L'expérience missionnaire et le fait colonial en Martinique (1760-1790)

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L’édit de mars 1685 qui définit le cadre réglementaire de ce qui deviendra ultérieurement le Code noir, se fixe pour objectif de « maintenir la discipline de l’Eglise catholique, apostolique et romaine ». Les six premiers articles portent sur le respect des rites, des œuvres et des sacrements de la dite Eglise aux colonies ; baptême et ­instruction religieuse, repos du dimanche.

La présence missionnaire aux colonies, à cette époque, est conséquente. Les pères Dutertre et Labat comptent parmi les premiers chroniqueurs de la nouvelle société coloniale des îles.

Cet ouvrage, qui présente la crise religieuse dans les trois décennies pré-révolutionnaires, est ainsi un jalon important dans la connaissance des sociétés coloniales, martiniquaise en l’occurrence. Il incite en creux à un prolongement pour la période révolutionnaire, et surtout impériale, encore bien mal connue, pour faire le lien avec les perspectives tracées pour le xixe siècle par Philippe Delisle (Catholicisme, esclavage et acculturation au XIXe siècle, Ibis Rouge).
Mêlant histoire institutionnelle, ­histoire sociale et histoire culturelle, Cécilia Elimort très jeune chercheuse s’inscrit avec brio dans le renouvellement à l’œuvre de la recherche en histoire de la colonisation moderne.
Publié le : lundi 1 septembre 2014
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EAN13 : 9782844509482
Nombre de pages : 260
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Préface
L’édit de mars 1685 qui définit le cadre réglementaire de ce qui devien-dra ultérieurement leCode noir,se fixe pour objectif de « maintenir la dis-cipline de l’Eglise catholique, apostolique et romaine ». Les six premiers articles portent sur le respect des rites, des œuvres et des sacrements de la dite Eglise aux colonies ; baptême et instruction religieuse, repos du dimanche.
La présence missionnaire aux colonies, à cette époque, est conséquente. Les pères Dutertre et Labat comptent parmi les premiers chroniqueurs de la nouvelle société coloniale des îles. La cérémonie du baptême est pour les déportés africains la matrice d’une identité nouvelle, où la symbolique chré-tienne réinvestit des éléments disparates des cultures d’origine. Le récent travail de Vincent Cousseau sur l’anthroponymie de la Martinique (Prendre nom aux Antilles)rend compte de ces jeux identitaires. Le quadrillage paroissial se met en place, chaque paroisse étant desservie par un curé dési-gné par un ordre religieux (dominicains, jésuites, capucins). Là où le peu-plement se fait plus dense, il y a plusieurs desservants, et l’un d’eux est spécialisé dans l’évangélisation des esclaves ; c’est le « curé des noirs ».
Certes, par rapport à cet élan initial, l’empreinte religieuse se relâche au fur et à mesure que la vocation fondamentalement commerciale et utilitaire e de l’établissement esclavagiste s’affirme, au début duXVIIIsiècle. Le mono-pole religieux et les cadres territoriaux bien installés, les considérations matérielles l’emportent sur les préoccupations pastorales ; gestion des habi-tations conventuelles sur lesquelles sont employés un grand nombre d’es-claves, exemption de taxes, spéculations financières sur les terrains appartenant aux ordres.
Est-ce pour cette raison que l’historiographie n’a pas toujours accordé au fait religieux aux colonies à l’époque moderne l’attention que lui por-taient les contemporains? En utilisant par ailleurs les termes « fait reli-gieux » ou « sentiment religieux », plutôt que « Eglise catholique » ou « clergé missionnaire », nous prenons en compte les évolutions constatées dans le champ de l’histoire religieuse, de l’histoire institutionnelle, puis sociale, vers l’anthropologie.
