Heurt(s) et Malheur(s) des Comores - L'assassinat d'Abdallah

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Que s'est-il passé dans la nuit du 26 au 27 novembre 1989, un peu avant minuit, à Moroni, la capitale des îles Comores ?


Le sergent-chef Jaffar est en survêtement dans la cour de la résidence du Président de la République, dont il assure la protection rapprochée, quand claque une série de coups de feu. Le crac crac sec d'un AK 47 ?


L'auteur de cet ouvrage ne propose pas un récit supplémentaire sur la mort du président Abdallah. Il remonte à l'origine, met à jour les liens connus ou ignorés, rappelle tout ce que l'on n'a pas su voir, rassemble les pièces de l'énigme et propose, mine de rien, l'échec d'une gestion politique, d'un régime de mensonge, scellé par l'assassinat du chef de l'État.


Ne faut-il pas frémir à l'idée que cet homme dont l'arrogance, le mépris, l'hégémonie s'affirmaient chaque jour, a pu être tué dans des conditions aussi ambiguës alors que sa raison d'être initiale était de se défendre ?


Mais le plus grave n'est-il pas que les responsables politiques qui étaient à ses côtés se sont tus ou plutôt ont fermé les yeux ?


Au-delà de cette comédie, des questions continueront de se poser. Car les Comoriens n'ont pas compris mais veulent savoir le comment et le pourquoi !


Né à Foumbouni (Comores), JEAN-MBA a été directeur de cabinet au ministère des Affaires étrangères. Il a tiré de son expérience cet ouvrage d'histoires sur l'histoire de la IIe République des Comores.

Publié le : mardi 1 janvier 2008
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EAN13 : 9782953234909
Nombre de pages : non-communiqué
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PRÉLUDE Dans la capitale des îles Comores la population est calme, on y déteste lagitation, les gens parlent peu mais font ce quils disent. Ils sont très respectueux du pouvoir. Si bien que lorsquon arrive, on a limpression de se trouver face à un milieu rural, même dans les moyens villages où lon cache tout à létranger qui est de passage. Ce lundi 27 novembre 1989, linquiétude et langoisse planent à Moroni. Il est 7 heures du matin, tous les fonctionnaires se rendent au travail et distribuent au passage les «salamalekum». Mais ce jour-là, trois soldats comoriens en treillis standard vert, sans arme, baguenaudent devant chaque administration publique en fumant des cigarettes Marlboro. Et devant la résidence présiden-tielle, deux grands gaillards européens tout de noir vêtus, armés de fusils dassaut légers Heckler & Koch XM-8, dun gilet pare-balles et dun béret rouge, montent la garde. Sans savoir ce qui se passe, la population vaque à ses occupa-tions quotidiennes tout en se transmettant du bout des lèvres quel-ques rudiments dinformations. On entend dire par ici que des ma-nuvres militaires avaient eu lieu durant la nuit ; par-là quil y aurait eu tentative de coup dÉtat. La rumeur sétend et se précise : il y a eu tentative de renverse-ment du régime en place. Tout se confirme à 7 h 30 car la route qui mène à la présidence est barrée par des militaires. Il y aurait eu des morts et des blessés transportés à lhôpital cen-tral El Maaruf. On avance même le chiffre dun commando de treize personnes armées à la tête duquel se serait trouvé un Comorien haut gradé. Bien entendu personne ne connaît son nom. Tout le monde se regarde et sinterroge des yeux comme pour demander : « Où se trouve le président de la République ? Lui est-il arrivé quelque chose ? » Il était en lieu sûr, affirme la rumeur dont la déception se lit sur des visages qui se ferment.
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Heur(s) et Malheur(s) des Comores
Mais voilà quà 8 h35 résonne sur Radio Comores la voix de Said Mohamed Djohar, président de la Cour suprême qui annonce : « Comoriennes et Comoriens, en ma qualité de président de la Cour suprême, jai le pénible devoir de vous annoncer que des éléments incontrôlés ont attaqué cette nuit la présidence et quà lissue déchanges de coups de feu, Son Excellence le président de la Ré-publique et son garde de corps, le sergent-chef Jaffar ont trouvé la mort. Devant cette douloureuse circonstance, jen appelle à votre civisme, à votre sang froid et au calme pour lintérêt de la nation. À cet effet, jai le devoir de décréter quarante jours de deuil national pendant lesquels les drapeaux seront en berne. Par ailleurs, trois jours de deuil sont également décrétés à partir de ce jour, pendant lesquels les journées seront chômées. » Tout de suite après linformation, la stupeur envahit la foule, tout le monde sagite et comme souvent, les questions sont plus nombreuses que les réponses. Pendant que dans la capitale bourdonne cet événement de mau-vais augure, les gens venus faire leurs courses sont pris de panique et rentrent chez eux, au village. Debout dans des véhicules militaires, le torse nu, des mercenaires bien armés de M-16 et de solides pistolets sur la hanche, se contentent doffrir aux ruelles tortueuses de la capitale, qui en répercutent les échos, des images odieuses dintimidation et de conquête. Une fois de plus, les Comores, frappées déjà par de graves diffi-cultés sociales, économiques et financières, se doivent de supporter dautres problèmes politiques. En rassemblant des faits épars, en interrogeant des témoins, en replaçant chaque acteur dans son contexte historique, en analysant la permanence des hommes impliqués, cet ouvrage ne prétend pas établir la vérité sur les événements politiques auxquels lauteur ne fut pas mêlé, mais simplement les écrire comme ils étaient vécus à lépoque, et propose pour la première foisles Heur(s) et Malheur(s) des Comores  lassassinat dAbdallah (19781989), un récit plein dhis-e toires sur lhistoire de la II République comorienne. Bien que des événements expliquent comment un chef dÉtat peut mésestimer la souveraineté dun pays pour se faire maître du territoire, les pages qui suivent ne se contentent pas de rappeler quelques faits saillants ou den révéler dautres restés cachés. Elles
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Lassassinat dAbdallah
présentent de nombreux éclairages sur les épisodes clés du règne dAhmed Abdallah et mettent en valeur les tenants et les aboutis-sants jusquici insoupçonnés. Seul le recul du temps pouvait le permettre, dans les limites de ce qui peut être dit aujourdhui 1 Qui a tuéMjomba Ahmed LhistoireAbdallah Abderemane ? « est écrite pour raconter, non pour prouver » disait Quintilien
1 Mjomba: tonton en swahili.
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