La montagne d'Argent

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La Montagne d’Argent (commune de Ouanary, Guyane) est un site remarquable tant pour son patrimoine naturel que culturel. Située entre les estuaires des rivières Approuague et Oyapock, elle fut occupée par les Amérindiens, qui ont laissé un important complexe d’art rupestre, les colons et l’administration pénitentiaire.


Si l’occupation amérindienne et la première colonisation ont eu un impact relatif sur le milieu, l’entreprise pénitentiaire, avec ses ambitions agricoles et industrielles, a définitivement modifié l’environnement du site.


Le bagne de la Montagne d’Argent, à l’origine des imposantes ruines visibles aujourd’hui, s’est révélé comme l’un des plus meurtriers de Guyane.

Publié le : mardi 1 mars 2011
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EAN13 : 9782844508983
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CaRte de sItuatIon de la Montagne d'ARgent, K. SaRge (2010).
1 AtelIeR foRestIeR de la Montagne KoumaRou-man ou fausse Mon-tagne d’ARgent 2 PénItencIeR de la Mon-tagne d’ARgent 3 BouRg de OuanaRY 4 HabItatIon Le OuanaRY 5 AtelIeR foRestIeR de la cRIque GabaRet 6 PénItencIeR de SaInt-GeoRges
Les auteuRs tIennent à RemeRcIeR IcI, tout paRtIculIèRement, les équIpes du PaRc natuRel RégIonal et du pRogRamme OYana (régIon GuYane), du ConseRva-toIRe de l’espace lIttoRal et des RIvages lacustRes, du seRvIce RégIonal de l’In-ventaIRe généRal du patRImoIne (régIon GuYane) et du seRvIce RégIonal de l’aRchItectuRe et des monuments hIstoRIques (DRac GuYane). remeRcIons aussI pouR leuR accueIl les peRsonnels et habItants de la commune de OuanaRY et de l’ensemble des centRes d’aRchIves consultées. Un clIn d’œIl amIcal auX mem-bRes des eXpédItIons OYana d’août et de novembRe 2010 et à l’équIpage du ca-tamaRan GuYavoIle.
Le site naturel La Montagne d’ARgent foRme un pRomontoIRe RocheuX RemaRquable suR le lIttoRal entRe OYapock et AppRouague, mesuRant envIRon 1 km paR 1,5 km. C’est une pResqu’île RelIée au contInent paR une vaste zone de palétuvIeRs et foRêt maRécageuse. Le sIte est donc dIffIcIle, pouR ne pas dIRe ImpossIble, d’accès autRement que paR voIe maRItIme. La montagne foRme un RelIef quI accRoche le RegaRd du navIgateuR et confèRe au teRRItoIRe son IdentIté paYsagèRe. BIen que démunI de gRand paYsage et de facette scénIque, le sIte maRque IRRémédIable-ment la vue et l’espRIt de quIconque le découvRe paR son RelIef touRmenté et sa posItIon d’Isolement. Le caRactèRe pIttoResque du sIte est étRoItement lIé auX tRaces et cIcatRIces laIssées paR plusIeuRs sIècles d’occupatIon humaIne, plus ou moIns heuReuse, et louRde de conséquences suR le mIlIeu natuRel, caR Il a été en gRande paRtIe
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PnRg-OYana/G. GRépIn (2010), Vue aéRIenne du lIttoRal RocheuX.
PnRg-OYana/K. SaRge (2010), EscalIeR du d́ebaRcadèRe.
