Italie par elle-même - Lieux de mémoire italiens de 1848 à nos jours - 2e édition revue

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L’Italie a-t-elle enfin réussi à faire ses Italiens ? Seul le portrait des Italiens peints par eux-mêmes pouvait laisser espérer une réponse. Ce volume issu de la grande entreprise collective dirigée par Mario Isnenghi sur les Luoghi della memoria (« Lieux de la mémoire ») en Italie témoigne de l’évolution du processus de construction de l’identité du pays.

Vieille nation et jeune État, l’Italie contemporaine née au milieu du XIXe siècle a trouvé ses dates fondatrices, imaginé ses lieux symboliques et façonné ses héros ou anti-héros mythiques. En l’espace de 150 ans, des traditions italiennes nouvelles ont été inventées puis violemment contestées, l’histoire exaltée puis réprouvée. Bref, les Italiens ont vécu.

C’est cet itinéraire de vie commune où s’entremêlent société civile, histoire culturelle, pouvoirs et religion, du Risorgimento à la République en passant par le fascisme et les guerres, qui est ici restitué. Des milieux, des événements, des hommes et des symboles (la place, le cinéma, la mafia, les Cinq Journées de Milan, Garibaldi, Mussolini, l’Amérique) sont présentés sous un jour nouveau au lecteur français soucieux de comprendre, en dépassant les stéréotypes, l’histoire et l’univers de ses voisins européens.


Sous la direction de Mario ISNENGHI

Préface de Gilles PÉCOUT


Publié le : mardi 1 janvier 2013
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EAN13 : 9782728825066
Nombre de pages : 522
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Préface
Dimpossibleslieux de mémoireitaliens ? Gilles PÉCOUT
e Pour les historiens duXXIsiècle le passé proche ne risquetil pas de se résumer à lactualité des « lieux de mémoire » ? Doiton résister à la présence parfois jugée envahissante dune expression paradigma 1 tique issue du titre dune heureuse entreprise éditoriale ? Impossible ou presque, depuis les années 1980, décrire ou de dire le passé sans cette figure adaptée dHalbwachs dune improbable topographie. Linvention de Pierre Nora est devenue une forme maîtresse du dis cours historique dans ses usages scientifiques, pédagogiques et média tiques. Elle sest même affirmée comme lune des façons éminentes de « faire de lhistoire », pour reprendre une autre formule, antérieure, de Pierre Nora. Mais que traduit ce succès ? Une hégémonie discipli naire correspondant aux facilités réputées dune histoire des représen tations ? Une exclusive intellectuelle de notre pays célébrant lhistoire nationale et légitimant le récit nationaliste commeforma mentis des Français ? La réponse à une demande sociale plus large, où la péda gogie sert la nostalgie, et la nostalgie la passion du patrimoine ? Le livre qui se penche sur « la place que les vivants doivent accorder aux morts » traduitil lexception française dune idéologie de la pédagogie 2 poursuivant « lutopie du patrimoine » ? Beaucoup a été écrit sur la fortune desLieux de mémoire. Si ses lecteurs potentiels sont devenus presque aussi intéressants que ses auteurs, cest bien que la critique de la réception, même polémique, a consacré la dimension classique de luvre de Pierre Nora.
1. P. Nora (dir.),Lieux de mémoire Les , Paris, Gallimard, « Bibliothèque des his toires », 3 t., 7 vol. ; t. I :La République, 1984 ; t. II :La Nation, 1986, 3 vol. : vol. I : Héritage, historiographie, paysages; vol. II :Le Territoire, lÉtat, le patrimoine; vol. III :La Gloire, les mots; t. III :Les France, 1992, 3 vol. : vol. I :Conflits et par tages; vol. II :Traditions ; vol. III :De larchive à lemblème. 2. Voir à ce propos toutes les réflexions de J.M. Leniaud,LUtopie française. Essai sur le patrimoine, Paris, Mengès, 1992, et « Le droit à la mémoire »,Le Magazine littéraire, 307, février 1993, n° spécial :La Nouvelle Histoire de France : les lieux de mémoire, p. 4047.
