Comprendre la Guyane d'aujourd'hui

De
Publié par

L’intégration de la Guyane au sein de la République française en 1946 – autrement dit la départementalisation de cette colonie – a largement contribué à l’élévation du niveau de vie. De récents et imposants flux migratoires, venus des pays pauvres de la Caraïbe, de l’Amérique du Sud et de la France elle-même, ont alors convergé vers ce département français et bouleversé la vie des Guyanais.
Comment comprendre la nouvelle société guyanaise qui en est issue ?
A l’aide de morceaux choisis extraits de leurs travaux, trente-cinq chercheurs en sciences humaines éclairent par leurs analyses des données essentielles de la vie guyanaise : les problèmes du développement économique et de l’aménagement du territoire, ceux de la formation des hommes dans le contexte de la diversité linguistique et culturelle du pays, ou encore ceux que pose l’application des lois de la République dans l’espace guyanais. Quant à la question des relations interculturelles où entrent en jeu les postures identitaires des groupes humains présents en Guyane (Amérindiens, Métropolitains, Créoles, Bushinenge, immigrants originaires du Brésil, de Haïti, du Surinam, de la Chine…), elle est traitée sous divers angles et constitue la toile de fond de l’ouvrage.
L’ouvrage s’adresse aux habitants de la Guyane et à tous ceux qui souhaitent comprendre ce qu’est, sur le continent sud-américain, ce pays dont les caractères originaux viennent de son insertion dans le dispositif politique et administratif de la nation française.

