D'une rive à l'autre

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Eric Hersilie est journaliste. Grâce à son métier, il a parcouru la Martinique et il nous donne une vision où d’une rive à l’autre on découvre des lieux, des traditions, des personnages qui ont marqué leur époque. Une mise en valeur de l’histoire, du patrimoine et des hommes exemplaires, il brosse un état des lieux identitaire.


Eric Hersilie-Héloïse est responsable de la rédaction de France-Antilles magazine dont il est l’un des créateurs. A l’âge de 25 ans, il est déjà rédacteur en chef d’un des premiers magazines antilloguyanais, Antilles-Guyane Actualité après avoir collaboré au magazine Flash Antilles Afrique tout en se consacrant à radio Tour Eiffel, radio jet et RFO Paris. il s’éveille alors à l’importance des repères et modèles pour notre jeunesse. il débute ainsi sa série de portraits de grands hommes tels Gaston Monnerville, Jean-José Clément ou Gérard la Viny. Son passage à la sorbonne en histoire médiévale, ayant fait naître chez lui le goût du passé, il commence à « fureter » dans le passé de la Martinique et développe l’idée que le patrimoine va bien plus loin que le tambour : même si à l’époque, son mémoire de sciences politiques traitait des « fonctions politiques de la musique aux Antilles ». Son désir d’écrire sur le patrimoine et sur l’histoire ne le quittera plus.

Publié le : samedi 1 janvier 2011
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EAN13 : 9782844507228
Nombre de pages : 208
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Préambule
sanS que L’On S’en Rende bIen cOmpte (maIS avOnS-nOuS L’habItude d’êtRe atten-tIfS à nOtRe quOtIdIen ?), La MaRtInIque baScuLe danS une autRe ÉpOque. Un vÉRItabLe paSSage entRe deux mOndeS. Peut-êtRe pLuS ImpORtant que ceux de 1848, 1946 Ou encORe ceLuI de La fin de L’ÉcOnOmIe agRIcOLe de La fin deS annÉeS 1950. Ça S’appeLLe pROgRèS, mOndIaLISatIOn Ou SenS de L’hIStOIRe, SeLOn L’OptIOn chOI-SIe. TOujOuRS eSt-IL qu’un « État deS LIeux » de L’exIStant cOuLe de SOuRce. NOn paS un dOcte dÉbaLLage InteLLectueL, maIS un tOuR de pISte de ceS hOmmeS et ceS femmeS, quI Ont faIt La MaRtInIque d’aujOuRd’huI. Une mISe en LumIèRe deS baSeS et fOndementS cuLtuReLS de ce qu’IL faut bIen appeLeR une IdentItÉ SynchRÉ-tIque ; à ne paS cOnfOndRe avec cette SpÉcIficItÉ quI ne dOIt SOn exIStence qu’au « bOn vOuLOIR » d’un RÉfÉRentIeL exOtIque (au SenS pRemIeR du teRme). En SOn tempS, Le pOète-phILOSOphe majeuR de nOtRe « mOI exIStentIeL » a ÉnOncÉ : « l’heuRe de nOuS-mêmeS a SOnnÉ ». Et nOS paRentS Ont cOmpRIS : « RaccROchement dÉSeSpÉRÉ à une mèRe patRIe LOIntaIne » ; d’abORd euROpÉenne, puIS afRIcaIne, au gRÉ deS mOdeS. Et tOujOuRS SeLOn Le pRIncIpe nOn avOuÉ qu’IL eSt « hOnteux » d’êtRe un peupLe neuf. DOnt LeS cOmpOSanteS SOnt auSSI muLtIpLeS que LeS avataRS de nOtRe hIS-tOIRe. HIStOIRe qu’IL faut avOIR « dIgÉRÉe », SanS RancœuR, nI cOmpLexeS de queLque SORte. le manIchÉISme n’eSt paS nÉ SOuS nOS LatItudeS ; LOIn S’en faut. TI sOnSOn L’hOmme du peupLe Le SaIt. MaIS ceux quI Ont Le « pORte-vOIx » pRÉfèRent LeS SchÉ-maS cLaSSIqueS mOndIaLISteS à dOmInante OccIdentaLe, pLaquÉS avec pLuS Ou mOInS de bOnheuR, SuR une SOcIÉtÉsui generis. AInSI, eSt-IL SI cOmpLIquÉ d’admettRe que nOuS SOmmeS tOut (cuLtuRe, hIStOIRe, Langue, teRRItOIRe), Sauf une Race ? Qu’à de tRèS RaReS exceptIOnS, nOuS SOmmeS tOuS gÉnÉaLOgIquement deS « bâtaRdS » ; danS Le SenS cOde cIvIL du teRme ? PuISque nOtRe ancêtRe muLâtRe naît « hORS maRIage » d’une unIOn « fuRtIve », pLuS Ou mOInS RÉpÉtÉe entRe un EuROpÉen (cOLOn Ou engagÉ) et une femme de cOuLeuR (eScLave, LIbRe de Savane, RaRement affRanchIe). Ce, danS La canne, L’ÉcuRIe, La cuISIne… maIS jamaIS danS une chambRe nuptIaLe. C’eSt Là un deS aSpectS de ce que L’On nOmme « chOc deS cuLtuReS en teRRe cOLOnIaLe ». Que ce cRÉOLe quI eSt L’expReSSIOn LInguIStIque de nOtRe IdentItÉ caRRefOuR eSt hIStORIquement, cuLtuReLLement, IdentItaIRement SOumIS à La dIgLOSSIe ; ce cOde RIgOuReux, cOnStRuIt au fiL deS SIècLeS, quI nOuS faIt utILISeR une Langue Ou une autRe, en fOnctIOn du Sujet, du LOcuteuR et du mOment Où L’On paRLe ? En SOmme « devenIR quI On eSt » Ou SI L’On pRÉfèRe « appROfOndIR L’IndIvIdueL, pOuR tendRe veRS L’unIveRSeL »? BRef, effectueR ce paSSage d’une ÉpOque à L’autRe, SanS êtRe un vOyageuR SanS bagageS : cet hOmme quI cOnStRuIt SOn paSSÉ à baSe de « pRObabLe », quI RecheRche deS mOdèLeS uLtRamaRInS et S’InStaLLe danS La « pROcuRatIOn exIStentIeLLe ».
