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Diogène le cynique

De
218 pages
Né à Sinope au IVe siècle av. J.-C. et mort à Corinthe après un long séjour à Athènes, Diogène est un personnage exubérant et scandaleux dont les provocations sont restées célèbres : il fait l’amour et se masturbe en public, éconduit Alexandre le Grand comme un importun et insulte ses contemporains. Figure de la transgression, il n’est pourtant pas un apôtre de l’ensauvagement : ce n’est pas la civilisation que Diogène conteste, mais les servitudes encombrant notre vie matérielle et les conventions nous inféodant aux puissants. Mode de vie et pensée tout ensemble, le cynisme de Diogène est une manière neuve de philosopher qui, loin des constructions théoriques complexes, reste au plus près des réalités quotidiennes.
En proposant l’idéal d’une vie simple soustraite aux illusions du désir, cette philosophie offre aux individus et aux sociétés un contre-pouvoir libérateur. Sa critique des valeurs sociales et sa puissance de dérangement n’ont pas échappé à Nietzsche ni à Foucault. Elles gardent toute leur actualité pour qui s’interroge sur les bienfaits et les méfaits de la croissance économique, sur les exclusions déchirant le monde humain.
Étienne Helmer enseigne la philosophie à l’Université de Porto Rico (États-Unis). Il est l’auteur, entre autres ouvrages, de La Part du bronze. Platon et l’économie (2010) ; Épicure ou l’économie du bonheur (2013) ; Le Dernier des Hommes. Figures du mendiant en Grèce ancienne (2015).
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Figures du Savoir : une série de monographies consa crées à un auteur – savant, philosophe, ancien, moderne – ayant contribué à la connaissance, ayant légué à la postérité un outil intellectuel susceptible d’être repris par n’importe quel sujetpensant.
Ni biographie, ni commentaire, ni débat, ni reprise maisenseignementune exposition des : contributions les plus importantes de l’auteur présenté, conceptions, notions, arguments, thèses, qui en font unefigure du savoir.
Essai pédagogique : rendre accessible et vivante un e pensée pour un lecteur non spécialiste d’aujourd’hui. La contextualiser pour montrer comment elle intervient dans un monde, comment sa façon de s’y poser et s’y distinguer entre en réson ance avec les situations et les horizons denotre monde. La ramener à des schèmes extrêmement simples et immédiatement parlants pour l’expérience commune. La reconnaître à l’œuvre dans d’autreslieuxdisciplinaires ou d’autres époques culturelles.
En bref, introduire tous les éléments d’information susceptibles de montrer l’actualitéde cette pensée, sans s’interdire d’indiquer les prolongements, crit iques et contre-propositions qu’elle peut appeler aujourd’hui.
FiGURES DU SAVOiR Collection fondée par Richard Zrehen, dirigée par Corinne Enaudeau
Tous droits de traduction, de reproduction et d’adaptation Réservés pour tous pays.
© 2017, Société d’édition Les Belles Lettres 95, boulevard Raspail, 75006 Paris www.lesbelleslettres.com ISBN numérique : 9782251903040
Je dédie ce livre à mes étudiants de l’Université de Porto Rico.
Remerciements
Ce livre doit beaucoup aux travaux de deux chercheu rs, Olimar Flores-Júnior et Frédéric Junqua, qui m’ont fait l’honneur de m’envoyer la version électronique de leurs thèses de doctorat respectives lors de la préparation de cet ouvrage. En montrant que la notion de simplicité est beaucoup plus centrale chez les cyniques que celle de nature, le premier a conforté par ses excellentes analyses ce que j’avais entrevu et exposé moi-même de manière beaucoup plus succincte et approximative dans mes courts travaux sur les cyniques. Le second a mis à ma disposition l’étude la plus complète et la traduction la plus fidèle des lettres cyniques qui existent à ce jour en langue française. Je ne saura is trop les remercier de m’avoir aidé à voir un autre Diogène, plus philosophe que celui que j’ai souvent rencontré ailleurs. Je remercie aussi très chaleure usement mon ami et collègue Raúl de Pablos Escalante pour m’avoir orienté dans l’abondante production nietzschéenne, alors que j’étais en quête de références à Diogène chez les philosophes modern es. Enfin, je remercie Anne pour tout et plus encore.