Publié le : samedi 1 janvier 2011
Lecture(s) : 56
Tags :
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782844508300
Nombre de pages : 712
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat
PREMIÈRE PARtIE: PROBLéMAtIQUE DU DéVELOPPEMENt
Le statut actuel de la Guyane serait-il un obstacle au développement ? L’idÉe souvenT exprimÉe que le sTaTuT acTuel de la Guyane esT un obsTacle au dÉveloppemenT, au regard des expÉriences rÉgionales, ne rÉsisTe pas à l’analyse des faiTs. En effeT, la Guyane, qui esT une rÉgion à parT enTière, esT soumise au droiT commun non seulemenT comme celles de l’Hexagone, mais elle bÉnÉficie ÉgalemenT de mesures spÉcifiques en Termes de compÉTences eT de souTiens financiers supplÉmenTaires. Or, commenT cerTaines rÉgions de l’Hexagone, qui ne jouissenT pas d’auTanT de compÉTences, onT-elles rÉussi un specTaculaire dÉveloppemenT Économique eT social de leur TerriToire ? La RÉgionPACAesT un exemple illusTraTif. La coexisTence de deux collecTiviTÉs TerriToriales (rÉgion eT dÉparTemenT) sur un même TerriToire peuT bien ÉvidemmenT êTre à l’origine d’incohÉrences eT de dysfoncTionnemenTs. Mais lorsque le poliTique saiT subordonner l’idÉo-logie à l’inTÉrêT gÉnÉral, comme à la RÉunion, ces inconvÉnienTs peuvenT êTre levÉs par le parTenariaT eT la mise en cohÉrence des poliTiques eT des acTions rÉgionales eT dÉparTemenTales, eT ce d’auTanT plus facilemenT que les majori-TÉs poliTiques de ces collecTiviTÉs apparTiennenT au même couranT poliTique. Une siTuaTion que connaîT la Guyane duranT plus de 20 ans. On ne sauraiT par ailleurs comparer la siTuaTion de la Guyane à celle des collecTiviTÉs rÉgies par l’arTicle 74, qui bien que jouissanT d’un sTaTuT d’auTo-nomie, ne fonT pas mieux que lesDROM. Les populaTions auTochTones de ces TerriToires conquis enTre 1842 eT 1876, après l’aboliTion de l’esclavage, eT qui onT connu une colonisaTion de conquêTe, onT su conserver leurs TradiTions eT leur culTure d’origine, de sorTe que coexisTenT dans ces sociÉTÉs d’ouTre-mer, deux culTures disTincTes, la culTure française eT la culTure auTochTone, que le sTaTuT d’auTonomie qui leur esT accordÉ s’efforce de concilier. D’ailleurs, MayoTTe ne souhaiTe-il pas obTenir le sTaTuT de dÉparTemenT, pour jouir de ses avanTages ? A l’inverse, lesDROMqui onT connu une colonisaTion de peuple-menT eT de planTaTions esclavagisTes onT emprunTÉ la TrajecToire de dÉveloppe-menT par l’assimilaTion eT onT consTiTuÉ une sociÉTÉ assez homogène à la fois française eT crÉole. CerTes, il esT vrai que la sociÉTÉ guyanaise acTuelle esT composÉe de communauTÉs culTurelles forT disTincTes, se replianT sur sa cul-Ture d’origine. Mais, vouloir rejeTer l’inTÉgraTion eT accepTer que chaque com-posanTe eThnique vive selon ses propres lois, des lois aussi diffÉrenTes les unes des auTres, c’esT renoncer au senTimenT d’apparTenance, ainsi qu’à l’ordre eT à la cohÉsion sociales, indispensables à TouT dÉveloppemenT. Pourquoi rÉclamer, par la revendicaTion d’un changemenT de sTaTuT, de nouvelles compÉTences alors que parallèlemenT on en refuse ? Des compÉ-Tences Telles l’exploraTion eT l’exploiTaTion des ressources de la mer, l’enTre-Tien eT la consTrucTion des rouTes naTionales, eTc, ne sonT-elles pas pourTanT essenTielles pour bâTir une poliTique rÉgionale d’amÉnagemenT du TerriToire, de libre circulaTion (conTinuiTÉ TerriToriale inTÉrieure) eT de crÉaTion de richesses ? Renoncer au droiT commun, rÉgiT par l’arTicle 73 de la ConsTiTuTion, pour un sTaTuT dePtOM, revienT non seulemenT à sorTir du cadre des rÉgions ulTra-
231
232
COMPRENDRE LAGUYANE DAUJOURDHUI
pÉriphÉriques (RUP) mais ÉgalemenT à renoncer à nos garanTies sociales, Éco-nomiques eT fiscales que procure la lÉgislaTion naTionale, au profiT d’une lÉgis-laTion locale incerTaine. Avons-nous en effeT les compÉTences locales eT l’expÉrience pour faire mieux que la mÉTropole en maTière de lÉgislaTion ? Non ! La consÉquence seraiT alors la rÉducTion de nos droiTs fondamenTaux eT la privaTion à l’accès aux financemenTs affÉrenTs eT aux fonds sTrucTurels euro-pÉens.
Aussi, pluTôT que de conTesTer noTre cadre sTaTuTaire acTuel, sans pour auTanT relever les causes originelles de nos dÉfaillances, il semble plus sage que nous nous inTerrogions sur l’absence d’un vÉriTable projeT de sociÉTÉ, sur les carences du foncTionnemenT de nos insTances locales, sur l’exisTence de cerTains rÉseaux illÉgaux eT de clienTÉlisme, sur les abus eT les gaspillages, sur l’inefficaciTÉ de nos poliTiques publiques,… Bref, sur les causes profondes de noTre non dÉveloppemenT.
