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Les Grandes Affaires criminelles de Languedoc-Roussillon

De
440 pages
Sujet - Amphithéâtre tourné vers la mer Méditerranée, la région Languedoc-Roussillon a abrité nombre de drames qu'aucun esprit, le plus fécond fût-il, n'aurait pu imaginer. Si besoin en était, ce volume de la collection des « Grandes Affaires Criminelles » vous en apportera la preuve. Du parricide de Pia à l'assassinat du leader syndical contesté Christian Poucet, en passant par la chasse aux Italiens dans les salins d'Aigues-Mortes en 1893, le fratricide du Rozier, l'affaire Tejerons, celle du « pain maudit » de Pont-Saint-Esprit après la Seconde Guerre mondiale et le double crime sinistre de Christian Van Geloven, vous découvrirez dans ce recueil des histoires étonnantes, inconcevables, et pourtant vraies.


Jean-Michel Cosson, José Lagorce, Jean-Philippe Savignoni, Gisèle Vigouroux et Marie-Pascale Vincent associent aujourd'hui leur talent et compilent trente-cinq affaires parmi les plus emblématiques de la région. Chaque auteur a exhumé des archives du département qu'il a étudié des histoires originales, restées ou non dans les mémoires, datant de la naissance du xixe siècle au début des années 2000.


Assurément, Les Grandes Affaires Criminelles de Languedoc-Roussillon sauront vous captiver.


Les auteurs :

Jean-Michel Cosson, professeur, se passionne pour le xxe siècle, ainsi que pour l'histoire « non officielle ». Il est l'auteur de nombreux ouvrages parus aux éditions De Borée.

José Lagorce s'est orienté vers l'écriture après des études de sociologie et d'anthropologie. Il a signé Les Grandes Affaires Criminelles de l'Aude en 2010.

Jean-Philippe Savignoni est guide conférencier et conteur du patrimoine au musée Fenaille à Rodez.

Gisèle Vigouroux est une « raconteuse » qui s'attache, au travers des faits judiciaires, à retracer les petites histoires qui font la grande.