e défRIché et Repeuplé plusIeuRs foIs depuIs la fIn duxVisIècle. C’est du Reste depuIs ce temps que la colonIsatIon de l’espace ouveRt paR les boIs canon auX feuIlles aRgentées, une essence aRboRée pIonnIèRe, a été suffIsamment ImpoR-tante pouR maRqueR la toponYmIe. Le sIte a connu une longue péRIode d’occu-patIon humaIne : AméRIndIens, colons euRopéens et esclaves afRIcaIns, bagnaRds et peRsonnels pénItentIaIRes, eXploItants agRIcoles se sont succédé IcI en plus de quatRe sIècles de manIèRe dIscontInue. QuatRe entItés paYsagèRes, dont la peRceptIon évolue entRe saIson sèche et saIson des pluIes, caRactéRIsent le sIte : la mangRove, les maRécages, la foRêt se-condaIRe et le péRImètRe où se sItuent les vestIges du bagne. La mangRove est omnIpRésente suR le coRdon lIttoRal, bIen que plus spoRadIque au nIveau des af-fleuRements RocheuX. Cette foRmatIon végétale, dense et homogène, pRésente un gRaIn et une teXtuRe tRès paRtIculIeRs, RYthmés paR les couRbes que décRIvent les RacInes aéRIennes des palétuvIeRs en plongeant et Replongeant dans la vase. Cette entIté est paRtIculIèRement IneXtRIcable et sa peRceptIon vIsuelle est consI-déRablement lImItée paR l’absence totale de poInt de vue. En conséquence, le RegaRd ne poRte qu’à quelques mètRes et se noIe Immanquablement dans la masse végétale sans tRouveR d’accRoche paRtIculIèRe. PouRtant, en de RaRes en-dRoIts, la mangRove s’ouvRe suR de petItes plages de sable noIR quI confèRent à ce paYsage une ambIance IntImIste et douce, que l’on ne RetRouve nulle paRt aIlleuRs suR le sIte. La zone maRécageuse du sIte est également dIffIcIle à pénétReR, bIen que le Réseau hYdRogRaphIque dense quI la tRaveRse puIsse êtRe Remonté en pIRogue à maRée haute. La tRansItIon avec la mangRove est fRanche et bRutale dès les pRemIeRs mètRes du coRdon lIttoRal fRanchIs. SI la mangRove peut êtRe peRçue de l’océan à gRande échelle, Il n’en est RIen du maRaIs quI, bIen que vaste, n’est découveRt qu’au fuR et à mesuRe de l’avancée. Le mIlIeu natuRel, également tRès unIfoRme, est caRactéRIsé paR une ImbRIcatIon passIve, maIs suRpRenante, des unIveRs aquatIques et teRRestRes, maRquant une opposItIon fRanche avec le coR-don lIttoRal où le clapotIs Incessant des vagues maRque de sa dYnamIque le paY-sage avant de mouRIR contRe la mangRove. Cette unIté paYsagèRe est donc paRtIculIèRement fIgée dans l’espace et dans le temps. La calotte boIsée de la Montagne d’ARgent, foRtement anthRopIsée, offRe quelques poInts de vue IntéRessants en dIRectIon de l’océan. A paRtIR du lIttoRal, la ceIntuRe Rocheuse quI la boRde et suR laquelle elle semble s’accRocheR jusqu’à l’eXtRême lImIte du possIble est un élément quI vIent RenfoRceR son caRactèRe pIttoResque. FaIsant nette tRansItIon avec les foRmatIons saXIcoles des RocheRs, la foRêt secondaIRe Y est tRès dense et d’autant plus ImpénétRable qu’elle est soumIse au vent et RIche de lIanes ; elle devIent plus ouveRte et dégagée au cœuR du RelIef, témoIgnant des défRIchements passés. L’IntéRêt de cette entIté RésIde dans la tRansItIon maRquée entRe la foRêt, la fRange de végétatIon saXIcole où les InfloRescences des agaves se découpent RemaRquablement suR fond de cIel, et fInalement l’océan. En sous-boIs, le caRactèRe pIttoResque du sIte s’eXa-ceRbe à la vIsIon des cIcatRIces laIssées paR l’occupatIon humaIne : sol lessIvé à chaque pluIe et dépouRvu de lItIèRe, aRbRes gRêles, ancIennes teRRasses, vIeuX muRets, omnIpRésence de la végétatIon fRuItIèRe... L’aRchItectuRe humaIne de pIeRRes et l’aRchItectuRe natuRelle des aRbRes se Répondent, s’entRelacent et gé-nèRent une atmosphèRe RomantIque. L’envIRonnement et la bIodIveRsIté de la Montagne d’ARgent, sutout dans sa paRtIe méRIdIonale et oRIentale, ont été pRofonfément bouleveRsés paR l’Im-plantatIon du bagne. Sans compteR les bâtIments et teRRassements, on tombe
aIsément aujouRd’huI suR les vestIges agRIcoles du bagne : cacaoYeRs RetouRnés à l’état natuRel, vIeuX et gRands aRbRes fRuItIeRs (manguIeRs, aRbRes à paIn) font encoRe paRtIe du paYsage du sIte. il ne Reste RIen, en Revanche, des plantatIons de cafés quI n’auRont pas suRvécu à pRès d’un sIècle d’abandon. En 1885, AlfRed PaRepou, paR la voIX de son peRsonnage AtIpa, faIt RemaRqueR non sans malIce l’IncohéRence des défRIchements opéRés paR l’admInIstRatIon : «Yé gain mala-die coupé tròpe, la peye la. A pas conça, lò pòpòte vini, yé coupé, la montangne d’agent, toute café Boudau yé la ? A pas conça, la zilet royal, yé coupé toute 4 bois. Apré, là solé dit, mé mo, yé pas roucoumencé planté òte ?»
