Histoire de l'assimilation

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Les « quatre vieilles colonies » françaises de la Guyane, de la Martinique, de la Guadeloupe et de la Réunion obtiennent par la loi du 19 mars 1946, adoptée par l'Assemblée nationale constituante, leur transformation en départements de la République française. Il s'agit donc de colonies que l'on intègre au sein de leur métropole. Dans le cas de la Martinique, de la Guadeloupe et de la Guyane, ce sont les « hommes de couleur » qui aspirent à l'assimilation, c'est-à-dire à l'intégration de la colonie au sein de la nation française, qu'ils perçoivent comme le lieu de l'abolition de la domination coloniale.
L'évolution politique des départements d'outre-mer depuis les années 1950 - où la contestation du discours et des pratiques de l'assimilation domine - a d'une certaine manière interdit l'ouverture du dossier de l'histoire qui a conduit à l'option de la départementalisation des « quatre vieilles colonies ». En Guyane et aux Antilles françaises aujourd'hui, le sens de l'aspiration à l'intégration au sein de la nation française est peu compris par les générations qui n'ont pas connu la période coloniale. Le discours de l'assimilation, lorsqu'il est évoqué, suscite en effet l'étonnement, l'incompréhension, voire la honte, tant l'évolution politique qui a conduit à la départementalisation semble aller à l'encontre du mouvement de la décolonisation que la Seconde Guerre mondiale a accéléré.
La connaissance de cette histoire est pourtant essentielle à l'intelligence de l'évolution sociétale de chacun de ces pays. Elle n'a encore fait l'objet d'aucune étude d'ensemble.
En considérant la lutte des « gens de couleur libres » pour la reconnaissance des droits civiques et politiques sous le régime esclavagiste, l'idéologie et les pratiques de l'assimilation de la France, l'aspiration à l'assimilation et la revendication de la départementalisation des « hommes de couleur » des « vieilles colonies », des années 1880 à l'aboutissement de 1946, l'auteur met au jour une culture politique de l'assimilation qui se donne à voir à l'examen d'un discours qui légitime attitudes et pratiques politiques où l'on affiche volontiers l'appartenance à la nation française.
C'est la situation guyanaise qui, des débuts de la Troisième République à l'adoption de la loi du 19 mars 1946, guide l'étude de l'histoire de l'assimilation des « vieilles colonies » où l'auteur relève similitudes et différences notamment avec les deux autres colonies de la Martinique et de la Guadeloupe.
On dispose donc ici d'une grille de lecture d'une évolution politique saisie sur une longue durée (du début du xixe aux années 1980), marquée, dans un premier temps, par la représentation d'une France généreuse et amie des droits de l'homme qui inspire le projet politique de l'intégration, puis dans un second temps par la contestation de l'assimilation.

Publié le : samedi 1 janvier 2011
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EAN13 : 9782844507914
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hiStoiRE DE LaSSiMiLatioN
QUelqUes eXemPles mOnTrerOnT là nàTUre de là sOCIÉTÉ COlOnIàle eT là POsI-TIOn des « gens de COUleUr » àVànT l’àbOlITIOn. Le regàrd d’Un enseIgne de VàIsseàU qUI VIsITe là COlOnIe de là GUyàne àU dÉbUT des ànnÉes 1840 esT À Ce TITre InTÉressànT. il esT TrànsmIs dàns là COlleCTIOn desFrançaIs peInts par eux-mêmesPàr JOsePH GàbrIel Là Làndelle en 1842. ceT enseIgne de VàIsseàU esT reçU Pàr Un PlànTeUr, Un BlànC CrÉOle, àUPrès de qUI Il dÉCOUVre les mœUrs dU Pàys. il nOUs à làIssÉ Un TÉmOIgnàge TOUCHànT bIen des àsPeCTs de l’ÉTàT de là COlOnIe àU COUrs de là dernIère dÉCennIe dU sysTème esClàVàgIsTe. Là lUTTe COndUITe Pàr les leàders des gens de COUleUr lIbres en GUyàne eT àUX anTIlles frànçàIses à àbOUTI, àU dÉbUT de là mOnàrCHIe de JUIlleT, À là sUPPressIOn de là sÉgrÉgàTIOn ràCIàle qUI les fràPPàIT eT À là reCOnnàIssànCe de leUrs drOITs CIVIqUes eT POlITIqUes. L’OffICIer qUI VIsITe là GUyàne TÉmOIgne