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La Guerre d'Espagne

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La Guerre d'Espagne


Une analyse sans préjugés partisans d'un conflit dont la signification symbolique a divisé le monde au point d'en faire oublier la réalité complexe.


Avec un souci constant d'impartialité, l'auteur retrace les épisodes marquants en même temps que les enjeux de cette guerre civile, dans ses dimensions politiques, sociales, idéologiques, militaires et bien sûr internationales.


Le regard de Guy Hermet ne procède pas d'une vision "révisionniste", mais cherche à comprendre la constitution démocratique de l'Espagne.





Guy Hermet


Docteur ès Lettres, ancien directeur du CERI, il occupe la chaire internationale de sciences politiques de l'Université libre de Bruxelles. Il est l'auteur de nombreux ouvrages sur l'Espagne et de travaux reconnus sur le développement de la démocratie et le nationalisme en Europe.


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Du même auteur
Le Problème méridional de l’Espagne Armand Colin, 1965 Les Espagnols en France Les Éditions ouvrières, 1967 La Politique dans l’Espagne franquiste Armand Colin, 1971 Les Communistes en Espagne Armand Colin, 1971 L’Espagne de Franco Armand Colin, 1974 Des élections pas comme les autres (en coll. avec J. Linz et Al. Rouquié) Presses de la Fondation nationale des Sciences Politiques, 1978 Les Catholiques dans l’Espagne franquiste Presses de la Fondation nationale des Sciences Politiques 2 vol., 1980-1981 Aux frontières de la démocratie PUF, 1983 Totalitarismes (direction de l’ouvrage en collaboration avec P. Hassner et J. Rupnik) Economica, 1984 Sociologie de la construction démocratique Economica, 1986 Le Peuple contre la démocratie Fayard, 1989 Politique comparée (en coll. avec Bertrand Badie) PUF, 1990
L’Espagne au vingtième siècle PUF, 1992 Les Désenchantements de la liberté Fayard, 1993 Culture et Démocratie Albin Michel/UNESCO, 1993 Le Passage à la démocratie Presses de Sciences Po., « Bibliothèque du citoyen », 1996 Histoire des nations et du nationalisme en Europe o Seuil, « Points Histoire » n 198, 1996 La Démocratie Flammarion, 1997 Les Partis politiques en Europe de l’Ouest Economica, 1998 La Trahison démocratique Populistes, républicains, démocrates Flammarion, 1998 Des partis comme les autre ? Les anciens communistes en Europe de l’Est Bruxelles, Complexe, 1998 Dictionnaire de la science politique et des institutions politiques Armand Colin, 2000 Culture et Développement Presses de Sciences Po., 2000 Les Populismes dans le monde e e Une histoire sociologique. XIX -XX siècle Fayard, 2001 La Politique comparée (en coll. Avec Bertrand Badie) Armand Colin, 2001 Dictionnaire des relations internationales Approches, concepts, doctrines (direction) Dalloz, 2003 et 2006 La Gouvernance, un concept et ses applications
(co-direction avec Ali Kazancigil et Jean-François Prud’homme) Karthala, 2001
ISBN 978-2-02-123233-2
© Éditions du Seuil, mars 1989
Cet ouvrage a été numérisé en partenariat avec le Centre National du Livre.
Ce document numérique a été réalisé parNord Compo.
à mes deux fils Laurent et Matthieu
Introduction
Pour deux générations au moins, la guerre d’Espagne a été ce que les conflits du Vietnam puis de l’Amérique centrale ont été pour les générations plus jeunes : l’un des grands mythes de notre époque, peut-être le plus impressionnant de ceux qui ont exalté l’idéal politique de 1936 au terme de l’interminable dictature du général Franco. On se prend même à penser que ceci est trop peu dire. Le Vietnam, le Nicaragua, le Salvador se sont trouvés éloignés de nous par la géographie, la culture, l’histoire, l’exotisme qui leur est prêté à tort ou à raison. La solidarité ressentie d’un côté ou de l’autre avec les habitants de ces contrées est demeurée forcément intellectuelle, transposée en