La toponYmIe pénItentIaIRe, héRItée peut-êtRe des ancIens habItants pRo-pRIétaIRes, témoIgne de la pRésence de gRands anImauX, oIseauX, ReptIles et mammIfèRes : « lac auX caïmans », « fontaIne auX bIches », « montagne auX coRbeauX »… A plusIeuRs RepRIses, les Responsables et hôtes du pénItencIeR se Régalent de moRceauX de bIche. ARmand JusselIn, ancIen commandant du pé-nItencIeR de SaInte-MaRIe de Cacao, se Rappelle avoIR vu, chez un de ses cama-Rades, un caïman tué à la Montagne d’ARgent d’un coup de caRabIne : « il avaIt dIX pIeds et demI de l’eXtRémIté du museau au bout de la queue. Sa gueule ou-5 veRte étaIt chose effRaYante à voIR . »
Dans la coRRespondance des jésuItes, aumônIeRs du bagne, nous appRenons que le pèRe EmIle JaRdInIeR, féRu de cuRIosItés natuRelles, a faIt empaIlleR de nombReuX anImauX de la Montagne d’ARgent, paRtIculIèRement des oIseauX, pouR alImenteR les collectIons guYanaIses et métRopolItaInes. il eXpédIe Régu-lIèRement des caIsses d’anImauX natuRalIsés et cuRIosItés, une saRIgue avec ses petIts, paR eXemple, en septembRe 1860, au supéRIeuR jésuIte de CaYenne, ou
PnRg-OYana/G. GRépIn (2010), bâtIment auX fIcus.
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PaRépou (A.),Atipa. Roman guyanais, PaRIs, L’HaRmattan, 1987 [Rééd. 1885], p. 171 : « ils ont la manIe de tRop coupeR dans ce paYs ! N’est-ce pas aInsI qu’à l’aRRIvée des bagnaRds, Ils ont coupé les caféIeRs de Boudaud suR la Montagne d’ARgent ? N’est-ce pas aussI comme ça qu’à l’île roYale, Ils ont coupé tous les aRbRes ? ApRès, quand le soleIl est Revenu, n’ont-Ils pas Recommencé à en planteR d’autRes ? ». JusselIn (A.),Un déporté à Cayenne. Souvenirs de la Guyane, PaRIs, MIchel LévY FRèRes, 1865, p. 88-89.
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PnRg-OYana/G. GRépIn (2010), vestIges du quaImaçonńeàmaRéebasse.