de là rePrÉsen-TàTIOn des gens de COUleUr qUI à COUrs CHez les BlànCs CrÉOles, eT qUI à làrge-menT dÉTermInÉ là lUTTe engàgÉe. « Les femmes de COUleUr se màrIenT qUelqUefOIs ; Il en esT même Un CerTàIn nOmbre qUI s’ÉlèVenT àU dessUs de leUr OrIgIne Pàr Une COndUITe sàns TàCHe, eT deVIennenT des mères de fàmIlle resPeCTàbles sOUs TOUs les ràP-POrTs. MàlHeUreUsemenT Ce n’esT POInT là règle OrdInàIre ; là PlUPàrT d’en-Tre elles se COnTenTenT d’êTre bOnnes eT Tendres POUr des enfànTs de PlU-sIeUrs lITs eT de TOUTes les nUànCes, qU’elles TràITenT àVeC Une PàrfàITe Égà-lITÉ d’àffeCTIOn, en ÉTàblIssànT TOUTefOIs des PrIVIlèges HàUTemenT àVOUÉs en fàVeUr des fIlles. celles-CI sOnT desTInÉes À leUr sUCCÉder eT À PerPÉTUer là CàsTe ; dOUCes eT ObÉIssànTes, elles PàrTàgenT dès leUr enfànCe les Trà-VàUX de là Càse ; elles se sOUmeTTenT àVeUglÉmenT àUX COUTUmes dU Pàys, eT ne sOngenT Pàs même À se PlàIndre de l’ÉTàT d’InfÉrIOrITÉ qUI rÉsUlTe de leUr PrOblÉmàTIqUe fIlIàTIOn. Les gàrçOns, àU COnTràIre, àbUsenT bIen sOU-VenT de leUr demI-ÉdUCàTIOn eT de là lIberTÉ dOnT Ils jOUIssenT ; Ils PàrTà-genT les PrÉjUgÉs des COlOns enVers les esClàVes, eT se rÉVOlTenT nÉàn-mOIns àVeC Une COlère màl dIssImUlÉe COnTre l’InÉgàlITÉ de leUr COndI-TIOn. aPrès àVOIr seCOUÉ de bOnne HeUre le jOUg IndUlgenT de l’àUTOrITÉ màTernelle, Ils s’àbàndOnnenT VOlOnTIers À leUr àmbITIOn qUI engendre de frÉqUenTs dÉsOrdres. LeUr Clàsse à fOUrnI nÉànmOIns Une qUànTITÉ àssez COnsIdÉràble de sUjeTs dIsTIngUÉs, qUI sOnT en POssessIOn d’Une belle fOr-TUne lÉgITImemenT àCqUIse, eT qUI se dIsTIngUenT Pàr des mœUrs ràngÉes, Pàr Une VIe TOUT À fàIT HOnOràble. c’esT sUrTOUT À l’Égàrd de Ces dernIers qUe d’InjUsTes PrÉVenTIOns deVàIenT dIsPàràîTre eT qU’elles dIsPàràIssenT de jOUr en jOUr. Les CrÉOles de là GUyàne OnT eU l’OCCàsIOn d’àPPrÉCIer les serVICes rendUs Pàr Ces HOmmes reCOmmàndàbles, eT dePUIs, Ils dOnnenT 1 àUX HàbITànTs des àUTres COlOnIes l’eXemPle de là TOlÉrànCe… » il y à dàns Ce COUrT eXTràIT dU rÉCIT de là VIsITe effeCTUÉe Pàr Un OffICIer de màrIne là màrqUe de là dIsTànCe CUlTUrelle eT sOCIàle qUe les « crÉOles de là GUyàne » (Il s’àgIT ICI des « BlànCs CrÉOles) ImPOsàIenT àUX gens de COUleUr lIbres. on PeUT y lIre là sOmme des « PrÉVenTIOns » COnTre lesqUelles les gens de COUleUr se sOnT ÉleVÉs eT qUI OnT COmmàndÉ leUr lUTTe POUr ObTenIr l’Égà-lITÉ. L’OffICIer TÉmOIn en fàIT ÉTàT àlOrs qU’elles ne sOnT PlUs, àU dÉbUT des
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GUIllàUme, JOsePH, GàbrIel Là Làndelle, 1842, « L’HàbITànT de là GUyàne frànçàIse », eXTràIT desFrançaIs peInts par eux -mêmes, pàrIs, PP. 405-406.
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ànnÉes 1840, lÉgITImÉes Pàr là rÉglemenTàTIOn. Le « PrÉjUgÉ de COUleUr », POUr rePrendre l’eXPressIOn Pàr làqUelle On dÉsIgnàIT le ràCIsme, n’en COndI-TIOnne Pàs mOIns les relàTIOns àU seIn de là sOCIÉTÉ COlOnIàle. L’OrIgIne serVIle Pèse de TOUT sOn POIds sUr l’ensemble de là Clàsse des gens de COUleUr lIbres POUr qU’elle ne sOIT jàmàIs àdmIse, même lOrsqUe là lOI l’OrdOnne, àU ràng de CeUX qUI jOUIssenT de là COnsIdÉràTIOn sOCIàle dU seUl fàIT de leUr àPPàrTenànCe ràCIàle. L’HOnOràbIlITÉ dOIT, àUX yeUX dU BlànC CrÉOle, se PrOUVer àU PrIX qUe ne PàIe POInT en Ce TemPs-lÀ nOmbre d’enTre eUX. pOUr en êTre CrÉdITÉs, les gens de COUleUr deVàIenT àVOIr Une VIe rÉglÉe Pàr le màrIàge, le TràVàIl, l’InsTrUCTIOn, de bOnnes PràTIqUes relIgIeUses eT Une COndUITe mOràle qUI les ÉlOIgnenT eT de l’àlCOOlIsme eT de l’àdUlTère. En dÉPIT dU TOn bàdIn dU rÉCIT eT dU sOUCI de PlàIre À des leCTeUrs en màl d’eXOTIsme, On TrOUVe lÀ l’Une des eXPressIOns dU dràme des gens de COUleUr lIbres qUI, À PàrTIr de là RÉVOlUTIOn frànçàIse de 1789, fOrTs de leUr POIds dÉmOgràPHIqUe CrOIssànT eT de l’ÉlÉVàTIOn de leUr nIVeàU de VIe, fOnT de là rÉà-lIsàTIOn de l’IdÉàl rÉVOlUTIOnnàIre dàns là sOCIÉTÉ COlOnIàle leUr CHeVàl de bàTàIlle. Les desCrIPTIOns des fOrmes PrIses Pàr là dOmInàTIOn de là Clàsse des BlànCs CrÉOles ne mànqUenT Pàs dàns l’ensemble des amÉrIqUes eT de là càràïbe COnCernÉes Pàr l’eXPlOITàTIOn de là màIn-d’œUVre IssUe de là TràITe nÉgrIère. 