vertu de nos sentiments propres dans le débat idéologique de l’Europe ou de l’Amérique du Nord. En un mot, chacun a pressenti ici que les valeurs réputées universelles dont s’alimentent les émotions occidentales risquaient de ne pas l’être vraiment. Ces valeurs ont cours chez nous. Beaucoup ont cru un moment qu’elles valaient pour l’Univers. Mais voici que le doute s’est introduit. Les convulsions du tiers monde échappent toujours en partie à notre compréhension. L’usage qui en est fait par les nantis que nous sommes revêt toujours une part d’artifice. Rien de tel ne s’est produit dans le cas de la guerre civile qui a déchiré l’Espagne du er 18 juillet 1936 au 1 avril 1939. En France spécialement, nul n’a pu la contempler comme d’un œil étranger. Certes, elle s’est entourée peu ou prou d’une imagerie folklorique réputée consubstantielle de la société espagnole de cette époque. Les vaillants prolétaires anarchistes de Barcelone et les belliqueux hidalgos sortis de l’ombre des cathédrales castillanes ont paru s’affronter en un duel typiquement ibérique, lié à une violence naturelle déjà apaisée à ce moment chez les autres peuples de l’Europe de l’Ouest. Cette façon de voir a renforcé l’attrait du pittoresque, stimulé le trouble des voyeurs tout en les rassurant sur eux-mêmes. Mais elle n’a représenté que l’accessoire, d’ailleurs fallacieux. Elle n’est pas parvenue à masquer la portée, ni surtout le sens, de la guerre d’Espagne. Celle-ci a constitué une sorte de répétition générale de la Seconde Guerre mondiale. Davantage encore, elle a symbolisé et cristallisé le drame de l’accouchement de la modernité dans nos sociétés. Elle a révélé le même visage que la Commune de Paris. Comme elle, elle a échappé à l’anachronisme aussi bien qu’à l’érosion des émotions antagonistes. Le grand combat des Espagnols les uns contre les autres a bien représenté l’exemple, poussé au paroxysme, des difficultés communes de l’Europe dans son cheminement vers la douceur démocratique. En même temps qu’il est apparu comme l’antichambre des souffrances dont procède l’exceptionnelle sagesse politique des Espagnols de l’époque présente, il a été le révélateur le plus cruel des tensions issues partout du mélange d’espoir et de crainte provoqué par l’approche des grands changements.
Reste que la guerre d’Espagne n’est pas qu’un mythe et que ce mythe a présenté des facettes multiples, presque oubliées aujourd’hui. A moins de leur attribuer à tous les intentions abominables des « fascistes », on saisit mal de nos jours comment les militaires insurgés contre la République espagnole ont pu se trouver des partisans. Ceux-ci étaient pourtant nombreux, d’extraction à peine moins populaire que les républicains, et probablement majoritaires à la fin du conflit. Pareillement, il est difficile d’imaginer par quels chemins, et avec quelles difficultés, les intellectuels en sont venus, hors d’Espagne, à choisir leur camp en reniant souvent leurs tendances premières. Mauriac n’a pas toujours condamné Franco, même si son changement d’attitude a marqué le grand tournant de la sensibilité politique du catholicisme en Europe. En bref, l’irruption du fascisme qui touche l’ensemble de ce continent au cours des années 1930 n’affecte l’Espagne que par imitation. Il ne suffit pas à éclairer la guerre civile. Bien avant cette période, la plupart des sociétés européennes ont vacillé entre l’autoritarisme et la démocratie au même titre que la société espagnole. A l’instar de chaque homme au-dedans de lui-même, elles ont désiré une chose et son contraire à la fois. D’une part le progrès qui bouleverse les situations acquises. D’autre part le maintien des habitudes et la sécurité, qui postulent au contraire la garantie de ces situations. La guerre civile apporte l’illustration grossie et insoutenable de cette tension. Il s’agit précisément ici de restituer la nature