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ALORS qu’IL Suffit de Se mettRe au baLcOn de ce payS, pOuR dÉcOuvRIR deS chOSeS, deS genS meRveILLeux : Le SeL de cette teRRe cRÉOLe.
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ERIc HErsiliE-HélosE
Traditions
Une île à sucre e oRIgInaIRe de La vaLLÉe de L’induS, maIS ImpORtÉe danS L’îLe à La fin du xVii SIècLe, La canne à SucRe a mOdeLÉ tOute La SOcIÉtÉ et L’hIStOIRe de La MaRtInIque. Canne, SucRe, Rhum, fORment à jamaIS une tRILOgIe IndISpenSabLe pOuR cOmpRendRe cette îLe de L’aRchIpeL deS CaRaïbeS. « on ne tROuve pLuS de cOupeuRS de canne en MaRtInIque. iLS pRÉfèRent tOucheR deS aLLOcatIOnS » dÉcLaRent ceRtaInS. De faIt, La majORItÉ deS cOupeuRS de canneS eSt cOnStItuÉe paR une maIn-d’œuvRe ImmIgRante (saInte-lucIenS, HaïtIenS). iL y a bIen, en dÉpIt du chômage, une dÉSaf-fectIOn LOcaLe vIS-à-vIS de ce SecteuR. TOut d’abORd, La cOupe RepRÉSente une deS actIvItÉS LeS pLuS duReS et LeS pLuS SaLISSanteS de ce SecteuR ÉcOnOmIque. COupeR La canne n’eSt paS duR en SOI, maIS La RÉpÉtItIOn du geSte et La pOSItIOn cOuRbÉe deS heuReS duRant, queL que SOIt Le tempS, Rend La tâche InSuppORtabLe. En OutRe, à tORt Ou à RaISOn, cOupeR La canne RepRÉSente pOuR beaucOup Le pLuS baS Stade de L’ÉcheLLe SOcIaLe. on n’a paS encORe RevaLORISÉ pSychOLOgIquement ce mÉtIeR, quaLIfiÉ abuSIvement paR ceRtaInS de SeRvILe. POuRtant, vue La tOpOgRaphIe mOntagneuSe de L’îLe, La cOupe de La canne ne peut êtRe tOtaLement mÉcanISÉe et Le cOupeuR eSt bIen Le maILLOn de baSe de L’expLOIta-tIOn SucRIèRe. COmment dOnc expLIqueR cette dISpaRItÉ de cOmpORtementS entRe MaRtInIquaIS et SaISOnnIeRS ÉtRangeRS ? TOut d’abORd, paR Le bIaIS du change, Le SaLaIRe de tROIS mOIS de cOupe (de maRS à fin maI) RepRÉSente de RetOuR au payS une SOmme cOnSI-dÉRabLe. EnSuIte, ceS « SpÉcIaLISteS » quI vOnt du BRÉSIL aux EtatS-UnIS en paSSant paR LeS AntILLeS fRançaISeS, n’Ont paS fORcÉment La même attItude danS LeuR payS, face à La canne. l’État pSychOLOgIque change avec LeS kILOmètReS ! Enfin, La MaRtInIque eSt un payS Où La pROtectIOn et L’aSSIStance SOcIaLe SOnt LeS pLuS fORteS de La zOne. DanS LeS îLeS avOISInanteS, SI L’On ne tRavaILLe paS, On ne mange paS. CecI expLIque peut-êtRe ceLa.
FInIe L’Image d’EpInaL du cOupLe cOupeuR de canne/amaRReuSe. DORÉnavant, Le cOupeuR eSt SeuL face à SeS quatRe RangS de canne, fORmant une chaSSe : «An chas cann’», en Langage d’InItIÉ. Une fOIS Le pÉRImètRe dÉLImItÉ paR Le cOmmandeuR, Le cOupeuR Se met à L’OeuvRe. A gauche et à dROIte On jette LeS amaRReS (LOngueS feuILLeS de canne), au mILIeu La canne pROpRement dIte. Et L’hOmme S’enfOnce danS Le champ, en SILence, Le SeuL bRuIt Étant Le SIfflement du cOuteLaS SuR Le jOnc : un cOup à La baSe et un cOup à La
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tête pOuR enLeveR LeS amaRReS. l’hOmme tRavaILLe à Sa fORce et n’a aucune cOntRaInte de tempS Ou de quantItÉ. A La fin de La jOuRnÉe, Le cOmmandeuR meSuRe La LOngueuR deS RangÉeS de canneS cOupÉeS : IL tOISe.