Pour la Martinique, les travaux pionniers sont ceux de l’abbé Joseph Rennard, après la Seconde Guerre mondiale (Histoire religieuse des Antilles françaises, des origines à 1914), mais ils font encore la part belle à l’histoire institutionnelle. Puis une série d’études, parmi lesquelles on retiendra plus particulièrement Gabriel Debien, Antoine Gisler (L’esclavage aux Antilles
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françaises), et Alphonse Quenum (Les Eglises chrétiennes et la traite atlan-tique), vont rendre compte de la christianisation des esclaves, tandis que Laënnec Hurbon appréhende le phénomène religieux sur l’ensemble de l’es-pace caraïbe, et dans la longue durée. Les histoires de la Martinique aux e e XVIIetXVIIIsiècles (Léo Elizabeth, Liliane Chauleau, Armand Nicolas) pré-sentent l’institution religieuse comme un prisme de la société qui l’englobe. C’est également sous cet angle que Bernard David étudie la paroisse de Case-Pilote. Il commence cette monographie en 1760, à la même date que le travail de Cecilia Elimort, qui s’efforce pour sa part de tenir compte de l’ensemble de l’île, mais sur une durée plus restreinte, puisqu’elle s’arrête au seuil du bouleversement révolutionnaire.
Le présent ouvrage n’est donc pas une compilation d’études anté-rieures, mais une contribution originale, appuyée sur un corpus conséquent. Il est le fruit de deux années de recherches à l’Université Paris1 Panthéon-Sorbonne, dans le cadre du master « Histoire et anthropologie des mondes médiévaux et modernes ».
La Guerre de Sept Ans marque un tournant, point d’aboutissement de la phase de mise en place des cadres institutionnels, et reconfiguration de ceux-ci par la remise en cause de la place des Jésuites. Les documents en provenance des archives jésuites de la communauté de Vanves permettent de dresser un bilan de l’expérience missionnaire dans la période antérieure, et de suivre les méandres de l’affaire qui conduit à la disparition de l’ordre en 1763. Ces documents ont ainsi pu être croisés avec ceux des Archives natio-nales, la correspondance administrative de la série C8, et le fonds Moreau de Saint-Méry. Pour les ressources locales, l’exploitation des actes notariés et des listes des recensements, très lacunaires, qui se trouvent auxANOM d’Aix-en-Provence, a été bien approfondie par le dépouillement des registres paroissiaux aux Archives départementales de la Martinique. Enfin, ces registres, bien tenus pour les blancs et les libres de couleur, ont été com-plétés par des sondages dans les comptes d’habitations pour les esclaves, les actes du Conseil Souverain portant sur les écoles et la police.
La première partie traite de la recomposition des allégeances, dans la période d’émergence des Empires. La société coloniale (qui se résume à la mince frange des habitants et des notables de Saint-Pierre, de Fort-Royal, et des principaux bourgs) est traversée par de nombreux conflits, entre les ordres missionnaires et les administrateurs, entre les ordres missionnaires entre eux (principalement entre les jésuites et les dominicains). La volonté des autorités coloniales d’affirmer davantage leur pouvoir régalien, donc de subordonner l’administration des âmes aux considérations d’ordre public, se heurte à la dépendance des ordres à l’égard du Saint-Siège, et tout parti-culièrement des Jésuites. Préfets apostoliques et supérieurs de missions ne peuvent exercer leur arbitrage sans en référer à Rome, à la Congrégation pour la Propagande de la Foi, organe de coordination des entreprises mis-sionnaires depuis 1622. Le tableau est bouleversé par l’occupation britan-nique de 1762. Tout comme la société coloniale, les ordres religieux sont
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profondément divisés quant à l’attitude à adopter face à une puissance qui administre différemment les affaires coloniales, mais, surtout, qui est héré-tique. Les religieux sont en outre coupés de leur lien tutélaire avec Rome. C’est dans ce contexte de trouble profond que se produit l’affaire Lavalette, du nom du supérieur de l’ordre jésuite à la Martinique, que ses spéculations financières ont conduit à mettre son église de Saint-Pierre à la disposition du culte anglican. Exploitée ultérieurement par les tenants du despotisme éclairé et de l’anticléricalisme d’Etat, cette affaire conduit à la suppression de l’ordre cinq ans plus tard. Les dominicains, qui avaient adopté une atti-tude beaucoup plus ferme à l’égard des Anglais, sont les principaux bénéfi-ciaires de l’effacement de leurs rivaux, lorsque l’administration française est de retour en 1763. C’est pourtant une victoire en trompe-l’œil, car la res-tauration de l’autorité française est plutôt profitable au Conseil Souverain, représentant des habitants bien plus que des administrateurs, qui s’immisce dans les affaires religieuses (très significative, lors du procès Lavalette, est l’accusation de complot jésuite pour soulever les esclaves) ; et elle va surtout mettre un terme à l’hégémonie des ordres. Pour remplir le service des cures laissées vacantes par le départ forcé des Jésuites, le pouvoir royal nomme des prêtres séculiers. Le nouveau préfet apostolique, et supérieur de ces mis-sionnaires séculiers est l’abbé Pierre-Joseph Perreau, une forte personnalité dont l’action dans la réorganisation des paroisses martiniquaises après la Guerre de Sept Ans est ici minutieusement et clairement retracée.
