Izieu, des enfants dans la Shoah

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En 1943, grâce à Sabine et Miron Zlatin, en lien avec l’œuvre de Secours aux Enfants, des enfants juifs, venus de toute l’Europe, trouvent refuge dans une colonie à Izieu, un petit village sur les contreforts du Jura. Une année plus tard, le 6 avril 1944, la Gestapo de Lyon, sous le commandement de Klaus Barbie, arrête quarante-quatre de ces enfants et leurs sept éducateurs. Ils sont déportés à Auschwitz-Birkenau et aucun enfant ne reviendra. Le plus jeune, Albert Bulka n’avait pas encore cinq ans, le plus âgé, Arnold Hirsch venait de fêter ses dix-sept ans. Dans cet ouvrage poignant, Pierre-Jérôme Biscarat retrace ce sombre événement à partir de documents, de témoignages familiaux, et de lettres. Une nouvelle édition enrichie de ce livre, préfacé par Serge Klarsfeld, paraît à l’occasion de la sortie en avril 2014 du documentaire sur France 2 tourné en partie au mémorial d’Izieu. pour les 20 ans de sa création

Publié le : mercredi 19 mars 2014
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EAN13 : 9782213683911
Nombre de pages : 336
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Couverture Josseline Rivière © Photographie Maison d’Izieu, coll. Succession de Sabine Zlatin. Ce livre est une édition revue, corrigée et augmentée de l’ouvrage paru en 2008 aux éditions Michel Lafon, sous le titreDans la tourmente de la Shoah. Les enfants d’Izieu. © Librairie Arthème Fayard, 2014 ISBN : 978-2-213-68391-1
Du même auteur
D’Izieu à Auschwitz. L’histoire de deux enfants dans la Shoah, Paris, Librio, 2014. Guide historique d’Auschwitz et des traces juives de CracovieJean-François (avec Forges), préface de Piot Cywinski, directeur du Musée d’Auschwitz, photographies de Léa Éouzan, Paris, éditions Autrement/ministère de la Défense (DMPA), 2011. Dans la tourmente de la Shoah. Les enfants d’Izieu, Neuilly-sur-Seine, Michel Lafon, 2008. I bamibini ebrei della Colonia d’Izieu(avec Stéphanie Boissard, Alessandra Fontanesi et Kathel Houzé), Cento, Edito dal Commune di Nonantola, 2004. Les Enfants d’Izieu, 6 avril 1944. Un crime contre l’humanité, Veurey, Le Dauphiné libéré, coll. « Les Patrimoines », mars 2003, rééd. juin 2003, 2005, 2007, 2012. Traduction espagnole :Los niños judíos de Izieu, 6 de abril de 1944,Un crimen contra la humanidad, Col. Memoria Rota. Exilios y Heretodoxias/Estudios (en colaboración con Casa Sefarad-Israel), Anthropos, 2010. Trad. anglaise :The Children of Izieu, 6 avril 1944, a crime against humanity, Veurey, Le Dauphiné libéré, coll. « Les Patrimoines », 2014.
Documentaire
Izieu, des enfants dans la Shoah, documentaire de Romain Icard (auteurs : Romain Icard, Sophie Charnavel et Pierre-Jérôme Biscarat), 52 mn, Nilaya Productions (diffusé par France 2), 2014.
