L'île Gaudin se raconte

De
Publié par

J’ai souhaité vous raconter les deux derniers millénaires de ma vie au milieu du marais de Machecoul auquel j’appartiens, délimité par la Gravelle, la route de Bouin et Port-la-Roche à l’ouest.

J’ai assisté au recul de la mer, au travail des moines, à la funeste période des invasions des Normands, à la création de l’abbaye de la Chaume, à la récolte du sel, à l’appropriation par la noblesse, à son remplacement par les roturiers, au déclin du marais et à la ruine de mes bâtiments.

Je peux me permettre de vous dire qu’à l’échelle de la vie d’un îlot calcaire, l’environnement est en perpétuel mouvement, l’eau de mer continue indéfiniment à fixer ses limites selon des critères qui lui sont propres et que l’homme gagnerait à un peu plus de modestie devant beaucoup, beaucoup plus fort que lui (la nature a l’éternité, l’homme une vie).


Signé : L’île Gaudin

Publié le : vendredi 10 juillet 2015
Lecture(s) : 3
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782955303610
Nombre de pages : 86
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat
e e DuXauXIVsiècle L’abbaye de la Chaume
e Au début duXI siècle, les innombrables conflits entre les comtés de Rennes, d’Anjou, de Poitiers et de Nantes s’atténuent, les accords intervenus entre les belligérants apportent la paix dans le comté et le duché. Les comtes, barons et châtelains, pillards la plupart du temps, plutôt que guerriers ayant pris l’habitude de regarder le sol comme entièrement à leur disposition et étant portés à juger que la force prime le droit s’at-tribuèrent les terres, les châteaux, les chapelles dont les titres de possession avaient disparu. Par contre, vis-à-vis de l’église, ils sont de plus en plus à l’écoute des préceptes chrétiens de repentance et de rémission de leurs péchés pour obtenir, à leur mort, le paradis. Ils connaissent les qualités de bâtisseurs et d’inno-vateurs des moines, la donation de terre à une des nombreuses abbayes les absout de leurs péchés et valo-rise leurs terres.
21
En 1055, Harscoët, seigneur de Sainte-Croix, permet à l’abbaye Saint-Sauveur de Redon d’installer sur ses terres un prieuré qui remplace un sanctuaire dédié à la Vierge et fondé par les disciples de saint e Philibert vers la fin duVIIsiècle. Il fait ce don pour le salut de ses ancêtres, son père, sa mère, la rémission de ses propres péchés et de ceux d’Ulgarde, son épouse, pour la santé de ses quatre fils Gestin, Urvoid, Hilaire et Aldroen, la santé de ses filles (non nommées) et la stabilité de son honneur. L’acte fut rédigé le 6 juillet 1055 à Sainte-Marie-de-la-Chaume (l’antique Notre-Dame-de-Pitié). La chapelle Saint-Jean qui fait partie de la dona-tion prendra le nom du château voisin et deviendra bientôt l’église paroissiale de Sainte-Croix. L’acte d’Harscoet sera contresigné par l’abbé de Redon, Perenes (Perenesius), qui mourra cinq ans plus tard. Le premier prieur sera un prêtre nommé Justin. La communauté très modeste construit ses premiers bâtiments en 1063. Il n’y a que quatre religieux pour desservir la chapelle. Les aumônes faites par les puissants, surtout au e XIsiècle, étaient aussi, matériellement parlant, inté-ressées. Il y avait beaucoup de travail à faire dans les Chaumes de Machecoul. Harscoet savait fort bien que les moines agrandiraient ses terres, gagneraient du terrain sur la mer, mettraient en valeur les salines et
22