La deuxième partie va donc s’efforcer de présenter l’action de nouveau clergé confronté à un environnement social et culturel en pleine mutation après la Guerre de Sept Ans. Le clergé séculier est soumis à une tutelle admi-nistrative renforcée, alors que la formation qu’il a reçue en séminaire vise à lui donner un profil distinct de celui des réguliers. Il doit tout à la fois être un rouage essentiel de l’ordre public, remplir son ministère paroissial, évan-géliser la masse des esclaves, en augmentation constante avec l’accélération des rythmes de la traite négrière. Ces objectifs sont profondément minés par la sourde opposition des capucins et des dominicains.
Le clergé subit fortement l’influence de la mentalité dominante dans l’île, marquée par l’affairisme ; à la différence des réguliers qui étaient éta-blis à demeure aux colonies, le nouveau clergé ne fait qu’un séjour provi-soire, et il entend que ce séjour lui soit profitable. Mais il est souvent perçu par les paroissiens comme « intrus » ; les assemblées de paroisses dominées par les habitants blancs les voient comme les agents de la puissance admi-nistrative. L’étude des conseils de paroisses, les fabriques, du rôle du mar-guillier qui gère les biens, révèle les mille et une frictions quotidiennes entre les clercs et les laïcs. Elle souligne également la conception instrumentale des maîtres quant à l’évangélisation des esclaves ; une soumission absolue au pouvoir domanial, une acceptation de leur condition. Les lettres de sup-plication sont en forte hausse, multipliant les griefs à l’égard des nouveaux prêtres, idéalisant le rôle des réguliers, mieux intégrés à l’environnement colonial. Les paroissiens finissent par obtenir le renvoi de l’abbé Perreau.
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L’action du clergé se traduit par un effort de scolarisation, l’ouverture du Collège Saint-Victor et la Maison de la Providence étant choisis pour des études de cas plus poussées. Il s’agit de retenir sur place les jeunes créoles envoyés en métropole par leurs familles, tout particulièrement pour la Maison de la Providence. Cecilia Elimort accorde également une grande attention à la pastorale des esclaves ; un catéchisme, des messes, leur sont plus spécialement destinés. La question de l’acculturation est bien présente dans l’analyse, à travers les attitudes du clergé envers l’africanité, attitudes de combat le plus souvent, mais parfois d’accommodements. L’Église sefforcederecontextualiserlemessagechrétienpourladapteràlacondi-tion servile. Mais la finalité reste la même que celle des autorités adminis-tratives ; maintenir le statu quo esclavagiste. Pourtant, le regard porté sur la société des maîtres est pessimiste ; le clergé ne cesse d’en déplorer le matérialisme, le libertinage, l’anticlérica-lisme. A la veille de la Révolution, se dessine un nouvel élan missionnaire. C’est l’objet de la troisième partie. Les autorités administratives répondent aux vœux des paroissiens et redonnent une place importante aux réguliers, Capucins et Dominicains. Les paroisses sont réorganisées géographique-ment pour leur redonner de l’importance. Les visites paroissiales, réalisées par les préfets apostoliques, sont plus fréquentes ; l’insistance est mise sur l’état matériel des édifices du culte, la tenue des registres paroissiaux. L’Église adopte les codes d’une société marquée par le préjugé de couleur, adaptant la pastorale et la distribution des sacrements selon la stratification des groupes socio-ethniques. Pour illustrer cette vie religieuse diversifiée, l’auteur étudie spécialement les cérémonies de baptême, de mariage, et les sépultures. Mais l’un des moments forts de cette partie, ce sont les péni-tences publiques des esclaves. Par cette pratique qui cherche à atteindre, et donc à briser, la