Les étrangers dans la Grande Guerre

De
Quand la Première Guerre mondiale éclate, la France est déjà un pays d’immigration. Les étrangers, dont les situations sont très contrastées, sont immédiatement et durablement affectés. Mais c’est aussi l’arrivée de centaines de milliers de soldats et de travailleurs, recrutés dans les pays limitrophes ou dans les colonies pour combler les besoins humains devenus considérables.
Cet ouvrage présente l’histoire méconnue de ces étrangers aux statuts très divers, de leurs relations avec les armées et avec la société française. L’étude montre aussi en quoi la Grande Guerre a constitué une période charnière pour les politiques publiques d’immigration qui suivirent.

Ouvrage réalisé en coédition avec le Musée de l'histoire de l'immigration.
Publié le : mercredi 19 novembre 2014
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782110099464
Nombre de pages : 88
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Introduction
Depuîs es années 1880, a France étaît devenue un grand pays d’îmmîgratîon. Non sans rencontrer une hostîîté dont témoîgnaît une xénophobîe structuree, des centaînes de mîîers d’étrangers s’y înstaèrent, d’autres contînuant à mîgrer au gré des saîsons et de a conjoncture économîque. À a veîe de a guerre, ’étran-ger – bege, îtaîen, espagno et même aemand – étaît une Igure connue et de mîeux en mîeux acceptée magré tout.
La Premîère Guerre mondîae, pour a France, sîgnîIa a présence de centaînes de mîîers d’hommes venus du monde entîer pour combattre et travaîer. Certaîns – amîs ou ennemîs – provenaîent des pays îmîtrophes ; d’autres, înconnus ou presque, arrîvaîent des empîres coonîaux ou de Chîne.
Avant a guerre déjà, un Mangîn ou un Pennequîn avaîent posé e probème de ’usage des coonîaux dans a stratégîe mîîtaîre rançaîse. Les besoîns humaîns urent tes, dès e début du conlît, que es rétîcences à ’empoî de tîraîeurs, spahîs et autres goumîers urent assez vîte baayées. La grave pénurîe de maîn-d’œuvre conduîsît par aîeurs es autorîtés rançaîses à recruter des dîzaînes de mîîers de travaîeurs dans es coonîes. Certaîns n’étaîent pas vraîment étrangers, puîsqu’îs étaîent rançaîs ; maîs, consîdérés comme des indigènes, îs n’étaîent pas cîtoyens, ce quî aîsaît d’eux, d’une certaîne manîère, des étrangers.
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Précédés de représentatîons très argement éaborées et dîfusées par ’îdéoogîe et a domînatîon coonîaes, es coonîaux vînrent donc comme sodats maîs aussî comme travaîeurs. Sî es premîers ne réquentèrent qu’exceptîonneement es popuatîons cîvîes, te ne ut pas e cas des seconds. Le conlît ut donc ’occasîon de nouveaux contacts, es uns et es autres se découvrant mutueement. Pour a premîère oîs aussî, et bîen que tout aît été réaîsé pour évîter eur cohabîtatîon, urent réunîs au combat, aux champs, dans es usînes ou sur es chantîers des hommes partageant a domînatîon coonîae rançaîse, et paroîs brîtannîque.
La France étaît devenue une sorte de Babe à une époque où e concept deracestructuraît très argement a vîsîon que es pays dîtscivilisésavaîent du monde. Cea n’aa pas sans dîicutés nî probèmes, et es conséquences pour es popuatîons rançaîses comme pour ces mîîons d’hommes pus ou moîns étrangers urent majeures.