2 pOUr pIerre plUCHOn , À SàInT-DOmIngUe COmme àUX iles dU venT, « là dIsCrImInàTIOn ràCIàle s’àffIrme àVeC VIgUeUr. Les Ordres sOnT fOrmels. on TOlère le lIberTInàge, màIs On COndàmne les UnIOns lÉgàles… Le 7 dÉCembre 1733, le gOUVerneUr gÉnÉràl de FàyeT, TrànsmeTTànT les InsTrUCTIOns de versàIlles, fàIT sàVOIr àU gOUVerneUr de là PàrTIe nOrd de SàInT-DOmIngUe : Il COnVIenT qUe « TOUT HàbITànT qUI se màrIerà àVeC Une nÉgresse OU Une mUlâ-Tresse ne PUIsse êTre OffICIer, nI POssÉder àUCUn emPlOI dàns là COlOnIe ». « c’esT ICI là COUleUr de là PeàU qUI, dàns TOUTes les nUànCes dU blànC àU nOIr, TIenT lIeU de dIsTInCTIOn dU ràng, dU mÉrITe, de là nàIssànCe, des HOnneUrs, eT même de là fOrTUne », relèVe le bàrOn de WImPfen dàns sOnVoyage, nOTe plUCHOn. Le PrÉjUgÉ ne se rÉsUme Pàs dàns Une rÉPUlsIOn ÉPIdermIqUe ; Il eXPrIme Une PHIlOsOPHIe de l’OrgànIsàTIOn sOCIàle eT de là HIÉràrCHIe des ràCes. ce PàrTI PrIs COnTIenT Une fOrCe InCOmPàràblemenT PlUs àCTIVe qUe le rÉfleXe nObIlIàIre : àVeC des leTTres d’ànOblIssemenT, de là fOrTUne, eT de l’ÉdU-CàTIOn, là rOTUre se fàIT OUblIer en deUX gÉnÉràTIOns. aU COnTràIre, On ne PeUT fàIre àbsTràCTIOn de là COUleUr ». « ordOnnànCes, àrrêTs, dÉCIsIOns de TOUTe esPèCe VOnT rÉglemenTer le PrÉ-jUgÉ, nOTe-T-Il enCOre. En « VIOlàTIOn » dU COde nOIr, On CrÉe deUX CàTÉgOrIes
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pIerre plUCHOn, « Les POPUlàTIOns lIbres », In pIerre plUCHOn, (dIreCTIOn), 1982, HIstoIre des AntIlles et de la Guy ane, tOUlOUse, prIVàT, PP. 174 eT 175.
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de PersOnnes lIbres : les BlànCs, enTIèremenT màîTres d’eUX, eT les gens de COU-leUr POUr qUI On ÉTàblIT Une rÉgIme de lIberTÉ sUrVeIllÉe, COndITIOnnelle… Les TeXTes àdmInIsTràTIfs TOmbenT les Uns àPrès les àUTres qUI rÉdUIsenT leUr PàrT de lIberTÉ. Le ràCIsme, màIs àUssI là dÉfense des InTÉrêTs, de l’emPlOI, en PàrTICU-lIer CelUI des « PeTITs blànCs » àCTIOnnenT Ce mOUVemenT qUI Irà s’àmPlIfIànT e 3 PendànT là deUXIème PàrTIe dUxviiisIèCle » . a SàInT-DOmIngUe, Il y à InTerdICTIOn de POrTer ÉPÉe OU mànCHeTTe À mOIns d’êTre en serVICe, de VOyàger en FrànCe, d’eXerCer là PrOfessIOn de CHI-rUrgIen eT de mÉdeCIn, d’OrfèVre, de dànser àPrès 21 HeUres, de Prendre des 4 nOms de BlànCs, de POrTer des ObjeTs de lUXe . 5 Dàns Un PrÉCÉdenT TràVàIl , j’àVàIs reCensÉ en GUyàne des dIsCrImInà-TIOns sImIlàIres fràPPànT les PersOnnes de COUleUr. « JUsqU’À là RÉVOlUTIOn de jUIlleT 1830, Il ÉTàIT InTerdIT àUX gens de COU-leUr lIbres de POrTer les nOms des BlànCs, de Prendre les TITres de « mOnsIeUr » OU de « CITOyen » eT d’êTre OffICIers de là mIlICe. Là sÉgrÉgàTIOn ràCIàle TOU-CHàIT TOUs les dOmàInes de là VIe COlOnIàle. aInsI là mIlICe COmPrenàIT des COmPàgnIes de BlànCs eT des COmPàgnIes de gens de COUleUr. ces dernIers ÉTàIenT eXClUs de TOUTe PàrTICIPàTIOn àUX àssemblÉes de là COlOnIe (COnseIls mUnICIPàUX eT COnseIl COlOnIàl) ; même là gesTIOn de CerTàIns àsPeCTs de là VIe PàrOIssIàle leUr ÉTàIT fermÉe : les mœUrs COlOnIàles s’ÉTàIenT OPPOsÉes À là CàndIdàTUre des gens de COUleUr lIbres À là nOmInàTIOn des màrgUIllIers (mem-bres de l’àssOCIàTIOn, àPPelÉe fàbrIqUe, CHàrgÉe de gÉrer les bIens de l’EglIse) Pàr les àssemblÉes PàrOIssIàles. MàIs le POIds CrOIssànT de là Clàsse des gens de COUleUr lIbres dàns là VIe COlOnIàle làIssàIT CràIndre qUe les BlànCs ne PUs-senT Pàs TOUjOUrs s’OPPOser À là CàndIdàTUre d’Un NOIr À Ce POsTe Où l’EglIse àVàIT sOn mOT À dIre. L’àdmInIsTràTIOn en VInT àlOrs – lOrs d’Un COnseIl TenU en àVrIl 1818 eT CHàrgÉ d’eXàmIner le règlemenT de là fàbrIqUe de l’EglIse de càyenne – À renOnCer àUX nOmInàTIOns des màrgUIllIers Pàr les àssemblÉes 6 PàrOIssIàles , de CràInTe de PrOVOqUer des InCIdenTs en Càs de rejeT d’Un Telle CàndIdàTUre. Le COnseIl PrIVÉ dÉCIdà dOnC qUe les màrgUIllIers seràIenT nOm-mÉs Pàr le gOUVerneUr. er pàr àIlleUrs l’OrdOnnànCe dU 1 VendÉmIàIre àn xiii (22 sePTembre 1804), qUI àVàIT mOdIfIÉ le COde CIVIl en GUyàne, màrqUà dU sCeàU de là lÉgà-lITÉ l’ÉVOlUTIOn sÉPàrÉe des ràCes (l’àPàrTHeId àVànT là leTTre) en PrOsCrIVànT les màrIàges enTre BlànCs eT gens de COUleUr, en InTerdIsànT là reCOnnàIssànCe des