réserve de force spirituelle des esclaves, l’Église seconde comme jamais la domination coloniale. La réduction des fêtes religieuses, très prisées des noirs, est envisagée au nom des impératifs de l’ordre public. Cet assujettissement au pouvoir colonial provoque cependant une crise profonde de l’encadrement missionnaire, prélude à la suppression des ordres impulsée par l’Assemblée Constituante. Cet ouvrage, qui présente la crise religieuse dans les trois décennies pré-révolutionnaires, est ainsi un jalon important dans la connaissance des sociétés coloniales, martiniquaise en l’occurrence. Il incite en creux à un prolongement pour la période révolutionnaire, et surtout impériale, encore e bien mal connue, pour faire le lien avec les perspectives tracées pour leXIX e siècle par Philippe Delisle (Catholicisme, esclavage et acculturation auXIX siècle). Mêlant histoire institutionnelle, histoire sociale et histoire culturelle, cette très jeune chercheuse s’inscrit avec brio dans le renouvellement à l’œuvre de la recherche en histoire de la colonisation moderne.
Bernard GAINOT
Avant-propos
L’étude du rôle du christianisme dans la traite des Noirs est un champ qui ne cesse d’être développé. La complexité de ce sujet, les nombreuses interprétations résultant des représentations historiques, en sont les princi-pales difficultés. Analyser le fait religieux nécessite aussi de nombreuses connaissances dans le domaine. Le choix que j’ai fait d’étudier l’expérience missionnaire en Martinique n’est pas totalement innocent. En effet, de nos jours, l’étude de la colonisation et plus particulièrement la traite des Noirs rejoint certaines préoccupations actuelles. De nombreux « créoles » ont besoin de savoir d’où ils viennent, de comprendre leur histoire. Moi-même étant antillaise, j’ai ressenti ce besoin de m’identifier à autre chose que nos « ancêtres les Gaulois ». Savoir d’où l’on vient est aujourd’hui une question majeure. Par ailleurs, les nombreuses études traitant de l’esclavage ont sus-cité de nombreux débats tant auprès de la société civile qu’auprès des his-toriens. Ce sujet reste polémique ; et les recherches de nombreux historiens tant francophones qu’anglophones, ne cessent de se multiplier. L’analyse que j’essaierai de développer restera néanmoins attachée à la démarche his-torique et non mémorielle. En se penchant plus particulièrement sur l’étude que je tente de mener, nous verrons que celle-ci se place résolument en marge des préoccupations contemporaines. L’approche du fait religieux n’a pas toujours été aisée. Aujourd’hui encore, l’étude des missionnaires et des religieux dans les colo-nies reste un sujet compliqué et sensible. Cette grande autorité, qu’est l’Eglise se dévoile petit à petit, et cela grâce aux nombreux travaux d’histo-riens et d’étudiants, qui comme moi se sont intéressés à ce sujet. L’étude de l’expérience missionnaire dans les colonies antillaises ; et spécialement en Martinique n’a pas véritablement fait l’objet d’études approfondies. Analyser l’imbrication de l’expérience missionnaire et du fait colonial est quelque chose de novateur dans l’histoire des espaces coloniaux français. La plupart des recherches ayant pour objet le fait religieux sont orientées sur le continent africain ou américain. Le manque d’études sur l’action missionnaire en Martinique a suscité en moi un intérêt profond. Comprendre cette histoire si particulière qu’est celle de la colonie mar-tiniquaise ; mais aussi, le rôle que l’Eglise a pu tenir dans ces îles sera l’axe que je développerai. A travers ce mémoire, j’essayerai d’analyser l’expé-rience missionnaire et le fait colonial à la Martinique de 1760 à 1790. Je tenterai de mener à bien cette recherche, et espère contribuer à mieux faire connaître un phénomène historique qui est loin d’être mineur.
