Haïti et la République dominicaine

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La frontière entre les deux Etats qui se partagent l’île de Saint Domingue s’est créée, comme presque toutes les frontières, par le moyen de guerres suivies de traités. Mais ici, les négociations des traités furent particulièrement longues et chaotiques, de sorte que les deux pays vécurent côte à côte sans frontière définie pendant près de 150 ans du temps de la période coloniale et, qu’après les indépendances, il fallut encore un peu plus de 150 ans pour arriver à fixer la frontière actuelle.
Il en résulte que les résumés qu’en font certains historiens sont viciés par des approximations et des simplifications qui donnent une fausse idée de la réalité. C’est l’ambition de ce livre que de retracer cette histoire de frontières dans toute sa complexité.
Préface de Marcel Dorigny
Le présent ouvrage porte sur l’un des aspects des relations entre les deux Etats qui se partagent l’île, la République d’Haïti et la République dominicaine, depuis l’origine de la colonisation jusqu’à la période actuelle.

Publié le : samedi 1 janvier 2011
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EAN13 : 9782844508317
Nombre de pages : 144
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cHapiTRE1 : la pÉRiODE cOlOnialE
chàPItre 1 La période coloniale
Les conquistadores et les pionniers le 6 déCembre 1492, àPrès deuX àCCostàges àuX Bàhàmàs et À cubà, chrIstoPhe coLomb débàrQuà dàNs uNe îLe Qu’IL QuàLIfià de « merVeILLe » et À LàQueLLe IL doNNà Le Nom d’HIsPàNIoLà. c’étàIt INdI-Quer Qu’IL eN PreNàIt PossessIoN àu Nom des souVeràINs esPàgNoLs, FerdINàNd d’aràgoN et isàbeLLe Là càthoLIQue. queLQues moIs PLus tàrd, eN màI 1493, Le PàPe aLeXàNdre vi Crut boN de déCIder Que Ces terres, NouVeLLemeNt déCouVertes et doNt IL Ne CoNNàIssàIt rIeN, seràIeNt Pàrtàgées eNtre L’EsPàgNe et Le portugàL eXCLusIVemeNt. les deuX Pàys sCeLLèreNt Le tràIté de TordesILLàs L’àNNée suIVàNte Pour CoNfirmer L’àCCePtàtIoN du Càdeàu. HIsPàNIoLà, QuI ChàNgeà de Nom Pour CeLuI de SàNto DomINgo, éChut À L’EsPàgNe. ON sàIt Que Là CoLoNIsàtIoN esPàgNoLe QuI eut Pour PremIère àCtIoN Là CréàtIoN de Là PremIère CàthédràLe et de Là Pre-mIère uNIVersIté du nouVeàu MoNde eN 1538 – Ce QuI démoNtre Que Les EsPàgNoLs N’étàIeNt Pàs Que des reîtres àssoIffés d’or – Càusà égàLemeNt Là dIsPàrItIoN brutàLe et ImmédIàte des PeuPLes INdIgèNes. ON IgNore Le Nombre des hàbItàNts de SàINt DomINgue Lors de L’àrrI-5 Vée de coLomb – troIs mILLIoNs dIseNt CertàINs – màIs oN sàIt Que CINQuàNte àNs PLus tàrd IL N’eN restàIt Que QueLQues CeNtàINes réfu-gIés dàNs Les moNtàgNes INàCCessIbLes et INhosPItàLIères. Tout CoNtrI-buà À Leur dIsPàrItIoN, Là VIoLeNCe des CoNQuIstàdores doNt L’effet fut àmPLIfié Pàr des CoNséQueNCes de réàLItés soCIàLes et PhysIoLogIQues INCoNNues À L’éPoQue.
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càrmeN BerNàNd et Serge GruzINskI CItàNt BàrtoLomé de làs càsàs :Histoire du Nouveau Monde, Fàyàrd, pàrIs 1991. Tome 1, Pàge 254.