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JusselIn (A.),Un déporté à Cayenne. Souvenirs de la Guyane, PaRIs, MIchel LévY FRèRes, 1865, p. 88-89. Bulletin de la Société impériale zoolo-gique d’acclimatation, 1860, p. 162 : cette soIe est obseRvée paR les membRes de la socIété dans sa séance du 02/03/1860, pRésIdée paR GeoffRoY SaInt-HIlaIRe. ARchIves des jésuItes de FRance (ARch. jésuItes), FGu 61. ARch. jésuItes, FGu 60,diariumn°1 (1853-1863).
bIen un gRand échantIllon d’une soIe fabRIquée paR des chenIlles à son fRèRe 6 pouR la SocIété ImpéRIale zoologIque d’acclImatatIon de PaRIs . il oRganIse à cet effet un petIt atelIeR de taXIdeRmIe avec le tRanspoRté FRIon : « L’empaIlleuR d’IcI est tRès adRoIt, se contente de peu. SI vous voulez des oIseauX cuRIeuX et RaRes, Il les empaIlleRaIt à peu de fRaIs, maIs Il faudRaIt (comme les offIcIeRs le font IcI) luI pRocuReR 1°/ savon aRsenIcal, 2°/ coton, 3°/ fIl de feR d’apRès échan-7 tIllons dIveRs . » A la page du 15 juIn 1861, le jouRnal des aumônIeRs nous donne une sa-vouReuse descRIptIon des dégâts causés paR un jaguaR dans le poulaIlleR des au-mônIeRs. AssImIlé à un démon, ou pIRe à AttIla et GaRIbaldI, le jaguaR égoRge poules et poussIns. SI nous ne pouvons pas douteR des Idées conseRvatRIces du pèRe en polItIque – les pauvRes volatIles Rescapés, dIt-Il, étaIent tRIstes comme le peuple fRançaIs loRs de la révolutIon du 1848 – Il nous appaRaît, néanmoIns, anImé de chRétIenne compassIon pouR ses volaIlles ! « Les bandes de GaRIbaldI en italIe n’ont pas faIt plus de Ravages et d’as-sassInats que le chat-tIgRe (ou jaguaR) n’en a faIt cette nuIt dans notRe poulaIlleR. On avaIt oublIé de feRmeR la tRappe. il entRa sans façon et (horribile dictu et visu !) Il égoRgea la maman poule avec ses sept petIts poulets déjà tRès gentIls. Un seul petIt caché deRRIèRe une planche a échappé au massacRe des innocents. Les cRIs contInuels de ce petIt oRphelIn quI appelle sa mèRe, des fRèRes et sœuRs, font saIgneR le cœuR. Le cRuel jaguaR (et le démon quI faIt les mêmes Ravages dans les âmes de mes pauvRes tRanspoRtés !) massacRa 6 autRes poulets de sIX moIs, le gRos coq quI anImaIt la couR et le jaRdIn, deuX poulettes, en tout 17 pIèces ! Quel massacRe ! Quelle RévolutIon ! Quel GaRIbaldI ! Et cet AttIla, ce fléau du poulaIlleR empoRta le gRos coq, la maman poule et deuX autRes poulettes sous une Roche, à l’ancIen état-majoR, à une dIstance de deuX cents mètRes. C’est là qu’à la tRace du sang et des plumes nous les avons RetRouvés le lende-maIn. Les autRes vIctImes gIsaIent sans vIe, étendues dans le poulaIlleR dévasté. On lIsaIt l’effRoI suR la fIguRe attRIstée des pauvRes poules suRvIvantes. Le peuple fRançaIs n’étaIt pas plus atteRRé le jouR de la pRoclamatIon de la républIque de 48. Et dIRe que peRsonne n’entendIt le vacaRme et les cRIs que duRent pousseR les pauvRes volatIles qu’à 3 h du matIn, aloRs que tout étaIt égoRgé ! On peut bIen enleveR le pResbYtèRe, nous ne le sauRons que le lendemaIn ! Je doIs l’avoueR, je ne pus RésIsteR à la vengeance ! (DIeu me le paRdonne !) Je sau-poudRaI d’aRsenIc les