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PRÉSENTATION GÉNÉRALE
Analyse du sujet Le fait religieux en Martinique est un sujet qui reste de nos jours très peu connu. Traiter de l’expérience missionnaire et du fait colonial de 1760 à 1790, nous permet de mettre en corrélation différents aspects qui sont intrinsèquement liés à cette époque. En effet, la religion et la politique ne cessent de s’entremêler et interviennent toutes deux dans la vie des colons, 1 mulâtres et esclaves. Trois aspects sont donc à prendre en compte à cette période : les faits institutionnels, religieux et principalement anthropolo-giques. En parlant d’expérience missionnaire, je veux mettre l’accent sur le fait religieux ; et plus particulièrement, sur la présence missionnaire. En Martinique, les missions apostoliques sont très nombreuses. La mission reli-2 gieuse consiste dans la plupart des cas à évangéliser un peuple soumis à une nouvelle autorité européenne. Mais cette notion de mission doit être éclai-rée suivant différents aspects. Elle n’est pas uniquement liée au cadre purement territorial, mais plu-tôt au voyage, à la découverte. Les religieux partant à la conquête de nou-veaux fidèles ont donc en tête la découverte d’un inconnu, du dehors. La mission évangélisatrice n’est alors active qu’après ce voyage, sur le nouveau territoire et en connaissance des peuples à convertir à la religion catholique. La christianisation des peuples colonisés par une puissance tutélaire s’ap-puie donc sur la connaissance de ces derniers, la maîtrise d’une langue com-mune pour établir des relations. La colonisation d’un nouvel espace nécessite un certain nombre de dispositions, dont en découle l’établissement des missions. En premier lieu, il faut découvrir et s’approprier l’espace auparavant inconnu. Les puissances européennes tendent par la suite à s’im-poser sur les populations autochtones et ainsi diffuser leur culture. C’est à ce moment précis qu’interviennent les missionnaires. La mission est essen-tielle pour l’imposition de cette nouvelle culture dans les espaces colonisés. Ces dominateurs extérieurs remettent en cause l’espace et la manière dont les autochtones les avaient mis en valeur. Il y a donc la mise en place d’un processus de déculturation qui se crée par les colonisateurs sur les autochtones et les colonisés. Par ailleurs,
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Si l’on ensuit les définitions de l’époque, le mulâtre est issu de l’union d’un blanc et d’une «négresse», ou d’une blanche et d’un «nègre». Il s’agit là de mettre l’accent sur lesalus animarum(le salut de l’âme) qui est la base de toute mission apostolique.
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lespacedanslequelintervientlexercicemissionnairenestpasfigé.Ilsubit diverses mutations et est sans cesse en expansion. La mission catholique aux colonies permet notamment d’établir un lien plus concret entre le Saint-Siège de Rome et la puissance tutélaire. Cette notion de découverte est attestée dans de nombreux récits de mis-sionnaires de l’époque. Le père jésuite Jean Mongin, le révérend père Labat et bien d’autres encore en font référence. Ils ressentent tous une certaine excitation face à cet inconnu. Dès les premières expéditions de découverte, nous avons la présence d’aumôniers qui devaient protéger le voyage des hommes embarqués sur les navires. Ces aumôniers faisaient la prière et tentaient de les rassurer. Le rôle des missionnaires commence ainsi dès la traversée. Le second enjeu de ces missions colonisatrices concerne la rivalité des puissances. Il y a un enjeu majeur de frontières et de délimitations des ter-ritoires dans les espaces internationaux. Imposer l’ordre par la religion est ce qui prédomine dans ces périodes colonisatrices. Les missionnaires partis pour la majorité d’entre eux du Royaume de France s’implantent peu à peu dans les îles du vent de possession française. Ces religieux s’étendent tout le long de la côte ouest de la Martinique. En effet, cette zone est la plus facile d’accès et la plus connue dans les prémices de la colonisation de l’île. Diverses chapelles sont érigées dans les villes de Saint-Pierre, Fort-Royal, Trinité. Les principaux bourgs longeant la côte lit-torale ouest deviennent les lieux de diffusion de la religion catholique en Martinique. L’est de l’île est mis en valeur plus tardivement, tout d’abord car celui-ci est inconnu dans les débuts de la colonisation de l’île, et parce que les implantations de colons ne sont pas effectives de ce côté. Pour s’implanter, les missionnaires ont besoin d’un espace attesté et reconnu par les autorités coloniales, et donc par le Roi. En effet, la Martinique est rattachée au domaine du Roi en 1674. Durant la période allant de 1674 à 1683 environ (date de la délimitation des paroisses) il n’y a que des églises ouvertes dans lesquelles tous les chrétiens pouvaient venir se recueillir et y suivre la messe. La question de la délimitation des paroisses en a logiquement découlé. Les administrateurs locaux cherchaient à regrouper les différentes chapelles entre elles et ainsi à créer une certaine unité du groupe. L’église se devait d’être le noyau des divers bourgs de l’île. La date de la création de la paroisse est néanmoins complexe à saisir. Certains s’attachent à la placer dans les années 1683. Il est précisé par 3 Joseph Rennard que la décision a été prise le 3 septembre 1683 , afin de délimiter équitablement les quartiers de l’île.