MeSuRe d’un autRe tempS, La tOISe RepRÉSente 1,949 mètReS et eSt payÉe 0,18 centS au cOupeuR. En tRavaILLant huIt à dIx heuReS paR jOuR, un bOn cOupeuR peut gagneR 2 280 euROS paR mOIS. ouI maIS IL auRa dû cOupeR pOuR une LOngueuR de 12 500 tOISeS, SOIt vIngt-cInq kILOmètReS de canne ! Peu SOnt ceux quI y aRRIvent.
Avant, Le cOupLe cOupeuR/amaRReuSe ÉtaIt payÉ à La tâche jOuRnaLIèRe : 20 pILeS paR jOuR, La pILe RepRÉSentant 25 paquetS de 10 bOutS de canne, Le bOut meSuRant exactement 1 mètRe. En OutRe c’ÉtaIent LeS OuvRIeRS quI devaIent chaRgeR LeuRS paquetS SuR LeS cabROuetS de RamaSSage. Un SyStème dÉpaSSÉ du faIt de La mÉcanI-SatIOn.
DanS ceRtaIneS petIteS expLOItatIOnS, LeS cOupeuRS SOnt payÉS au pOIdS et nOn à La tOISe. on paRLe aLORS de « pRIx à La tOnne cOupÉe » et La RÉmunÉRatIOn ne dÉpaSSe jamaIS LeS 15 euROS/tOnne. MaIS quand La canne eSt RIche, dOnc LOuRde, IL eSt pLuS IntÉReSSant d’êtRe payÉ au pOIdS. MaLheuReuSement LeS gROSSeS expLOItatIOnS pRÉfè-Rent La tOISe.
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«Tout’ rhum sé rhum» (LeS RhumS SOnt tOujOuRS du Rhum), dISent LeS habItuÉS du « dÉcOLLage ». POuRtant, deux typeS de Rhum exIStent au mOnde : Le Rhum InduS-tRIeL Ou de SucReRIe et Le Rhum agRIcOLe de dIStILLeRIe. HIStORIquement, Le pRemIeR Rhum eSt InduStRIeL. leS habItatIOnS pROduISant du SucRe, Le Rhum eSt fabRIquÉ à paRtIR de La tRanSfORmatIOn en aLcOOL deS SucReS feR-mentIScIbLeS de ce RÉSIdu appeLÉ mÉLaSSe. sOuS L’actIOn deS LevuReS, entRe 25 et 40 heuReS, LeS SucReS Se tRanSfORment en aLcOOL. Ce pROduIt eSt un vIn tItRant de 4 à 7° et SeRa dIStILLÉ pOuR ObtenIR Le Rhum tRadItIOnneL, Le Rhum gRand aRôme et Le vIeux InduStRIeL. le Rhum agRIcOLe LuI, pROvIent de La feRmentatIOn dIRecte du juS de canne dÉnOmmÉ veSOu. A La SORtIe deS mOuLInS, Le veSOu eSt tamISÉ, dÉcantÉ et fiLtRÉ. ApRèS avOIR ÉtÉ dILuÉ, IL eSt envOyÉ danS deS cuveS pOuR une feRmentatIOn de 36 à 48 heuReS afin de dOnneR un vIn aLcOOLIque dÉnOmmÉ « gRappe » et tItRant entRe 4 et 6°. la dIStILLatIOn S’OpèRe en cOntInu danS deS cOLOnneS appeLÉeS « cOLOnneS cRÉOLeS » dOnt La SpÉcIfi-cItÉ tIent au nOmbRe d’ÉtageS et à ceLuI deS « caLOtteS de cOLOnne » de chaque pLa-teau. sI pOuR Le vIn, tOut tIent au maîtRe de chaI, pOuR Le Rhum tOut eSt LIÉ à La cOLOnne et à SOn RÉgLage. Et c’eSt Le maîtRe de cOLOnne, appeLÉ « dIStILLateuR » quI fabRIque La SpÉcIficItÉ d’une maRque. le vIn (La gRappe) eSt pOmpÉ danS un bac, puIS envOyÉ danS un RÉchauffeuR Où Sa tempÉRatuRe eSt pORtÉe à 70°. iL pÉnètRe aLORS danS La paRtIe SupÉRIeuRe de La
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cOLOnne et tOmbe paR gRavItÉ de pLateau en pLateau (en gÉnÉRaL une dIzaIne). sImuL-tanÉment, un cOuRant de vapeuR mOnte danS La cOLOnne et S’enRIchIt en aLcOOL, au cOntact de La gRappe. le LIquIde ÉpuISÉ Se tROuvant au pIed de La cOLOnne S’appeLLe « vInaSSe » et eSt jetÉ. PaR cOntRe, La vapeuR aLcOOLIque en SORtant de La cOLOnne RepaSSe paR un chauffe-vIn Où cOmmence SOn RefROIdISSement, puIS danS un cOnden-SateuR cOmpLÉtÉ paR un RÉfRIgÉRant.
le Rhum aLORS teRmInÉ tItRe à 75° et S’appeLLe « cœuR de chauffe » Ou « gRappe bLanche ». iL ReSte maIntenant à Le « RÉduIRe » paR une adjOnctIOn d’eau de SOuRce pOuR qu’IL atteIgne Le tItRage autORISÉ paR La LOI (50, 55 Ou 62° pOuR Le Rhum bLanc). En gÉnÉRaL, On eStIme qu’une tOnne de canneS à SucRe pROduIt entRe 85 et 100 LItReS de Rhum à 55°.