construiraient des digues pour relier les différentes petites îles du golfe. Les moines étaient alors d’excellents chefs de chan-tier au pays du sel ; les preuves en remontaient au e VIIsiècle avec saint Philibert et les moines bénédictins de Saint-Sauveur de Redon s’étaient spécialisés, jadis, dans la saulnerie des marais de Guérande. Et le seigneur de Rais percevait « le diziesme denier du prix de la vendicion du sel » ainsi que les « coutumes des saulx vendus par mer ». La donation était donc payante à court terme. Quant à la terre des Chaumes, elle avait la réputa-tion d’être mauvaise, pleine de coquelicots et de ne rien produire. « Une bique y crèverait de faim » a écrit O. Paré. Il faut donc rendre hommage aux moines qui sauront améliorer cette terre qui deviendra au e XXsiècle « les riches terrains de primeurs de la Chaume dans la verdoyante vallée du Falleron ». Et peu à peu, les ressources du petit prieuré vont croître. Un homme riche nommé Renaud de Mortestier, avait mené une vie très agitée (homo quidam Renaldus de Mortuo). Homme riche mais non illustre. Sentant venir la mort, il voulut se convertir et demanda à ren-trer chez les moines. Il reconnaissait avoir beaucoup péché «ob multitudinem peccatorum». Il donna tous ses biens au monastère notamment une île qu’il pos-sédait dans le golfe, Quinquenavant (de insula quadam Kendelaman), et une propriété dans la paroisse de Saint-Même. Ce sera l’origine du futur prieuré de
23
Saint-Même sur la rive droite du Tenu. Trois jours après avoir reçu l’habit bénédictin, Renaud mourut et fut enterré dans le cimetière de la Chaume (Sanctae Mariae de Culmo). Son acte de décès fut signé par le prieur Justin et par Glenmaroc qui sera le premier abbé. Nous trouvons la signature de neuf religieux. Le prieuré avait été fondé pour quatre moines environ. Il prospère rapidement. Son premier prieur Justin va devenir abbé de Saint-Sauveur de Redon et ne tardera pas à ériger en abbaye le prieuré de Sainte-Marie de la Chaume. Les historiens ne sont pas d’accord sur la date exacte de cette érection, vraisemblablement, avant 1100 car nous trouvons la signature du premier abbé de la Chaume dans une charte relative au prieuré de Frossay en 1100 «anno ab incarnatione Domini MC, Luna IV.A signé comme témoinGlémarhocus abbas Sanctae Mariae de Machicol». Le prieuré est donc appelé, à cette époque, Sainte-e Marie-de-Machecoul, ce n’est qu’au milieu duXIIsiècle que nous trouverons les termes «de Calmo, de Culmo, Calmae» et plus tardivement «de Calmaria» pour être transmis en abbaye de la Chaume. Comme toute ab-baye, celle-ci va recevoir un sceau ayant au centre un écusson d’azur chargé d’une croix d’or. Il était de même inspiration que celui des seigneurs de Sainte-Croix. Mais des difficultés vont apparaître.
24
En 1106, lors du concile de Poitiers, les moines de Tournus protesteront énergiquement auprès du légat du pape, prétendant qu’ils sont les propriétaires de l’abbaye de la Chaume et qu’ils en ont été dépossédés, quelques décennies plus tôt, par la donation injuste faite en faveur de Saint-Sauveur de Redon. Ils récla-ment donc véhémentement que l’abbaye de la Chaume ainsi que la chapelle de Saint-Jean reviennent à leur ordre. «Ibidem quoquefratres Tornucenses prociamave-runt ad nos super abbatem Rodonensem Justinum qui ecclesias de Calma apud castrum Machicol eis aufert, in quibus, eis calumniantibus et contradicentibus abbatem constituit.» Les moines de Tournus étaient bien les héritiers directs des anciens Philibertins, leur patron reposant à Tournus, après un long périple de Noirmoutier à Déas puis la Bourgogne. Nous aurons la même réac-tion des moines de Luçon envers le prieuré de Prigny. Les droits de Tournus envers l’abbaye de la Chaume, étaient réels, mais, sans doute, compte-tenu du temps écoulé, quatre siècles, l’intervention se solda par un échec. Et l’abbé de la Chaume, dépendant de Saint-Sauveur de Redon, fut maintenu dans tous ses droits. À l’abri de toutes ces tractations et négociations, je constate que les moines reviennent. N’étant plus recouverte par les marées, les moines vont chercher à s’installer pour rester proche des lieux de pêche et de récolte du sel.
25
Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.