Préface
Certains épisodes historiques, surtout des tragédies, qui, sur le moment, ne sont connues que de quelques-uns, grandissent avec le temps et s’élèvent au niveau des événements les plus significatifs. Quarante-quatre enfants raflés par la Gestapo le 6 avril 1944 dans un village de l’Ain et assassinés à Auschwitz-Birkenau, qu’est-ce en comparaison des 4 115 enfants arrêtés les 16-17 juillet 1942 par la police parisienne et livrés à la Gestapo par le gouvernement de Vichy ? Statistiquement, Izieu ne fait pas le poids à côté du Vél’ d’Hiv. Mais si le Vél’ d’Hiv est le symbole de la trahison de la France vis-à-vis des Juifs étrangers réfugiés sur son sol et de leurs enfants français, la rafle d’Izieu est le symbole de l’acharnement fanatique de la Gestapo pour s’emparer d’enfants juifs cachés au bout du monde dans un hameau perdu et pour les mettre à mort dans un abattoir au centre de l’Europe. Des enfants français venus d’Algérie, de Paris, des enfants de Belgique, d’Allemagne, d’Autriche et de Pologne, issus de familles persécutées, au parcours tourmenté et pour la plupart orphelins de père et/ou de mère, internés, par Vichy, dans des camps pour Juifs et transférés, par Vichy, en zone occupée ; les seuls Juifs au monde à arriver dans les chambres à gaz de Birkenau en provenance d’un territoire où il n’y avait pas d’Allemands. Ce n’est donc pas un hasard de l’Histoire si Izieu a été la raison pour laquelle Beate et moi avons recherché Barbie, l’avons repéré, démasqué, et avons participé à son retour forcé. Il s’était réfugié, lui aussi, au bout du monde dans la Cordillère des Andes et comptait sur la fuite du temps ; mais notre volonté de justice a fini par être la plus forte. Ce n’est pas non plus un hasard si la rafle d’Izieu, négligée et rejetée comme charge en 1950 et en 1954, a été au centre du procès de 1987 ; si les livres, films, téléfilms et documentaires se sont multipliés ainsi que les émissions de radio ; si des œuvres théâtrales ou dramatiques et des expositions ont vu le jour à partir de ce drame et, enfin, si la Maison des Enfants d’Izieu est devenue un musée-mémorial national, financé et inauguré en 1994 par le président de la République François Mitterrand, et si cette Maison accueille chaque année des milliers de scolaires et participe activement à leur éducation citoyenne.
Pierre-Jérôme Biscarat a derrière lui quinze années de coopération particulièrement féconde avec la Maison d’Izieu. Son ouvrage est une somme. Il explore le couple Sabine et Miron Zlatin, la militante juive polonaise et l’ingénieur juif russe dont le dévouement pour sauver des enfants pourchassés est digne des rues qui, désormais, commencent à porter leurs noms à travers la France. Puis il se penche sur le parcours de plusieurs familles dont les enfants ont abouti à Izieu : les Halaunbrenner, les parents et cinq enfants, dont trois membres sont restés vivants sur les sept : Alex, le fils, porte-drapeau de notre association, notre premier militant dès 1971 ; sa mère, Ita-Rosa, qui partit avec Beate jusqu’en Bolivie en 1972 pour y protester contre l’impunité du bourreau de son mari, de son fils aîné Léon et de ses deux fillettes, Mina et Claudine. Georgy Halpern et ses parents sont aussi au centre des recherches de Pierre-Jérôme Biscarat ; Georgy a beaucoup écrit ; j’ai publié ses lettres ; il est presque mon jumeau et souvent j’ai eu la sensation de vivre avec lui et pour lui ; nous nous sommes croisés en 1941 au château de Masgelier, dans la Creuse, où l’OSE, valeureuse organisation qui a sauvé tant d’enfants, avait ouvert une maison. Pierre-Jérôme Biscarat décrit tout le contexte historique qui conditionne le destin de ces familles brisées dont beaucoup de parents prennent le chemin du camp d’extermination pendant l’été 1942, alors que leurs enfants les suivront au printemps 1944. Il raconte les séparations et les départs à partir des camps des Milles, de Rivesaltes et de Gurs. Contribution majeure, le récit détaillé de la création de la Maison d’Izieu dans la zone d’occupation italienne où les diplomates et les militaires italiens s’opposent aux arrestations de Juifs que Mussolini pour sa part souhaiterait livrer aux Allemands. Le cadre du village d’Izieu est évoqué précisément ainsi que les relations avec l’administration française, où le sous-préfet Pierre-Marcel Wiltzer jour un rôle particulièrement bénéfique jusqu’à son affectation à un nouveau poste. Autre
chapitre que Pierre-Jérôme Biscarat était probablement le seul à pouvoir écrire, du fait de sa connaissance de toute la documentation rassemblée à Izieu : les conditions de vie des enfants, leurs rapports entre eux, l’instruction qui leur était donnée ; la vision qu’ils avaient de leur cadre de vie, leur quotidien, les lettres déchirantes qu’ils écrivaient à des parents encore vivants et qui nous bouleversent parce qu’elles sont pleines de vie et que nous savons qu’ils vont bientôt périr, comme l’annoncent les prémisses d’un désastre qu’analyse Pierre-Jérôme Biscarat. Un désastre que Sabine Zlatin tente d’éviter jusqu’à la dernière minute, mais en vain. La rafle a lieu en son absence ; Pierre-Jérôme Biscarat relate toutes les circonstances, rappelle les responsabilités des uns et des autres, évoque toutes les hypothèses quant à une dénonciation et décrit le parcours ultime des raflés et déportés, dont seule reviendra notre amie Lea Feldblum qui, avec Ita-Rosa Halaunbrenner et Fortunée Benguigui, survivra jusqu’au procès pour y témoigner avec force. Toutes trois mourront peu après, ayant accompli leur devoir et rempli leur mission. Sabine Zlatin, dont la déposition fut également un des moments les plus puissants du procès Barbie, s’impliquera tout entière dans la création de la Maison d’Izieu et réussira à la sauver et à la faire vivre ; elle qui a sauvé tant d’enfants et n’a pas pu sauver les quarante-quatre du 6 avril 1944.
