La plume et le prétoire

De
Très tôt dans la littérature, le monde de la justice symbolise une puissance redoutée. L’arbitraire des juges, le fanatisme de la répression, les conditions d’incarcération sont ses thèmes privilégiés. Les clercs médiévaux, Villon, Rabelais en dressent un sombre tableau. Le spectre de la torture et de la peine de mort y est oppressant. La monarchie y ajoutera la censure. Le temps de la contestation ne viendra qu’à la fin du XVIIIème siècle. Avec Voltaire, pour la première fois, cette justice arbitraire est dénoncée. Purgée de ses excès après la Révolution, sa fonction répressive se perpétue même si le rapport de force a changé.

Car l’écrivain dans les années 1750-1830 est devenu un guide respecté, un leader d’opinion, une figure éminente de l’espace public. A cette place, il bouscule les codes de son temps. S’engage alors un conflit entre la liberté d’expression et les limites que le pouvoir lui impose. Le procès devient le lieu d’un débat indécis, âpre et violent.

Ce débat se poursuit dans les œuvres elles-mêmes. A l’abri de la fiction, l’écrivain y retrouve sa souveraineté. Aux tribunaux bien réels, il oppose la justice telle qu’il l’imagine. Le droit a un souffle narratif que la loi n’a plus. D’Eschyle à Corneille, de Shakespeare à Dickens, de Hugo aux poètes de la Résistance, ce théâtre de la justice met en scène l’espoir d’une loi plus juste. Tel est l’objet de ce livre. Qu’elle soit imaginée dans un récit ou rencontrée dans le prétoire, la justice est la scène d’un conflit entre les droits et la loi. Face à la force injuste de la loi, les héros livrent de beaux combats. Violence et puissance sont toujours au premier plan. Modération, tolérance, compréhension dessinent son horizon.
Publié le : mardi 17 novembre 2015
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EAN13 : 9782110100474
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Introduction
La solitude et le forum
Denis Salas Magistrat, secrétaire général de l’Association française pour l’histoire de la justice
Un écran n’mprose jamas totaement un réct. Son projet d’écrture est traersé par une epérence, un oyage ou des rencontres. ï se documente, t, enquête, se asse sasr par son sujet aant d’écrre. À partr d’une matère ans mûre, a réaté des personnes et de eur e est eneoppée dans cee des personnages magnés. Cez es auteurs dont cet ourage trate,  est rare que ’œure se déroue sur un mode purement magnare. Dans a pupart des cas, a e de ’auteur et sa Icton sont mêées au récts eu-mêmes. Un écran comme e Cateaubrand (1768-1848) ncarne au début du xix sèce cette oscaton entre « a sotude et e orum ». ï qutte ses onctons de mnstre au début de a Restau-raton parce qu’ aat déendu es bertés de a presse contre a censure. ï réase peu à peu que e traa ttérare ne peut coester en u aec ’eercce du pouor et s’nstae dans a Igure de ’éterne opposant. Ans, sur ond de désencante-ment, nassent es grands « mages » de a pérode romantque que seront Hugo, Vgny ou Lamartne. Cette posture du « sacerdoce ac » trompera par a sute. « ï y a, écrt Hugo, dans ma oncton queque cose de sacerdota ; je rempace a magstrature et e cergé. Je juge ce que n’ont pas at es juges ; j’ecommune 1 ce que n’ont pas at es prêtres . » À a os juge et prêtre, e poète romantque est au-dessus du monde dont  sanctIe ou condamne ’acton au nom du Ben, de a Vérté et de a Justce. ï est a premère Igure de ’engagement de ceu qu’on appeera es « nteectues » à partr de ’afare Dreyus.
À cette pace, a berté des créateurs sgnIe transgresson et scandae. Soueran dans un monde ors norme, s se euent au-dessus de a o. ïné-tabement, s se eurtent au os (et au juges) qu’une socété organsée a eur objecter. Le prétore deent e eu d’un débat entre es bertés de ’écran et es nterdts qu’on u oppose : bonnes mœurs, ordre pubc, dfamaton, apooge du racsme, njures pubques, attentes à a e prée… sont autant de manères de réprmer es audaces de a pensée. Voà pourquo a justce, qu’ee sot magnée dans un réct ou rencontrée dans e prétore, a une doube ace que cet ourage se propose de parcourr.