Abréviations et traductions utilisées
DL : Diogène Laërce,Vies et doctrines des philosophes illustres, suivi du numéro du livre en chiffres romains, puis du numéro du paragraphe en chiffres a rabes. La traduction utilisée, modifiée par endroits, est celle de l’édition de M.-O. Goulet-Cazé (dir.), Paris, Librairie générale française, 1999. L :Lettres de cyniques, suivi du numéro de la lettre et des initiales D ou C selon qu’il s’agit d’une lettre de Diogène ou d’une lettre de Cratès. La traduction utilisée, modifiée par endroits, est celle de F. Junqua,Lettres de cyniques : étude des correspondances apo cryphes de Diogène de Sinope et Cratès de Thèbes. Thèse de doctorat soutenue en 2000, Université Paris-Sorbonne (Paris IV).
Introduction
Aux yeux d’une longue et persistante tradition inte rprétative, Diogène n’a rien d’un philosophe. Comment en effet pourrait-il en être un si, d’après les témoignages anciens, il crache au visage de l’un 1 de ses hôtes, fait l’amour et se masturbe sur la place publique, éconduit Alexandre le Grand* comme un importun, vole dans les temples pour vivre, et s emble même faire l’apologie de l’inceste et de l’anthropophagie ? Ainsi pour l’historien de l’Antiquité Moses Finley,
Diogène était un philosophe avec très peu de philosophie, un prêcheur de vertu qui approuvait ce que la plupart des hommes nomment des vices, un contempteur et un destructeur, Socrate devenu fou. Dans sa quête de l’homme, il conduisit l’homme presque au niveau des bêtes, et dans son extrême concentration sur la nature, il subordonna les intérêts éthiques aux besoins du corps, même s’il se serait défendu de ces deux 2 critiques .
Ce paragraphe cinglant contient les trois reproches principaux que partagent, à des degrés divers, même ceux de ses exégètes qui prétendent brosser de lui un portrait plus favorable : Diogène aurait renoncé à la raison dans ce qu’elle a de raisonnabl e ; sa démarche serait uniquement critique et destructrice ; enfin, en falsifiant non seulement la monnaie de sa ville natale de Sinope – monnaie dont son père Hicésias était pourtant le responsable et le garant –, mais aussi les valeurs couramment admises dans les cités, il aurait appelé à s’affran chir des conventions* (nomismata) et à sortir de la civilisation pour revenir à un état de nature primitif, en faisant fi de toute considération éthique. Bref, Diogène serait tout le contraire d’un philosophe dans son acception la plus classique, à savoir un être humain qui, par l’examen rationnel des valeurs les plus hautes et des principes de toutes choses, guide l’action individuelle et collective vers le Bien. A u mieux – en réalité au pire –, on voit en lui un bouffon provocant, un contestataire exubérant dont le « cynique » au sens moderne, avec sa raison désenchantée, serait le dernier avatar. Pourtant, à côté de ceux qui le discréditent ou s’e n prennent à ses disciples ignorants, crasseux et paresseux, de nombreux témoignages anciens voient aussi en lui le détenteur d’une profonde sagesse et d’une authentique philosophie, capable de déplac er et de réélaborer les grandes questions conceptuelles concernant l’homme et son rapport au monde, et vivant en accord avec ses principes. Diogène Laërce* – l’une de nos principales sources sur Diogène le cynique – le signale : faire le choix du cynisme, c’est opter pour « unephilosophieet pas seulement, comme le pensent certains, [pour] un mode de vie » (DL VI, 103 ; je souligne). Qu’est-ce donc qui fait de Diogène un véritable philosophe ? Quelles raisons et surtout quel usage neuf de la raison le poussent à enfreindre les conventions sociales considérées comme les plus naturelles, à provoquer ses semblables au-delà de toute mesure, au risque de paraître avoir perdu la raison ? C’est la rationalité très singulière et le lien indissoluble du penser et de l’agir cyniques dans la version incarnée par Dio gène que le présent ouvrage entend exposer, en soulignant le versant constructif, et pas seulement critique et destructeur, de sa pensée, notamment sur les plans éthiques et politiques. En mettant à nu le pouvoir aliénant de la raison ordinaire, marquée au coin des valeurs communes, Diogène indique des p istes pour que le seul animal doué dulogos comprenne ce qu’être un homme veutvraiment dire et tente ainsi de le devenir, non pas dans un 3 improbable retour en solitaire à l’état de nature, mais au milieu des hommes et avec eux . Plutôt que 4 le philosophe de la transgression et de l’ensauvagement auquel on le réduit trop souvent , Diogène est à la fois le philosophe de la démystification d es chaînes de servitude qui nous dépossèdent du
