Le Dahir du 16 mai 1930 dit "Dahir berbère" au Maroc

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Un mois après la promulgation du Dahir du 16 mai 1930, quelques jeunes commencèrent la première manifestation populaire. Abdelatif Sbihi fut le premier à appeler à manifester contre le Dahir du 16 mai 1930, avant même sa publication au Journal officiel. Il essayait d’expliquer que la France voulait avec ce Dahir diviser le Maroc entre Berbères et Arabes, mais aussi, selon lui, évangéliser (christianiser) les Berbères.

Mais le Dahir du 16 mai 1930 dit « Dahir berbère » n’était qu’un décret de loi, promulgué par la France en 1930, pour organiser la justice coutumière dans les tribus où il n’y avait pas de tribunaux islamiques pour l’application de la sharia’.


Né à Taghjijt, « un village dans le sud du Maroc » en 1981, Lahoucine Outachfit obtient son baccalauréat de lettres modernes en 1999 au lycée Hassan II, à Bouizakaren. En 2001, il passe son DEUG en histoire géographie à l’université Ibnu Zohr à Agadir. En novembre 2001, il arrive en France pour suivre ses études d’histoire à l’université de Marne-la-Vallée, puis à Saint-Denis où il obtient une licence en 2004. En 2006, il passe sa maîtrise en histoire et civilisation étrangère à Paris VIII et, en 2008, son master en histoire.

Il prépare actuellement une thèse de doctorat en histoire des Almoravides à Paris VIII. Il est vice-président de l’association Tamaynut-France.


