commandé par le colonel Georgi d’août 1943 à 6 octobre 1944 et par le colonel Reim d’octobre 1944 à avril 1945 . Les prisonniers eurent à leur tête un colonel doyen, le colonel Duluc, de septembre 1942 à mai 1945. Il était assisté, pour les tâches de gestion, de deux officiers de confiance dont le premier fut le colonel de Pinsun de juin 1942 à mai 1945. Le colonel doyen était l’officier le plus ancien dans le grade le plus élevé. Il était chargé de la protection des intérêts des officiers prisonniers auprès des autorités du camp, et, pour cela, il était autorisé à se mettre en relation directe avec le commandant du camp.
4 AN F9-3430,Note à l’intention des délégués du C.I.C.R., 27 juin 1943 5o AN F9-3435,Ordre du camp N 384, 2 avril 1943. Un « Ordre du camp » est un communiqué officiel de la Kommandantur qui était lu à l’appel et affiché. 6 Duluc 1945
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