monde et de nous-mêmes, et celui de la reconquête i ndividuelle et collective d’un rapport libre et simple à soi-même et au monde, qui n’implique aucun renoncement à la vie civilisée. On sait peu de chose sur la vie de ce personnage au parfum de scandale, le partage des faits et de la légende étant en outre très difficile à faire. Il serait né à Sinope à la fin du Ve siècle (certains avancent la date de 412 av. J.-C.) et en aurait falsifié la monnaie, avec ou sans la complicité de son père Hicésias qui était le banquier de la cité. Hicésias aurait été emprisonné, tandis que Diogène se serait enfui ou aurait été exilé de Sinope à Athènes. Son éventuelle rencontre avec le philosophe Antisthène * (DL VI, 21), parfois considéré comme le père du cynisme, l’aurait alors convaincu de se dédier à la philosophie. Il aurait été vendu et acheté comme esclave à Corin the dans des conditions mal connues, peut-être après avoir été fait prisonnier par l’armée de Philippe II de Macédoine* à la bataille de Chéronée en 338 av. J.-C. Ses rencontres avec Alexandre le Gran d sont plus qu’incertaines. Plusieurs versions, enfin, circulent sur sa mort à Corinthe vers 327 av . J.-C. : il aurait été mordu par un chien, ou bien aurait mangé du poulpe cru, ou encore aurait retenu sa respiration. Les difficultés d’authentification de ces maigres données biographiques renvoient au problème plus général de l’interprétation des sources concernant Diogène et sa philosophie. La connaissance que nous avons de celle-ci ne repose que sur des témoignages. De son immense production littérai re et théorique (DL VI, 80), tout est perdu, excepté quelques fragments de saRépubliquequi ne nous sont connus eux aussi que de façon indirecte. Or les témoignages concernant les cyniques en général et Diogène en particulier sont à prendre avec précaution, car ils sont presque toujours pris dans des perspectives interprétatives bien spécifiques. Celles-ci peuvent être hostiles, comme c’est le cas avec Philodème de Gadara* à propos de laRépublique perdue de Diogène ; elles peuvent au contraire être édifiantes, comme chez Dion de Pruse* qui aplanit et affadit l’image des cyniques ; ou encore être co ntaminées par d’autres courants philosophiques – ainsi de Télès* avec le stoïcisme ; elles peuvent, enfin, être tributaires des idées personnelles de celui qui les présente, comme cela se produit parfois dan s les chries* de Diogène Laërce, ces brèves 5 anecdotes dans lesquelles il rapporte les paroles et les gestes de notre Diogène . La même prudence est de mise à propos desLettres cyniques, écrits pseudépigraphes* rédigés sur près de trois siècles, du IIe siècle av. J.-C. au Ier siècle de notre ère. Leur statut de fiction ne doi t pas conduire à les écarter pour autant, dans la mesure où elles présentent cla irement des traits cyniques en accord avec des témoignages plus proches dans le temps, voire conte mporains, de Diogène et de certains de ses disciples. L’important est de savoir déceler en elles les influences extérieures au cynisme proprement dit, et de prendre en compte la marque que la forme épistolaire imprime parfois à leur contenu. Les témoignages que nous exploiterons proviennent princ ipalement de Diogène Laërce et desLettres cyniques. Quant au terme « cynique » – littéralement « qui ressemble au chien » – il est difficile de lui prêter une origine et une signification uniques. Il se comprend plutôt dans une constellation d’au moins trois références. La première, factuelle, renvoie à Antisthène. Celui qui aurait été le maître de Diogène – 6 peut-être pas directement mais par ses livres –, et que certains considèrent comme le père du 7 cynisme , aurait enseigné dans un gymnase portant le nom de Cynosarges, littéralement le « chien rapide », « agile » ou « brillant » selon les traductions. Il était situé hors des murs d’Athènes et réservé à ceux qui ne pouvaient avoir le statut de citoyens parce qu’ils étaient nés d’une union libre entre Athéniens, ou bien d’une relation adultère, ou d’une relation entre un citoyen athénien et une esclave 8 ou une prostituée, ou encore entre un Athénien et une étrangère . Cette origine supposée du terme confère ainsi à la pensée de Diogène et de ses épigones une signification politique suggestive pour des oreilles modernes, et sur laquelle nous reviendrons dans le dernier chapitre de cet ouvrage : la
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