1. Projet de préace àL’Histoire d’un crime, cté dansLes Châtiments, Pars, Le Lre de Poce, 1973, p. 37.
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La pume et e prétore
Sous ’Ancen Régme, es écrans sont ace à un pouor arbtrare et né-ga qu ne asse guère de pace à a contestaton. Par sa utte contre es abus des ancens Parements, Votare a ouert a premère brèce en asant de a ttérature e une arme de combat ancée dans ’espace pubc. Au xix sèce, es écrans aîr-ment à sa sute eur autorté morae, prooquent a o, transorment e prétore en trbunes. Hugo et Bazac sont es précurseurs de ce combat. Pus tard, Zoa et Péguy seront eurs épgones au cours de ’afare Dreyus. Au sèce derner, Sartre at de ’engagement de ’écran, « conscence du monde », un mpérat mora. ï est ra que ’store ournssat aors de grandes causes comme a décoonsa-ton ou ’aènement d’une socété sans casses. Aujourd’u, portée par d’autres ncandescences, a ttérature est à a os protégée et bornée par e drot. S es usages ndécats de a berté d’epresson demeurent, e drot d’auteur est ben ant et es sanctons sont rares. Quand ee nterent, a justce oure un débat pubc sur a égtmté d’une œure. Qu’ee sot repée dans ’art ou ouerte sur son époque, a Icton consere une berté d’nenton qu u permet de déIer es codes étabs.
De la fiction au témoignage
La ttérature ecee de tous temps à composer des récts de engeance.Michae Kohhaasde on Kest,Le CidouHoracede Cornee,Coombade Mérmée,Le Comte de Monte-Cristode Dumas,Coinede Gono ou encoreAvri briséd’ïsmaë Kadaré trouent eur arcétype dansLes Euménidesd’Escye. Le éros t e conlt de deu justces, ’une ntraamae, ’autre étatque. ï ncarne un moment de ’store de a csaton jurdque où ’on passe non sans dîcuté d’un code de a oence égtme à un autre. L’store d’Hamet n’est-ee pas cee d’une engeance mpossbe ?Michae KohhaasouLe Cidprésentent une ssue potque à ce conlt au sens d’un dépassement de a justce ndcate par une aternate étatque qu monopose a réponse à a pante. C’est a nassance du trbuna d’Aténa (Aéropage) cez Escye ou cez Cornee de a justce royae (au sens de a justce dte « retenue ») qu stoppe ’engrenage ntermnabe de a engeance.
Certans auteurs eatent au contrare e romantsme nor de a engeance. Cette posture souerane apparat nettement dansLe Comte de Monte-Cristo et Mathias Sandor. Ces récts se dépoent dans un uners purement romanesque agrémenté par me pérpétes. L’écran démurge drge ces récts de engeance, dont es éros se jouent de tous es obstaces qu se dressent sur eur route. Nous sommes ascnés par cette justce « mmanente » anaysée par Bors Bernabé opposée à ’njustce de a justce réee – qu eate aant tout e justcer qu saura e moment enu déposer es armes.
Mas cette « ntranstté ttérare » se mêe e pus souent aec une « tran-2 stté potque » . La pupart du temps, en efet, a réaté perce sous es récts. Lon d’être un mensonge uueu et roe, a ttérature est un acte. Toute
2. L’œure ttérare « ntranste » quand ee est tournée ers a beauté de a orme aors que sa « transtté » a porte à prendre poston, à être entendue, à écrre pour une cause ; or Benot Dens,Littératureet engage-ment, de Pasca à Sartre», 2000, p. 67Ponts Seu , Pars, co. « sqq.
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ïntroducton - Dens Saas
créaton est stuée dans un temps aec eque ee dot composer et se conronter. À a In du Moyen Âge, rappee André Vaucez, es cercs dssdents de ’époque témognent de eur condton d’ncarcératon. Leurs écrts carcérau arracés à a soufrance nous parent encore commeLa Baade des pendusde Franços Von. Au moment des guerres de Regon,Les Tragiquesd’Agrppa d’Aubgné sont un ong poème épque qu dénonce a oence de a répresson contre es protestants et a corrupton du camp catoque. ï est réjoussant de or surgr, dans ce contete étoufant, a Igure de Rabeas que at rere Jean-Perre Royer. Personnage ors du commun,  saura rappeer à cette justce punte sa part d’arbtrare, te ’usage des dés par e juge Brdoye, et tourner en dérson son absurde gamatas.