Restes de la poule laIssée auX deuX tIeRs mangée sous la Roche : j’empoIsonnaI un des petIts poulets égoRgés, je le plaçaI pRès de la tRappe. Pendant la nuIt tout avaIt dIspaRu... ! Le glouton, le voleuR, l’assassIn, est-Il moRt ? Je ne saIs, maIs je sens que je suIs assez méchant pouR le désIReR... et cela pouR la paIX des pauvRes poules et la tRanquIllIté des nombReuX poulaIl-8 leRs de la bRave Montagne d’ARgent ! » Un jaguaR est tué en juIn 1862 paR un gendaRme : sa venaIson est envoYée au pèRe jésuIte NIcou quI s’en Régala. AujouRd’huI, la Montagne d’ARgent est Incluse dans la zone natuRelle d’In-téRêt écologIque, faunIstIque et floRIstIque n° 44 (ZnIeff de tYpe 2), dIte de « la PoInte Béhague et de la baIe de l’OYapock », sItuée entRe les estuaIRes de l’Ap-pRouague et de l’OYapock. C’est l’un des tRoIs sItes majeuRs de côtes Rocheuses de GuYane avec ceuX de KouRou et CaYenne, Isolé dans la plus vaste zone hu-mIde de GuYane. C’est l’une des RaIsons de son InscRIptIon à l’InventaIRe des sItes natuRels pRotégés de GuYane en 2002. DepuIs 1998, le ConseRvatoIRe de l’espace lIttoRal et des RIvages lacustRes (CelRl) est pRopRIétaIRe de la totalIté du sIte, à l’eXceptIon de la paRtIe côtIèRe
9 du teRRItoIRe, dans l’empRIse de la zone des cInquante pas géométRIques , quI faIt paRtIe du domaIne publIc maRItIme dont la gestIon est confIée à la DIRectIon dépaRtementale de l’équIpement (DDE) : elle est donc devenue ImpRescRIptIble et InalIénable. Ce statut foncIeR appoRte des gaRantIes juRIdIques de conseRva-tIon. Le Règlement d’occupatIon et d’utIlIsatIon des sols quI s’Y applIque In-teRdIt toute constRuctIon nouvelle à l’eXceptIon d’ouvRages légeRs. Sont également autoRIsés les tRavauX de RéhabIlItatIon vIsant la pRotectIon ou la mIse en valeuR des vestIges humaIns.
Elle n’eXclut pas cependant les foRmes Illégales d’occupatIon du sol que l’on RencontRe paRfoIs à l’IntéRIeuR même de sItes pRotégés au tItRe de l’envI-Ronnement et que seule une applIcatIon RIgouReuse de la RéglementatIon conju-guée à des actIons de communIcatIon aupRès des usageRs peRmettRa de pRévenIR ou de suppRImeR. Le sIte ne compoRte pas de constRuctIon, maIs Il subIt au nI-veau de l’anse d’atteRRIssage une occupatIon RégulIèRe soIt de la paRt des pê-cheuRs, quI Y vIennent cheRcheR de l’eau douce ou se ReposeR, soIt de la paRt d’ImmIgRés clandestIns quI ne sont que de passage maIs laIssent de nombReuX 10 déchets .
L’occupation amérindienne
L’hIstoIRe de la Montagne d’ARgent commence avec les populatIons amé-RIndIennes. Cette hIstoIRe foRt mal connue s’appuIe suR des souRces ethno-hIs-toRIques RaRes et des vestIges aRchéologIques dIffIcIles voIRe ImpossIbles à dateR. Les dIfféRents aRtéfacts améRIndIens qu’on ne doIt pas lIeR les uns avec les au-tRes à défaut de pReuves concoRdantes peuvent coRRespondRe à dIfféRentes époques d’occupatIon ; Il faut donc ResteR tRès pRudent dans leuR analYse. Des années 1580 à 1630, de nombReuX bateauX euRopéens, anglaIs, hol-landaIs et fRançaIs, se lancent suR les côtes guYanaIses, laIssées lIbRes paR les
PnRg-OYana/K. SaRge (2010), PuIts d'eau saum̂atRe.