JuSqu’aux annÉeS vIngt, Le Rhum agRIcOLe maRtInIquaIS ÉtaIt excLuSIvement bLanc. DIStILLÉ, IL ÉtaIt cOnSeRvÉ danS deS fOudReS de chêne de deux mILLe LItReS, en attendant La cOnSOmmatIOn. sOuS L’ImpuLSIOn de vISIOnnaIReS cOmme JacqueS BaLLy, VIctOR Depaz et HOmèRe CLÉment naît Le Rhum vIeux maRtInIquaIS.
ApRèS dIStILLatIOn, Le Rhum eSt SeLOn La LOI du 19 aOût 1921, cOnSeRvÉ pendant tROIS anS au mOInS danS deS tOnneaux de chêne de deux cent cInquante LItReS au maxImum. C’eSt La technIque du cOgnac. on peut Le LaISSeR pLuS LOngtempS en fût, maIS Sa dÉnOmmInatIOn ne change paS : c’eSt tOujOuRS un Rhum vIeux, LeS appeLLa-tIOnS « tRèS vIeux » Ou « hORS d’âge », n’Étant qu’une IndIcatIOn du dIStILLateuR.
Et Le Rhum paILLe, un Rhum nOuveau ? En faIt Le fRuIt d’un aLÉaS ÉcOnOmIque. DanS LeS annÉeS cInquante, une mÉvente devaIt entRaîneR une cOnSeRvatIOn de pLuS d’un an de La pROductIOn de Rhum bLanc, danS LeS fOudReS. Au SORtIR, L’aLcOOL ÉtaIt caRRÉment maRROn. Ce n’ÉtaIt pLuS du Rhum bLanc, et cOmme IL n’avaIt paS SÉjOuRnÉ en tOnneau, IL ne pOuvaIt LÉgaLement êtRe appeLÉ « vIeux ». MaIS IL faLLaIt Le vendRe. on L’a d’abORd appeLÉ « ambRÉ », puIS « paILLe ». iL avaIt La cOuLeuR du vIeux, SOu-vent Le même gOût, maIS ce n’ÉtaIt paS du vIeux. le pubLIc adORe et depuIS ce jOuR, La majORItÉ deS dIStILLeRIeS fOnt du paILLe.
POuRtant, LeS ancIenS RacOntent que Le Rhum bLanc a tOujOuRS ÉtÉ LÉgèRement paILLÉ. leS cuveS de feRmentatIOn en InOx n’exIStant paS aLORS, Le chêne deS fOudReS de cOnSeRvatIOn dOnnaIt tOujOuRS une cOuLeuR bISe au Rhum. le Rhum « cRIStaL » que ceRtaInS RevendIquent ne SeRaIt que du « cœuR de chauffe » une « gRappe bLanche », LIvRÉe à La SORtIe de La cOLOnne à dIStILLeR.
DanS ceRtaInS SaLOnS, IL eSt de cOutume de faIRe gOûteR « Le vIeux IneStImabLe ». suR La bOuteILLe eSt InScRIte une date d’avant-gueRRe et Le maîtRe de SÉant d’annOn-ceR : « Cette bOuteILLe eSt depuIS pLuS de quaRante anS danS La famILLe, ce Rhum a dOnc cInquante anS ». on cROIRaIt entendRe paRLeR de vIn. MaIS Le Rhum, aLcOOL dIS-tILLÉ, ne vIeILLIt qu’en fût de chêne ! En bOuteILLe, IL ReSte Intact, auSSI LOngtempS qu’On ne Le bOIt paS.
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PaR cOntRe, depuIS queLqueS annÉeS, IL eSt pOSSIbLe de fabRIqueR SOn Rhum vIeux. DeS tOnneLetS en chêne de tROIS LItReS peuvent êtRe acquIS et Le cOnSOmmateuR peut aInSI Se tRanSfORmeR en maîtRe de chaI dOmeStIque. Deux fOIS paR an, IL devRa cOnStateR « La paRt deS angeS » de SOn nectaR (pOuR-centage d’ÉvapORatIOn du LIquIde) et pROcÉdeR au « OuILLage » (RempLacement du LIquIde ÉvapORÉ paR un Rhum de La même annÉe). En MaRtInIque, du faIt du cLImat, La paRt deS angeS SuR dIx anS, eSt de L’ORdRe de 55% du vOLume de LIquIde InItIaL.
