La Puissance pauvre

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Ce livre ne serait pas une histoire de la Russie si on n'y trouvait pas des personnages hors du commun, de furieux débats d'idées, des calamités terribles et d'innombrables victimes. Ils sont donc là, de Nicolas Ier _ le tsar à la " sévérité inquiète " _ au secrétaire de charme qu'à été Mikhaïl Gorbatchev; des prises de bec entre slavophiles et occidentalistes aux récents affrontements entre réformateurs radicaux et patriotes réactionnaires; des famines aux guerres mondiales; de la paysannerie martyrisée aux victimes des répressions de masse.

Derrière ces débordements épiques, on trouve, constamment présente, une intrigue. Au XVIIIe siècle, on parlait déjà de la Russie comme du colosse aux pieds d'argile. Et ce qui n'a pas cessé de frapper depuis les observateurs _ russes comme étrangers _ de l'Empire, c'est qu'il n'avait pas les moyens économiques de ses prétentions internationales. Ainsi déséquilibré, le bateau russe a parfois considérablement tangué. Triomphant en 1815, il est en détresse quarante ans plus tard, à l'issue de la petite guerre de Crimée. Brisé en 1920, il croise avec toute la majesté d'une superpuissance globale en 1975. Moins spectaculaire, mais plus éclairant au fond, est ce qui se passe entre ces grands bouleversements. Tsars et secrétaires parviennent à maintenir la Russie en équilibre bien qu'elle soit _ paradoxe d'autant plus inexplicable qu'il dure longtemps _ un empire sous-développé. Où chercher la clef du mystère? Sans doute dans l'enchaînement de diverses formes d'exploitation _ de l'asservissement tsariste au terrorisme stalinien _ qui ont précisément permis de bâtir la gloire de l'Etat sur l'indigence du peuple.

Aujourd'hui, la puissance pauvre vient de sombrer dans un autre naufrage. S'en remettra-t-elle encore par l'invention d'une nouvelle formule d'exploitation? A moins que la Russie ne change de nature, comme elle avait commencé de le faire entre 1861 et 1913, pour devenir enfin ce que ses habitants voudraient tant qu'elle soit: un pays " normal ".

Georges Sokoloff est professeur des universités à l'INALCO (Institut national des langues et civilisations orientales), conseiller scientifique au CEPII (Centre d'Etudes prospectives et d'informations internationales), consultant à la banque Lazard. Il a effectué d'importantes missions d'assistance technique en Russie au cours des dernières années.
Publié le : mercredi 8 décembre 1993
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EAN13 : 9782213647678
Nombre de pages : 948
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Ce livre ne serait pas une histoire de la Russie si on n'y trouvait pas des personnages hors du commun, de furieux débats d'idées, des calamités terribles et d'innombrables victimes. Ils sont donc là, de Nicolas Ier _ le tsar à la " sévérité inquiète " _ au secrétaire de charme qu'à été Mikhaïl Gorbatchev; des prises de bec entre slavophiles et occidentalistes aux récents affrontements entre réformateurs radicaux et patriotes réactionnaires; des famines aux guerres mondiales; de la paysannerie martyrisée aux victimes des répressions de masse.

Derrière ces débordements épiques, on trouve, constamment présente, une intrigue. Au XVIIIe
siècle, on parlait déjà de la Russie comme du colosse aux pieds d'argile. Et ce qui n'a pas cessé de frapper depuis les observateurs _ russes comme étrangers _ de l'Empire, c'est qu'il n'avait pas les moyens économiques de ses prétentions internationales. Ainsi déséquilibré, le bateau russe a parfois considérablement tangué. Triomphant en 1815, il est en détresse quarante ans plus tard, à l'issue de la petite guerre de Crimée. Brisé en 1920, il croise avec toute la majesté d'une superpuissance globale en 1975. Moins spectaculaire, mais plus éclairant au fond, est ce qui se passe entre ces grands bouleversements. Tsars et secrétaires parviennent à maintenir la Russie en équilibre bien qu'elle soit _ paradoxe d'autant plus inexplicable qu'il dure longtemps _ un empire sous-développé. Où chercher la clef du mystère? Sans doute dans l'enchaînement de diverses formes d'exploitation _ de l'asservissement tsariste au terrorisme stalinien _ qui ont précisément permis de bâtir la gloire de l'Etat sur l'indigence du peuple.


Aujourd'hui, la puissance pauvre vient de sombrer dans un autre naufrage. S'en remettra-t-elle encore par l'invention d'une nouvelle formule d'exploitation? A moins que la Russie ne change de nature, comme elle avait commencé de le faire entre 1861 et 1913, pour devenir enfin ce que ses habitants voudraient tant qu'elle soit: un pays " normal ".

Georges Sokoloff est professeur des universités à l'INALCO (Institut national des langues et civilisations orientales), conseiller scientifique au CEPII (Centre d'Etudes prospectives et d'informations internationales), consultant à la banque Lazard. Il a effectué d'importantes missions d'assistance technique en Russie au cours des dernières années.
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