Publié le : vendredi 1 janvier 2010
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EAN13 : 9782953578805
Nombre de pages : non-communiqué
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Introduction Selon Ibn Khaldun, l’histoire « consiste à méditer, à s’efforcer d’accéder à la vérité, à expliquer avec finesse les causes et les origines des faits, à connaître à fond le pourquoi et le comment des évènements. L’histoire prend donc racine dans la philosophie, à laquelle elle 1 doit être comparée comme étant une de ses branches. » L’historien doit être alors un philosophe, car il ne faut pas seulement répéter ce qui a été dit, mais il faut vérifier les informations et s’intéresser aux causes et aux circonstances des évènements. Le travail d’un historien, ce n’est pas simplement recueillir la totalité des évé-nements historiques, mais c’est les traiter et les analyser. Tout simplement, c’est un travail qui consiste à recher-cher la vérité en suivant la méthode de la « philosophie historique ». Notre travail ne sera donc pas de répéter tout ce qui a été déjà dit dans les manuels scolaires marocains, mais sera de vérifier ces informations et surtout de dire et de chercher ce qui n’a pas été dit. La
1 Ibn Khaldun,Discours sur l’Histoire universelle Al-Muqaddima, traduit par Vincent Monteil, Commission libanaise pour la traduction des chefs-d’œuvre, Beyrouth, 1967-1968, p. 5.
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recherche de la vérité cachée à travers les documents et les archives historiques. Avant tout cela, il conviendra d’abord de présenter la région géographique qui nous intéresse ici, mais aussi de faire une brève histoire de cette région de l’Afrique du Nord avant la promulga-tion du Dahir du 16 mai 1930. Le Maroc est un pays situé dans le nord-ouest de l’Afrique, entre l’Atlantique, la Méditerranée, la Mauri-tanie et limité à l’est par l’Algérie. Le Maroc est le pays maghrébin qui réunit le plus d’amazighophones, 45 % de la population du Maroc parlant tamazight, les 55 % restant étant constitués de 45 % d’amazighophones arabisés et de 10 % d’autres minorités (Arabes, Hébreux, Andalous…). Les Berbères habitent principalement en montagne et sont constitués de plusieurs groupes :  dans le massif du Rif, tout au nord du pays, les habitants se nomment eux-mêmes lesIrifin. Leur pays
« Dahir » est un mot acceptable en français sous cette forme. En arabe, on l’écritzahir. Il s’agit d’un terme admi-nistratif très fréquent en Occident musulman, ayant le sens de « aide, soutien », et qui en vint à signifier « décret royal pour conférer une prérogative administrative », comme une nomination à une fonction politique ou religieuse, ou l’octroi d’un privilège moral ou matériel. Le terme apparut pour la première fois sous la dynastie des Almohades (1130-1269). L’emploi du terme Dahir était associé tout particulièrement à la tradition de l’administration royale au Maghreb et en Espagne musulmane. Dans notre contexte, le Dahir est un texte de loi qui était promulgué au Maroc par les autorités du Protectorat et signé par le sultan pour l’organisation de la justice coutumière.
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s’étend le long de la Méditerranée jusqu’à 60 km avant Tétouan ;  dans le grand Atlas au centre, lesImazighen, les Zayyanou lesBeraberhabitent les régions montagneuses au centre du Maroc et la partie orientale des chaînes du Haut-Atlas ;  l’Anti-Atlas au sud et au sud-ouest. LesIshelhin (Souss)habitent la partie occidentale du Haut-Atlas ainsi que la région du Sous. La population actuelle du Maroc est donc essen-tiellement d’origine amazigh. Le tamazight est la langue qui était dominante sur l’ensemble du pays jusqu’en 1930. Mais elle a été dans une très large mesure rem-placée par la langue des conquérants arabes, langue du pouvoir et donc langue officielle. « À partir de 1880, et jusqu’à la grande crise de 1929, la colonisation triomphe. Elle n’a de limites que celles qu’elle veut bien s’imposer : l’idéologie d’une mission civilisatrice et l’exigence d’une économie des moyens. Et bien entendu, le symbole de ce triomphe, c’est la réaction de ses victimes : révoltes sans espoir ou rési-gnation au destin », d’après Abdellah El-Aroui. Après la conférence d’Algésiras, tenue du 16 janvier au 7 avril 1906, et qui « règle solennellement le statut 2 du Maroc » , la France occupa la majeure partie du pays. En revanche, l’Espagne obtint une zone nord, « le Rif » et une zone sud, « Ifni et le Sahara ». La convention de Fès du 30 mars 1912 fonda le Protectorat avec Moulay Abd el-Hafid, « qui a remplacé 2 Gorrée Georges,Charles de Foucauld au service du Maroc, Grasset, Paris, 1939, p. 188.