DanS La tRadItIOn, Le Rhum eSt un aLcOOL que L’On ReSpecte. HORmIS LeS « taffia-teuRS », quI cOnSOmment à tOute heuRe, IL exISte deS heuReS et deS dÉnOmInatIOnS pRÉcISeS pOuR La cOnSOmmatIOn. le matIn à jeûn, un veRRe de Rhum puR S’appeLLe « dÉcOLLage ». iL dOIt êtRe SuIvI de L’abSORptIOn d’eau de cOcO et c’eSt un « cOcOIage » Ou de dÉcOctIOn de mabI (bOIS-SOn d’ORIgIne caRaïbe) et L’On a aLORS un « mabIage ». DèS que « La petIte aIguILLe de La mOntRe tOuche Le chIffRe 9 », On peut bOIRe Le punch. En gÉnÉRaL, IL S’agIt du « Sec » (Rhum puR) Ou du « feu » (Rhum + zeSte de cItROn + tReIze gRaInS de SucRe). A cette heuRe On utILISe peu Le SIROp. JuSte avant de mangeR, pOuR OuvRIR L’appÉtIt, On peut pRendRe Le punch SIROp (Rhum + zeSte de cItROn + SIROp) et en fOnctIOn de SOn ImpORtance, IL eSt baptISÉ « punchInet,ti bèt, mathOmme, fOLIbaR » Ou « punch gendaRme ». PaR cOntRe, Le RIte eSt ImmuabLe et dOIt êtRe effectuÉ paR Le cOnSOmmateuR LuI-même (On ne SeRt paS Le punch à queLqu’un) : Le SIROp eSt veRSÉ, puIS Le zeSte eSt pReSSÉ de SORte que La peau aRRIve au fOnd du veRRe avant Le juS et enfin On met Le Rhum. POuR mÉLangeR La mIxtuRe (ceLa S’appeLLe « dOucIR Le punch »), On tOuRne Le veRRe tenu du bOut deS dOIgtS, danS Le SenS InveRSe de L’aIguILLe d’une mOntRe. le punch abSORbÉ (La bOnne ÉducatIOn exIge que ceLa SOIt faIt en « tROIS cOupS »), On pRend Le « cRaSe » ; un peu d’eau mInÉRaLe bue pReStement afin d’attÉnueR Le feu du punch. En fin d’apRèS-mIdI, On peut abORdeR Le punch au mIeL et Le punch au Rhum vIeux, maIS On paRLe aLORS de « SIgnatuRe ».
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C’eSt dÉSORmaIS une tRadItIOn danS Le NORd AtLantIque de La MaRtInIque, que cette fête du deuxIème dImanche du mOIS de dÉcembRe. Un mOment que peRSOnne ne veut manqueR. A teL pOInt que La fête du Rhum (c’eSt SOn nOm), figuRe SuR ceR-taInS dÉpLIantS tOuRIStIqueS, cOmme Étant L’un deS mOmentS cLÉ de L’annÉe en MaR-tInIque. on en OubLIeRaIt pReSque que La fête du Rhum eSt peut-êtRe La SeuLe manIfeStatIOn due à La vOLOntÉ d’OuvRIeRS dÉSIRant SauveR « LeuR » dIStILLeRIe. C’ÉtaIt à La fin deS annÉeS 70 et L’hIStOIRe vaut d’êtRe cOntÉe.
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leS uneS apRèS LeS autReS, LeS dIStILLeRIeS feRment LeuRS pORteS et à saInt-JameS Le mORaL n’eSt paS au beau fixe. QueLqueS annÉeS pLuS tôt, Le gROupe COIntReau a RachetÉ La dIStILLeRIe, maIS Le Rhum cOnnaISSant une cRISe, La dIRectIOn SOnge à feR-meR L’uSIne. En d’autReS tempS, On auRaIt paRLÉ de gRève et d’appeL à L’OpInIOn pubLIque, Là LeS OuvRIeRS de L’uSIne avec à LeuR tête EmILe langeROn, Le dIRecteuR d’aLORS, Ont un tOut autRe eSpRIt. saInt-JameS eSt LeuR dIStILLeRIe. DÉjà danS Le paSSÉ, aLORS qu’eLLe ÉtaIt encORe SucReRIe, ce SOnt LeS OuvRIeRS aLLIÉS aux dIRIgeantS quI Ont nÉgOcIÉ pOuR Le Rachat de L’uSIne et Sa mutatIOn en dIStILLeRIe. on pOuRRaIt pReSque dIRe qu’ILS Ont L’habItude. iL faut dOnneR un cOup de fOuet à L’uSIne, SuScIteR un RegaIn d’attentIOn de La pOpuLatIOn vIS-à-vIS du Rhum de saInte-MaRIe. C’eSt L’ÉpOque Où Le Rhum la Mauny dÉmaRRe SOn hÉgÉmOnIe SuR La pOpuLatIOn maRtInIquaISe, SuccÉdant au Rhum CLÉ-ment, danS Le cœuR deS amateuRS deCrs(cItROn, Rhum, SIROp). ApRèS une RÉunIOn hOmÉRIque, dOnt LeS ancIenS Se SOuvIennent, Le cOmItÉ d’en-tRepRISe de L’uSIne de saInte-MaRIe dÉcIde de tenteR « L’OpÉRatIOn de La deRnIèRe chance ». se SOuvenant deS fêteS d’antan, SuccÉdant à La fin de La RÉcOLte, maRquant L’ÉpILOgue de La SaISOn cannIèRe, ceS hOmmeS et ceS femmeS mettent SuR pIed une ImmenSe fOIRe pORteS OuveRteS à La dIStILLeRIe. leS patROnS, quOIque dubItatIfS, pRêtent Le matÉRIeL aux OuvRIeRS, LeuR fOuRnIS-Sent de La canne pOuR Le juS faIt SuR pLace et LeuR cOnfient deS caISSeS de Rhum; à chaRge pOuR eux de faIRe entReR queLque aRgent, avant La feRmetuRe. l’OpÉRatIOn eSt un SuccèS. leS MaRtInIquaIS RedÉcOuvRent Le Rhum saInt-JameS gRâce à cette fête pOpuLaIRe Où chaque OuvRIeR a à cœuR d’expLIqueR au vISIteuR La vaLeuR de SOn OutIL de tRavaIL. suIte à cette pRemIèRe fête du Rhum, LeS patROnS RepRennent cOnfiance, La pRO-ductIOn RedÉmaRRe et SuRtOut un nOuveau Rendez-vOuS cuLtuReL pRend pLace SuR LeS caLendRIeRS : La fête du Rhum à saInte-MaRIe, Le deuxIème dImanche de dÉcembRe. Une fOIS encORe, LeS OuvRIeRS avaIent SauvÉ « LeuR » uSIne. leS annÉeS SuIvanteS, La dIRectIOn de saInt-JameS, devant L’ampLeuR du mOu-vement, SecOndeRa, puIS SuccèdeRa au cOmItÉ d’entRepRISe danS L’ORganISatIOn de ce qu’IL eSt d’ORÉnavant cOnvenu d’appeLeR La fête du Rhum saInt-JameS. Une fOIRe nÉe de L’attachement d’hOmmeS à une uSIne dOnt bIen SOuvent LeuR pèRe ÉtaIt dÉjà L’empLOyÉ.