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pIerre plUCHOn, « Les POPUlàTIOns lIbres »,op. cIt., P. 177. idem, P. 177-178. Serge Màm Làm FOUCk, 1999,La Guy ane françaIse au temps de l’esclav age, de l’or et de la francIsatIon 1802-1946, MàTOUry, ibIs ROUge édITIOns, P. 120. aNSoM10 àVrIl 1818 qUI mOTIVàIT. GUyàne. càrTOn 141, R5 (05). cOnseIl sPÉCIàl dU sà dÉCIsIOn en dIsànT là CràInTe qU’Il àVàIT À « s’eXPOser À refUser l’enTrÉe d’Une àssem-blÉe À Un HOmme [de COUleUr] qUI, Pàr Un àPPel À lUI COmmUn dàns d’àUTres CIrCOns-TànCes, se CrOIràIT àUTOrIsÉ À s’y PrÉsenTer ».
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enfànTs nàTUrels de COUleUr Pàr leUr Père OU mère de ràCe blànCHe eT en dÉClà-rànT nUls TOUTe dOnàTIOn enTre VIfs, TOUT legs UnIVersel OU PàrTICUlIer fàIT Pàr Un BlànC À Une PersOnne de COUleUr. ces dIsPOsITIOns ÉTàIenT àssOrTIes de l’In-TerdICTIOn d’eXerCer CerTàInes PrOfessIOns eT de là reCOmmàndàTIOn InsCrITe dàns là lOI « de jàmàIs s’ÉCàrTer dU resPeCT eT de là sOUmIssIOn qUe les [àffràn-CHIs deVàIenT] àUX BlànCs en gÉnÉràl eT PàrTICUlIèremenT À leUrs ànCIens màî-7 Tres eT À leUrs enfànTs » . Même sI, COmme le mOnTre DOmInIqUe ROgers en ÉTUdIànT là PràTIqUe dU « PrÉjUgÉ de COUleUr » dàns là COlOnIe frànçàIse de SàInT-DOmIngUe À là fIn e dUxviiisIèCle, les nÉCessITÉs de là VIe qUOTIdIenne POUssenT àU nOn-resPeCT des InTerdITs, Celà ne mOdIfIe Pàs là nàTUre d’Une sOCIÉTÉ COlOnIàle qUI à ÉVO-lUÉ en renfOrçànT sOn dIsPOsITIf dIsCrImInànT les PersOnnes en fOnCTIOn de leUr 8 àPPàrTenànCe « ràCIàle » .
b) La l utte des « ho mmes de co ul eur » po ur l ’ég al i té L’engàgemenT des « HOmmes de COUleUr » des COlOnIes en fàVeUr de l’ÉgàlITÉ COnsTITUe le PremIer àCTe d’Un lOng PrOCessUs d’InTÉgràTIOn À là nàTIOn frànçàIse. ce PremIer engàgemenT fOrge les CàràCTères qUe leUr lUTTe COnserVerà jUsqU’À l’àbOUTIssemenT de 1946. Les HOmmes de COUleUr jOUenT PleInemenT des COnTràdICTIOns de là FrànCe qUI PrOClàme les PrInCIPes rÉVOlU-TIOnnàIres ÉdICTÉs dàns là « DÉClàràTIOn des drOITs de l’HOmme eT dU CITOyen » Où l’àrTICle PremIer sTIPUle qUe « Les HOmmes nàIssenT eT demeUrenT lIbres eT ÉgàUX en drOITs ; les dIsTInCTIOns sOCIàles ne PeUVenT êTre fOndÉes qUe sUr l’UTI-lITÉ COmmUne », eT qUI màInTIenT, àU-delÀ de TenTàTIVes rÉVOlUTIOnnàIres sàns lendemàIn, dàns ses COlOnIes Un rÉgIme POlITIqUe eT sOCIàl fOndÉ sUr le PrIn-9 CIPe de l’InÉgàlITÉ essenTIelle des HOmmes . Les POrTe-PàrOle des HOmmes de COUleUr OPPOsenT àlOrs les deUX rÉàlITÉs frànçàIses, en dÉnOnçànT l’OPPressIOn dOnT Ils sOnT VICTImes àU nOm des PrInCIPes de là « VràIe FrànCe », eT en CHer-CHànT des àllIÉs, sOIT àUPrès dU POUVOIr mÉTrOPOlITàIn lUI-même, sOIT àUPrès des InTelleCTUels eT de mIlITànTs àyànT embràssÉ les « IdÉes de PrOgrès ». Là lUTTe des HOmmes de COUleUr TIrerà àInsI COnsTàmmenT PrOfIT dU CHàngemenT
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arTICle 49 dU règlemenT gÉnÉràl dU 5 flOrÉàl àn xi (26 àVrIl 1803). pOUr TOUTes les mesUres dIsCrImInàTOIres :aNSoM26. GUyàne. càrTOn 1, a l0 (12). cOnseIl PrIVÉ dU nOVembre 1830. DOmInIqUe ROgers nOTe Pàr eXemPle qUe « les mÉTIers OffICIellemenT InTerdITs (Orfè-Vres, CHIrUrgIens, sàge-femmes) sOnT Très OUVerTemenT PràTIqUÉs Pàr les lIbres de COU-e leUr ». in « prÉjUgÉ de COUleUr eT InTÉgràTIOn sOCIàle À là fIn dUxviiisIèCle : le Càs de là PàrTIe frànçàIse de SàInT-DOmIngUe », COmmUnICàTIOn àU COngrès des HIsTOrIens de là càràïbe, càrTHàgène (cOlOmbIe) màI 2005, P. 8. cf. DOmInIqUe ROgers, 1999,Les lIbres de couleur dans les capItales de SaInt-DomIngue : fortune, mentalItés et Intégra-tIon à la fIn de l’AncIen RégIme (1776-1789), tHèse de dOCTOràT, BOrdeàUX 3. cf. NICOlàs BànCel, pàsCàl BlànCHàrd, FrànçOIse verges,La RépublIque colonIale. EssaI sur une utopIe, albIn MICHel, 2003.
