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Introduction
La solitude et le forum
Denis Salas Magistrat, secrétaire général de l’Association française pour l’histoire de la justice
Un écran n’mprose jamas totaement un réct. Son projet d’écrture est traersé par une epérence, un oyage ou des rencontres. ï se documente, t, enquête, se asse sasr par son sujet aant d’écrre. À partr d’une matère ans mûre, a réaté des personnes et de eur e est eneoppée dans cee des personnages magnés. Cez es auteurs dont cet ourage trate,  est rare que ’œure se déroue sur un mode purement magnare. Dans a pupart des cas, a e de ’auteur et sa Icton sont mêées au récts eu-mêmes. Un écran comme e Cateaubrand (1768-1848) ncarne au début du xix sèce cette oscaton entre « a sotude et e orum ». ï qutte ses onctons de mnstre au début de a Restau-raton parce qu’ aat déendu es bertés de a presse contre a censure. ï réase peu à peu que e traa ttérare ne peut coester en u aec ’eercce du pouor et s’nstae dans a Igure de ’éterne opposant. Ans, sur ond de désencante-ment, nassent es grands « mages » de a pérode romantque que seront Hugo, Vgny ou Lamartne. Cette posture du « sacerdoce ac » trompera par a sute. « ï y a, écrt Hugo, dans ma oncton queque cose de sacerdota ; je rempace a magstrature et e cergé. Je juge ce que n’ont pas at es juges ; j’ecommune 1 ce que n’ont pas at es prêtres . » À a os juge et prêtre, e poète romantque est au-dessus du monde dont  sanctIe ou condamne ’acton au nom du Ben, de a Vérté et de a Justce. ï est a premère Igure de ’engagement de ceu qu’on appeera es « nteectues » à partr de ’afare Dreyus.
À cette pace, a berté des créateurs sgnIe transgresson et scandae. Soueran dans un monde ors norme, s se euent au-dessus de a o. ïné-tabement, s se eurtent au os (et au juges) qu’une socété organsée a eur objecter. Le prétore deent e eu d’un débat entre es bertés de ’écran et es nterdts qu’on u oppose : bonnes mœurs, ordre pubc, dfamaton, apooge du racsme, njures pubques, attentes à a e prée… sont autant de manères de réprmer es audaces de a pensée. Voà pourquo a justce, qu’ee sot magnée dans un réct ou rencontrée dans e prétore, a une doube ace que cet ourage se propose de parcourr.
1. Projet de préace àL’Histoire d’un crime, cté dansLes Châtiments, Pars, Le Lre de Poce, 1973, p. 37.
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La pume et e prétore
Sous ’Ancen Régme, es écrans sont ace à un pouor arbtrare et né-ga qu ne asse guère de pace à a contestaton. Par sa utte contre es abus des ancens Parements, Votare a ouert a premère brèce en asant de a ttérature e une arme de combat ancée dans ’espace pubc. Au xix sèce, es écrans aîr-ment à sa sute eur autorté morae, prooquent a o, transorment e prétore en trbunes. Hugo et Bazac sont es précurseurs de ce combat. Pus tard, Zoa et Péguy seront eurs épgones au cours de ’afare Dreyus. Au sèce derner, Sartre at de ’engagement de ’écran, « conscence du monde », un mpérat mora. ï est ra que ’store ournssat aors de grandes causes comme a décoonsa-ton ou ’aènement d’une socété sans casses. Aujourd’u, portée par d’autres ncandescences, a ttérature est à a os protégée et bornée par e drot. S es usages ndécats de a berté d’epresson demeurent, e drot d’auteur est ben ant et es sanctons sont rares. Quand ee nterent, a justce oure un débat pubc sur a égtmté d’une œure. Qu’ee sot repée dans ’art ou ouerte sur son époque, a Icton consere une berté d’nenton qu u permet de déIer es codes étabs.