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son frère Moulay Abd el-Aziz, accusé d’avoir vendu le 3 Maghreb aux chrétiens » . Le 28 avril 1912, le général Lyautey fut nommé premier résident général de la France au Maroc. Cependant, c’est Moulay Abd el-Hafid qui appelle les Français pour établir au Maroc un État moderne, fondé sur l’ordre intérieur et la sécurité économique du pays. Et surtout pour imposer l’autorité du sultan (makhzen) sur les pays des Imazighen (Berbères), « pays deSibaLa France s’est imposé». « pour remplir l’engagement qu’elle a souscrit le 30 mars 1912 de prêter un constant appui à S. M. chérifienne contre tout danger qui menacerait sa personne ou son trône, ou qui compromettrait la tranquillité de ses 4 États. » Les Marocains, bien sûr, ne sont pas restés bras croisés, ils n’ont pas non plus accueilli l’armée française avec des fleurs et « la pacification est pourtant loin d’être achevée ; elle demandera encore plus de vingt ans d’efforts. Il faudra l’énergie du général Huré et de son
3 Gorrée Georges,op. cit., p.196. Sultan : à l’origine, nom abstrait désignant « le pouvoir, e e l’autorité », mais prenant souvent auxIVetVsiècles le sens de détenteur du pouvoir, de l’autorité. Dans la littérature du hadith, le sultan est lewalicelui qui n’a pas d’autre pour wali. Le sultan reste la source de toute autorité. Il conserve la plénitude de son pouvoir spirituel ; chef de la communauté musulmane, il est toujours l’Imam et le chef ; la prière est dite en son nom. Par contre, il est dessaisi progressivement de la réalité des pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire dans le contexte marocain lors de la dissidence. 4 Lacharrière Ladreit Jacques (de), « Au Maroc, la paix fran-çaise »,L’Afrique Française, Paris, 1936. p .7.
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équipe Giraud, Catroux, Trinquet pour réduire en 5 1934 les derniers dissidents. » Ils ont résisté et com-battu jusqu’au bout, surtout dans les pays des Berbères. Comme partout dans les pays du Maghreb, les histo-riens parlent de la grande résistance de la population amazighcontre le colonisateur européen, dans les mon-tagnes, les vallées, les déserts et même dans les grandes villes. À Fès, par exemple, il fallut juste quelques jours après la signature du Protectorat pour que les Berbères qui vivaient dans des tribus près de Fès se soulèvent contre les Français. « Fès est assiégée par 20 000 Berbères ; Moulay Hafid, affolé, voudrait fuir vers 6 Rabat. » La résistance marocaine contre la colonisation s’est concentrée surtout dans trois grandes régions géogra-phiques : 1. Dans le sud marocain (l’Anti-Atlas et le Jebel Bani), dès l’annonce de la signature du traité du Protectorat, les habitants, se considérant comme déliés de leur engagement vis-à-vis dumakhzen, se regrou-pèrent autour d’Ahmed al-Hiba, fils de Shikh Ma el-Aïnin et l’ont proclamé sultan à Tiznit. « Le prétendant Ahmed el Hiba, fils du fameux Ma el-Aïnin, réputé
5 Gorrée Georges,ibid. p. 197. 6 Gorrée Georges,id., p. 197. *Makhzen: le motmakhzenest un substantif arabe – suivant le schème des noms de lieu – qui a pris une signification politique au fil des siècles. Lemakhzenvient du verbekhazanaen arabe qui veut dire « l’endroit où l’on entrepose », d’où e « magasin ». Utilisé dans la Tunisie duXIX siècle pour désigner l’État beylical, il est passé dans la science politique contemporaine comme le concept définissant l’État marocain.
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pour sa science, ses miracles et… son agitation, est 7 proclamé sultan à Tiznit. » De sa résidence de Tiznit, al-Hiba lança des colonnes, des nombreux partisans arrivèrent de l’oued Noun, du Dra, du Sahara et des confins de la Mauritanie. Agadir et Taroudant étaient occupées par ses deux frères, tandis que de Tiznit,al-Hiba envoyait des propagandistes dans le Haouz et vers le nord. Il avait donc traversé tout le sud jusqu’à Marrakech et même jusqu’aux Doukkala. « Al Hiba avait traversé l’Atlas, en imposant sa domination aux tribus de la plaine de Marrakech, où il se fait proclamer sultan. La révolte gagne de proche en proche vers le nord, les Doukkala et les Rehamna passent à el Hiba (…) Le colonel Mangin fonce au-devant d’Al Hiba, lui inflige une défaite complète le 6 septembre 1912 à Sidi 8 Bou Othman. » La même situation est décrite par Gorrée, ainsi : « Le colonel Mangin inflige un premier échec à Ahmed el Hiba, à Sidi Bou Othman. Le 6 sep-tembre, dans cette plaine dénudée, le colonel Mangin mettait en déroute la harka d’el Hiba forte de 6 500 9 cavaliers et d’autant de fantassins. » À Sidi Bu‘Otmane, les troupes dal-Hiba commirent l’erreur d’attaquer en désordre et en masse. Après cet échec, al-Hiba, se replia au sud, où il poursuivit la lutte jusqu’à sa mort, en 1919. La résistance fut continuée par son frère et successeur Merebbi Rabbo jusqu’en 1934. Cette même année, les Espagnols, après plusieurs tentatives infructueuses, mirent fin à la résistance de Sidi Ifni (tribusAit Baamran).
7 Gorrée Georges,id., p. 200. 8 Bernard Maurice,La pacification du Maroc 1907-1934, Comité de l’Afrique Française, Paris, 1936. p. 20. 9 Gorrée Georges,id., p. 200.
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