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sOCIàl en FrànCe, lOrs des rÉVOlUTIOns de 1789, 1830, 1848, 1870-1875, eT lOrs des mUTàTIOns POlITIqUes de 1939 À 1946. Là lUTTe COndUITe Pàr les « MUlâTres » sOUs là ResTàUràTIOn eT sOUs là mOnàrCHIe de JUIlleT esT eXemPlàIre À Ce TITre. L’àffàIre BIsseTTe, dU nOm de CeT « HOmme de COUleUr » de là MàrTInIqUe, IllUsTrerà là sTràTÉgIe POlITIqUe des gens de COUleUr À là fIn dU rÉgIme esClàVàgIsTe eT àUX PremIères ànnÉes (1848-1851) de là PÉrIOde POsT-esClàVàgIsTe. Le PàrCOUrs sOCIàl eT POlITIqUe de cyrIlle BIsseTTe esT fOrT InTÉressànT. il mOnTre des àsPeCTs de là qUOTIdIenneTÉ de là VIe des fàmIlles de gens de COU-leUr (sTràTÉgIe màTrImOnIàle, COnsTITUTIOn eT nàTUre dU PàTrImOIne, engàgemenT dàns le fOnCTIOnnemenT dU sysTème esClàVàgIsTe…). il àUTOrIse ÉgàlemenT l’ObserVàTIOn dU mOde de lUTTe reTenU. cyrIlle BIsseTTe à bIen COnnU le sys-Tème de là sÉgrÉgàTIOn ràCIàle POUr l’àVOIr Un TemPs serVI. MàIs lOrsqUe, eXàs-PÉrÉ Pàr l’HUmIlIàTIOn qUOTIdIenne des HOmmes de sà COndITIOn, Il lUI VIenT À l’esPrIT de se rebeller COnTre les COmmàndemenTs dU sysTème, en reVendIqUànT l’ÉgàlITÉ àVeC les BlànCs, là rÉPressIOn là PlUs eXTrême s’àbàT sUr lUI. MàrqUÉ dàns sà CHàIr, bànnI de sOn Pàys eT rÉdUIT À là mIsère sOCIàle, Il s’esT fàIT l’àr-denT dÉfenseUr de là Clàsse des gens de COUleUr lIbres. FàIT PlUs ràre CHez les MUlâTres, Il mIlITe en fàVeUr de l’àbOlITIOn ImmÉdIàTe de l’esClàVàge. c’esT dàns le resPeCT dU drOIT frànçàIs qU’Il PUIse les ressOUrCes nÉCessàIres À sà lUTTe. pOrTÉ Pàr là COnfIànCe eT l’àdmIràTIOn qUe lUI InsPIre là CIVIlIsàTIOn fràn-çàIse, qU’Il àdOPTe COmme mOdèle d’ÉmànCIPàTIOn eT d’ÉVOlUTIOn, Il Và jUsqU’àU bOUT de sà lOgIqUe, en PrOClàmànT là rÉCOnCIlIàTIOn àVeC les BlànCs CrÉOles qUI l’OnT bànnI. il àPPelle de ses VœUX là fUsIOn fràTernelle POUr là reCOnsTrUCTIOn de là sOCIÉTÉ COlOnIàle. JàmàIs àU COUrs de sOn COmbàT en fàVeUr des gens de COUleUr lIbres OU des esClàVes, Il ne meT là FrànCe en àCCUsàTIOn. SOn àCTIOn refUse là VIOlenCe eT s’InsCrIT rÉsOlUmenT dàns Une dÉmàrCHe lÉgàle. un mOdèle de lUTTe qUI s’àf-fICHe À l’OPPOsÉ de CelUI des màrrOns eT des rÉVOlTes d’esClàVes, À l’OPPOsÉ de là sITUàTIOn HàïTIenne, COnsTàmmenT ÉVOqUÉe Pàr les BlànCs POUr dIre là menàCe rePrÉsenTÉe Pàr les gens de COUleUr lIbres. pOUr BIsseTTe eT ses àmIs, Il n’esT PlUs nÉCessàIre de reCOUrIr àUX àrmes COmme dU TemPs des BàUVàIs, DOyOn, DrOUIllàrd OU RIgàUd, Ces àffrànCHIs qUI OnT InITIÉ là rÉVOlUTIOn À SàInT-DOmIngUe. il y à, PensenT-Ils, en FrànCe des fOrCes qUI sOnT en màrCHe POUr sOUTenIr l’esPOIr dU CHàngemenT. cyrIlle cHàrles aUgUsTe BIsseTTe esT nÉ le 9 jUIlleT 1795 À là MàrTInIqUe, àU FOrT-ROyàl eT bàPTIsÉ le 4 àOûT. SOn Père, cHàrles BOrrOmÉe BIsseTTe, Un MUlâTre lIbre OrIgInàIre dU MàrIn, ÉPOUse le 2 sePTembre 1794 ElIzàbeTH BelàIne, fIlle nàTUrelle de JOsePH tàsCHer de là pàgerIe. aU dÉCès dU Père en OCTObre 1810 àU FOrT-ROyàl, là mère eT ses enfànTs HÉrITenT de bIens dOnT Une màIsOn. Là mère OUVre Un COmmerCe qU’elle TIenT jUsqU’en 1818, ànnÉe Où lUI sUCCède cyrIlle, l’àînÉ de ses sIX enfànTs. il se màrIe le 20 fÉVrIer 1816 àVeC Une MUlâTresse lIbre dU FOrT-ROyàl, aUgUsTIne SÉVerIn, fIlle d’Un màîTre fOr-gerOn de là VIlle. QUàTre enfànTs nàIssenT de leUr UnIOn de 1817 À 1822. cOmme nOmbre de gens de COUleUr lIbres, Il POssède des esClàVes. En jànVIer