De la fiction au témoignage
La ttérature ecee de tous temps à composer des récts de engeance.Michae Kohhaasde on Kest,Le CidouHoracede Cornee,Coombade Mérmée,Le Comte de Monte-Cristode Dumas,Coinede Gono ou encoreAvri briséd’ïsmaë Kadaré trouent eur arcétype dansLes Euménidesd’Escye. Le éros t e conlt de deu justces, ’une ntraamae, ’autre étatque. ï ncarne un moment de ’store de a csaton jurdque où ’on passe non sans dîcuté d’un code de a oence égtme à un autre. L’store d’Hamet n’est-ee pas cee d’une engeance mpossbe ?Michae KohhaasouLe Cidprésentent une ssue potque à ce conlt au sens d’un dépassement de a justce ndcate par une aternate étatque qu monopose a réponse à a pante. C’est a nassance du trbuna d’Aténa (Aéropage) cez Escye ou cez Cornee de a justce royae (au sens de a justce dte « retenue ») qu stoppe ’engrenage ntermnabe de a engeance.
Certans auteurs eatent au contrare e romantsme nor de a engeance. Cette posture souerane apparat nettement dansLe Comte de Monte-Cristo et Mathias Sandor. Ces récts se dépoent dans un uners purement romanesque agrémenté par me pérpétes. L’écran démurge drge ces récts de engeance, dont es éros se jouent de tous es obstaces qu se dressent sur eur route. Nous sommes ascnés par cette justce « mmanente » anaysée par Bors Bernabé opposée à ’njustce de a justce réee – qu eate aant tout e justcer qu saura e moment enu déposer es armes.
Mas cette « ntranstté ttérare » se mêe e pus souent aec une « tran-2 stté potque » . La pupart du temps, en efet, a réaté perce sous es récts. Lon d’être un mensonge uueu et roe, a ttérature est un acte. Toute
2. L’œure ttérare « ntranste » quand ee est tournée ers a beauté de a orme aors que sa « transtté » a porte à prendre poston, à être entendue, à écrre pour une cause ; or Benot Dens,Littératureet engage-ment, de Pasca à Sartre», 2000, p. 67Ponts Seu , Pars, co. « sqq.
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ïntroducton - Dens Saas
créaton est stuée dans un temps aec eque ee dot composer et se conronter. À a In du Moyen Âge, rappee André Vaucez, es cercs dssdents de ’époque témognent de eur condton d’ncarcératon. Leurs écrts carcérau arracés à a soufrance nous parent encore commeLa Baade des pendusde Franços Von. Au moment des guerres de Regon,Les Tragiquesd’Agrppa d’Aubgné sont un ong poème épque qu dénonce a oence de a répresson contre es protestants et a corrupton du camp catoque. ï est réjoussant de or surgr, dans ce contete étoufant, a Igure de Rabeas que at rere Jean-Perre Royer. Personnage ors du commun,  saura rappeer à cette justce punte sa part d’arbtrare, te ’usage des dés par e juge Brdoye, et tourner en dérson son absurde gamatas.
Sous a monarce, ’appare d’État, sa censure et sa justce dressent de mutpes obstaces à a créaton ttérare. Tout auteur dot trouer des aances pour créer brement. Ans Moère mutpe es nterentons pour are donner Le Tartufeen pubc tout en poursuant une œure de transgresson aecLe MisanthropeetDom Juan. Le combat du dramaturge, te que Crstan Bet e présente, se re sur ces deu terrans en cercant un arbtrage aorabe de a justce qu’ Inra par obtenr sans céder sur sa berté d’auteur.
Le sacre de l’écrivain
Les années 1750-1830 sont cees du « sacre de ’écran » qu est porté par 3 e une eataton de a berté . Au xviii sèce, Votare ncarne a Igure même de ’nteectue de a Répubque des Lettres, porte-paroe sarcastque d’un pubc écaré, toujours prêt à dénoncer e pouor absoutste, e anatsme, ’ïnâme. Son subersDictionnaire phiosophique, condamné à être « »acéré et brûé mentonne Sye Humbert, nente une nouee justce. Depus ors, caque os qu’ audra secouer e joug d’un État trop autortare, a socété troue en ses écrans des gudes respectés, des eaders d’opnon, des marqueurs de a démocrate en constructon.