complexe, blessante, contradictoire et fréquemment déroutante de la guerre d’Espagne, en deçà de la vision lyrique qui masque sa réalité. Cette lutte fut bien autre chose qu’un simple théâtre des sentiments ou qu’une geste prenante à la manière d’Ernest Hemingway. Réécrire son histoire suppose de faire œuvre utile, en cernant davantage ses traits voilés par la piété militante des amis ou des ennemis de chacun des deux idéaux opposés par les armes pendant près de trois ans. Quelles que soient les émotions qu’elle nourrit toujours, cette guerre se dessine d’abord dans ses sources lointaines ou proches. Dans cette perspective, le projecteur doit balayer au préalable ce qu’il est convenu d’appeler les antécédents profonds de l’Ancien Régime espagnol, de l’échec nullement joué d’avance de la première tentative de monarchie parlementaire des années 1876-1923, puis de l’expérience républicaine manquée de 1931-1936. Ce qu’il y a de spécifique ou, à l’inverse, de commun à l’Europe dans le cas de l’Espagne transparaît de la sorte. La guerre elle-même représente cependant l’essentiel. Le recul du temps, le déclin des passions et l’apaisement de ses acteurs encore vivants autorisent maintenant à la soumettre à une analyse plus lucide, puis ses combattants les plus jeunes à l’époque sont presque octogénaires à l’heure présente. Toutefois, si le parti pris de lucidité fait en général peser sur son auteur le soupçon injuste d’une certaine froideur, il n’implique pas que la guerre d’Espagne se trouve perçue dans ces pages comme une sorte d’entraînement fatal ou comme le fruit amer d’un déterminisme historique et social. En fait, cette lutte montre une fois de plus que les hommes ignorent l’histoire qu’ils sont en train de faire. Bien entendu, leurs actes revêtent constamment une double signification : l’une immédiate à leurs yeux, l’autre reconstruite après coup par les spécialistes qui l’extraient de leurs encriers ou de leurs machines à traitement de texte. Par contre, l’histoire demeure dépourvue de sens — directionnel — en tant qu’itinéraire quasiment prédestiné par le passé ou simplement prévisible. Le constat se révèle flagrant en Espagne. A l’aube du 18 juillet 1936, les officiers insurgés se croient sur le point de réussir un putsch facile, destiné seulement à remettre la République en ordre par le biais d’une
leçon vigoureuse aux partis de gauche. Il ne leur vient pas à l’esprit qu’ils déclenchent une guerre véritable, ni qu’ils vont se faire les fourriers d’un dictateur dont le règne s’étendra sur près de quarante années. De leur côté, les civils promus souvent « républicains » imaginent n’avoir affaire qu’à un accès passager d’urticaire factieux dans l’armée, avant de se persuader dans les jours suivants que le temps radieux de la grande révolution sociale est venu. Le dédale inextricable des développements insoupçonnés et des actions ou réactions nationales ou étrangères en décidera autrement, au mépris des attentes des uns et des autres. Qui plus est, les schémas idéologiques eux-mêmes vont rester sans prise sur la réalité. Les Espagnols se découvriront soudain « nationaux » ou « républicains », de par le hasard des événements et de l’émergence de deux espaces politiques recréés de toutes pièces. Des généraux des plus libéraux combattront avec Franco. Certains de leurs collègues monarchistes le feront du côté républicain jusqu’à la dernière heure, au coude à coude avec les communistes. De même, ces derniers vont se poser en champions de l’ordre et aussi de la décollectivisation dans la zone républicaine, au point que leur parti y deviendra le refuge des « bourgeois ». En définitive, la révolution et la contre-révolution s’entremêlent partout dans la guerre d’Espagne, de même que ses aspects consternants ou édifiants dont aucun des deux camps en présence ne détient le monopole.
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