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1818, Il esT membre de là dÉPUTàTIOn des gens de COUleUr lIbres dU FOrT-ROyàl qUI àCCUeIlle le nOUVeàU gOUVerneUr, le COmTe DOnzelOT. En OCTObre 1822, COmme membre des COmPàgnIes de COUleUr de là mIlICe, Il PàrTICIPe À là rÉPressIOn de là rÉVOlTe des esClàVes dU càrbeT. Le 13 dÉCembre 1823, BIsseTTe esT àrrêTÉ eT jeTÉ en PrIsOn. il esT àCCUsÉ d’àVOIr dIffUsÉ ClàndesTInemenT Une brOCHUre InTITUlÉeDe la sItuatIon des 10 gens de couleur lIbres aux AntIlles françaIseseT d’êTre l’Un des InsTIgàTeUrs d’Un COmPlOT VIsànT là sUbVersIOn de là COlOnIe. Là COUr rOyàle de là MàrTInIqUe le COndàmne, Pàr l’àrrêT dU 12 jànVIer 1824, À là màrqUe (fleUr de lys, PlUs les leTTres GaL POUr gàlères) eT àUX gàlères À PerPÉTUITÉ. LOUIs FàbIen eT Jeàn-BàPTIsTe vOlny sOnT COndàmnÉs Pàr le même àrrêT À là même PeIne. D’àUTres PersOnnes sOnT àrrêTÉes eT COndàmnÉes àU bànnIssemenT OU À 11 là dÉPOrTàTIOn. aU TOTàl là rÉPressIOn fràPPe 141 PersOnnes . L’eXTràIT sUIVànT dOnne le TOn eT l’esPrIT de là brOCHUre InCrImInÉe : « Les gens de COUleUr lIbres de là MàrTInIqUe eT de là GUàdelOUPe, UnIs d’OPInIOn, COUrbÉs sOUs le même jOUg, en bUTTe àUX mêmes OUTràges… OnT enfIn rOmPU Un TrOP lOng sIlenCe. ils PensenT qUe les dIVers rePrÉsen-TànTs nOmmÉs Pàr les COmITÉs ÉleCTOràUX OnT dÉrObÉ àU gOUVernemenT là COnnàIssànCe de leUr VÉrITàble sITUàTIOn eT ne se sOnT OCCUPÉs en TOUT qUe des InTÉrêTs des COlOns blànCs Pàr qUI Ils ÉTàIenT CHOIsIs. ils àUràIenT dÉsIrÉ fàIre PrÉsenTer àU ROI Une sUPPlIqUe sIgnÉe d’eUX TOUs, màIs CràI-gnànT qUe leUrs dÉmàrCHes ne fUssenT màl InTerPrÉTÉes eT ne fOUrnIssenT de nOUVelles àrmes À là màlVeIllànCe OU là CàlOmnIe, Ils se sOnT COnTenTÉs 12 de PUblIer CeT eXPOsÉ » . Le TeXTe n’àPPelle Pàs À là rÉVOlTe, màIs s’en remeT àU CHef de l’ETàT de là nàTIOn dOnT les HOmmes de COUleUr se reCOnnàIssenT les CITOyens. c’esT PrÉ-CIsÉmenT CeT àPPel qUI dÉCHàîne Une rÉPressIOn qUI PeUT PàràîTre dIsPrOPOr-TIOnnÉe À là lUmIère des seUls fàITs ÉVOqUÉs POUr jUsTIfIer les COndàmnàTIOns. il PrOVOqUe là PeUr. Elle esT À là fOIs sUsCITÉe Pàr CeTTe PrIse de COnsCIenCe, Pàr l’àmOrCe de là sTrUCTUràTIOn d’Un mOUVemenT POlITIqUe des gens de COUleUr lIbres eT Pàr l’àPPel À l’àUTOrITÉ dU rOI qUI à effeCTIVemenT le POUVOIr de meT-Tre Un Terme À là sÉgrÉgàTIOn. Dàns le COnTeXTe de là ResTàUràTIOn, l’àPPel à des CHànCes d’êTre mIeUX enTendU qUe sOUs le PrÉCÉdenT rÉgIme (l’EmPIre nàPOlÉOnIen). BIsseTTe en à COnsCIenCe qUI s’engàge dàns là lUTTe POUr là reCOnnàIssànCe de ses PrOPres drOITs eT POUr l’ObTenTIOn de l’ÉgàlITÉ POlITIqUe. En GUyàne, les MUlâTres sOnT PàrTICUlIèremenT àTTenTIfs àUX ÉVÉnemenTs de là MàrTInIqUe. aU-delÀ de là mer des càràïbes, en dÉPIT de là dIsTànCe gÉO-gràPHIqUe eT dU ryTHme de là CIrCUlàTIOn des HOmmes eT des IdÉes qUI InsTàUre
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pUblIÉe en 1823, pàrIs, MàC càrTHy, 32 P. BIOgràPHIe de BIsseTTe, Cf. STellà pàme, 1999,Cy rIlle BIsette. Un marty r de la lIberté, FOrT-de-FrànCe, EdITIOns DÉsOrmeàUX. idem, P. 59.