9 La zone dIte des cInquante pas géomé-tRIques, pRopRe au lIttoRal des dépaRte-ments d’outRe-meR, est constItuée paR une bande de teRRaIn d’une laRgeuR de 81,20 m à paRtIR du RIvage de la meR ; cette zone faIt paRtIe du domaIne publIc maRItIme sous RéseRve des dRoIts des tIeRs. 10 Le conseRvatoIRe tRavaIlle de conceRt avec les autoRItés bRésIlIennes pouR Ré-duIRe dans un pRoche avenIR les IncIvIlItés envIRonnementales et sensIbIlIseR les habItants de la baIe de l’OYapock à la pRéseRvatIon du sIte. Au couRs de l’eXpé-dItIon OYana de novembRe 2010, le PaRc natuRel RégIonal de GuYane a mené une opéRatIon de nettoYage de l’anse.
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11 GuYot, Mochel 2006, p. 293-296. 12 GRenand 2006, p. 111. 13 On tRouve plusIeuRs gRaphIes de ce topo-nYme : « GomeRIbo », « CoumaRIpo », « CommaRIbo ». L’IngénIeuR géogRaphe DessIngY est le deRnIeR à utIlIseR le topo-nYme améRIndIen suR sa caRteCours de la rivière d’Oyapockode 1762. 14 HaRcouRt 1613, p. 41 : «I tooke the said possession of a part, in name of the whole continent of Guiana, lying betwixt the rivers of Amazones and Orenoque, not being actually possessed and inhabi-ted by any other Christian Prince or State ; wherewith the Indians seemed to be well content and pleased». 15 FoRest 1914 [1623], vol. ii, p. 236. FoRest est l’auteuR de la pRemIèRe caRte de la baIe de l’OYapock, où sont IndIqués les vIllages améRIndIens (« WYapoko », p. 223).
PoRtugaIs et Espagnols. Les RIves de l’OYapock sont pRopIces à l’InstallatIon et quelques colons aventuRIeRs Y Restent paRfoIs des années dans l’attente de 11 RenfoRts . GRâce à la RelatIon de robeRt HaRcouRt de 1608, nous savons que les An-glaIs, depuIs les eXpédItIons de WalteR raleIgh, LawRence KeYmIs et ChaRles Lee, entRetIennent des RelatIons avec des AméRIndIens de la baIe d’OYapock et ont même faIt venIR à LondRes, dans le cadRe d’échanges, des yaYo. AInsI An-thonY CanabRe paRt-Il veRs 1595 à LondRes ; puIs c’est au touR de MaRtYn, chef du vIllage CaRIpo, de gagneR les RIvages anglaIs avec ChaRles Lee en 1605. Un ceRtaIn John, InteRpRète améRIndIen, demeuRe luI aussI plusIeuRs années au seR-vIce de John GIlbeRt. Ces pRIvIlégIés de la péRIode de contact RevIennent dans les eXpédItIons suIvantes et seRvent d’InteRmédIaIRes tant aupRès des yaYo que des autRes populatIons de la côte guYanaIse ; Ils paRlementent avec CaRasana, chef des yaYo, ARRIquona, chef des ARwacca, CasIRIno, chef des AméRIndIens de OuanaRY, comme avec les ChaRIb. Les yaYo (yao, iaIos, HYaYes), gRoupe kaRIb, sont connus pouR leuR maî-tRIse de la navIgatIon en meR et demeuRent dans la tRadItIon oRale palIkuR, sous le nom de « SauYune » (gens de la loutRe), comme des InteRmédIaIRes dans les 12 e échanges avec les EuRopéens . installés dès la fIn duxVisIècle entRe OYapock et MaRonI, Ils domInent la baIe de l’OYapock gRâce à leuRs deuX vIllages Idéa-lement placés, l’un à CaRIpo (Montagne Lucas), à l’embouchuRe du fleuve, 13 l’autRe à ComaRIbo (la Montagne d’ARgent), RelaIs IndIspensable avant d’at-teIndRe les Roches de l’île de CaYenne. Le 14 août 1609, HaRcouRt, aRRIvé en maI dans