Marie-Pascale Vincent, journaliste et photographe, écrit régulièrement pour la presse locale et régionale des articles sur l'agriculture, le tourisme et le développement du territoire.
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Table des matières
Au pays de la bête 1764-1767......................................................................................
L’attaque de la diligence Affaire J. Bardy, A. et B. Massac, Narbonne et Perpignan Cour d’assises de l’Aude, 21 septembre 1823..........................
L’appât du gain Affaire Jean Guisset, Pierre Ségui et Robello, Ille Cour d’assises des Pyrénées-Orientales, 6 décembre 1834...
Deux cents témoins pour un procès Affaire Fauguin, Aumont-Aubrac Cour d’assises de la Lozère, décembre 1836 Affaire Fauguin, J.-B. Chastang, B. Bouquet, J.-B. Lacas et P. Bonnefoi, Aumont-Aubrac Cour d’assises de la Lozère, 27 mars-6 avril 1838 Affaire J.-B. Lacas, Saint-Sauveur Cour d’assises de la Lozère, 6 décembre 1839........................
Le bonnet grec Affaire François Sarrat, Saint-Genis-Saint-André Cour d’assises de l’Aude, 27 novembre 1840...........................
Fabre, le parricide Affaire Pascal Fabre, Pouzols Cour d’assises de l’Hérault, 22 août 1842................................
La «Canailho de Caous» Affaire J. Pomarèdes et F.-A. Rouyre, Caux, Hérépian et Béziers Cour d’assises de l’Hérault, 25 novembre-7 décembre 1842 ..........................................................................
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LESGRANDESAFFAIRESCRIMINELLES DELANGUEDOC-ROUSSILLON
Les trabucaïres ou la frontière de la mort Cour d’assises des Pyrénées-Orientales, 19-28 mars 1846....
Le blanc ou le noir Affaire Jeanneton Richard, veuve Maliges, Estables Cour d’assises de la Lozère, 9 mars 1850 Affaire Marie Veyrunes, épouse Laurens, Altier Cour d’assises de la Lozère, 13 mars 1873..............................
On ne se méfie jamais assez du percepteur ! Affaire André Treilles, Fournels Cour d’assises de la Lozère, 20 mars 1851..............................
Le moulin de la discorde Affaire Joseph Mirepoix, Fleury-d’Aude Cour d’assises de l’Aude, 21-23 août 1851...............................
Quintuple meurtre à Formiguères Affaire Pierre Comme, Formiguères Cour d’assises des Pyrénées-Orientales, 26-31 octobre 1854 ......................................................................
Le tunnel de la honte : Le Luc 1856-1904......................................................................................
Les enfants du malheur, les enfants de la haine Montpellier, Vailhauquès et Aniane e e XIX-XXsiècles.............................................................................
Dernière exécution publique dans le Gard Affaire Francisco Sancho et José Vaqué, Beaucaire Cour d’assises du Gard, 19 et 20 mai 1875.............................
Vers les bois de justice Affaire Henry Bos et Émile Castans, Verzeille Cour d’assises de l’Aude, 27 et 28 février 1880.......................
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Table des matières
Pour une banale histoire d’eau Affaire André Issarte, Balsiège Cour d’assises de la Lozère, 3 septembre 1881...................... 189
L’abbé, l’institutrice et les deux bigotes Affaire Auriol, Nohèdes er Cour d’assises des Pyrénées-Orientales, 1 août 1882.......... 195
Un coupable trop idéal Affaire Joseph Borras, Vincent Guillaumet et Villaraubia, Cuxac Cour d’assises de l’Aude, 12-14 août 1887............................... 201
Chasse aux Italiens dans les salins Aigues-Mortes Cour d’assises de la Charente, 27-30 décembre 1893 Cour d’assises de la Charente, 16 mars 1894......................2....11
Graines de « nanars » 1902 et 1905................................................................................. 221 Affaire A.-B. Roques, Montpellier, Sète, Bordeaux, etc. Cour d’assises de la Charente-Maritime, 14 mai 1902.......... 221 Affaire Alexandre Jacob, Montpellier, Sète, etc. Cour d’assises de la Somme, 8-22 mars 1905.......................... 222
Aux sources du crime Affaire Jean-Alexandre Hébrard, Amélie-les-Bains Cour d’assises des Pyrénées-Orientales, 31 octobre 1904 Cour d’assises du Tarn-et-Garonne, 27 et 28 septembre 1907............................................................ 231
Vengeance sur le causse Méjean Affaire Boussuge et Bonnal, Hures Cour d’assises de la Lozère, 6 et 7 septembre 1909.............. 261
L’auberge espagnole Affaire André Tejerons, Saint-Hilaire Cour d’assises de l’Aude, 7 novembre 1923............................. 273
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LESGRANDESAFFAIRESCRIMINELLES DELANGUEDOC-ROUSSILLON
L’empoisonneuse de Saint-Gilles Affaire Antoinette Sierri, Saint-Gilles Cour d’assises du Gard, 27 et 28 avril 1926............................