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Le livre et la formule ont aussi voyagé à létranger, rencontré et vivifié dautres histoires. Et la greffe a pris. Laissons de côté la for tune journalistique et pour ainsi dire stylistique de lexpression pour envisager les trois principales formes de lhybridation scientifique. Linfluence sobserve dabord de manière directe : luvre de Nora a été présentée, discutée et parfois partiellement traduite. Puis,Les Lieux de mémoireont fonctionné de façon plus diffuse comme incita tion méthodologique à investir de nouveaux sujets et comme contami nation naturelle du vocabulaire des spécialistes de sciences humaines 1 et sociales . Innombrables seraient les exemples de travaux éditoriaux et universitaires qui se proposent détudier des « lieux de mémoire » depuis les années 1990. Non moins nombreux les titres ou soustitres darticles et douvrages, de parties et de chapitres qui contiennent lexpression « en français dans le texte ». Il ne mappartient pas den ébaucher linventaire, mais je constate simplement quil serait intéres sant den disposer pour voir notamment par quels canaux la formule sexporte et ce que signifie sintéresser aux « lieux de mémoire » pour des espaces éloignés des États nationaux en majorité formés dans e lEurope duXIXsiècle. Enfin, troisième manifestation dinfluence, LesLieux de mémoireinspiré des chantiers comparables sur ont 2 dautres lieux nationaux , pour ne pas parler de la revendication récente de « lieux dune mémoire européenne » qui permettraient à lhistoire régressive de jouer son rôle de signifiant politique de lunité culturelle et historique du souscontinent de lUnion.
1. Cela se traduit aussi par un effet de présentation en France ou à létranger douvrages dhistoire comparée ou tout simplement dhistoire des relations inter nationales comme cet ouvrage sur lAllemagne dont le titre subvertit à peine la formule de Pierre Nora : J. Morizet et H. Möller, AllemagneFrance. Lieux et mémoire dune histoire commune, Paris, Albin Michel, 1995. Il faut aussi relever, dans les influences moins directes, que lexpression des « lieux de mémoire » dans sa double acception détude dun lieu concret et symbolique a redonné un accès éditorial aux travaux dhistoire du cadre de vie, permettant à travers lhistoire des sociabilités populaires une nouvelle rencontre entre lhistoire matérielle et lhistoire des mentalités comme lillustre notamment le volume de H.G. Haupt, Luoghi quotidiani nella storia dEuropa, RomeBari, Laterza, 1993. 2. É. François et H. Schulze (dir.),Deutsche Erinnerungsorte, Munich, Beck, 2001, 3 t.
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Cest à la famille desLieux de mémoirequappartien nationaux 1 nent les trois volumes desLuoghi della memoriade Mario Isnenghi , dont les Éditions Rue dUlm proposent aujourdhui un choix darticles sous le titreLItalie par ellemême. Lieux de mémoire italiens de 1848 à nos jours. Or, toutes les familles, cest bien connu, ont leurs enfants terribles que les uns disent rebelles et les autres ingrats. Cest encore plus vrai dans les « bonnes familles », celles auxquelles tout semble avoir réussi. LesLuoghiitaliens ne se sont pas affirmés sans éclats au sein de la famille. Reconnaissons que la polémique qui a porté sur la place de la référence matricielle et de lexpression de la dette de reconnaissance, en 19961997, au moment de leur publication en Italie, sest aujourdhui apaisée au profit dune discussion toujours passionnée, certes, mais plus ample et comparative, grâce notamment à la publica tion desDeutsche ErinnerungsortedÉtienne François et Hagen Schulze. Ce débat donne auxLieuxde Pierre Nora leur légitime statut dobjet et de vecteur privilégié, idéalement souple, des transferts culturels.
En 1996 Mario Isnenghi, le maître duvre desLuoghi, est un univer sitaire et un auteur connu en Italie pour ses travaux sur les guerres contemporaines, notamment la Première Guerre mondiale, et sur les représentations politiques collectives depuis le Risorgimento. Il a donné ses premiers écrits sur les imaginaires de la guerre de 1915 en défrichant un champ qui nétait pas encore à la mode, les « journaux de tranchée » et le « mythe de la guerre », auquel il consacre un 2 ouvrage important en 1970 , complété par une synthèse irremplaçable 3 sur 1418, fruit de sa collaboration avec Giorgio Rochat . Le rappel de ces livres pionniers est éclairant si lon songe que leur auteur, forte ment influencé par la littérature et lhistoire littéraire, a publié, peu de temps avant douvrir le chantier desLuoghi,un itinéraire à travers lItalie des « lieux de la vie publique de 1848 à nos jours », qui fait la part belle aux témoignages littéraires et aux images. Louvrage intitulé
1. M. Isnenghi (dir.),I luoghi della memoria, RomeBari, Laterza, 3 t. :Simboli e miti dellItalia unita,1996 ;Strutture ed eventi dellItalia unita, 1997 ;Personaggi e date dellItalia unita, 1997. 2. M. Isnenghi,Il mito della Grande Guerra, Bari, Laterza, 1970, rééd. Bologne, Il Mulino, (1989) 1997. 3. M. Isnenghi et G. Rochat, La Grande Guerra (19141918), Florence, La Nuova Italia, 2000.