la baIe d’OYapock, se Rend suR la montagne GomeRIbo, le poInt le plus occIdental de la baIe, afIn de pRendRe 14 possessIon de la teRRe au nom du RoI James . il Y tRouve une teRRe eXcellente pouR la cultuRe du tabac, maïs, coton et Roucou voIRe du vIn. En pRésence du capItaIne FIsheR, d’offIcIeRs de sa compagnIe et d’AméRIndIens, Il concède cette montagne à AnthonY CanabRe afIn qu’Il la mette en cultuRe en échange du dIXIème des Récoltes. QuInze ans plus taRd, en décembRe 1623, le HollandaIs Jesse de FoRest ancRe à l’embouchuRe de l’OYapock au pIed de CaRIpo. il vIsIte dans la RIvIèRe de OuanaRY un AnglaIs Installé avec tRoIs esclaves afRIcaIns, puIs de là se Rend à ComaRIbo chez les yaYo, quI luI « tesmougnoIent beaucoup d’afectIon quI nous fIt demouReR ». il Y achète même un champ pouR faIRe du tabac contRe quatRe haches. En maRs 1624, Ils sont RejoInts paR des CaRIbes de « CaYane » et des ARIcouRe de CassIpouRe, ennemIs des CaRIbes, « ce quI estonna foRt les yaos, amIs communs des deuX, et, comme Ils se pRépaRoIent pouR se battRe paR l’entRemIse de [leuR] capItaIne et desdIcts yaos, la paIX fut faIcte entRe euX à la chaRge que les ARIcouRes la demandeRoIent. LeuR céRémonIe fut que les CaRIbes les fuRent attandRe au boRd de la meR avecq leuRs aRmes et levans la flèche suR l’aRc, pReste à descocheR. Les ARIcouRs pRIRent de l’eau et la veRsèRent suR leuRs testes. Cela faIct, les CaRIbes quIttant leuRs aRmées couRuRent dans les canoes des autRes et les embRassèRent à l’occasIon de ceste paIX les yaos les tRaItèRent ensemble huIt jouRs. ils ne se souvenoIent poInt d’avoIR jamaIs eu paIX ensem-ble ». Le temps passant, les navIRes de RenfoRt pRévus paR la compagnIe hollan-daIse ne vIennent pas. En décembRe 1624, Jesse de FoRest décIde de RéunIR « les autRes chRestIens quI estoIent à CommaRIbo pouR consulteR ensemble ce qu’Ils 15 devaIent faIRe ». ils décIdent de quItteR ComaRIbo apRès avoIR pRêté maIn-foRte
auX yaYo contRe les MaYs de CassIpouRe. En maI 1625, les colons hollandaIs mettent voIle en dIRectIon de l’île du Connétable. Que devIennent les yaYo ? LefebvRe de la BaRRe, en 1666, les pRésente comme les plus ancIens habI-tants de la RégIon, « gRands amIs des FRançoIs, aInsI que des PalIcouRs, et peu 16 aImez des GalIbIs », et cIte un seul vIllage de 35 à 40 peRsonnes, sItué dans la RIvIèRe d’OYapock. SuR le lIttoRal quI s’étend entRe OYapock et AppRouague, un pRomontoIRe RocheuX RetIent son attentIon : « La RIvIèRe d’yapoco quI est sous ce cap est laRge d’une lIeue et demIe, à son embouchuRe, poRte tRoIs bRasses de fonds dans son chenal, quI est de la bande de l’ouest. Les teRRes quI sont de l’autRe boRd sont basses et la pluspaRt noYées ; maIs dans celles quI sont du costé du chenal, Il Y plusIeuRs montagnes belles et habItables. Les yaos indIens Y ont une habItatIon plus belle et mIeuX cultIvée que l’on ne le pouRRoIt attendRe du soIn baRbaRe de ces gens-là (...). A une lIeue, et le long de la coste, est la montagne de ComaRIbo, quI a une belle souRce d’eau vIve et une cRIque au pIed, où les canots ou chaloupes peuvent entReR. Les teRRes de cette montagne pa-RoIssent foRt