Les étrangers en France : des situations et des statuts très divers
Depuîs e passage du généra Bouanger au mînîstère de a Guerre, es étrangers étaîent en France ’objet d’une surveîance renorcée : e carnet A recensaît, dans chaque département, es étrangers résîdant en France en âge de servîr es armées, tandîs que e carnet B concernaît es étrangers et es Françaîs soupçonnés d’espîonnage ou d’antîmîîtarîsme. Au recensement de 1911, on avaît dénombré 1160 000 étrangers, dont pus de 100 000 Aemands, 15 000 Autrîchîens et 3 000 Hongroîs. L’état de guerre rendaît îndîspen-sabes des mesures de sécurîté générae appîcabes à tous es étrangers. La décaratîon de guerre radîcaîsa évîdemment eur surveîance et eur contrôe. Dès e 2 août 1914 ut aînsî înstauré e permîs de séjour pour tous es étrangers ; e endemaîn, on rétabît es passeports, avec vîsa, pour entrer en France et, à partîr de 1916, es étrangers durent tous être porteurs d’une carte d’îdentîté. Pour autant, e quaîIcatî d’étrangerrecouvraît bîen des réaîtés. L’étranger pouvaît être un
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ennemî, un amî, un neutre, un sodat, un cîvî réugîé, un travaîeur, ou même un compatrîote venant d’une autre régîon.
Les civils Quand l’étranger devient l’ennemi Dès e 2 août 1914 ut édîcté eDécret relatif aux mesures à prendre à l’égard des étrangers stationnés en France, quî prescrîvaît « à toute personne de natîonaîté étrangère se trouvant actueement sur e terrîtoîre rançaîs de aîre connatre son îdentîté au commîssarîat de poîce, à a maîrîe ou à ’admînîstrateur de sa résîdence. Devront satîsaîre à cette obîgatîon tous es étrangers […], même s’îs ont aît […] a décaratîon prévue par e décret du 2 octobre 1888 ». Les étrangers devaîent posséder un permîs de séjour et demander un sau-conduît pour se dépacer, notamment dans a zone des armées. Les sujets des puîssances ennemîes (Aemands, Austro-Hongroîs) dîsposaîent de vîngt-quatre heures pour évacuer e nord-est de a France. Queques semaînes pus tard, e 15 septembre, e mînîstère de ’ïntérîeur ordonna que « tous es Austro-Aemands sans exceptîon », même s’îs étaîent por-teurs d’un permîs de séjour, soîent conduîts d’abord dans des dépôts répartîs sur tout e terrîtoîre (écoes, casernes, orts décassés), puîs dans « des camps de concentratîon ». Autrement dît, es ressortîssants des pays avec esques a France étaît en guerre étaîent consîdérés comme des ennemîs qu’î aaît înterner. Par a suîte, queques adoucîssements urent appor-tés à cette mesure drastîque : Asacîens-Lorraîns, Poonaîs et Tchèques notamment purent bénéIcîer d’un régîme dérogatoîre, tout comme es emmes nées
rançaîses maîs devenues autrîchîennes ou aemandes par marîage. Au prîntemps 1915, î y auraît eu envîron 20 000 înternés cîvîs : envîron 7 500 Aemands et 4 600 Austro-Hongroîs étaîent répartîs entre 58 camps de concentratîon en France ; près de 9 000 étrangers de dîverses orîgînes demeuraîent dans es dépôts îbres. Le pus grand camp ut probabement ceuî de ’e Longue, dans a presqu’e de Crozon : construît par e génîe à partîr de novembre 1914, puîs par es prîsonnîers eux-mêmes, ce camp vît passer près de 5000 hommes, parmî esques de très nombreux înteectues et artîstes, te e cînéaste autrîchîen Pabst.
En 1916, après es dîférents rapatrîements efectués – notamment par ’întermédîaîre des pays neutres –, î restaît moîns de 10 000 înternés, et en 1918 on en comptaît à peu près 6 000. Au tota, on estîme que 45 000 étrangers urent înternés.
Portefeuille de Luigi Cavanna, immigré italien mobilisé par l’armée italienne. Ce portefeuille a été cousu dans un morceau de drap grisvert de son uniforme. © Coll. Musée de l’histoire de l’immigration
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