Sous a monarce, ’appare d’État, sa censure et sa justce dressent de mutpes obstaces à a créaton ttérare. Tout auteur dot trouer des aances pour créer brement. Ans Moère mutpe es nterentons pour are donner Le Tartufeen pubc tout en poursuant une œure de transgresson aecLe MisanthropeetDom Juan. Le combat du dramaturge, te que Crstan Bet e présente, se re sur ces deu terrans en cercant un arbtrage aorabe de a justce qu’ Inra par obtenr sans céder sur sa berté d’auteur.
Le sacre de l’écrivain
Les années 1750-1830 sont cees du « sacre de ’écran » qu est porté par 3 e une eataton de a berté . Au xviii sèce, Votare ncarne a Igure même de ’nteectue de a Répubque des Lettres, porte-paroe sarcastque d’un pubc écaré, toujours prêt à dénoncer e pouor absoutste, e anatsme, ’ïnâme. Son subersDictionnaire phiosophique, condamné à être « »acéré et brûé mentonne Sye Humbert, nente une nouee justce. Depus ors, caque os qu’ audra secouer e joug d’un État trop autortare, a socété troue en ses écrans des gudes respectés, des eaders d’opnon, des marqueurs de a démocrate en constructon.
Dans ’Angeterre ctorenne, ’œure embématque de Cares Dckens est pacée à a crosée de a Icton, de ’enquête et du témognage. Nu n’est pus à ’écoute du peupe et s’adresse drectement à u par ses ectures. Dckens écrt de nombreu tetes contre ’arcasme du système judcare angas, a pene de mort pubque ou a détresse de ’enance abandonnée.Les Grandes Espérancescrtquent a dureté des penes etLa Petite Dorrit’absurdté de ’ncarcératon pour dette. Ce qu ne ’empêce pas – et c’est tout e paradoe sougné par Aan Jumeau – d’être un « romancer soca » orsqu’ pénètre e monde du crme aec Oiver Twistet en même temps e campon de a morae ctorenne. Ses romans montrent une empate à ’égard des crmnes, aors que ses opnons consera-trces sont proces de a gentry dont  est e représentant.
3. Pau Béncou,Le Sacre de ’écrivain, Pars, José Cort, 1973, rééd. nRomantisme rançais, ï, Pars, Gamard, co. « Quarto », 2003.
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La pume et e prétore
En entrant dans e débat pubc, ’écran prend un rsque. ï est perpétue-4 ement pacé seon Mce Lers « sous a menace de a corne acérée du taureau ». Bazac en sat queque cose, u qu crut trouer dans son « afare Peyte » une grande cause à déendre à ’mage du Votare de ’afare Caas. Erreur judcare ? On a pene à e crore. Dysonctonnement peut-être, suggère Gérard Gengembre, dans a mesure où ce procès d’un notare assassn ne sembe guère aor été mené aec probté. Au Ina, non seuement ’omme sera condamné à mort, mas a presse se retournera contre Bazac qu dera âcer son protégé. Dans ses romans, a justce est pus ambaente, tour à tour eu de toutes es ambtons, mas auss occason d’une rae grandeur morae comme a Igure du juge Popnot dans 5 L’Interdiction .
ï est rare qu’ y at concdence entre a beauté ormee (qu’ncarne a poése) et ’acton potque. Le pus souent, c’est une ttérature mneure qu permet à ’écran d’nterenr : actum, pampet, satre, roman popuare et e eueton ou artce de presse… C’est au meu du xix sèce, à a sute de ’écec de a réouton de 1848 et pendant e second Empre, qu’on ot apparatre une ttérature conçue comme acte potque en rupture aec ’estétque romantque. ï en résute une oncton sacerdotae de ’écran qu cumne aec ’apostoat de Hugo et son retrat à Guernesey à partr de 1850.Les Châtimentspubés en 1853 ncarnent une poése de combat qu’on retrouera pendant a Résstance aec René Car et Pau Euard. En déendant son ordre propre de aeurs déé des contrantes socaes, en se déInssant comme une autorté morae ndépendante, en ouant drger a socété comme un égsateur soca, a ttérature ne peut que rencontrer a o commune et ses représentants.
Hugo, dont on sat e grand combat mené contre a pene de mort dès ses premers récts (Le Dernier Jour d’un condamné) et dans ses actes mtants, met en scène ’opposton grandose entre a o et e drot qu traerseLes Misérabes, qu’anayse Gérard Gengembre. À traers es personnages de Jaert et de Jean Vajean, a o est peu de cose en ace d’un acte mora.Les Misérabessont tssés de tes « ats morau umneu ». Embématque entre tous, ceu de monsegneur Myre qu dscupe Vajean du o des deu candeers. Dans e monde mora de Hugo, un peu mensonge aut meu qu’un au témognage.