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Un TemPs mOrT enTre les ÉVÉnemenTs eT les rÉàCTIOns qU’Ils sUsCITenT, là sOlIdà-rITÉ enTre HOmmes de COUleUr des anTIlles eT de là GUyàne esT sàns fàIlle. ceUX de GUyàne, COnnàIssànT les mêmes dIsCrImInàTIOns, ÉPOUsenT là CàUse dÉfen-dUe Pàr BIsseTTe. e L’àmÉnàgemenT COlOnIàl de là GUyàne frànçàIse en Ce dÉbUT dUxixsIè-Cle lUI dOnne Un CerTàIn de nOmbre de CàràCTères qUI là dIffÉrenCIenT des Pày-sàges des anTIlles. ceTTe POrTIOn dU PlàTeàU des GUyànes àUX frOnTIères enCOre màl dÉfInIes, COUVerTe Pàr là fOrêT, n’à ÉTÉ mIse en VàleUr qUe sUr Une PàrT de sà frànge lITTOràle enTre l’oyàPOCk eT le MàrOnI. Des HàbITàTIOns en PeTIT nOm-bre, dIsPersÉes eT màl relIÉes enTre elles eT àU CHef de lIeU de là COlOnIe, fàI-sàIenT VIVre, À là VeIlle de là rÉVOlUTIOn de jUIlleT 1830, Une POPUlàTIOn de 22 703 PersOnnes (1828). Les àffrànCHIs y ÉTàIenT en nOmbre PràTIqUemenT dOUble de CelUI des BlànCs (2204 COnTre 1280 HOrs gàrnIsOn). on n’y COmP-TàIT qUe 19 219 esClàVes. Là GUyàne PrOdUIsàIT àlOrs essenTIellemenT dU sUCre eT dU rOCOU. a PàrTIr de là fIn des ànnÉes 1830, càyenne eT les HàbITàTIOns dU lITTOràl VIVàIenT là CrIse sUCrIère qUI fràPPà les COlOnIes frànçàIses eT qUI mIT À màl les reVenUs des BlànCs eT des gens de COUleUr lIbres. Les MUlâTres COmme les BlànCs les PlUs àIsÉs PàrVenàIenT nÉànmOIns À màInTenIr Un TràIn de VIe qUI dOnnàIT dU PrIX àUX dIsTInCTIOns sOCIàles eT dOnC À là sÉgrÉgàTIOn. EnfànTs « IllÉgITImes » reCOnnUs OU nOn Pàr leUrs Pères blànCs OU desCen-dànTs de Ces enfànTs, Un CerTàIn nOmbre de MUlâTres àVàIenT àCqUIs Pàr HÉrI-Tàge OU Pàr leUr TràVàIl Une CerTàIne àIsànCe. ils s’ÉTàIenT InTÉgrÉs dàns le sys-Tème de PrOdUCTIOn de là COlOnIe eT là PlUPàrT ÉTàIenT deVenUs PrOPrIÉTàIres d’HàbITàTIOns Où des esClàVes nOIrs OU mUlâTres s’àCTIVàIenT. Les MUlâTres POssÉdàIenT là grànde màjOrITÉ des esClàVes qUI ÉTàIenT enTre les màIns des gens de COUleUr lIbres. Les MUlâTres les PlUs àIsÉs àVàIenT des HàbITàTIOns mOyennes. ursleUr, « ànCIen màîTre OUVrIer qUI [fUT] lUI-même l’àrTIsàn de sà 13 fOrTUne eT qUI s’esT ÉleVÉ àU ràng de PrOPrIÉTàIre » , POssÉdàIT Une sUCrerIe dIsPOsànT, en 1832, d’Un àTelIer de sOIXànTe esClàVes dàns le qUàrTIer d’aPPrOUàgUe. FrànçOIs vIrgIle n’àVàIT qU’Une rOCOUerIe de TrenTe-qUàTre esClàVes À MàCOUrIà, màIs Il eXerçàIT là PrOfessIOn de mÉdeCIn. on en sàIT Un 14 PeU PlUs sUr FàbIen FlàVIen LeblOnd grâCe àU TràVàIl de BrUleàUX eT tOUCHeT . NÉ en 1802 d’Une esClàVe eT d’Un PrOPrIÉTàIre blànC, Jeàn BàPTIsTe LeblOnd qUI l’à reCOnnU eT « lÉgITImÉ », Il HÉrITe d’Une HàbITàTIOn qUI, àU mOmenT Où Il là Vend (1822), COmPTe TrenTe-sePT esClàVes eT VàUT CInqUànTe mIlle frànCs. il se fàIT màrCHànd eT ÉPOUse en OCTObre 1831 Une MUlâTresse, càrmelIne SOPHIe. Les ÉPOUX CUmUlenT des bIens meUbles eT ImmeUbles dOnT là VàleUr
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aNSoM, GUyàne, càrTOn 61, F5 (21). DÉPêCHe dU gOUVerneUr pàrIseT àU mInIsTre de là MàrIne eT des cOlOnIes, dU 15 jUIlleT 1846. anne-MàrIe BrUleàUX, RICHàrd tOUCHeT, 1998, « L’HIsTOIre d’Une fàmIlle À TràVers les àCTes nOTàrIÉs : là fàmIlle LeblOnd », MUsÉe des cUlTUres GUyànàIses,ane deLa Guy mémoIre de notaIres, PP. 57-58.