Au temps des débits de la Régie DÉbIt de La rÉgIe, bOutIque, Ou petIt LOLO, SOnt autant de SynOnymeS dÉSIgnant danS L’ImageRIe du gRand pubLIc, ceS petItS cOmmeRceS de dÉtaIL, Où L’On tROuve de tOut, de L’aLImentatIOn, aux pROduItS d’entRetIen, en paSSant paR Le matÉRIeL agRIcOLe de pRemIèRe nÉceSSItÉ.
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BIen qu’à queLqueS endROItS, exIStent encORe L’InScRIptIOn « dÉbIt de La rÉgIe », cette appeLLatIOn LÉgaLe a aujOuRd’huI dISpaRu, La RÉaLItÉ ÉcOnOmIque qu’eLLe RecOu-vRaIt S’Étant ÉteInte à La fin deS annÉeS 50, avec L’ObLIgatIOn d’embOuteILLeR Le Rhum.
iL ne S’agISSaIt que de dÉbItS de bOISSOnS, cOntRôLÉS paR LeS InSpecteuRS de La rÉgIe deS aLcOOLS et SpIRItueux. PLuS pROSaïquement, ceS fOnctIOnnaIReS deS cOntRI-butIOnS, ÉtaIent chaRgÉS aupRèS deS cOmmeRçantS, de cOntRôLeR Le tItRage de L’aLcOOL vendu au dÉtaIL.
« Chaque mOIS, Se SOuvIent PauLette DOmaRIn, L’InSpecteuR deS cOntRIbutIOnS venaIt avec Sa jauge, La pLOngeaIt danS Le fût de Rhum et vÉRIfiaIt SI L’aLcOOL tItRaIt bIen 50°. s’IL faISaIt mOInS, On avaIt une amende, paR cOntRe SI ça faISaIt pLuS, On ne nOuS dISaIt RIen, caR c’eSt nOuS quI peRdIOnS à La RÉductIOn ». sOuvenIRS heRmÉ-tIqueS au nOn InItIÉ. À L’ÉpOque dOnt eLLe faIt RÉfÉRence, entRe LeS deux gueRReS et danS L’ImmÉdIat apRèS-gueRRe, La MaRtInIque cOmptaIt pLuSIeuRS centaIneS de dIStILLeRIeS. rIen que danS Le pÉRImètRe BRIn d’AmOuR, BaSSIgnac, GaLIOn, TRacÉ, au centRe duqueL S’ÉLe-vaIt L’ÉpIceRIe de ThÉOgène (dIt DIOgène, pOuR La pOStÉRItÉ), Se tROuvaIent paS mOInS d’une dIzaIne de pROducteuRS de Rhum. DIStILLeRIeS d’ImpORtance SOuvent RÉduIte, puISque ceRtaIneS ne pROduISaIent que pOuR LeuR quaRtIeR. MaIS c’ÉtaIent deS dIStIL-LateuRS, dOnt On RetROuve Le nOm gRâce à deS veStIgeS de pOchOIRS, dOnt ILS Se SeR-vaIent pOuR eStampILLeR LeS tOnneaux danS LeSqueLS ILS StOckaIent ce Rhum dIt « vendu en vRac et SanS RÉduIt » : ce quI SIgnIfiaIt qu’IL SORtaIt pRatIquement de La cOLOnne à dIStILLeR et avOISInaIt LeS 70°. Ce SOnt ceS tOnneaux d’aLcOOL pRatIquement puR (ceRtaInS appeLLent ça Le « cOcO meRLO ») que LeS bOutIquIeRS achetaIent, pOuR ameneR à LeuR dÉbIt de La rÉgIe. se pROduISaIt une aLchImIe pLuS Ou mOInS SecRète, cOnSIStant à « RÉduIRe Le Rhum », c’eSt-à-dIRe y ajOuteR de L’eau, pOuR ObtenIR Le tItRage mInImum exIgÉ puIS à Le tRanSvaSeR danS un tOnneau ObLOngue, dÉnOmmÉ quaRtaut, duqueL cOuLeRaIt Le Rhum deStInÉ à La cLIentèLe. là, dÉbutaIt Le vRaI tRavaIL de dÉtaILLant, au SenS pRemIeR du teRme, caR tOut à cette ÉpOque S’achetaIt en petIte quantItÉ et SeLOn deS meSuReS paRtIcuLIèReS. le paIn ÉtaIt à La LIvRe Ou au kILO, Le beuRRe ÉtaIt au pOIdS embaLLÉ danS du papIeR kRaft, LeS dIffÉRenteS quantItÉS de faRIne avaIent LeuR Sachet paRtIcuLIeR, La mORue Se tROuvaIt danS deS bOucaux et L’huILe Se SeRvaIt à La pOmpe à maIn. À chaque denRÉe, SOn mOde de cOnSeRvatIOn et SOn SyStème de dIStRIbutIOn, La pROfeSSIOn de cOmmeRçant de campagne Étant à cette ÉpOque, une SORte de SaceRdOce, que L’On Se tRanSmettaIt de gÉnÉRatIOn en gÉnÉRatIOn, un peu à La manIèRe d’une chaRge nOtaRIaLe.
