Joyeuse lumière

De
Publié le : mardi 10 juin 2014
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782896648566
Nombre de pages : 224
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Jean-Claude Filteau et Daniel Abel JOYEUSE LUMIÈRE Les vitraux de Notre-Dame de Québec
Les éditions du Septentrion remercient le Conseil des Arts du Canada et la Société de développement des entreprises culturelles du Québec (SODEC) pour le soutien accordé à leur programme d’édition, ainsi que le gouvernement du Québec pour son Programme de crédit d’impôt pour l’édition de livres. Nous reconnaissonségalement l’aide inancière du gouvernement du Canada par l’entremise du Fonds du livre du Canada (FLC) pour nos activités d’édition.
Cette publication a été réalisée à l’initiative de la Fabrique de la paroisse Notre-Dame de Québec en partenariat avec la Commission de la capitale nationale du Québec.
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Chargée de projet : Marie-Michèle Rheault
Révision : Julie Veillet et Fleur Neesham
Mise en pages et maquette de couverture : Hugues Skene (KX3 Communication inc.)
e La Corporation des Fêtes du 350 anniversaire de Notre-Dame de Québec et la Fabrique Notre-Dame de Québectiennent à remercier les coéditeurs, les éditions du Septentrion et la Commission de la capitale nationale du Québec, pour avoir mené à terme cette publication unique.
Les auteurs, messieurs Jean-Marie Lebel, Jean-Claude Filteau, Georges Gauthier Larouche, Paul Labrecque et madame Denyse Légaré, secondés par l’excellent travail du photographe, monsieur Daniel Abel, ont su s’investir avec passion pour donner accès à la population à cette histoire, notre histoire. Nous remercions particulièrement l’historien Jean-Marie Lebel qui a assumé la direction de ces publications avec les bons conseils du directeure artistique des Fêtes du 350 de Notre-Dame de Québec, monsieur Cyrille-Gauvin Francœur.
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© Les éditions du Septentrion 1300, av. Maguire Québec (Québec) G1T 1Z3
Dépôt légal: Bibliothèque et Archives nationales du Québec, 2014 ISBN papier: 978-2-89448-782-2 ISBN PDF: 978-2-89664-856-6
Diffusion au Canada: Diffusion Dimedia 539, boul. Lebeau Saint-Laurent (Québec) H4N 1S2
Ventes en Europe: Distribution du Nouveau Monde 30, rue Gay-Lussac 75005 Paris
Jean-Claude Filteau
JOYEUSE LUMIÈRE Les vitraux de Notre-Dame de Québec
Photographies de Daniel Abel
À Mélody, ma petite fille bien-aimée.
JOYEUSE LUMIÈRE Les vitraux de Notre-Dame de Québec
Architecture, lumière et sacré ont toujours fait bon ménage.
Architecture, lumière et sacré ont toujours fait bon ménage. Il n’est pas étonnant que tant d’édifices religieux fassent partie du patrimoine architectural de l’humanité. L’architecture, comme le disait le Corbusier, « est le jeu savant, correct et magniique des volumes assemblés sous la lumière ». Avec la pierre, le bois ou le béton, la lumière est l’un des « matériaux » que l’architecte combine pour créer des espaces qui étonnent, des parcours qui invitent et des volumes qui accueillent. Immatérielle, la lumière met en relief les textures, se joue des volumes, trace des chemins ou invite à la fête dans la pleine clarté ou au repos dans la pénombre. Selon les heures du jour et les saisons de l’année, elle exerce son attrait, une fascination qui n’est jamais bien éloignée du parcours intérieur vers la beauté et la paix, vers le sacré.
Que ce soit en hébreu, en grec ou en latin, le « sacré » – et son équivalent, le « saint » – connote toujours l’idée d’une personne, d’un objet, d’un temps, d’un lieu qui sont mis à part pour un rôle ou une utilisation qui est « autre », qui est différent de ce qu’on lui connaît dans le quotidien de la vie. Très souvent, cela se voit au premier regard. Notre-Dame de Québec est enserrée dans l’espace urbain très dense de la vieille ville. Qu’on la découvre du leuve, à partir du traversier, ou à partir du bas de la côte de la Fabrique, elle occupe un espace particulier avec ses tours, ses pignons et sa façade. Elle a même sa voix propre, grave, qui envahit rue et ruelles à l’heure de l’Angelus. Toujours accueillante pour qui s’y présente, elle se donne parfois des grands airs pour les jours de joie et de peine qu’on vient y célébrer : elle est un peu le salon de grand-mère dans lequel tous les corps de l’Église etde la cité viennent, revêtus de leurs plus beaux atours, partager une même solidarité dans le deuil ou l’action de grâces. C’est remplie de idèles qu’elle est vraiment église ou, comme on le disait si bellement aux premiers temps du christianisme, qu’elle estDomus Ecclesiae,« maison d’Église ».