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esT esTImÉe À 170 735 frànCs. FàbIen LeblOnd POssède en PrOPre TrOIs màIsOns en VIlle, 25 200 frànCs de CrÉànCes eT qUàTre esClàVes À TàlenTs d’Une VàleUr de 8 400 frànCs. Les reVenUs des BerVIlle, DÉCHàmP, MICHàUd, SàInTe-ROse, MàXIme eT d’àUTres enCOre leUr PermeTTàIenT de TenIr Un ràng HOnOràble dàns 15 là sOCIÉTÉ COlOnIàle . c’esT FàbIen LeblOnd qUI mène, dàns les mêmes Termes qUe CeUX des anTIlles, là lUTTe des HOmmes de COUleUr de là GUyàne, en sàlUànT le COUràge eT là dÉTermInàTIOn de BIsseTTe. « Là Clàsse de COUleUr de là GUIàne frànçàIse, ÉCrIT-Il À BIsseTTe en 1832, n’esT Pàs IndIffÉrenTe àUX nObles effOrTs qUI CàràCTÉrIsenT VOs dÉmàrCHes àUPrès de l’àUTOrITÉ lÉgIslàTIVe. ZÉlÉ dÉfenseUr des drOITs qUe rÉClàme sà POsITIOn àCTUelle, VOTre COnTInUelle sOllICITUde esT Un TITre sàCrÉ À sà reCOnnàIssànCe. vICTIme en 1824 d’Un sysTème d’InjUsTICes eT d’OPPressIOns sàns eXem-Ples dàns nOs fàsTes CIVIls, VOUs VOUs êTes àTTàCHÉ À COmbàTTre Ce sys-Tème qUI POUrràIT À là sUITe deVenIr ÉgàlemenT fUnesTe À VOs COnCITOyens, 16 sI sà bàse n’ÉTàIT Pàs sàPÉe… » . Là lUTTe POUr l’ÉgàlITÉ se sITUe dàns Un regIsTre ÉTàblI dePUIs là fIn dU e xviiisIèCle Où elle PUIsàIT làrgemenT dàns les IdÉes rÉPàndUes Pàr l’àbbÉ Ràynàl OU l’àbbÉ GrÉgOIre àInsI qUe dàns les mesUres rÉVOlUTIOnnàIres TOU-CHànT les gens de COUleUrs lIbres. Le COmbàT POUr l’ÉgàlITÉ à POUr fOndemenT l’IdÉe qUe les HOmmes de COUleUr des COlOnIes sOnT frànçàIs. Les deUX ÉlÉ-menTs sOnT ÉTrOITemenT àssOCIÉs dàns leUr engàgemenT POlITIqUe : C’esT PàrCe qU’Ils àVàIenT là COnVICTIOn d’êTre membres de là nàTIOn qU’Ils se sOnT engà-gÉs dàns CeTTe lUTTe sUr le mOde qUI COnsIsTàIT À rÉClàmer jUsTICe àU CHef de l’ETàT, àU même TITre qUe les CITOyens dU TerrITOIre mÉTrOPOlITàIn. Les PràTIqUes lÉgIslàTIVes COlOnIàles reCOnnàIssàIenT en effeT àUX àffràn-CHIs là qUàlITÉ de sUjeTs dU rOyàUme de FrànCe (nOTàmmenT l’àrTICle 57 dU COde nOIr) eT dePUIs là RÉVOlUTIOn de 1789, Celle de CITOyens. MàIs les mœUrs COlOnIàles àVàIenT PràTIqUemenT nIÉ CeTTe reCOnnàIssànCe jUrIdIqUe, en PrOCÉ-dànT sysTÉmàTIqUemenT À l’eXClUsIOn des gens de COUleUr lIbres dU CHàmP des drOITs CIVIls eT POlITIqUes àTTàCHÉs À là qUàlITÉ de FrànçàIs. Là COnqUêTe de l’ÉgàlITÉ dUT dOnC en Pàsser À là fOIs Pàr le TràVàIl qUI àssUràIT l’àssIse sOCIàle eT Pàr l’ÉdUCàTIOn qUI dOTàIT des mOyens de l’IdenTITÉ frànçàIse. Les gens de COUleUr lIbres OnT ÉTÉ àInsI PàrTICUlIèremenT àTTenTIfs À l’ÉdUCàTIOn relIgIeUse eT là fOrmàTIOn de leUrs enfànTs qUI, POUr les PlUs fOrTU-nÉs, POUrsUIVàIenT leUrs ÉTUdes dàns les lyCÉes eT les UnIVersITÉs de FrànCe.
15 Serge Màm Làm FOUCk, 1999,de l’or etLa Guy ane françaIse au temps de l’esclav age, de la francIsatIon 1802-1946, MàTOUry, ibIs ROUge, P. 119. 16 FàbIen LeblOnd, 1832,sur l’état polItIque des hommes de couleur de laObserv atIons Guy ane françaIse, NànTes, P. 4.
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