Dans ’Angeterre ctorenne, ’œure embématque de Cares Dckens est pacée à a crosée de a Icton, de ’enquête et du témognage. Nu n’est pus à ’écoute du peupe et s’adresse drectement à u par ses ectures. Dckens écrt de nombreu tetes contre ’arcasme du système judcare angas, a pene de mort pubque ou a détresse de ’enance abandonnée.Les Grandes Espérancescrtquent a dureté des penes etLa Petite Dorrit’absurdté de ’ncarcératon pour dette. Ce qu ne ’empêce pas – et c’est tout e paradoe sougné par Aan Jumeau – d’être un « romancer soca » orsqu’ pénètre e monde du crme aec Oiver Twistet en même temps e campon de a morae ctorenne. Ses romans montrent une empate à ’égard des crmnes, aors que ses opnons consera-trces sont proces de a gentry dont  est e représentant.
3. Pau Béncou,Le Sacre de ’écrivain, Pars, José Cort, 1973, rééd. nRomantisme rançais, ï, Pars, Gamard, co. « Quarto », 2003.
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La pume et e prétore
En entrant dans e débat pubc, ’écran prend un rsque. ï est perpétue-4 ement pacé seon Mce Lers « sous a menace de a corne acérée du taureau ». Bazac en sat queque cose, u qu crut trouer dans son « afare Peyte » une grande cause à déendre à ’mage du Votare de ’afare Caas. Erreur judcare ? On a pene à e crore. Dysonctonnement peut-être, suggère Gérard Gengembre, dans a mesure où ce procès d’un notare assassn ne sembe guère aor été mené aec probté. Au Ina, non seuement ’omme sera condamné à mort, mas a presse se retournera contre Bazac qu dera âcer son protégé. Dans ses romans, a justce est pus ambaente, tour à tour eu de toutes es ambtons, mas auss occason d’une rae grandeur morae comme a Igure du juge Popnot dans 5 L’Interdiction .
ï est rare qu’ y at concdence entre a beauté ormee (qu’ncarne a poése) et ’acton potque. Le pus souent, c’est une ttérature mneure qu permet à ’écran d’nterenr : actum, pampet, satre, roman popuare et e eueton ou artce de presse… C’est au meu du xix sèce, à a sute de ’écec de a réouton de 1848 et pendant e second Empre, qu’on ot apparatre une ttérature conçue comme acte potque en rupture aec ’estétque romantque. ï en résute une oncton sacerdotae de ’écran qu cumne aec ’apostoat de Hugo et son retrat à Guernesey à partr de 1850.Les Châtimentspubés en 1853 ncarnent une poése de combat qu’on retrouera pendant a Résstance aec René Car et Pau Euard. En déendant son ordre propre de aeurs déé des contrantes socaes, en se déInssant comme une autorté morae ndépendante, en ouant drger a socété comme un égsateur soca, a ttérature ne peut que rencontrer a o commune et ses représentants.
Hugo, dont on sat e grand combat mené contre a pene de mort dès ses premers récts (Le Dernier Jour d’un condamné) et dans ses actes mtants, met en scène ’opposton grandose entre a o et e drot qu traerseLes Misérabes, qu’anayse Gérard Gengembre. À traers es personnages de Jaert et de Jean Vajean, a o est peu de cose en ace d’un acte mora.Les Misérabessont tssés de tes « ats morau umneu ». Embématque entre tous, ceu de monsegneur Myre qu dscupe Vajean du o des deu candeers. Dans e monde mora de Hugo, un peu mensonge aut meu qu’un au témognage.
La Igure du poète proscrt sur ’e de Guernesey pace a ttérature du côté de a rébeon. Son e sanctIe sa msson, qu e porte à s’adresser au peupe dont  eut ncarner ’âme coecte. MagnIée, ’dée d’engagement est à a os moyen d’éducaton des masses, responsabté deant ’njustce, acte propétque en un temps où a démocrate état à nenter.
4. Mce Lers,De a ittérature considérée comme une tauromachie(1946), Pars, Gamard, p. 10, rééd. co. « Foo », 1973. 5. Vor Gérard Gengembre,Bazac, e orçat des ettres, Pars, Perrn, 2013, et Mce Lcté,Bazac, e texte et a oi, Pars, Presses unerstares de Pars Sorbonne, 2013.
