L'esclavage en Guyane

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Les pays qui ont vécu le système esclavagiste l'ont diversement traité dans leur mémoire collective en fonction de la conjoncture politique et sociale post-esclavagiste. Celle-ci a conduit les esclaves libérés de Guyane, devenus citoyens de la République française, à chercher dans l'oubli et dans la manipulation du passé esclavagiste une certaine assurance identitaire. On parlait peu de l'esclavage jusqu'aux années 1950 et lorsqu'on le faisait c'était pour en donner une image bien éloignée de la réalité historique. Aujourd'hui on fait parfois du passé esclavagiste un instrument de la lutte anticolonialiste. La puissance de la symbolique esclavagiste est telle que la société guyanaise a navigué de l'occultation à la revendication, sans vraiment assumer ce legs essentiel de son passé.


Ce petit ouvrage, que tous les habitants de la Guyane devraient consulter, contient quelques-unes des clés de comportements politiques et sociaux que les Guyanais eux-mêmes, faute de moyens de pratiquer leur propre histoire, ne peuvent toujours expliquer.

Publié le : samedi 1 janvier 2011
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EAN13 : 9782844505262
Nombre de pages : 104
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LA REPRéSENTATION DU NEGRE SOUS LE RéGIME ESCLAVAGISTE13
Chapitre 1
La représentation du nègre sous le régime esclavagiste et le projet de société postesclavagiste
Dès le dÉbut de la colonisation, après l’insuc-cès du sYstème de l’engagement de travailleurs europÉens, l’esclavage des Africains et de leurs des-cendants fiXa le mode de production et il dÉtermina e e les rapports sociauX. AuXxVIIetxVIIIsiècles, le sYstème esclavagiste prend ses marques et affermit son poids dans la vie Économique et sociale. Au e cours de la première moitiÉ duxIxsiècle, parvenu au maXimum de ses capacitÉs de production, le sYs-tème traverse une crise, sous les effets du progrès technique remettant en question sa pertinence et sous les coups des abolitionnistes. Ce dÉclin domi-ne certes la vie de la colonie, il perturbe la vie des habitations, mais ne s’oppose nullement au main-tien des caractères fondamentauX du rÉgime servile. Les mœurs et le discours de la sociÉtÉ guYanai-se au temps de l’esclavage s’inscrivent dans la com-
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munautÉ des destins coloniauX et amÉricains. L’univers social des esclaves incluent donc la disci-pline des ateliers, leur vie matÉrielle, religieuse et familiale, les violences gÉnÉrÉes par le sYstème social (la violence lÉgale et illÉgale, celle des maîtres et celle des esclaves contre leur propre per-sonne, leurs proches ou leurs maîtres), la diversitÉ des formes d’adaptation et de rÉsistance auX contraintes imposÉes auX corps (invention de rYthmes musicauX, de danses et d’artifices pour parer le corps, petit maronnage et amours clandes-tins) et auX esprits (crÉation d’un imaginaire servile où magie et sorcellerie semblent avoir une place de choiX, pratiques religieuses propres auX nègres, grand marronnage). Le rÉgime servile ne s’est donc pas limitÉ à la fonction de production de biens et de services, il a Également fonctionnÉ comme produc-teur de reprÉsentations qui ont fourni auX Blancs, auX affranchis et auX esclaves un sYstème d’inter-prÉtation de la rÉalitÉ coloniale commandant leurs pratiques sociales.
Ainsi en est-il de la reprÉsentation du nègre dans la sociÉtÉ coloniale esclavagiste. Des Études rÉcentes (Bonniol, 1992, Nicole, 1996 et Sainton, 1997) ont fourni d’intÉressantes approches anthro-pologiques et historiques de cette question. Le Code noir fait du nègre un « meuble » et, à ce titre, la sociÉtÉ coloniale ne lui reconnaît qu’une valeur marchande fiXÉe en fonction des eXigences (âge, seXe, capacitÉ phYsique, savoir-faire) du marchÉ
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que sont les habitations. La vie du nègre n’est cependant pas rÉduite auX vicissitudes de l’objet qu’il reprÉsente, mais sa nature humaine est perÇue comme « grossière » et peu accessible à la « civili-sation » ; nÉanmoins la distinction que les habitants propriÉtaires, les administrateurs et les mission-naires font entre les esclaves crÉoles et les nou-veauX venus d’Afrique indiquent leur sensibilitÉ au « progrès » des Noirs. Le nègre leur apparaît en gÉnÉral sous les traits d’un grand enfant, enclin à la paresse et à la recherche du plaisir seXuel, incapable de satisfaire par lui-même ses besoins vitauX.
Les fondements de cette reprÉsentation du nègre doivent être recherchÉs dans l’ethnocentrisme des coloniauX et dans la pratique même du sYstème esclavagiste qui forgeait l’image du nègre pares-seuX. Le Noir et le Mulâtre, esclave ou libre, ont-ils intÉriorisÉ la reprÉsentation du non-blanc en vigueur sous le rÉgime servile ? Bien des ÉlÉments en attestent. En premier lieu la gestion de la promo-tion sociale mulâtre où l’on vit des Mulâtres repro-duire au sein de leur classe les valeurs racistes du rÉgime esclavagiste. Ainsi les vieilles familles de couleur s’insurgèrent avec autant de vÉhÉmence que les Blancs lorsqu’il fut question, sous la Monarchie de juillet (1830-1848), d’assembler dans les mêmes Écoles les enfants d’esclaves et ceuX des libres. Dans leurs revendications Égalitaires, les Mulâtres se rÉclamaient d’une ascendance blanche en occultant totalement leur origine noire. En
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