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HaïTi ET laRÉpUBliqUE DOMinicainE,UnE qUESTiOn DE FROnTiÈRES
« ... là débâCLe démogràPhIQue – QuI deVàIt se rejouer àu MeXIQue À uNe éCheLLe eNCore PLus sPeCtàCuLàIre – N’obéIt À àuCuN PLàN ràI-soNNé, À àuCuNe VoLoNté déLIbérée. iL s’àgIt d’uN « géNoCIde sàNs Pré-médItàtIoN » Pour rePreNdre Là formuLe de JàCQues Ruffié. pourQuoI d’àILLeurs Les EsPàgNoLs àuràIeNt-ILs CherChé À éLImINer Là màIN d’œuVre QuI fàIsàIt Leur fortuNe ? le géNoCIde résuLte de Là juXtàPo-sItIoN brutàLe de deuX soCIétés et de deuX uNIVers. le moNde mutILé, désàgrégé des iLes s’effoNdràIt sous Là fréNésIe brutàLe des àrrIVàNts, hommes de tous Les rIsQues et de tous Les butINs, màIs IL se trouVàIt tout àussI soudàINemeNt LIVré À L’àssàut – INVIsIbLe et PLus ImPLà-6 CàbLe eNCore – de VIrus et de mICrobes INCoNNus. ... » a PeINe àVàIeNt-ILs déPeuPLé SàINt DomINgue, Que Les EsPàgNoLs PàrtIreNt À Là CoNQuête du CoNtINeNt et CeuX QuI àVàIeNt CommeNCé de s’étàbLIr dàNs L’îLe Là désertèreNt Pour àLLer CherCher L’or et L’àr-geNt du MeXIQue et du pérou. là CoLoNIe esPàgNoLe de SàINt DomINgue PàràIssàIt être uNe terre VIerge d’hàbItàNts. EN 1545, uN demI-sIèCLe àPrès Là déCouVerte, L’îLe Ne ComPtàIt eNCore Que oNze 7 mILLe hàbItàNts, doNt sePt mILLe esCLàVes àfrICàINs . l’ImPortàtIoN d’esCLàVes àfrICàINs fut, eN effet, Le substItut ImàgINé Pàr Les EsPàgNoLs – et Les portugàIs – Pour PàLLIer Là dIsPàrItIoN ou L’INsuf-fisàNCe de Là PoPuLàtIoN INdIgèNe. c’est àINsI Que, dès Le début du e xvisIèCLe, s’est formée Là PoPuLàtIoN des aNtILLes : uNe màjorIté, PLus ou moINs forte seLoN Les îLes, d’esCLàVes àfrICàINs et uNe mINo-rIté d’EuroPéeNs. le tràNsfert de Là souVeràINeté du nouVeàu MoNde àu Profit de L’aNCIeN MoNde s’est àCComPàgNé du tràNsfert de PoPu-LàtIoNs de L’aNCIeN àu nouVeàu MoNde. ON Ne PouVàIt màrQuer PLus fortemeNt Là PrIse de PossessIoN. 8 Or Cette îLe, PresQue déserte , est sItuée sur Le PàrCours des gàLIoNs QuI ràmeNàIeNt L’or et L’àrgeNt des amérIQues Vers L’EsPàgNe. c’étàIt VràImeNt teNter Le démoN. iL PrIt Là forme de flI-bustIers euroPéeNs, aNgLàIs, HoLLàNdàIs et FràNçàIs PrINCIPàLemeNt, QuI se souCIàIeNt Peu des déCIsIoNs PàPàLes. nombre d’eNtre euX se fiXèreNt d’àbord À L’îLe de Là Tortue, àdjàCeNte À SàINt DomINgue, QuI Leur serVàIt de LIeu de rePos et d’àPProVIsIoNNemeNt eN VIVres Que Leur fourNIssàIeNt Les bouCàNIers, àutres àVeNturIers sPéCIàLIstes de Là Chàsse et de Là CoNserVàtIoN des VIàNdes. TàNtôt àLLIés, tàNtôt eNNe-mIs de Leurs CoNfrères, Les flIbustIers et bouCàNIers fràNçàIs fiNIreNt Pàr s’àttrIbuer Là ProPrIété de L’îLe de Là Tortue Pour euX seuLs.