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ïntroducton - Dens Saas
La littérature à l’épreuve de la justice
Ans pacée à a auteur d’une royauté sprtuee, a Icton autorse-t-ee tout ? Tout est- possbe derrère son masque ? Dans a seconde parte du e xix sèce, aec ’aènement de ’ordre mora du second Empre, ’écran se repe dans son art sans jour d’une mpunté. La Igure de Maarmé ncarne cette ttérature deenue à ee-même son propre objet. Baudeare, condamné en 1857 pourLes Feurs du ma(et réabté par a Cour de cassaton en 1949 !) reendquat e drot de ne pas être jugé seon es crtères de a morae commune. Au cours du procès ntenté àMadame Bovary, Faubert pade contre es attentes supposées à a morae pubque. Le paradoe est que e corps du dét est une œure soutenue par son seu stye, nuement un réct réaste. Jamas es conlts entre es regstres de percepton et d’nenton n’ont été auss rontau. Yan Lecerc sougne aec rason que ’écran touce orcément au codes de son temps, ne serat-ce qu’estétques, ce dont Faubert at ’epérence. L’acte d’écrre mpque un engagement aant tout dans a orme. « La ttérature oure par des tetes de rupture cette acton nterne engagée contre es codes estétques epquant pour 6 une arge part es es réactons du code soca . » Ee est e eu où nterèrent et se contredsent es codes ttérares et e code péna. ïnétabement, ’écran en usonnant aec ses personnages par e stye ndrect bre prend un rsque. ï endosse, pour e ecteur, ses ats et gestes. Mas à a barre du trbuna, oà qu’ pade. « À aucun moment, soutent Faubert, je ne sors de a spère de a Icton. Je ne déends aucune tèse, ne cerce nu scandae, ne as nuement 7 ’apooge de ’adutère. Je demande de conserer à a ttérature cette berté . »
Aec ’afare Dreyus, au tournant du sèce derner, a Igure de ’nteectue suppante cee de ’écran. C’est ceu qu, ort de sa notorété, prend poston dans e débat pubc au nom de aeurs désntéressées comme a érté ou ’équté. On retroue e tème de ’écran engagé aec Vaès (contre ’oppresson de a ame et de ’écoe), aec Proudon, dont es combats aec a justce sont narrés par Anne-Sope Cambost, pus aec Zoa pendant ’afare Dreyus qu dera 8 subr deu procès . Tous nentent une écrture ndssocabement ttérare et potque. Ans apparat a noton d’erreur judcare sous a pume d’un dreyu-sard, Bernard Lazare (L’Afaire Dreyus, une erreur judiciaire). Anatoe France crée au même moment e personnage de Cranquebe accusé à tort d’njure à un pocer, condamné au nom de ’ordre, coupabe parce que paure, nnocent en quête de réabtaton.L’Îe des pingouins, Icton nsprée par Votare, contera à sa manère ’afare Dreyus.
La ongue store de a toérance accordée au écrans s’est orgée à ’occason e e des « procès ttérares » auXïXet au début du xx sèce. De ce daogue aec es trbunau qu’éoque Gsèe Sapro, a ttérature s’est reconnu un camp et une
e 6. Yan Lecerc, Crimes écrits, La Littérature en procès auX IXsièce, Pars, Pon, 1991, p. 10-11. 7. Sur ces deu afares, or es réqustons du céèbre procureur mpéra Ernest Pnard, es padores et jugements ctés par Emmanue Perrat,Accusés Baudeaire, Faubert, evez-vous!, Wateroo, André Versaes édteur, 2010. 8. Vor Jean-Dens Bredn, « L’engagement de Zoa pendant ’afare Dreyus », n Antone Garapon et Dens Saas (dr.),Imaginer a oi, e droit dans a ittérature261, Pars, Mcaon, 2008, p. sqq.