Une église, ce n’est pas un temple. Celui de Jérusalem, comme tous les autres de l’antiquité, est vu d’abord comme la résidence de Dieu parmi son peuple. Comme dans le palais royal voisin, on n’y entre pas sans observer tout un rituel à mesure que l’on pénètre dans l’intimité de la divinité. Du parvis des Gentils où même les païens ont accès, on traverse comme autant de sas le parvis des Israélites, celui des femmes, celui des hommes et celui des prêtres qui contient le grand autel des sacriices et l’accès à l’antichambre, pour parvenir enin au lieu dit « Très Saint » où seul le grand-prêtre peut pénétrer. Dans les pays très ensoleillés du Proche-Orient, la progression dans ces lieux « autres » est la plupart du temps un passage d’une cour inondée de soleil vers une cella, un naos, où le dieu se tient dans une pénombre bienfaisante, lieu de son repos. Véritabledu monde, un microcosme, le représentation temple est souvent axé sur le mouvement des planètes, du soleil ou des étoiles et donc très sensible
aux jeux de la lumière, selon les heures du jour ou les saisons qui déinissent les moments du culte et le rythme des fêtes. À Jérusalem, le portail de la partie la plus sacrée du temple s’ouvre sur le Levant, vers l’est, alors que la grande fête de la Pâque revient, elle, avec l’équinoxe du printemps.
Pour les chrétiens, la présence de Dieu n’est pas liée à un lieu où Dieu se tient mystérieusement, mais à une communauté réunie à laquelle Il se joint, tout aussi mystérieusement. Le Christ n’avait-il pas dit : « Que deux ou trois soient réunis en mon Nom, je suis là au milieu d’eux » (Mt 18, 20). Point n’est besoin de revenir en un lieu saint. Ce qui est sacré, c’est d’abord l’assemblée de ceux et celles que Dieu a appelés, convoqués, d’où le mot grecékklèsiaqui a donné le motÉglise: comme à Emmaüs, la table familiale pouvait être ce lieu où,réunis dans la charité, on écoute la Parole et fait la fraction du pain en reconnaissant la présence du Christ. Rapidement, on a dû faire tomber des murs et puis, se donner des maisons d’Église où, comme à Doura-Europos en Syrie, on retrouve déjà un baptistère et même des peintures murales comportant une catéchèse baptismale.
La communauté s’accroissant sans cesse, chaque ville se devait de posséder une maison d’Église où toute la communauté puisse se réunir autour de son évêque qui y avait son siège, sa cathèdre, d’où le nom de cathédrale. Mais comment la bâtir? Les temples ne pouvaient servir d’exemples. On y alla au plus simple et au plus pratique en prenant modèle sur ces grands édiices publics qui servaient de lieux de réunion, de tribunaux, de halles marchandes et même de salles d’audience auprès des palais dubasileus,de l’empereur, d’où leur nom de basiliques. D’une construction simple avec leur toiture en charpentes de bois et leurs grandes fenêtres, ces basiliques deviennent pour des siècles à venir la forme qu’on retiendra en Occident pour la construction des églises. À Rome, on appelle toujours« basiliques majeures » les quatre grandes églises patriarcales et on décerne le titre de « basiliques mineures » à des églises reconnues pour leur beauté et surtout pour le rôle qu’elles ont joué dans l’histoire de l’instauration de la foi dans une partie du monde : ce titre de basilique mineure fut d’ailleurs accordé à Notre-Dame de Québec en 1874 par le pape Pie IX, en hommage à cette église qui depuis 1674 était la cathédrale d’un diocèse qui avait recouvert presque toute l’Amérique du nord.
Assez tôt, on prend l’habitude d’orienter les églises. Alors que les juifs prient tournés vers Jérusalem et les musulmans vers La Mecque, les chrétiens, eux, se placent face au soleil levant qui, jaillissant au-dessus de l’horizon, symbolise la résurrection du Christ :Ex Oriente Lux, c’est de l’Orient que jaillit la Lumière. Si Notre-Dame est ainsi orientée et si les chanoines célèbrent chaque matin la messe
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tournés vers cet Orient et sous un beau baldaquin dominé par un Christ ressuscité tout en gloire, c’est aussi pour une raison pratique.À Québec, on met les façades à l’abri des célèbres nordets qui les fouettent et rendaient impossible en hiver le chauffage des pièces ainsi exposées : le nordet vient plutôt se briser sur l’abside de Notre-Dame, la partie arrondie où se trouve l’autel.