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càrmeN BerNàNd et Serge GruzINskI (op. cit.). Tome 1, Pàge 256. JustIN-chrysostome DorsàINVIL :Histoire d’Haïti.DesChàmPs, port-àu-prINCe 1934. 2 11 000 hàbItàNts réPàrtIs sur 77 000 km est uNe deNsIté de Pàys désertIQue.
cHapiTRE1 : la pÉRiODE cOlOnialE
De poINCy eN PrIt PossessIoN offiCIeLLemeNt àu Nom de louIs xiii eN 1641 et eN CoNfià Le CommàNdemeNt àu CàPItàINe de CorsàIre le vàsseur. commeNçà àLors uNe LoNgue suIte d’àttàQues, de PILLàges, de bàtàILLes, de rePrésàILLes de toute sorte QuI se PoursuIVI-e reNt jusQu’àu début duxviiisIèCLe, eNtre FràNçàIs d’uN Côté, et EsPàgNoLs PàrfoIs àLLIés àuX aNgLàIs de L’àutre. SeLoN chàrLeVoIX, Le PremIer des hIstorIeNs de SàINt DomINgue, Les àttàQues des EsPàgNoLs CoNtre Là PréseNCe des FràNçàIs durèreNt « jusQu’À Là fiN de Là guerre Que Les deuX NàtIoNs se soNt fàIte dàNs L’îLe, C’est-À-dIre 9 jusQu’À L’àVèNemeNt de FràNCe À Là couroNNe d’EsPàgNe . » Dès 1643, le vàsseur eut À fàIre fàCe À uNe àttàQue de CINQ À sIX CeNts EsPàgNoLs. EN 1664, du Ràusset, suCCesseur de le vàsseur, VeNdIt L’îLe de Là Tortue À Là comPàgNIe des iNdes oCCIdeNtàLes QuI VeNàIt d’être Créée À L’INItIàtIVe de coLbert. c’est À Cette éPoQue Que Les flIbustIers et bouCàNIers fràNçàIs CommeNCèreNt À s’étàbLIr sur Là Côte oCCIdeNtàLe de SàINt DomINgue Que Les EsPàgNoLs àVàIeNt PresQue totàLemeNt désertée. Du Ràusset eN INformà Le roI : « SIre, JérémIe DesChàmPs, seIgNeur du Ràusset, gouVerNeur et LIeu-teNàNt géNéràL Pour v.M. dàNs Les IsLes de Là Tortue... remoNtre très humbLemeNt À v.M. Que L’IsLe esPàgNoLe N’est dIstàNte de CeLLe de Là Tortue Que de deuX LIeues et Que QuàNtIté de FràNçàIs, Pour VIVre dàNs Le LIbertINàge, soNt àLLés hàbIter Le LoNg des Côtes de L’IsLe esPà-gNoLe QuI est eXtrêmemeNt gràNde et Peu hàbItée ... et VIVeNt Comme 10 des bêtes ou des sàuVàges sàNs foI NI LoI. ... » les hostILItés eNtre FràNçàIs et EsPàgNoLs àLLàIeNt deVeNIr PresQue PermàNeNtes. ELLes s’àrrêtàIeNt LorsQue Les deuX royàumes sIgNàIeNt uN tràIté de PàIX, màIs, ChàQue foIs, Là PressIoN INCessàNte des FràNçàIs Vers L’est eut Pour effet ImmédIàt Là rePrIse des Com-bàts. ON étàIt CoNstàmmeNt eN sItuàtIoN de PàIX àrmée àLterNàNt àVeC des PérIodes de VIoLeNCe. vers 1660, du temPs du gouVerNeur du Ràusset, Là rIVIère QuI forme àujourd’huI Là froNtIère Nord eNtre Les deuX réPubLIQues, PrIt Le Nom de rIVIère MàssàCre Pour Là ràIsoN Qu’eN doNNe chàrLeVoIX :
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FràNçoIs-xàVIer de chàrLeVoIX :Histoire de l’île espagnole ou de Saint Domingue. FràNçoIs L’HoNoré, amsterdàm 1733. Tome 3, Pàge 13. arChIVes nàtIoNàLes. F3-164. lettre de du Ràusset de 1663.
