La balkanisation de l'Afrique Occidentale Française

De
Ouvrage des Nouvelles Editions Africaines du Sénégal en coédition avec NENA

Pourquoi les huit territoires qui formaient l'Afrique Occidentale Française sont-ils devenus des Etats indépendants sans conserver de liens institutionnels malgré 65 ans de vie commune dans la fédération coloniale? Après avoir étudié les facteurs favorables au maintien des solidarités forgées par la colonisation et les ferments de division à l'oeuvre dans l'Ouest africain français, l'auteur retrace les divers étapes du processus qui aboutit, en 1960, à la « balkanisation » de l'A.O.F. A l'heure où, difficilement, de nouvelles solidarités se créent, ce livre apporte l'éclairage de l'histoire récente sur le problème de l'unité régionale du continent africain.
Publié le : samedi 19 septembre 2015
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EAN13 : 9782370150356
Nombre de pages : 424
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La balkanisation de l’Afrique Occidentale Française
Tables des matières
Première partie Constitution de l’Afrique Occidentale Française Deuxième partie Contestation de l’Afrique Occidentale Française Troisième partie Dislocation de l’Afrique Occidentale Française
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Table des matières
Première partie Constitution de l’Afrique Occidentale Française Chapitre premier Les circonstances de la création de l’A.O.F A  Des remaniements perpétuels B  Contestations territoriales et divergences politiques C  Rivalités entre civils et militaires D  Inquiétudes parlementaires Chapitre II Les raisons invoquées pour la création du gouvernement général de l’A.O.F. A  Coordination et arbitrage entre les colonies B  Solidarité financière entre les colonies C  Meilleure garantie pour les investissements et les emprunts D  Coordination de la politique économique Chapitre III Les étapes de la création de l’A.O.F. (1895  1904) A  Décret du 16 juin 1895 1  Danger d’hégémonie du Sénégal 2  Institution inutile 3  Surcroît de dépenses B  Décrets du 25 septembre 1896 et du 8 janvier 1897 C  Décret du 17 octobre 1899 D  Décret du 1er octobre 1902
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Table des matières
1  Composition de l’A.O.F. 2. Pouvoirs du gouverneur général E  Décret du 18 octobre 1904 1  Composition de l’A.O.F. 2  Pouvoirs du gouverneur général F  Ernest Roume, l’organisateur de l’A.O.F. Annexe Chapitre IV L’A.O.F. de 1904 à 1944 A  Les grands travaux 1  DakarNiger 2  ConakryNiger 3  AbidjanNiger 4  BéninNiger 5  Office du Niger 6  Les grands emprunts B  Les modifications territoriales 1  Changements de statut 2  Problèmes frontaliers a  Entre le Soudan et le Niger b  Entre le Soudan et la Guinée c  Entre le Soudan et la Mauritanie d  Entre la HauteVolta et le Niger 3  Projets de redécoupages C  Les tendances à la centralisation
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Première partie Constitution de l’Afrique Occidentale Française
Chapitre premier 1 Les circonstances de la création de l’A.O.F
Depuis 1659, date de la fondation de Fort Saint-Louis, dans l’île de N’Dar, à l'embouchure du fleuve Sénégal, la colonie du même nom avait été le chef-lieu de tous les établissements français des côtes africaines. En 1895, elle ne conservait plus qu’un vague droit de regard sur les affaires du Soudan, fief traditionnel des militaires.
A  Des remaniements perpétuels
Le décret du1ernovembre 1854 constituait en colonie distincte du Sénégal, 2 Gorée et les établissements du Sud , c'est-à-dire les rivières du Saloum, de la Casamance, du Rio Nunez, du Rio Pungo et de la Mellacorée. Mais dès le 26 février 1859, Gorée et ses dépendances étaient replacées sous les ordres de Faidherbe, gouverneur du Sénégal. Deux ans plus tôt, le 25 mai 1857, Protêt, commandant de la division navale, avait pris possession du territoire de Dakar.