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LItalia in piazzaexplicitement « la place comme lieu de la introduit 1 mémoire et scène de la vie privée et collective ». De la guerre aux images de la collectivité, des images et des écrits de la nation aux lieux de mémoire de lItalie contemporaine née du Risorgimento, le saut était aisé à franchir pour un historien des cultures politiques obsédé par la rencontre entre lhistoire intellectuelle et littéraire, dun côté, et lhistoire des mentalités et des imaginaires populaires, de lautre. Les « lieux de mémoire » ont permis lissue favorable du rendezvous. Mais dans quel contexte a pu se dérouler le dialogue historiographi que italofrançais ? Lauteur desLuoghipaie son tribut aux « dynamiques historiogra phiques » venues de lautre côté des Alpes :LesLieux de mémoire dans leur environnement culturel et scientifique français. Dans une partie de sa conclusion intitulée  en français  « Voyage en Italie », Mario Isnenghi revient sur la genèse de son livre pour évo quer le « grand projet porté à son terme par Pierre Nora et ses colla 2 borateurs ». Mais à la vérité, si lexpression est vite passée dans le langage courant des historiens et si la référence à luvre était alors fréquente, force est de constater quentre les années 1980 et les années 1990 peu de spécialistes italiens ont rendu compte desLieux de mémoire. Cette discrétion étonne quand on sait le grand intérêt des historiens italiens pour les concepts et les catégories historio graphiques en général, et leur regard naturellement bienveillant pour la production française en particulier. Sympathie possessive quand il y a en outre possibilité de retrouver des liens avec la tradition des héri tiers desAnnales: lunité de lieu aurait même pu devenir unité desprit dans le cas de Pierre Nora dont le livre était le fruit dun séminaire tenu au boulevard Raspail. Seules des raisons idéologiques et une
1. M. Isnenghi,LItalia in piazza. I luoghi della vita pubblica dal 1848 ai giorni nostriBologne, Il Mulino, 2004. La citation sur la place comme (1994), « luogo della memoria e scena della vita privata e collettiva »notamment sur la est quatrième de couverture. Sauf indication contraire, les citations de litalien sont traduites par nos soins. 2. M. Isnenghi, « Conclusione », inI luoghi della memoria. Personaggi e date, op. cit., p. 429 (la conclusion est présente telle quelle dans les trois tomes) :« La prima [spinta]  preesistente  è interna alle dinamic he storiografiche, nascendo  non cè ragione di tacerlo  dalle stimolazioni venute dal grande progetto portato a termine da Pierre Nora e dai suoi collaboratori, inventando e divulgando anche il concetto dei “lieux de mémoire. »
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retenue historiographique liées au discrédit de toute histoire nationale qui affiche haut et fort limportance du régime de lÉtat, de la nation et le caractère heuristique de la dimension patriotique, pouvaient alors expliquer cette indifférence relative ou ce retard en matière de publicité scientifique dans une Italie où ces thèmes navaient pas encore retrouvé droit de cité. Certainement le premier à faire entrer en 1986LesLieux de 1 mémoireinsiste avec clairdans une revue italienne, Roberto Balzani voyance sur la théorie de la mémoire historique et la transformation historiographique du vécu social. La leçon de lhistorien italien, repre nant des propos de Nora luimême, fait desLieux de mémoireun élé ment de substitution, en quelque sorte, de la mémoire sociale : luvre serait née de la dissolution dans la modernité dune tradition de mémoire collective liée à la société rurale et paysanne en particulier. À « la mémoire royaume de labsolu » succède « lhistoire royaume du 2 relatif » . En ce sens lesLieux françaisperçus comme un inven sont taire des restes et des vestiges : pour une fois le pays des ruines, terre des esthètes et des érudits, ce nest plus lItalie mais la France ! Cette lecture patrimoniale neutre passe sous silence lacception idéologique et politique de linventaire de Pierre Nora. De beaux vestiges dune civilisation de la mémoire préindustrielle commune, certes, mais avec peutêtre mission den tirer comme enseignement des lignes de force ou des fractures de la société française ellemême posée comme com munauté forte. Mais communauté nationale avant tout. Cette dimension proprement politique est présente dans le long article de remise en perspective historiographique que donne en 1987 laRivista di storia della storiografia modernaen guise de compte rendu des quatre premiers volumes (t. I :La République, t. II :La Nation). 3 Sous la plume de Massimo Mastrogregori , les Lieuxdécrits sont comme lindicateur dune mutation de lhistoire des mentalités qui donne à lhistoire du quotidien le sens dune histoire « civile », presque « civique ». Cest ce postulat qui détermine selon Mastrogregori le
1. R. Balzani, compte rendu desLieux de mémoire : La République, dansRicerche di storia politica, 1, 1986, p. 201203. 2.Ibid., p. 201. 3. M. Mastrogregori, compte rendu desLieux de mémoire : La République;La Nation, dansRivista di storia della storiografia moderna, 8, maidécembre 1987, p. 133165.