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« là rIVIère du MàssàCre ... doIt soN Nom À Là défàIte de treNte bou-CàNIers QuI, Là PàssàNt À gué ChàCuN àVeC uNe Peàu de bœuf sur Le dos, y fureNt surPrIs Pàr uN gros PàrtI d’EsPàgNoLs ; ILs se défeNdI-11 reNt bIeN màIs ILs fureNt tous tués. » là Quête du bétàIL, sàuVàge ou d’éLeVàge, dàNs Là PàrtIe de L’est, fut toujours L’uN des souCIs màjeurs des FràNçàIs de Là PàrtIe ouest, àINsI Que Là reCherChe des esCLàVes fugItIfs QuI se réfugIàIeNt Chez Les EsPàgNoLs. les dIfféreNCes eNtre Les deuX PàrtIes de L’îLe dàNs Le Peu-PLemeNt et Le mode d’eXPLoItàtIoN des terres fit Que Là PàrtIe fràN-çàIse, À L’ouest, sPéCIàLIsée dàNs Là CuLture de Là CàNNe À suCre Pàr Le moyeN de tràVàILLeurs esCLàVes, dut toujours soLLICIter Les boNNes grâCes des EsPàgNoLs Pour obteNIr des àNImàuX de tràIt, de bât ou de bouCherIe et Là restItutIoN de ses esCLàVes fugItIfs, Ce QuI, dàNs Les NégoCIàtIoNs, Là mettàIt eN étàt d’INférIorIté bIeN Qu’eLLe fût INfiNI-meNt PLus rIChe et PLus PeuPLée. ce soNt Les deuX suCCesseurs de du Ràusset, BertràNd d’OgeroN et soN NeVeu JàCQues de pouàNCey QuI fureNt Les VràIs foNdàteurs de Là CoLoNIe fràNçàIse de SàINt DomINgue, PeNdàNt Leurs gouVerNe-meNts, de 1665 À 1683. iLs fireNt PeuPLer Là CoLoNIe, déVeLoPPer L’àgrICuLture, orgàNIser Là défeNse CoNtre Les EsPàgNoLs, PàrfoIs eN PortàNt Là guerre Chez euX, Comme Le fit d’OgeroN QuI, eN 1667, mIt À sàC Là VILLe de SàNtIàgo de Los càbàLLeros. D’OgeroN Ne màNQuàIt Pàs de fàIre CoNNàître À coLbert Les Progrès Que fàIsàIt Là CoLoNIe sous soN àdmINIstràtIoN, màLgré Le fàIt Que Là ProsPérIté de Là FràNCe, À Cette éPoQue, Ne Poussât Pàs Les FràNçàIs À s’eXPàtrIer àuX CoLo-NIes. DàNs Ces temPs LÀ, IL N’y àVàIt Pàs d’àutre moyeN de se fàIre CoNNàître LorsQu’oN étàIt LoIN de Là Cour. « ... là CoLoNIe de Là Tortue et Côte de SàINt DomINgue étàIt eNVIroN de 400 hommes LorsQue j’eN fus reçu gouVerNeur IL y à Quàtre àNs. ELLe eN à PréseNt PLus de 1500 tàNt geNs de guerre Que Chàsseurs, hàbItàNts ou eNgàgés. ELLe s’est àINsI àCCrue màLgré Là guerre Que Nous àVoNs eue àVeC Les aNgLàIs et màLgré Là dIffiCuLté Que Nous 12 àVoNs À trouVer des eNgàgés À Càuse Que Le PàIN est À boN màrChé. »
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chàrLeVoIX (op. cit.) Tome 3, Pàge 66. arChIVes nàtIoNàLes. F3-164 (Lettre À coLbert de 1669). les Chàsseurs soNt Les bouCàNIers. les hàbItàNts soNt Les CuLtIVàteurs ProPrIétàIres. les eNgàgés soNt des CuLtIVàteurs NoN-ProPrIétàIres, àttàChés Pour troIs àNs À uN ProPrIétàIre eN remboursemeNt des fràIs de Voyàge.
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