bonnes et donnent espéRance de belles pRoductIons à l’avenIR. » il semble que les deRnIèRes famIlles se soIent en défInItIve IntégRées auX nom-17 bReuX clans palIkuR du bas AppRouague et bas OYapock . L’aRchéologIe demeuRe l’une des pIstes les plus appRopRIées pouR la connaIssance de l’hIstoIRe améRIndIenne du sIte. PlusIeuRs pRospectIons et fouIlles menées depuIs les années 1970 suR la base de RenseIgnements fouRnIs paR des habItants de OuanaRY et de l’OYapock ont peRmIs d’IsoleR des sItes fu-néRaIRes, des sItes à polIssoIRs et des Roches gRavées dans la baIe de l’OYapock (montagnes BRuYèRe et Lucas, monts de l’ObseRvatoIRe). SuR la Montagne d’ARgent, tRoIs sItes d’aRt RupestRe sont aujouRd’huI Iden-tIfIés paR le nombRe de gRavuRes, Ils fIguRent paRmI les plus ImpoRtants de GuYane. LeuR RépeRtoIRe IconogRaphIque, composé de motIfs zoomoRphes, an-thRopomoRphes et géométRIques, est tRès vaRIé. LeuR découveRte ne date, cepen-dant, pas de ces deRnIèRes années. Les Roches gRavées sont sIgnalées, en effet, paR plusIeuRs auteuRs. En 1728, le capItaIne poRtugaIs DIogo PInto da GaYa, dépêché pouR RécolteR des InfoRmatIons suR la fRontIèRe entRe la capItaIneRIe du GRão PaRá et la GuYane, RéalIse un Relevé de Roches gRavées de la Montagne, 18 dont les motIfs ne coRRespondent en RIen auX gRavuRes actuellement tRouvées ! Ce document seRa utIlIsé paR le géologue ChaRles HaRtt en 1871 paR l’entRemIse de DomIngos SoaRes FeRReIRa Penna, puIs RetRouvé en 1990 dans les ARchIves de l’Etat du PaRá à la demande de l’aRchéologue EdIthe da SIlva PeReIRa, quI l’a publIé en 1992. En 1878, l’eXploRateuR Jules CRevauX mentIonne luI aussI les Roches gRa-vées de la Montagne d’ARgent en les IdentIfIant comme des vestIges améRIn-dIens : « Une sœuR de CaYenne, à quI j’aI montRé les gRavuRes des ancIens indIens du MaRonI m’a dIt avoIR tRouvé des dessIns semblables suR des Roches de la montagne d’ARgent. C’est sans doute une de ces pIeRRes quI a sI foRt In-tRIgué les PoRtugaIs loRsqu’Ils cheRchaIent des aRguments pouR faIRe valoIR leuRs dRoIts suR le teRRItoIRe compRIs entRe l’Amazone et l’OYapock. Nos voIsIns pRé-tendaIent avoIR tRouvé une pIeRRe gRavée, une ancIenne boRne de lImItes suR la-quelle Ils avaIent Reconnu les aRmes de ChaRles V. Une commIssIon fRanco-poRtugaIse appelée à eXamIneR ce monument ne tRouva que des fIguRes bIzaRRes quI ne RessemblaIent en RIen auX gRavuRes d’un peuple cIvIlIsé. Nous pouvons cRoIRe que les dessIns de cette pIeRRe n’avaIent pas d’autRe sIgnIfIcatIon 19 que celles que nous avons tRouvées dans le MaRonI . »
16 LefebvRe de La BaRRe, 1666,Description de la France équinoctiale, cy-devant ap-pellée Guyanne et par les Espagnols El Dorado, PaRIs, LIbRaIRIe Jean rIbou, p. 16-17. 17 GRenand 2006, p. 111. 18 PInto da GaYa ne sItue pas le lIeu de sa découveRte. Est-Il besoIn de pRécIseR qu’entRe luI et aujouRd’huI l’admInIstRa-tIon pénItentIaIRe a utIlIsé un gRand nom-bRe de blocs tant suR le lIttoRal pouR constRuIRe les jetées que suR la collIne ? 19 CRevauX (J.),Voyages en Amérique du Sud, PaRIs, Hachette, 1878, p. 145-146.
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