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La pume et e prétore
responsabté propres. Dans es années 1930, ’engagement partsan at rage cez es aant-gardes surréastes et communstes. Cez es premers,  s’agt de subertr es modèes étabs, prooquer des scandaes, ancer des appes au meurtre… ïs reendquent une rupture à a os estétque et réoutonnare aec a socété bourgeose. On t dans eSecond Manieste’acte surréaste e pusde 1930 : « smpe consste reoer au pong à descendre dans a rue et à trer au asard, tant qu’on peut, dans a oue ». Fgure de stye ou appe à tuer ? Dans ’afareFront rouge(poème de 400 ers), on t sous a pume d’Aragon :
« Piez es réverbères comme des étus de paie Faites vaser es kiosques, es bancs des ontaines Waace Descendez es lics, camarades Descendez es lics… Proétariat connais ta orce Connais ta orce et déchaîne-a… Feu sur Léon Bum Feu sur Boncour, Frossard, Déat Feu sur es ours savants de a socia-démocratie… » Poursu en 1932 pour nctaton à a désobéssance et au meurtre,  objecte comme jads Baudeare qu’on ne peut e juger seon es os communes. Breton pade qu’une prase poétque ne peut n être ncrmnée, n rédute à son sens mmédat dès ors qu’ee obét au « os d’un angage eaté ». Une pétton de tros cents auteurs sembe aor épargné à Aragon es rgueurs de a répresson. Ans e poème écappe-t- au statut de ’acte justcabe. Une poése qu éoque métaporquement 9 a oence de a transgresson ne reèe pas, seon u, de a jurdcton ordnare . Ce débat rebondt aujourd’u à ’ntate des pagnants qu cercent dans e prétore à are juger es attentes à a e prée qu’s croent re dans es romans. ï est demandé à a justce de trouer un équbre entre e respect de a e prée et a berté de créaton romanesque. Pour saor où passe a rontère entre a Icton (surtout quand on pare d’autoIcton) et e rée, tout est une queston d’apprécaton au cas par cas. La o est trop générae pour y parenr. Le juge dot entrer dans e monde toujours snguer de a Icton. ï u aut caque os peser a nature de ’écrt (son stye, sa portée, son contete) et e degré d’attente à un ntérêt égtme. L’écange d’arguments ors du débat compte pus que a sancton. Fort eureuse-ment  este des crtères éaborés par a jursprudence pour départager es ntérêts 10 en présence comme dans e cas du romanPogrom(Érc Béner-Bürcke) en 2005 .
9. Vor Pascae Cassuto-Rou, « Appes au meurtre surréastes », Quee éthique pour a ittérature?, Genèe, Labor et Fdes, 2007, p. 57sqq., et sur a suberson de a orme procès utsée contre eurs adersares par es surréastes, or Natae Pégay-Gros, « L’afare Barrès, Le téâtre du procès »,Les Cahiers de a Justice, Pars, Daoz, 2012/4. 10. La queston posée état de saor s ce roman rappé de poursute par e Parquet état antsémte. Le ondement est e dét d’njure antsémte, de proocaton à a ane racae et de messages oents portant attente à a dgnté umane, notamment de mneurs (artce 227-24 du code péna qu préot tros ans d’emprsonnement). Le trbuna correctonne a donné es crtères pour apprécer « ’ecepton de Icton » : a berté de créaton est pus arge que a berté d’epresson ; ’apooge n’est pas a représentaton ; pour juger une œure,  aut a re en enter ; pour juger ’ntenton déctueuse,  aut juger sa récepton ; es propos Ictonnes ne sont pas punssabes et a bogrape de ’auteur ne permet pas de juger de sa Icton. Vor Agnès Trcore,Petit Traité de a iberté de création, Pars, La Découerte, 2011, p. 220sqq.
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ïntroducton - Dens Saas
À ’ntéreur des œures auss, on ot natre un daogue entre e monde de a justce et e monde de ’magnare. Ans, nous oyons Gde, juré en cour d’assses en 1912, te que e pent Sandra Traers de Fautrer, à a os attent et dstant, cercant à traerser ndemne ’épreue du jugement. ï se souendra de cette epérence en créant une coecton sous un tème très éangéque : « Ne jugez pas ! » Lon de ’édonsme qu’on u attrbue,  saura pus tard, dès 1935, dénoncer a déportaton des écrans dssdents en URSS. Écran et pacIste, accusé âtement de coaboraton, Gono est ncarcéré après a guerre. C’est non sans une certane epérence de a justce pénae qu’ aborde pus tard e procès Domnc. Peut-être est-ce pour cea qu’ perce aec ucdté a contradcton centrae du procès entre a érté du dosser (où est nscrt un réct de cupabté) et cee, aéatore et téâtrae, de ’audence.