Nini Montech Affaire Eugénie Montech, Saint-Papoul Cour d’assises de l’Aude, 17-19 novembre 1927.....................
Double meurtre à Saint-Chély Affaire Louis Combres, Saint-Chély-d’Apcher Cour d’assises de la Lozère, 29 et 30 décembre 1929............
Le mas maudit Affaire Marius Rodeillat, Nîmes Cour d’assises du Gard, 15 et 16 janvier 1948 Affaire Thérèse-Alice G., Nîmes Non élucidée, 14 août 1984 Affaire Jacques C., Nîmes En cours, 9 mai 2006...................................................................
L’homme du clocher Saint-Nazaire Affaire René Fournial et Hubert Vève, Sète Cour d’assises de l’Hérault, 9 juillet 1949................................
La cantatrice incendiaire Affaire Éva C., Nîmes Cour d’assises du Gard, 10 et 11 juillet 1953..........................
Le diable de Vauvert Affaire Robert Brunel, Nîmes Cour d’assises du Gard, 9 avril 1954........................................
L’empoisonneur de Saint-Paul-le-Froid Affaire P. C., Saint-Paul-le-Froid Cour d’assises de la Lozère, 31 janvier 1956...........................
La ferme du démon Affaire André Bonnel, Villemoustaussou Cour d’assises de l’Aude, 22 et 23 avril 1975..........................
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Table des matières
Docteur Jekyll ou M. Hyde ? Affaire Luc T., Marseille et Nîmes-Rodilhan Cour d’assises des Bouches-du-Rhône, 19-24 mai 1983 Cour d’assises du Gard, 3-7 février 1992.................................. 361
« Le crime était presque parfait » Affaire Yves D., Daniel B., François M., Marie-Thérèse H. et Danielle S., Joncels Cour d’assises de l’Hérault, 30 juin 1992 Cour d’assises de l’Hérault, 12-16 octobre 1992..................... 369
L’assassin à double facette Affaire Christian Van Geloven, Elne Cour d’assises des Pyrénées-Orientales, 21-25 mars 1994 .... 379
Le dépeceur inconnu de la gare de Perpignan Affaire T. Andujar, M. Chaïb, M.-H. Gonzalez et F. Idrahou, Perpignan Non résolue, 24 septembre 1995-9 février 2001...................... 389
Un homme de là-bas… Affaire Gérald H., Jean-Claude L. et Marcel N., Montpellier Cour d’assises de l’Hérault, 9-18 décembre 1996................... 399
La route effrayante du tueur insensible Affaire Patrick Tissier, Perpignan Cour d’assises des Pyrénées-Orientales, 20 janvier 1998...... 407
Meurtre non élucidé d’un leader syndical contesté Affaire Christian Poucet, Baillargues Non élucidée, 29 janvier 2001.................................................... 413
La bête du Gévaudan. (Droits réservés.)
Au pays de la bête
1764-1767
ERÉCITPOSSÈDE tous les ingrédients qui lui permettraient L de débuter par « il était une fois ». Mais il commence en juin 1764, court sur les deux années suivantes, 1765 et 1766, pour s’achever au printemps 1767. Durant trois ans, de Langogne à Saint-Chély-d’Apcher jusqu’au pays de Saugues, cette région déjà en proie à la plus grande misère va connaître la peur. Une centaine de personnes, de jeunes enfants surtout et quelques femmes aussi, vont payer de leurs vies les ter-ribles méfaits de la bête, comme on la nomme toujours ici. Le Gévaudan y gagnera d’être connu dans l’Europe entière. Car les méfaits de la bête assoiffée de chair et de sang se sont répandus au-delà des frontières. L’histoire est tellement édifiante que pendant très longtemps, voire aujourd’hui encore, lorsqu’un journal a besoin de sensationnel, il publie des articles parlant de la bête ! Plus de deux siècles après les faits, malgré de nombreuses recherches et hypothèses, on ne sait toujours pas à qui imputer cette série de crimes. Que les amateurs de légende et de sensation-nel se rassurent. En l’absence d’études médico-légales et autres
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rapports d’enquête, le mystère courra longtemps encore. Sous la plume d’écrivains, historiens, conteurs ou éthologues, l’encre peut continuer de couler, signant ainsi le plus grand mythe du Gévaudan.
De Langogne au mont Mouchet
C’est à l’automne 1764 que le bruit se répandit dans le pays. À cette époque, les nouvelles ne circulaient pas aussi vite que maintenant. Mais ces faits étaient d’une telle gravité que nul ne pouvait les ignorer. Dès le printemps, la région de Langogne avait été victime de multiples attaques perpétrées par une bête étrange dont certains voulaient croire qu’il s’agissait d’un loup. La première victime, une vachère de vingt ans, avait été attaquée durant le mois de juin. Défendue par ses bœufs, elle s’en était tirée avec les habits déchirés. Puis était venu le tour de Jeanne Boulet, vingt printemps également. L’attaque s’était passée au hameau des Hubacs, sur la paroisse de Saint-Étienne-de-Lugdarès. Se trouvant malencon-treusement sur un des trajets de la