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choix des sujets autour du « lien entre limage du passé et la poli tique », « redécouvert par la culture historique française » :LesLieux de mémoireun laboratoire dhistoire sociale de la poli deviennent tique à travers la proposition dun modèle nouveau dhistoire des 1 représentations . Restitution symbolique des lieux et des cadres de vie, des références hégémoniques, cette histoire est forcément vouée à devenir  ce qui ne signifie pas servir  une histoire des cultures poli tiques dominantes puis compétitrices. Le projet dune approche politique globale enracinée dans la vie sociale  au risque même de tensions , saisi avec finesse par Mastrogregori, sera évidemment au centre de lentreprise italienne dIsnenghi même si ce dernier sen excuse presque en affirmant ses liens avec lenquête sociale : « Natu rellement si lon veut reconstruire ce qui a compté et qui compte dans la mémoire dun peuple, on ne peut pas raisonner seulement en termes dhistoire politique. Plus encore, la mémoire est le royaume de lhistoire 2 sociale . » Sans aucun doute le pari de Norareprésente aux yeux des histo riens italiens qui sont bon connaisseurs des enjeux historiographiques français lune des premières rencontres avouables et avouées entre lhistoire sociale et lhistoire politique, même sil faut continuer à don ner le change en rappelant quil ny a dhistoire globale  naguère on aurait écrit « humaine »  que sociale. Mario Isnenghi, auteur des Luoghi, trouve déjà réunies avant la parution desLieuxles conditions de cette rencontre. Passons sur le renvoi rituel et générique auxAnnales pour envisager deux noms quil présente comme des « références 3 obligées » : Halbwachs et Agulhon . Le premier donne à lhistorien italien le cadre théorique de lexercice, le second en illustre les fruits.
1.Ibid., p. 162 :« Al centro dello svolgimento deiLieux, insomma, sta il nesso tra limmagine del passato e la politica, e recuperando la storia della storiografia (e ampliandola a storia delle rappresentazioni) in fondo la cultura storica francese ris copre limportanza di quel nesso. » 2. M. Isnenghi,« Presentazione », inI luoghi della memoria.Personaggi e date, op. cit., p.IX(lintroduction est présente telle quelle dans les trois tomes) :« Natu ralmente, chi voglia ricostruire ciò che ha avuto e che ha rilievo nella memoria di un popolo non può ragionare solo in termini di storia politica. Anzi, la memoria è il regno della storia sociale. » 3.Ibid., p. 433.
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Pour Maurice Halbwachs, lhistoire est là quand la mémoire commence à manquer ou, comme Mario Isnenghi lécrit à propos de lItalie, quand elle « se suicide ». Et il existe bien des « cadres sociaux de la mémoire collective », des groupes socioprofessionnels qui en devien nent les vecteurs privilégiés. Quant à la référence à Maurice Agulhon, elle vient ici rappeler  telle une parenthèse dans le texte  quil y a déjà longtemps lhistorien des sociabilités méridionales et de la politi sation méditait de devenir celui de Marianne : limportant article sur « Imagerie civique et décor urbain » date de 1975, précédant de quatre 1 ans le combat de la République en allégorie de femme . Mais citer Agulhon, nestce pas aussi rappeler que lhistoire des « batailles de symboles » et celle des « batailles de doctrines » doivent être appré hendées par lhistorien, intellectuel et citoyen, qui use de méthodes différentes mais suit une même inspiration quand il compte les bustes de Marianne ornant les fontaines de France et quand il se penche sur les héritages de 1989 dans la France de son temps ? Estce cette syn thèse que revendique lhistorien desLuoghi? Comment lexpérience italienne saffranchitelle des « modèles français » ?