Quelles évolutions statutaires ? Pour moderniser la France, rÉpondre aux nÉcessiTÉs de la consTrucTion europÉenne, s’adapTer aux muTaTions que connaîT le dÉbuT de ce siècle eT saTis-faire les aTTenTes de l’OuTre-mer, le gouvernemenT a engagÉ une sÉrie de rÉformes, donT l’une des plus imporTanTe esT la rÉvision de la ConsTiTuTion, qui a ÉTÉ suivi d’un imporTanT TransferTs de compÉTences, l’acTe II de la dÉcenTra-lisaTion (la loi du 3 aoûT 2004 sur les liberTÉs eT les responsabiliTÉs locales).
Les acquis de la révision constitutionnelle du 28 mars 2003 La rÉvision consTiTuTionnelle esT une vÉriTable rÉvoluTion dans nos modes de pensÉes en ce qui concerne l’organisaTion TerriToriale de la France. En effeT, la France esT dÉsormais un ETaT dÉcenTralisÉ, afin que les dÉci-sions soienT prises au niveau le plus adapTÉ : – La libre adminisTraTion des collecTiviTÉs TerriToriales esT renforcÉe par la garanTie de l’auTonomie financière des collecTiviTÉs, eT noTammenT par le TransferT des ressources correspondanTes aux TransferTs de compÉ-Tences – Le droiT d’expÉrimenTaTion ouvre aux collecTiviTÉs TerriToriales des champs d’innovaTion dans l’organisaTion eT la gesTion publique locale – Le droiT de pÉTiTion eT le rÉfÉrendum local ÉlargissenT l’inTervenTion du ciToyen dans les processus de la dÉcision publique – La noTion de chef de file faciliTe la synergie eT la mise en cohÉrence de l’acTion commune des collecTiviTÉs TerriToriales, TouT en prÉcisanT les responsabiliTÉs Par ailleurs, pour Tenir compTe de leurs parTiculariTÉs eT rÉpondre à leurs aTTenTes, la RÉpublique offre mainTenanT aux collecTiviTÉs TerriToriales d’ouTre-mer diverses possibiliTÉs d’ÉvoluTion sTaTuTaire, des ÉvoluTions à la carTe. Les
PREMIÈRE PARtIE: PROBLéMAtIQUE DU DéVELOPPEMENt
arTicles 72 à 74 onT ÉTÉ, à ceT effeT, enTièremenT rÉÉcriTs eT modifienT en pro-fondeur le rÉgime consTiTuTionnel de l’ouTre-mer. Ainsi : – Les arTicles 72-3 eT 73-4 dressenT la nouvelle archiTecTure du rÉgime en OuTre-mer eT crÉenT des passerelles enTre les modèles de l’arTicle 73 (principe d’assimilaTion, avec adapTaTion eT possibiliTÉ de dÉrogaTion limiTÉe) eT ceux des arTicles 74 eT 74-1 (principe de spÉcialiTÉ avec pos-sibiliTÉ d’exTension de disposiTions applicables en mÉTropole) – L’arTicle 72-4 (1° alinÉa) permeT le passage du sTaTuT de l’arTicle 73 vers celui de l’arTicle 74, eT inversemenT, sous rÉserve du consenTemenT de la populaTion eT de la promulgaTion d’une loi organique. – L’arTicle 73 ÉTabliT le principe selon lequel les lois eT règlemenTs sonT applicables de plein droiT dans lesDROM, TouT en prÉvoyanT des possi-biliTÉs d’adapTaTion ou de dÉrogaTion. LesDROMpeuvenT alors êTre habiliTÉs à fixer eux-mêmes cerTaines règles applicables sur leur Terri-Toire. Ce même arTicle, dans son alinÉa 7, auTorise en ouTre le lÉgisla-Teur à crÉer aussi bien une collecTiviTÉ se subsTiTuanT à une rÉgion eT un dÉparTemenT d’ouTre-mer, qu’une assemblÉe unique pour ces deux col-lecTiviTÉs, qui seraienT alors mainTenues L’arTicle 74 inTroduiT un nouveau mode de TraiTemenT des problèmes sTa-TuTaires de l’ouTre-mer. Il auTorise le lÉgislaTeur à dÉfinir le sTaTuT qui convienT le mieux à chacune des collecTiviTÉs d’OuTre-mer. De plus, il ne faiT plus obli-gaTion aux collecTiviTÉs qui ne sonT pas soumises à l’arTicle 73, d’êTre rÉgies par la spÉcialiTÉ lÉgislaTive. Le droiT commun demeuranT de la compÉTence de l’ETaT, il peuT êTre dÉsormais, le cas ÉchÉanT, ÉTendu par ordonnance dans les collecTiviTÉs d’OuTre-mer soumise à l’arTicle 74.
Evolutions statutaires permises La ConsTiTuTion d’aujourd’hui, offre à l’OuTre-Mer un large ÉvenTail de possibiliTÉs d’ÉvoluTion sTaTuTaire, sans pour auTanT sorTir du cadre de la RÉpublique, mais, selon l’opTion, les avanTages eT les inconvÉnienTs ne sonT pas les mêmes : – Le sTaTuT acTuel de rÉgion monodÉparTemenTal – CrÉaTion de deux ou plusieurs dÉparTemenTs – La fusion ToTale ou parTielle des deux collecTiviTÉs (dÉparTemenT eT rÉgion) – Le mainTien des deux assemblÉes, mais avec un exÉcuTif unique (d’où une adminisTraTion unique) – La crÉaTion d’une assemblÉe unique rÉgie par l’arTicle 73, eT que se sur-ajouTeraiT aux deux collecTiviTÉs exisTanTes – La suppression de la rÉgion eT du dÉparTemenT eT la crÉaTion d’une assemblÉe unique rÉgie soiT par l’arTicle 73, soiT par l’arTicle 74.
233
Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.

Diffusez cette publication

Vous aimerez aussi

suivant