DanS cet unIveRS de dÉtaILS et de meSuReS SpÉcIfiqueS, Le Rhum OccupaIt La pLace d’hOnneuR danS La cOmpLIcatIOn, puISqu’IL Se dÉcLInaIt en paS mOInS de cInq meSuReS dIffÉRenteS, dOnt chacune avaIt un nOm paRtIcuLIeR : LItRe, chOpIne, ROquILLe, muSSe et enfin demI-muSSe, cette deRnIèRe cOntenant cInq centILItReS de Rhum et Étant La meSuRe mOyenne du punch. là Où LeS chOSeS Se cOmpLIquaIent, c’eSt quand On utI-LISaIt LeS paSSeReLLeS entRe LeS meSuReS et qu’IL faLLaIt faIRe La SOmme deS quantItÉS cOnSOmmÉeS!
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« C’eSt Le vendRedI que LeS cLIentS quI avaIent LeuR caRnet, venaIent payeR », Se SOuvIent PauLette DOmaRIn. la menSuaLISatIOn n’avaIt paS encORe vu Le jOuR, danS Le mOnde OuvRIeR maRtI-nIquaIS et Le vendRedI ÉtaIt ceLuI de La paIe, que danS ceRtaIneS habItatIOnS, On avaIt dÉnOmmÉe « La SaInte tOuche ». la SOLde peRçue, On SOLdaIt SOn cOmpte à La bOu-tIque, cOnSOmmaIt queLqueS ROquILLeS de Rhum avec LeS amIS et, cOmme IL ne ReS-taIt pRatIquement pLuS d’aRgent, On InScRIvaIt LeS nOuveaux achatS SuR Le caRnet de L’ÉpIcIeR cRÉdIteuR. C’eSt ce quI expLIque Le faIt que LeS bOutIqueS de cOmmuneS SOnt de vÉRItabLeS bazaRS Où L’On tROuve tOut, aLORS qu’à La même pÉRIOde en EuROpe, IL y a une SpÉ-cIaLISatIOn deS tâcheS entRe Le bOucheR, Le bOuLangeR et L’ÉpIcIeR, paR exempLe. icI, Le dÉbIt de La rÉgIe, cOuvRe tOut Le champ deS beSOInS ÉcOnOmIqueS IndIvIdueLS, Le pROpRIÉtaIRe deS LIeux Étant bIen SOuvent, pLuS qu’un SImpLe cOmmeRçant. AInSI, ThÉOgène DOmaRIn ÉtaIt auSSI agRIcuLteuR. Et bOucheR, LeS anImaux Étant tuÉS danS La cOuR de Sa pROpRIÉtÉ, La vIande dÉbItÉe paR SeS SOInS ÉtaIt vendue danS Sa bOutIque. leS peaux quant à eLLeS, ÉtaIent SaLÉeS puIS LIvRÉeS à La tanneRIe éRI-mÉe de saInte-MaRIe. PauLette DOmaRIn eSt nÉe danS cette atmOSphèRe et, en 1960 à La mORt de SOn pèRe, eLLe a pRIS La SucceSSIOn du cOmmeRce famILIaL. MaIntenant, LeS meSuReS de Rhum SOnt RemISÉeS danS SOn aRmOIRe aux SOuve-nIRS, La pOmpe à huILe, SI eLLe fOnctIOnne tOujOuRS, eSt RangÉe danS La cOuR et L’en-SeIgne « DÉbIt de La rÉgIe » a ÉtÉ RempLacÉe paR un StORe Où S’ÉtaLent LeS mOtS : « lIbRe-SeRvIce », SanS autRe pRÉcISIOn qu’un numÉRO de tÉLÉphOne. MaIS pOuR tOuS LeS habItantS du pÉRImètRe, c’eSt « chez DIOgène », une SORte d’InStItutIOn Où demeuRe encORe L’eSpRIt du dÉbIt de La rÉgIe ; SORte de pOInt de cOnveRgence IncOntOuRnabLe Où, tOuS LeS membReS de La SOcIÉtÉ Se cROISent, Se RencOntRent et Se RacOntent, SOuS L’œIL OmnIpRÉSent du cOmmeRçant quI, tOujOuRS SeLOn La tRadItIOn, habIte au-deSSuS de Sa bOutIque.