Le pus scandaeu, e pus désespéré auss, Genet, te que e at re Forence Rcter, est anmé par a ane d’une justce qu’ subertt autant qu’ magnIe es dénquants. Quant à Maurac, journaste et cronqueur judcare à ses eures,  trouera des accents pognants pour éoquer ’nnocence de hérèse Desqueyrou. Jérôme Mce pent un Maurac abté par a créature péceresse. Pour u, a justce ne dot jamas être séparée de a carté sau à être corrompue, oente et ndférente à autru comme cee de Pate qu « contnue de se aer es mans après deu me ans ».
Sur « la justice de Pilate » Mas peut-on parer encore de a « justce de Pate » à a manère de Maurac ? Cet ourage s’oure par ’anayse du procès de Jésus par Domnque Foyer. Seon a tradton crétenne, e réct est car : e sanédrn a ouu émner Jésus en e rant à Pate, gouerneur roman de Judée, qu ’abandonnera ensute à son câtment. En ace de Jésus, de toutes parts règnent ’nquté, a âceté (e « je m’en ae es mans »), a trason (cee de Judas, ben sûr), a oonté d’é-mnaton. Est-ce auss smpe ? Sans doute e baspème qu u est ormeement mputé est doubement aggraé par a reendcaton messanque et a menace de destructon du Tempe de Jérusaem. L’ampe éco de a prédcaton de Jésus dans a Judée met en pér ’équbre même de a communauté jue. Son émnaton est deenue nécessare. Nu doute sur ce pont. Mas comment epquer ses deu comparutons presque concomtantes deant e grand prêtre Cape, pus deant Pate (ore deant Hérode, seon Luc) en ’espace d’une nut ? Domnque Foyer rappee un passage peu cté du Tamud qu éoque un déa de quarante jours entre es deu comparutons aIn que ’accusé produse des témons à décarge. S’ y a ben eu un compément d’enquête, a son d’un procès bâcé dot être nettement nuancée. La queston de Pate à Jésus, « Es-tu e ro des Jus ? », n’étabt-ee pas un embryon de débat contradctore ? Pate ne e condamne donc pas d’embée. ï a toutes es rasons de se méIer du sanédrn. En questonnant Jésus,  ’nte à se déendre des accusatons portées contre u. Peut-être a-t- même ouu mener une enquête ndépendante ? Jésus en se tasant ne u ofre aucune ssue. ï deent dîce d’gnorer es cameurs de a oue ectée par es autortés regeuses. Ce sence en
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u-même eprme ’ntenton sacrIcee de Jésus qu surpombe e cadre jurdque et oure ers une ecture téoogque. S nous sons e tete éangéque comme un réct de procès, sa trame dra-matque est consttuée par e destn du personnage centra, non par es nsttu-tons. Le narrateur s’engage du côté de ’accusé. Sa umère transIgure e procès. Lon d’être au centre du réct, ’nsttuton et ses acteurs crstasent e cmat de sourde ostté qu ’entoure. C’est a proanaton de ’nnocence et a auteur du sacrIce consent qu sont e nœud de a tenson narrate. Le procès est pent au coueurs des sences du éros, de sa sombre grandeur, de son destn tragque. N’est-ce pas e dscours tenu par a ttérature depus es cercs médéau jusqu’à Jean Genet ? Sa suberson pace ’écran-aocat du côté de ’accusé et non de ceu qu e rappe. Ce n’est pas autre cose que dsat Camus dans son dscours de Suède : « Aucune œure de géne n’a été ondée sur a ane et e méprs. C’est pourquo ’artste au terme de son cemnement absout au eu de condamner. ï n’est pas juge mas justIcateur. ï est ’aocat perpétue de a créature ante 11 parce qu’ee est ante . »
11. Abert Camus, conérence du 14 décembre 1957, OC, Pars, Gamard, co. « Bbotèque de a Péade », t. ïV, p. 261.
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