La Igure du poète proscrt sur ’e de Guernesey pace a ttérature du côté de a rébeon. Son e sanctIe sa msson, qu e porte à s’adresser au peupe dont  eut ncarner ’âme coecte. MagnIée, ’dée d’engagement est à a os moyen d’éducaton des masses, responsabté deant ’njustce, acte propétque en un temps où a démocrate état à nenter.
4. Mce Lers,De a ittérature considérée comme une tauromachie(1946), Pars, Gamard, p. 10, rééd. co. « Foo », 1973. 5. Vor Gérard Gengembre,Bazac, e orçat des ettres, Pars, Perrn, 2013, et Mce Lcté,Bazac, e texte et a oi, Pars, Presses unerstares de Pars Sorbonne, 2013.
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ïntroducton - Dens Saas
La littérature à l’épreuve de la justice
Ans pacée à a auteur d’une royauté sprtuee, a Icton autorse-t-ee tout ? Tout est- possbe derrère son masque ? Dans a seconde parte du e xix sèce, aec ’aènement de ’ordre mora du second Empre, ’écran se repe dans son art sans jour d’une mpunté. La Igure de Maarmé ncarne cette ttérature deenue à ee-même son propre objet. Baudeare, condamné en 1857 pourLes Feurs du ma(et réabté par a Cour de cassaton en 1949 !) reendquat e drot de ne pas être jugé seon es crtères de a morae commune. Au cours du procès ntenté àMadame Bovary, Faubert pade contre es attentes supposées à a morae pubque. Le paradoe est que e corps du dét est une œure soutenue par son seu stye, nuement un réct réaste. Jamas es conlts entre es regstres de percepton et d’nenton n’ont été auss rontau. Yan Lecerc sougne aec rason que ’écran touce orcément au codes de son temps, ne serat-ce qu’estétques, ce dont Faubert at ’epérence. L’acte d’écrre mpque un engagement aant tout dans a orme. « La ttérature oure par des tetes de rupture cette acton nterne engagée contre es codes estétques epquant pour 6 une arge part es es réactons du code soca . » Ee est e eu où nterèrent et se contredsent es codes ttérares et e code péna. ïnétabement, ’écran en usonnant aec ses personnages par e stye ndrect bre prend un rsque. ï endosse, pour e ecteur, ses ats et gestes. Mas à a barre du trbuna, oà qu’ pade. « À aucun moment, soutent Faubert, je ne sors de a spère de a Icton. Je ne déends aucune tèse, ne cerce nu scandae, ne as nuement 7 ’apooge de ’adutère. Je demande de conserer à a ttérature cette berté . »
Aec ’afare Dreyus, au tournant du sèce derner, a Igure de ’nteectue suppante cee de ’écran. C’est ceu qu, ort de sa notorété, prend poston dans e débat pubc au nom de aeurs désntéressées comme a érté ou ’équté. On retroue e tème de ’écran engagé aec Vaès (contre ’oppresson de a ame et de ’écoe), aec Proudon, dont es combats aec a justce sont narrés par Anne-Sope Cambost, pus aec Zoa pendant ’afare Dreyus qu dera 8 subr deu procès . Tous nentent une écrture ndssocabement ttérare et potque. Ans apparat a noton d’erreur judcare sous a pume d’un dreyu-sard, Bernard Lazare (L’Afaire Dreyus, une erreur judiciaire). Anatoe France crée au même moment e personnage de Cranquebe accusé à tort d’njure à un pocer, condamné au nom de ’ordre, coupabe parce que paure, nnocent en quête de réabtaton.L’Îe des pingouins, Icton nsprée par Votare, contera à sa manère ’afare Dreyus.
La ongue store de a toérance accordée au écrans s’est orgée à ’occason e e des « procès ttérares » auXïXet au début du xx sèce. De ce daogue aec es trbunau qu’éoque Gsèe Sapro, a ttérature s’est reconnu un camp et une
e 6. Yan Lecerc, Crimes écrits, La Littérature en procès auX IXsièce, Pars, Pon, 1991, p. 10-11. 7. Sur ces deu afares, or es réqustons du céèbre procureur mpéra Ernest Pnard, es padores et jugements ctés par Emmanue Perrat,Accusés Baudeaire, Faubert, evez-vous!, Wateroo, André Versaes édteur, 2010. 8. Vor Jean-Dens Bredn, « L’engagement de Zoa pendant ’afare Dreyus », n Antone Garapon et Dens Saas (dr.),Imaginer a oi, e droit dans a ittérature261, Pars, Mcaon, 2008, p. sqq.
