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Les 47 Ronins : Le trésor des loyaux samouraïs (version illustrée)

De
192 pages
Histoire fameuse des années glorieuses des samouraïs, adaptée dans notre langue et romancée par George Soulié de Morant, Les 47 rônins est sans doute l’un des récits les plus touchants et les plus riches de sens jamais publiés sur ces guerriers farouches. Les aventures des 47 rônins, en japonais «Chushingura» (Le Trésor des loyaux samouraïs), ne sont pas une légende, mais un «fait divers» qui défraya la chronique au début du XVIIIe siècle, et que l’imagination populaire s’est plu à embellir. Il était alors formellement interdit de dégainer son sabre dans l’enceinte du palais royal, mais Asano Takumi, jeune guerrier aussi brave qu’intransigeant, passa outre pour répondre aux provocations du chef des rites, Kira. Il fut condamné à mort; mais ses vassaux, 47 samouraïs désormais sans maître, jurèrent de venger sa mémoire. Pendant plus d’un an, la conjuration demeura secrète, endurant le mépris pour endormir la méfiance de Kira. Leur abnégation porta ses fruits: ils se vengèrent… mais furent, à leur tour, condamnés à mort. Ce livre passionnera tous ceux qui s’intéressent à l’esprit guerrier des samouraïs et à l’histoire de l’Extrême-Orient.
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Extrait
Introduction

Je suis retourné le 14 décembre de cette année 2005 au temple de Sengakuji, vers neuf heures du soir, pour prendre quelques photographies. Une file d’attente de plusieurs dizaines de mètres attendait encore, comme ce fut le cas tout le long de cette journée anniversaire, devant l’entrée du cimetière où reposent depuis 1704 les 47 samouraïs, auprès de la tombe de leur maître et seigneur Asano Takumi-no-Kami Naganori, de sa femme et du samouraï Terasaka Kichiemon no Buyuki. C’est dire combien l’histoire que vous allez lire berce encore aujourd’hui le cœur du peuple japonais.
Alentour et dans l’enceinte du temple, se tenait un matsuri, une foire bigarrée comme on en voit souvent au Japon, avec ses étals innombrables de colporteurs et de marchands ambulants multicolores entre lesquels se pressait une foule bon-enfant.
On pourrait penser que cette foule qui attendait pour aller poser sur chacune des cinquante tombes un brin d’encens fumant ou une offrande, était composée de personnes âgées et de férus d’histoire. Mais non, il y avait nombre de jeunes femmes qui se trouvaient là dans le froid glacial, des hommes seuls aussi, ou accompagnés, ou en groupe, des couples, des étudiants également. On voyait des lycéens riants, engloutissant bruyamment des bols de soupe brûlante et aussi des familles avec enfants qui allaient jeter une pièce en offrande au temple avant la prière de vœux rituelle.
Tant de fumée d’encens se dégageait du cimetière des 47 que l’atmosphère paraissait complètement irréelle et oppressante sous les lanternes jaunies. J’eus mal à la tête pendant trois jours pour avoir tant respiré de ces fumées âcres et sucrées à la fois, en prenant mes photographies. Sur place, des vieillards se mettaient à tousser en pleurant, non d’émotion, mais parce qu’elles avaient comme moi les sinus bouffis d’encens.
Qu’est-ce donc qui se joue dans cette histoire pour laisser ainsi un souvenir et un respect aussi attachant, aussi prenant, quelque trois cents ans après son déroulement ?
Les Japonais n’ont pas honte de leur Moyen Âge, leur passé d’avant Meiji (1868). Il reste pour beaucoup sans doute, un âge d’or idéalisé. Mais ils n’aiment pas l’étaler au grand jour. Ils savent tant de choses que nous ignorons de celui-là.
La grande volonté d’expansion japonaise du vingtième siècle, qui s’est soldé comme on le sait par un échec vécu par les Japonais comme déshonorant, a retourné ici certaines valeurs qui faisaient pourtant référence politique et sociale de sagesse et de puissance humaine depuis des siècles au Japon. Car cet échec de l’expansionnisme japonais et de la guerre du Pacifique est aussi l’échec d’une culture, celle de la culture militaire japonaise des samouraïs de Sengoku-Jidai, la période des Pays en guerre, jusqu’à l’ère Tokugawa (1615-1867). Ainsi au temple de Sengakuji, où je suis allé plusieurs fois et qui symbolise justement ces valeurs, on accueille l’étranger avec prudence, presqu’avec réticence, surtout si l’on sent « qu’il connaît l’histoire ». On lui sourit, certes, mais on ne lui parle pas trop, on lui indique par des gestes, on essaye de lui vendre des calligraphies exécutées par des moines ou des cartes postales… mais on ne lui livre rien. On comprend alors qu’on est bien aux portes du Japon, le Japon des Japonais.

J’ai ressenti tellement de choses ce soir-là qu’il est difficile d’en exprimer les arcanes. Pourtant, cette histoire des 47 samouraïs donne par elle-même, dans sa construction, par ses témoignages, par ses phrases et ses personnages, des clés de cette ferveur populaire ancrée dans le cœur profond des Japonais