Alors que l’extérieur des basiliques demeure assez dépouillé, les murs intérieurs présentent de larges surfaces sur lesquelles on représente de grandes bibles et de grands catéchismes en images : si la Parole de Dieu est d’abord proclamée, on peut aussi la lire et la déchiffrer dans de beaux cycles d’images offerts en particulier aux pauvres et aux illettrés. Leurs techniques et leurs styles ont suivi tous les grands mouvements de l’histoire de l’art. Certains ont préféré le chatoiement de la lumière sur les mosaïques aux ors éclatants et aux couleurs vives, d’autres, les jeux d’éclairages illuminant les tableaux ou les fresques peintes souvent sur de grands ciels culminant dans des coupoles diffusant des rayons de lumière à travers la fumée des encensoirs. Des moines ont préféré le dépouillement, laissant toute la place au soleil qui « est beau et rayonnant et dont la splendeur révèle la puissance ininie de Dieu », comme le dit François d’Assise : de Matines à Complies, l’église prend vie du simple jeu des ombres et des pénombres qui ondulent sur les colonnades et les arcades, sur les textures et les simples moulures des parois.
Le plus bel hommage à la lumière vient peut-être de cette époque où la diffusion de la croisée d’ogives a permis de dresser des voûtes de pierre à des hauteurs inimaginables jusqu’alors.En reportant les poussées sur les colonnes et des points très précis des murs, on a pu transformer ces derniers en immenses roses et verrières offertes à la beauté du jour. La maîtrise de la fabrication du verre et de la fusion des métaux a rendu possible la création d’immenses vitraux faits d’éclats de verre sertis dans des plombs et consolidés par une armature métallique. Rapidement, on y a vu un lieu de la pédagogie de la foi en y racontant une histoire du salut qui, partant des toutes origines de l’humanité, semblait rejoindre la réalité de la vie des gens avec la représentation des costumes et des petits métiers que tous connaissaient. Mais ce fut aussi le lieu d’une expérience mystique.
Les théologiens, frappés par ce phénomène de la lumière transmise à travers la transparence colorée du verre, en font le symbole de la foi qui est vécue comme uneillumination venue de Dieu : les symboles chrétiens sont comme projetés sur le croyant par une lumière qui vient d’ailleurs en prenant toutes les couleurs de la création. Ces grands pans de lumière sont à l’image de la Jérusalem céleste dont « le rempart est construit en jaspe, et la ville de l’or le plus in comme du verre bien pur. Les assises de son rempart sont rehaussées de pierreries de toutes sortes : de jaspe, de saphir,
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de calcédoine, d’émeraude, de sardoine, de cornaline, de chrysolithe, de béryl, de topaze, de chrysoprase, d’hyacinthe et d’améthyste » (Ap 21, 18-21). Parvenir au bout d’un pèlerinage dans certaines de ces églises reliquaires, comme la Sainte-Chapelle ou la cathédrale de Chartres, n’est-ce pas parvenir auprès du trône de l’Agneau dont la lumière rayonnante, triomphant d’une demi-obscurité, tient désormais lieu de celle du soleil qui brille à l’extérieur?Maison de Dieu etMaison d’Églisese compénétrer. Aussi il ne faudra pas se surprendre que certains y aient vu semblaient l’expression par excellence de l’art sacré.
Mais si les églises appartiennent à l’époqueoù on les a érigées, elles sont aussi comme des organismes vivants qui croissent et se transforment au rythme de la vie des communautés qui s’y abritent : chaque génération essaie d’y laisser une trace de la foi qu’elle y a vécue et célébrée. Plus une église est ancienne, plus on risque d’y trouver des éléments qui semblent en rupture avec le projet des origines, mais qui ajoutent à la chaleur du lieu, révélantainsi une Église dont le cœur n’a cessé de battre.
Avec ses trois siècles et demi, Notre-Dame de Québec est l’une de celles-là. Il m’arrive souvent de dire que, au Canada, c’est l’édifice qui, remplissant toujours sa fonction d’origine, a subi le plus grand nombre d’agrandissements et de transformations. Elle est passée d’une simple chapelle de mission aux dimensions d’une de nos églises de campagne à une cathédrale avec ses grands airs baroques, et ce, à travers deux incendies qui n’ont laissé que des murs calcinés. Chaque fois, on l’a reconstruite « comme elle était » pour qu’elle demeure un lieu de mémoire, mais en lui ajoutant un petit quelque chose qui relétait la foi et l’espérance du temps présent. Les derniers ajouts en date sont la chapelle funéraire du bienheureux François de Laval qui réintégrait ainsi son église cathédrale et la Porte e Sainte percée dans la chapelle du Sacré-Cœur pour la célébration du 350anniversaire de la paroisse. Ces œuvres modernes qui s’insinuent plus qu’elles ne s’imposent rappellent l’audace d’un homme dont le plus grand charisme en fut un de père et de bâtisseur.
 La génération précédente a, elle, assumé la lourde tâche de relever l’église de ses ruines à la suite du grand incendie de 1922. Elle l’a même reconstituée avec tout son décor qu’elle a enrichi de vitraux pour constituer un ensemble iconographique digne d’une cathédrale. Rien n’a été laissé au hasard pour permettre aux idèles qui la fréquenteraient de se laisser raconter une Parole qui s’est faite aussi image pour le plaisir des yeux et la joie du cœur. Les vitraux d’une église ne sont pas de simples éléments décoratifs. Ils sont le relet de la foi des croyants. Ils représentent et rappellent
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