Le 10 octobre 1882, les « Rivières du Sud » étaient érigées en colonie : celle-ci relevait du Sénégal et était administrée par un lieutenant-gouverneur, le 3 docteur Bayol.Par les décrets du 16 juin et du 4 août 1886, les établissements
1. Ce chapitre et les deux suivants doivent beaucoup à la thèse de M. Cakpo VODOUHÊ : La création de l’Afrique Occidentale Française (Sorbonne 1974). 2. Marcel Chailley : Histoire de l’Afrique Occidentale Française, BergerLevrault, 1968, p. 207.
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Chapitre premier Les circonstances de la création de l’A.O.F
français de la Côte de l’Or et du golfe du Bénin étaient rattachés aux « Rivières du Sud ».
Le décret du 1er août 1889 soustrayait au contrôle du Sénégal les « Rivières du Sud et dépendances » dont le lieutenant-gouverneur résidait à Conakry, fondé le 8 mai 1887, dans l’île de Timbo.
A partir du 18 août 1890, le commandant supérieur du Soudan, Archinard, exerce son autorité sous la dépendance du gouverneur du Sénégal, mais jouit de l’autonomie administrative, militaire et financière, autonomie qu’il élargit encore le 27 août 1892 : désormais ses liens avec le gouverneur de Saint-Louis se limitent à l’envoi d’une copie de ses rapports.
Entre temps, le 17 décembre 1891, les « Rivières du Sud et dépendances » deviennent « Guinée française et dépendances » avec un gouverneur à Conakry, un secrétaire général pour la Guinée proprement dite, un résident pour la Côte de l’Or et un lieutenant-gouverneur pour les établissements du golfe du Bénin.
Le 10 mars 1893, les trois colonies deviennent autonomes, la Guinée, la Côte d’Ivoire (nouveau nom des établissements de la Côte de l’Or) avec chef-lieu à Grand-Bassam, et le Dahomey avec chef-lieu à Porto-Novo.
Enfin, le 22 novembre de la même année, le Soudan est placé sens régime civil et reçoit son premier gouverneur, Albert Grodet.
3. Chailley, op. cit., p. 271.
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Chapitre premier Les circonstances de la création de l’A.O.F
B  Contestations territoriales et divergences politiques
La situation était si confuse qu’on a pu dire qu’en 1894, » aucun gouverneur français ne savait exactement où le Sénégal, la Guinée ou la Côte d’Ivoire rencontraient le
4 Soudan ». Le Conseil général du Sénégal, créé le 4 février 1879, voit d’un mauvais œil les amputations successives qui diminuent le champ de son auto-rité. Le 17 décembre 1891, il proteste contre l’autonomie de la Guinée, et en décembre 1892, contre celle du Soudan.
Prétextant l’incapacité de Ballay, gouverneur de la Guinée, à mettre fin aux incursions des Foulbé sur le territoire sénégalais, le gouverneur Lamothe, aidé par l’administrateur Hostains, de Matam, essaie (15 mai - 30 juin 1894) d’enlever le Fouta-Djallon à la Guinée et, du même coup, d’annexer quelques villages soudanais. Ce qui fait dire à Chautemps, ministre des Colonies, aux sénateurs :
« On voit une administration du Sénégal diriger une expédition contre des villages du Fouta-Djallon, alors que le protectorat du Fouta-Djallon est placé dans les attributions du gouverneur de la Guinée française; et c’est le gouver-neur même du Sénégal qui, dans ses rapports, s’attache à démontrer que les villages dont il a autorisé le pillage appartiennent à son collègue de Konakri, le but de cette démonstration étant d’anéantir les prétentions d’un troisième gouverneur, celui du Soudan, lequel soutient que c’est chez lui que le gouver-5 neur du Sénégal a porté indûment les armes... »
4. C.W. Newbury : The formation of the govemment général of French West Africa, inJournal of African History, I, 1960, pp. 111128. 5. Annales du Sénat, XLIII, séance du 17 juin 1895.