Les trois volumes de Mario Isnenghi consacrent le triomphe dune histoire patrimoniale et sociale de la politique qui nétait pas pensable une décennie plus tôt. Tout simplement parce que la nation navait pas bonne presse comme objet scientifique et que le rapport entre État et nation était considéré comme un postulat idéologique peu recevable. La question est de savoir comment on est passé dune histoire margi nalisée de la nation des Italiens à la proposition dun nouveau modèle historiographique de la nation dont lesLuoghi sont certainement la plus brillante expression. Après la publication du dernier tome desLieuxfrançais, lheure est 2 aux premiers bilans.Le Magazine littéraire en 1993 ,Le Débat en 3 1994 , entre autres, sinterrogent sur le sens et le potentiel dexporta tion du produit estampillé Nora. Dans le répertoire des « mémoires
1. M. Agulhon, « Imagerie civique et décor urbain » (Ethnologie française, 1975), réédité in M. Agulhon,Histoire vagabonde, t. I :Ethnologie et politique dans la France contemporaine, Paris, Gallimard, 1988, p. 99136 ;Marianne au combat. Limagerie et la symbolique républicaines de 1789 à 1880, Paris, Flammarion, 1979. 2.Le Magazine littéraire,op. cit., p. 1657. 3.Le Débat,Mémoires comparées, 78, janvierfévrier 1994.
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comparées » que proposeLe Débat, les trois éléments constitutifs des « lieux de mémoire » sont envisagés : la définition du « lieu », celle des modes de commémoration du passé et, enfin, la conscience de lhéri tage historique dans ses relations au patrimoine présent. Ce dossier réunissait des historiens étrangers pour envisager lesLieux comme produit dun possible transfert culturel. Du côté italien, cest un 1 médiéviste célèbre, Girolamo Arnaldi, qui mène la conversation . Son argumentation tient en une opposition claire.Les Lieux de mémoire appartiennent à la culture historique française et renvoient spécifique ment au sentiment de lunité comme valeur constitutive de lidentité des Français. En revanche, réapparaît sous sa plume le stéréotype de la divisiondésunion des Italiens. En philologue, Arnaldi observe que la langue française fait du pluriel deFranceun barbarisme (on ne doit pas écrire lesFrances), alors que la marque plurale est légitime en ita e lien depuis leXVsiècle(le Italie)et est inscrite dans le lexique usuel allemand(Italien). Mais audelà de lhistoire du lexique sans doute trop facile à utili ser, lhistorien italien explicite les raisons précises et historiques qui rendent difficile, voire impossible selon lui la traduction sur le terrain italien de lenquête française. Pays de la diversité, lItalie manquerait paradoxalement de vecteurs compétiteurs de sa mémoire historique à cause du poids de certains lieux et images : Rome et le binôme Nord/ Sud, par exemple. Il y a dabord la place envahissante quoccupe dans la culture italienne la Ville éternelle, qui aurait « phagocyté » la 2 mémoire italienne . Des « lieux de mémoire » italiens ne pourraient 3 quêtre une histoire de limage de Rome de lAntiquité à nos jours . Ce constat de la centralité symbolique de Rome, lhistorienne contem poranéiste Ilaria Porciani en faisait en 1993 lun des facteurs de
1. G. Arnaldi, « Unité et division italiennes »,ibid., p. 3141. 2.Ibid., p. 38. 3. Considéré par son auteur, Alberto Caracciolo, comme un « topos ancien, récur rent et pluriséculaire », Rome sera traité brillamment mais très brièvement dans lesLuoghi. On peut se demander si cette concision regrettable résulte dun choix éditorial pour ne pas donner trop dimportance à la Ville : Alberto Caracciolo, « Roma », in M. Isnenghi (dir.),I luoghi della memoria. Simboli e miti,op. cit., p. 165172. Sur la centralité de Rome après Rome comme « ensemble de représen tations mentales, de modèles esthétiques et de références idéologiques », voir A. Giardina et A. Vauchez,Rome. Lidée et le mythe du Moyen Âge à nos jours, Paris, Fayard, 2000.
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