L’ouvrage de Pierre-Jérôme Biscarat est excellemment illustré. C’est un livre pour les adultes comme pour les scolaires. J’ai vécu intimement avec les enfants d’Izieu de 1971 à 1987 ; ce livre est à la hauteur de l’événement qui lui a donné naissance et qui est entré définitivement dans la grande Histoire.
Serge Klarsfeld
À mes parents
À la mémoire d’Anne Patoir, qui a tant donné pour la mémoire des enfants d’Izieu, partie trop tôt le 6 août 2012
Nul n’est une île, suffisante à soi-même
Tout homme est un morceau de Continent
Une part du Tout
La mort de tout homme me diminue
Parce que je fais partie du genre humain.
Aussi ne fais jamais demander pour qui sonne le glas Il sonne pour toi. John Donne, Devotions, XVII, 1624.
Introduction
Julien Favet n’a jamais pu oublier ce jour d’avril 1944. Ouvrier agricole, il a 24 ans quand il assiste, impuissant, à l’arrestation de quarante-quatre enfants. Quarante-trois ans après ce drame, il se souvient. Il doit se souvenir. Nous sommes le 27 mai 1987, au palais de justice de Lyon. Troisième semaine, treizième audience du procès de Klaus Barbie, ancien chef de la Gestapo de Lyon inculpé de crime contre l’humanité. Vêtu d’un pull en grosses mailles blanches et coiffé d’un béret, Julien Favet s’avance timidement à la barre. Sa silhouette est courbée. Après avoir décliné sa profession de « domestique agricole » à la retraite, il se découvre, laissant apparaître un front enfoncé, un œil droit blanc, sans vie. Il n’a plus de cheveux et son visage est complètement imberbe. Il est 16 h 07, le président de la cour d’assises, André Cerdini , prend la parole : «Alors, monsieur Julien Favet, vous jurez de parler sans haine et sans crainte, de dire toute la vérité, rien que la vérité. Vous levez la main droite et dites : “Je le jure.” – Je le jure, répond Favet . – Dites-nous les faits dont vous avez été témoin », poursuit le président Cerdini.
Aimé Perticoz et Julien Favet à Izieu, 1944, quelques semaines avant la rafle.
D’une voix calme, avec l’accent du pays, il se souvient de cette matinée du 6 avril 1944. Une belle journée s’annonçait. En short, torse nu, il travaillait dans les vignes situées à cinq cents mètres du hameau. D’habitude, vers 8 h 30, on lui apportait son casse-croûte. Ne voyant rien venir, il décida d’aller voir ce qui se passait. En arrivant vers la colonie, il découvrit deux toits de camions dans la cour. Sur le moment, il crut qu’une entreprise venait chercher du bois. Sans inquiétude, il continua à avancer, quand un soldat allemand se plaça devant lui, mitraillette à la main. Il aperçut alors, au milieu de la cour, un groupe d’hommes en uniforme. Les enfants se trouvaient dans les camions avec le personnel d’encadrement de la colonie. Son récit devient plus hésitant : «Quand on voit des hommes qui avaient peut-être des enfants aussi […]. Quand je vois des hommes qui martyrisent des enfants de
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