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Chapitre premier Les circonstances de la création de l’A.O.F
Cette volonté d’élargir les frontières de leur domaine amenait les gouver-neurs à pratiquer alternativement, avec les populations, la politique de la carotte et du bâton, avec toutes les incohérences qui en résultaient. Ainsi les Maures étaient traités avec ménagement par les autorités du Sénégal et de la manière forte au Soudan. De même les relations étaient « tendues » entre l’administration sénégalaise et les Peuls du Fouta-Djallon et « excellentes » entre ceux-ci et les autorités locales.
C  Rivalités entre civils et militaires
Les artisans de la colonisation étaient des civils et des militaires. Et parmi ces derniers, les uns appartenaient à la marine, les autres à l’armée de terre. Ils dépendaient d’autorités métropolitaines différentes et parfois concurrentes : ce n’est que le 20 mars 1894 que fut créé un ministère des Colonies, détaché du ministère de la Marine dont il était précédemment un secrétariat d’Etat. Inévitablement, les rivalités métropolitaines se répercutaient et même s’amplifiaient sur place.
La marine supportait mal de voir l’année de terre recueillir la plupart des lauriers de la conquête coloniale. Les marins prenaient parfois des initiatives malheureuses. Le lieutenant de vaisseau Jaime monta une expédition à Tombouctou en septembre 1889 contre les ordres formels d’Archinard, alors commandant supérieur au Soudan. Le commandant Boiteux en fit autant en décembre 1893, au mépris des ordres du colonel Bonnier, nouveau comman-dant supérieur. Cette désobéissance aura des conséquences tragiques- Obligé de monter précipitamment une opération pour dégager son subordonné en situation difficile, le commandant supérieur et une partie de ses effectifs seront massacrés à Tacoubao, à la suite d’une attaque surprise des Touaregs. Et le reste de la colonie sera décimé par la soif sur le chemin du retour.
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Chapitre premier Les circonstances de la création de l’A.O.F
Cependant Grodet, qui venait de prendre son poste de premier gouverneur civil du Soudan, avait donné l’ordre de suspendre toutes les opérations mili-taires, puis outrepassé ses pouvoirs en relevant de son commandement le colonel Bonnier qui était mort avant que la sanction l'atteigne... Deux ans plus tard, Grodet se garda bien de prêter main forte au lieutenant-colonel Monteil, en difficulté alors qu’il essayait d’empêcher Samori de prendre Kong. Monteil ne s’entendait d’ailleurs pas mieux avec Binger, gouverneur de la Côte d’Ivoire.
D  Inquiétudes parlementaires
La colonne Bonnier sur Tombouctou n’avait pas seulement coûté très cher en vies humaines. Elle avait aussi grevé lourdement le budget du Soudan. Ceci surtout provoqua les inquiétudes des parlementaires. Fin février 1895, les députés déplorent la situation anarchique et les divergences de vue de l’action coloniale et demande de réaliser l'unité de vues dans la conduite des affaires ouest-africaines.