Si le bakoua nous était conté sI L’On en cROIt LeS ÉcRItS et ILLuStRatIOnS d’ÉpOque, La vanneRIe cRÉOLe SeRaIt d’ORIgIne caRaïbe. Avec L’aRRIvÉe deS EuROpÉenS, cette technIque auRaIt ÉtÉ appLIquÉe à La cOnfectIOn de cOuvRe-chefS. Ce deRnIeR pRenant Le nOm du vÉgÉtaL utILISÉ : Le bakOua. POuR L’ObSeRvateuR nOvIce, tOuS LeS bakOuaS Se ReSSembLent. Ne SOnt-ce paS deS chapeaux de paILLe à La caLOtte baSSe Ou pOIntue SeLOn Le StyLe ? ERReuR gRave quI peRmet à ceRtaInS cOmmeRçantS peu ScRupuLeux de vendRe à pRIx d’OR deS ObjetS de pIètRe quaLItÉ, SOuS cOuveRt de « fOLkLORISme flambOyant ». iL exISte quatRe typeS de chapeaux bakOua, quI SOnt autant de SIgneS dIStInctIfS SOcIaux. TOut d’abORd Le bakOua de SORtIe. TReSSage mInutIeux, paILLe fine et StyLe uRbaIn RappeLant Le Panama, caRactÉRISent ce chapeau. iL eSt Le cOuvRe-chef tRadI-
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tIOnneL de ceLuI quI a finI de tRavaILLeR et S’en va au « SÉnat » (LIeu de RÉunIOn deS hOmmeS, danS LeS bOuRgS) Ou au baR, pOuR y RencOntReR deS amIS. C’eSt pReSque un chapeau de paRade, que L’hOmme de gOût ORne d’un LISeRÉ Ou d’un fOuLaRd baRIOLÉ. EnSuIte vIennent LeS bakOuaS deS champS. A caLOtte pLate et mOyenS bORdS pOuR L’hOmme, tandIS que pOuR La femme, IL eSt nantI d’un LaRge bORd (cInquante à SOIxante centImètReS). COmme IL eSt RÉaLISÉ en paILLe RuStIque, pOuvant bLeSSeR Le fROnt, La cOutume veut que LeS femmeS Se ceIgnent La tête d’un madRaS, avant de cOIffeR Le bakOua. AujOuRd’huI, LeS mOdeRneS Ont RempLacÉ Le madRaS paR une caS-quette, maIS La fOnctIOn eSt La même ! C’eSt Le chapeau du tRavaILLeuR RuRaL, paRfaI-tement adaptÉ à La cOupe de La canne : EntRe autReS, caR SeS LaRgeS bORdS pROtègent Le vISage deS gRIffuReS deS amaRReS de canne.
Enfin, aRRIve Le chapeau du pêcheuR dÉnOmmÉ auSSI « haut de fORme ». recOn-naISSabLe vISueLLement, IL dOIt êtRe veRnI pOuR RÉSISteR aux embRunS et eSt dOtÉ d’une haute caLOtte pOIntue ReSSembLant à un cORnet de pIStacheS LOcaLeS. seLOn L’expLIca-tIOn pOpuLaIRe, IL ne S’agIt nuLLement d’un SIgne dIStInctIf, maIS de L’expReSSIOn du beSOIn de jOIndRe L’utILe à L’agRÉabLe. Ce bakOua de pêcheuR quI pROtège du SOLeIL peRmet auSSI de cOnSeRveR cIgaRetteS, aRgent et pIèceS d’IdentItÉ, au Sec pendant La tRaveRSÉe. iL eSt dOnc anachROnIque de jaRdIneR avec ce genRe de cOIffe en aRguant de La tRadItIOn ? POuRtant, La chOSe Se vOIt pLuS SOuvent qu’On pOuRRaIt Le cROIRe. DanS Le même ORdRe d’IdÉe, On RemaRque que Le bakOua tRadItIOnneL, n’a jamaIS La fORme d’un caSque cOLOnIaL. ALORS que SuR LeS habItatIOnS, cOmmandeuR, gÉReuR et ÉcOnOme, pORtaIent tOuS un caSque cOLOnIaL ? COntamInatIOn InOpÉRante Ou InteRdIt SOcIaL ?
«pa bakouaTout’ bakoua » (tOuS LeS bakOuaS ne SOnt paS en bakOua), dISent LeS ancIenS. De faIt, SI beaucOup de chapeaux SOnt faItS en bakOua, une muLtItude de vÉgÉtaux SOnt utILISÉS, pOuR La cOnfectIOn de ce cOuvRe-chef ILLuStRe. on peut aInSI cIteR Le kachIbOu Ou L’aROman RÉputÉS d’ORIgIne caRaïbe. MaIS auSSI Le kabOuya cette heRbe fine que L’On tReSSe encORe danS La RÉgIOn de rIvIèRe-PILOte et enfin La « mORue » de La mOntagne du VaucLIn.
la mORue, quI n’a RIen à vOIR avec Le pOISSOn, eSt une pLante à LOngueS feuILLeS en fORme de LanceS quI pOuSSe en tOuffeS danS La natuRe. Une fOIS SècheS, LeS feuILLeS de La mORue SOnt dÉcOupÉeS en LameLLeS (LeS bRancheS), puIS nattÉeS en tReSSeS. Chaque tReSSe eSt meSuRÉe en bRaSSeS, cette unItÉ de LOngueuR RepRÉSentant SenSI-bLement un mètRe cInquante. sI La tReSSe a une LaRgeuR quI OScILLe entRe un et deux centImètReS, La quaLItÉ et La SOupLeSSe du chapeau dÉpendent du nOmbRe de bRancheS nattÉeS. PLuS Le nOmbRe de bRancheS eSt ÉLevÉ et pLuS Le bakOua auRa de La vaLeuR. on eStIme qu’un cOuvRe-chef faIt avec deS tReSSeS à Sept bRancheS, a La dOuceuR d’un panama et peut duReR pLuS d’une tRentaIne d’annÉeS. MaLheuReuSement cet aRtISanat de quaLItÉ ne Se faIt pRatIquement pLuS, LeS jeuneS pRÉfÉRant pROduIRe à La chaîne deS tReSSeS à tROIS bRancheS.
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