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La date de 1683 nous est donnée par Joseph Rennard, et Moreau de Saint-Méry fixerait celle-ci en 1697. La date donnée ci-dessus est donc à considérer de manière hypothétique.
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La paroisse est donc au cœur des décisions prises concernant l’établis-sement des missions. En effet, celle-ci évolue en même temps que le déve-loppement de son bourg. C’est par elle que l’église se diffuse et accroit son influence. L’église fait donc office de noyau conducteur de la cure, et per-met ainsi sa délimitation en fonction des fidèles recensés. Les quartiers de ces paroisses sont donc le « creuset culturel » de la présence missionnaire et française en Martinique. C’est notamment autour d’elle que se crée la cir-conscription administrative. La paroisse est donc un point de repère pour toute la population, et est le principal relais de la métropole. Obtenir la des-serte de ces cures à grande influence telles que Saint-Pierre, Fort-Royal, le Carbet et bien d’autres est fondamental pour les différentes missions pré-sentes sur place. Les paroisses font partie des principaux enjeux des autorités locales et métropolitaines tout au long de la période traitée. Après cette délimitation bien précise, les différents ordres présents sur l’île se partagent la desserte des cures de ces paroisses. Les ordres en pré-sence sont au nombre de trois. L’ordre des Carmes, issu de la province de Touraine en métropole a tenté de s’imposer en Martinique. Ils s’installent 4 5 tout d’abord sur l’île de Saint-Christophe dans les années 1646-1647 . 6 C’est par une lettre patente du Roi en mai 1650 , que le droit de s’éta-blir dans toutes les Antilles françaises est accordé aux Carmes. Toujours à Saint-Christophe, ils se voient concéder la desserte des cures de « l’église de la Montagne […] et celle de Cayonne ». Les Carmes demeurent à Saint-Christophe jusqu’en 1690, date à laquelle les Britanniques prennent pos-session de l’île. En 1651, ils arrivent en Guadeloupe. La desserte des cures du port ainsi que celle de la partie de la Basse-Terre réservée aux Blancs leur 7 est confiée. Néanmoins, la présence des Carmes en Martinique n’a pu être recensée dans aucune archive. Seuls les Jésuites, les Dominicains et les Capucins ont établi leurs mis-sions en Martinique. Ces trois ordres qui ont la primauté de desservir les paroisses de la colonie martiniquaise sont soumis à la politique religieuse très stricte mise en place par les administrateurs locaux. Toutefois, ils se dis-tinguent par leur fortune ainsi que par les relations qu’ils entretiennent avec les esclaves.
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Illustrations : Carte n° 1 p. 239. La date précise de leur installation reste elle aussi confuse. En effet, nous pouvons supposer que celle-ci a eu lieu entre le début du mois de septembre 1646 et l’année 1647. Joseph Rennard,Histoire religieuse des Antilles françaises des origines à 1914 : d’après des documents inédits, Paris, Société des Colonies françaises, 1954, p.58. La présence jésuite en Martinique rend impossible cette installation des mission-naires de l’ordre des Carmes. De plus, l’île attire déjà les Dominicains qui font tout pour obtenir le droit de s’installer en Martinique.
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