Le 4 mars 1895, Couchard, député du Sénégal, déclare : « Je crois qu’il est nécessaire de profiter du moment où le gouvernement paraît disposé à étudier la question de la réorganisation de nos colonies de la Côte occidentale d’Afrique pour appeler son attention sur le rattachement du Soudan au Sénégal ( ). Nos possessions de la Côte occidentale d’Afrique ont été divisées en six gouvernements : le Sénégal, le Soudan, la Guinée française, la Côte d’Ivoire, le Dahomey et le Congo français, sans compter le nouveau gouverne-ment du Haut-Oubangui. Est-ce que ces mesures n’ont pas eu pour consé-quence d’entraîner des dépenses énormes et la nomination de fonctionnaires nombreux? Ne serait-il pas plus simple et plus naturel de créer un gouverne-ment général et deux ou trois gouvernements au plus? »
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Chapitre premier Les circonstances de la création de l’A.O.F
Au Sénat, Emile Loubet, président de la commission des Finances, demande le 20 mars une remise en ordre des dépenses entraînées par les colonies. Le 5 avril, Isaac, sénateur de la Guadeloupe, interpelle le gouvernement et critique l’incohérence de sa politique coloniale et ses désastreuses conséquences économiques. « Les possessions françaises, dit-il, sont livrées au bon vouloir des gouverneurs, comme au Sénégal, ou comme au Soudan, à celui des militaires ». Il stigmatise les ambitions sénégalaises, les injustices et les bruta-lités de Lamothe, les violences de ses hommes lors de l’affaire du Fouta-Djallon, les opérations incontrôlables des officiers du Soudan avec leurs consé-quences fâcheuses sur le plan humain et budgétaire. Bref, l’intérêt de la France exige une réforme de l’ensemble de ses colonies et particulièrement de l’Afrique occidentale.
Le 1er juin, c’est le député Paul Vigné qui, à son tour, interpelle le gouverne-ment c sur la politique que le ministre des Colories compte suivre dans les possessions françaises de l’Afrique occidentale en général et au Soudan en particulier ». Il est hostile à la « coûteuse expansion dans l’Ouest africain » qu’il estime pauvre et par conséquent non rentable. Son intervention a « une incontestable utilité : celle de forcer le gouvernement à prendre une prompte décision et tenter un nouveau mode d‘organisation de notre colonie 6 africaine » .
Chautemps est alors ministre des Colonies, pour peu de temps d’ailleurs : du 26 janvier au 30 octobre 1895. Dans un premier temps, il prend des mesures partielles qui concernent surtout le Soudan économies budgétaires, substitu-tion de la pénétration pacifique à Faction militaire, rectification des fron-tières, réduction du nombre des fonctionnaires (qui consomment une trop
6.La Patrie, 15 juin 1895.
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Chapitre premier Les circonstances de la création de l’A.O.F
grosse part des ressources disponibles) au profit des « vrais » colons (agricul-teurs, ingénieurs). Chautemps préférait cette série de mesures à l’institution d’on Gouvernement général en Afrique occidentale, la situation n’étant pas encore mûre pour une telle organisation. Pourtant, le ministre trouve la chose séduisante :
« Depuis quelques semaines, on a parlé du groupement, sous un gouverneur général, de tous les territoires de cette partie de l’Afrique. C’est là assurément un plan grandiose qui peut être celui de l’avenir, et je reconnais tout 7 l’honneur qu’il y aurait pour un ministre des Colonies è y attacher son nom . » Mais il veut « résister à cette tentation », car les raisons qui avaient déterminé ses prédécesseurs à donner leur autonomie à la Guinée et au Soudan conser-vent toute leur force :
« La Guinée Française, par la richesse de son sol et celle de son arrière-pays, le Fouta-Djallon, par la brièveté de ses voies d’accès vers le Niger, est destinée à un grand avenir... Mais il serait périlleux de lier son sort à celui du Sénégal. En effet, éloignée du chef-lieu, que ce chef- lieu soit Dakar ou Saint-Louis, elle fournirait sans recevoir; quand bien même elle conserverait son autonomie financière, elle n’en serait pas moins gênée dans son essor, comme Font été pendant quelque temps nos colonies du Bénin et de la Côte d’Ivoire, lorsque, par le fait d’une erreur analogue, elles ont été réunies (...) dans le gouverne-ment unique de la Guinée et dépendances... Il n’y a pas lieu non plus de ratta-cher le Soudan au Sénégal pour la même raison... Bref, pour quelques temps encore, il ne peut y avoir d’autre Gouvernement générai de l’Afrique occiden-tale que le ministre des Colonies. »
7. Annales du Sénat, XLIII, séance du 5 avril 1895.
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