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La pume et e prétore
responsabté propres. Dans es années 1930, ’engagement partsan at rage cez es aant-gardes surréastes et communstes. Cez es premers,  s’agt de subertr es modèes étabs, prooquer des scandaes, ancer des appes au meurtre… ïs reendquent une rupture à a os estétque et réoutonnare aec a socété bourgeose. On t dans eSecond Manieste’acte surréaste e pusde 1930 : « smpe consste reoer au pong à descendre dans a rue et à trer au asard, tant qu’on peut, dans a oue ». Fgure de stye ou appe à tuer ? Dans ’afareFront rouge(poème de 400 ers), on t sous a pume d’Aragon :
« Piez es réverbères comme des étus de paie Faites vaser es kiosques, es bancs des ontaines Waace Descendez es lics, camarades Descendez es lics… Proétariat connais ta orce Connais ta orce et déchaîne-a… Feu sur Léon Bum Feu sur Boncour, Frossard, Déat Feu sur es ours savants de a socia-démocratie… » Poursu en 1932 pour nctaton à a désobéssance et au meurtre,  objecte comme jads Baudeare qu’on ne peut e juger seon es os communes. Breton pade qu’une prase poétque ne peut n être ncrmnée, n rédute à son sens mmédat dès ors qu’ee obét au « os d’un angage eaté ». Une pétton de tros cents auteurs sembe aor épargné à Aragon es rgueurs de a répresson. Ans e poème écappe-t- au statut de ’acte justcabe. Une poése qu éoque métaporquement 9 a oence de a transgresson ne reèe pas, seon u, de a jurdcton ordnare . Ce débat rebondt aujourd’u à ’ntate des pagnants qu cercent dans e prétore à are juger es attentes à a e prée qu’s croent re dans es romans. ï est demandé à a justce de trouer un équbre entre e respect de a e prée et a berté de créaton romanesque. Pour saor où passe a rontère entre a Icton (surtout quand on pare d’autoIcton) et e rée, tout est une queston d’apprécaton au cas par cas. La o est trop générae pour y parenr. Le juge dot entrer dans e monde toujours snguer de a Icton. ï u aut caque os peser a nature de ’écrt (son stye, sa portée, son contete) et e degré d’attente à un ntérêt égtme. L’écange d’arguments ors du débat compte pus que a sancton. Fort eureuse-ment  este des crtères éaborés par a jursprudence pour départager es ntérêts 10 en présence comme dans e cas du romanPogrom(Érc Béner-Bürcke) en 2005 .
9. Vor Pascae Cassuto-Rou, « Appes au meurtre surréastes », Quee éthique pour a ittérature?, Genèe, Labor et Fdes, 2007, p. 57sqq., et sur a suberson de a orme procès utsée contre eurs adersares par es surréastes, or Natae Pégay-Gros, « L’afare Barrès, Le téâtre du procès »,Les Cahiers de a Justice, Pars, Daoz, 2012/4. 10. La queston posée état de saor s ce roman rappé de poursute par e Parquet état antsémte. Le ondement est e dét d’njure antsémte, de proocaton à a ane racae et de messages oents portant attente à a dgnté umane, notamment de mneurs (artce 227-24 du code péna qu préot tros ans d’emprsonnement). Le trbuna correctonne a donné es crtères pour apprécer « ’ecepton de Icton » : a berté de créaton est pus arge que a berté d’epresson ; ’apooge n’est pas a représentaton ; pour juger une œure,  aut a re en enter ; pour juger ’ntenton déctueuse,  aut juger sa récepton ; es propos Ictonnes ne sont pas punssabes et a bogrape de ’auteur ne permet pas de juger de sa Icton. Vor Agnès Trcore,Petit Traité de a iberté de création, Pars, La Découerte, 2011, p. 220sqq.
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ïntroducton - Dens Saas
À ’ntéreur des œures auss, on ot natre un daogue entre e monde de a justce et e monde de ’magnare. Ans, nous oyons Gde, juré en cour d’assses en 1912, te que e pent Sandra Traers de Fautrer, à a os attent et dstant, cercant à traerser ndemne ’épreue du jugement. ï se souendra de cette epérence en créant une coecton sous un tème très éangéque : « Ne jugez pas ! » Lon de ’édonsme qu’on u attrbue,  saura pus tard, dès 1935, dénoncer a déportaton des écrans dssdents en URSS. Écran et pacIste, accusé âtement de coaboraton, Gono est ncarcéré après a guerre. C’est non sans une certane epérence de a justce pénae qu’ aborde pus tard e procès Domnc. Peut-être est-ce pour cea qu’ perce aec ucdté a contradcton centrae du procès entre a érté du dosser (où est nscrt un réct de cupabté) et cee, aéatore et téâtrae, de ’audence.
Le pus scandaeu, e pus désespéré auss, Genet, te que e at re Forence Rcter, est anmé par a ane d’une justce qu’ subertt autant qu’ magnIe es dénquants. Quant à Maurac, journaste et cronqueur judcare à ses eures,  trouera des accents pognants pour éoquer ’nnocence de hérèse Desqueyrou. Jérôme Mce pent un Maurac abté par a créature péceresse. Pour u, a justce ne dot jamas être séparée de a carté sau à être corrompue, oente et ndférente à autru comme cee de Pate qu « contnue de se aer es mans après deu me ans ».
Sur « la justice de Pilate » Mas peut-on parer encore de a « justce de Pate » à a manère de Maurac ? Cet ourage s’oure par ’anayse du procès de Jésus par Domnque Foyer. Seon a tradton crétenne, e réct est car : e sanédrn a ouu émner Jésus en e rant à Pate, gouerneur roman de Judée, qu ’abandonnera ensute à son câtment. En ace de Jésus, de toutes parts règnent ’nquté, a âceté (e « je m’en ae es mans »), a trason (cee de Judas, ben sûr), a oonté d’é-mnaton. Est-ce auss smpe ? Sans doute e baspème qu u est ormeement mputé est doubement aggraé par a reendcaton messanque et a menace de destructon du Tempe de Jérusaem. L’ampe éco de a prédcaton de Jésus dans a Judée met en pér ’équbre même de a communauté jue. Son émnaton est deenue nécessare. Nu doute sur ce pont. Mas comment epquer ses deu comparutons presque concomtantes deant e grand prêtre Cape, pus deant Pate (ore deant Hérode, seon Luc) en ’espace d’une nut ? Domnque Foyer rappee un passage peu cté du Tamud qu éoque un déa de quarante jours entre es deu comparutons aIn que ’accusé produse des témons à décarge. S’ y a ben eu un compément d’enquête, a son d’un procès bâcé dot être nettement nuancée. La queston de Pate à Jésus, « Es-tu e ro des Jus ? », n’étabt-ee pas un embryon de débat contradctore ? Pate ne e condamne donc pas d’embée. ï a toutes es rasons de se méIer du sanédrn. En questonnant Jésus,  ’nte à se déendre des accusatons portées contre u. Peut-être a-t- même ouu mener une enquête ndépendante ? Jésus en se tasant ne u ofre aucune ssue. ï deent dîce d’gnorer es cameurs de a oue ectée par es autortés regeuses. Ce sence en
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La pume et e prétore
u-même eprme ’ntenton sacrIcee de Jésus qu surpombe e cadre jurdque et oure ers une ecture téoogque. S nous sons e tete éangéque comme un réct de procès, sa trame dra-matque est consttuée par e destn du personnage centra, non par es nsttu-tons. Le narrateur s’engage du côté de ’accusé. Sa umère transIgure e procès. Lon d’être au centre du réct, ’nsttuton et ses acteurs crstasent e cmat de sourde ostté qu ’entoure. C’est a proanaton de ’nnocence et a auteur du sacrIce consent qu sont e nœud de a tenson narrate. Le procès est pent au coueurs des sences du éros, de sa sombre grandeur, de son destn tragque. N’est-ce pas e dscours tenu par a ttérature depus es cercs médéau jusqu’à Jean Genet ? Sa suberson pace ’écran-aocat du côté de ’accusé et non de ceu qu e rappe. Ce n’est pas autre cose que dsat Camus dans son dscours de Suède : « Aucune œure de géne n’a été ondée sur a ane et e méprs. C’est pourquo ’artste au terme de son cemnement absout au eu de condamner. ï n’est pas juge mas justIcateur. ï est ’aocat perpétue de a créature ante 11 parce qu’ee est ante . »
11. Abert Camus, conérence du 14 décembre 1957, OC, Pars, Gamard, co. « Bbotèque de a Péade », t. ïV, p. 261.
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