bête, la jeune fille avait tout simplement été dévorée. Alors que le crime avait été commis à la limite des hauts plateaux du Gévaudan et des profondes val-lées de l’Ardèche, dans toute la région, on parla abondamment de ce meurtre. Allez savoir pourquoi, en revanche, la mort d’une jeune fille de quinze ans, le 8 août à Masméjean, paroisse de Puylaurent, passa presque inaperçue. À partir de la fin août, les meurtres s’accélèrent. Ce fut au tour d’un jeune garçon du Chelyard-l’Évêque d’être dévoré, puis celui d’un adolescent de quinze ans à Chaudeyrac. Le 16 septembre, c’était un jeune du hameau de Choisinet, paroisse de Saint-Flour-de-Mercoire qui était assailli par le monstre et qui eut le ventre ouvert, etc. Bientôt, plus aucun doute ne fut permis. Le pays pouvait trembler. Il était la proie d’un horrible fléau. Ces attaques étaient dues à un seul et même assassin, la bête, comme on l’appelle encore. À partir du mois d’octobre, après que la bête eut encore frappé à Thort, paroisse de Rocles, Rieutord-de-Randon… et qu’une
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Au pays de la bête
battue de deux jours eut été menée par les paysans, la région recouvra une certaine tranquillité. Mais cela ne dura que quelques jours. Bientôt, colporteurs et marchands venant de l’autre côté des monts de la Margeride rapportèrent que des faits similaires à ceux qui s’étaient produits aux environs de Langogne se déroulaient également près de Saint-Chély-d’Apcher. La bête n’avait pas disparu. Elle s’était tout simplement dépla-cée et continuait ses ravages, y faisant sa première victime le 7 octobre. Le lendemain, 8 octobre, elle blessait sérieusement un garçon de quinze ans à la Fage-Montivernoux. Le 15 octobre sur la paroisse de Sainte-Colombe-de-Peyre, un enfant de dix ans eut la tête coupée et les poumons dévorés. Puis le 19 octobre, une jeune fille de vingt et un ans originaire du hameau de Grazière, que ses parents avaient forcée de mener le bétail à pâturer, fut retrouvée à demi dévorée. Dans les mois qui suivirent, les meurtres se multiplièrent. On en compta six en décembre, onze en janvier, quatre en février, neuf en mars, etc. Au total, plus de la moitié des attaques eurent lieu en 1765. Après s’être cantonnée autour de Saint-Chély-d’Apcher, la bête semblait avoir gagné la région du Malzieu et du mont Mouchet. Chaque fois, les blessures qu’elle infligeait étaient les mêmes, lam-beaux de chairs arrachés, gorge coupée. Elle choisissait ses proies parmi les jeunes enfants qui gardaient les troupeaux, aimait aussi les jeunes femmes. Mais point d’homme dans ce sinistre tableau. Si elle frappait souvent le soir à la faveur de l’obscurité, se jouant de tout et de tout le monde, elle vint aussi chercher quelques-unes de ses victimes jusque dans les hameaux. Le 14 mars 1765, la mère Jouve, une jeune femme de trente-cinq ans, se trouve dans la cour de sa maison avec plusieurs de ses enfants. Elle se pré-pare à faire rentrer tout ce petit monde lorsque l’animal surgit. Sautant par-dessus un mur, elle se jette sur une petite fille de six ans qui tient un bébé dans ses bras. La mère, malgré une stature frêle et fragile, se précipite sur elle. Avec l’énergie du désespoir, elle parvient à la faire reculer. Le monstre n’a pas dit son der-nier mot. Il se rabat alors sur un troisième enfant, un garçon de trois ans. La mère lui fait face et résiste, lui disputant le petit. Bientôt, la femme Jouve reçoit l’aide d’un autre de ses garçons, accouru avec un chien. Ensemble, ils arrivent à faire fuir la bête
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qui abandonne le garçon. Grièvement blessé, il mourra cependant quelques jours plus tard.
Le seul fait sur lequel personne ne réussissait à se mettre d’ac-cord, c’était l’identité de la bête. Elle avait été aperçue pour la première fois par des témoins dans la première quinzaine de sep-tembre 1764. Au village d’Estrait, sur la commune d’Arzenc, à la nuit tombée elle s’en était prise à une femme de trente-six ans travaillant dans son potager. La femme avait été égorgée et partiel-lement dévorée. Mais des voisins armés de fourches et de bâtons étaient parvenus à chasser l’animal. La bête était couramment décrite comme un gros loup, mais certains lui voyaient un nez de cochon. D’autres lui trouvaient une allure de hyène et disaient qu’elle avait de grandes griffes. On assurait aussi qu’il s’agissait d’un être surnaturel, un monstre, un glouton ou un loup-garou. On y voyait encore un homme déguisé en animal. Quelqu’un avait aperçu sous son ventre une série de boutons pouvant faire croire qu’un sadique avait enfilé un déguisement. Et elle avait parfois un comportement étrange pour un animal. On l’avait aperçue dans un de ces hameaux du haut Gévaudan s’appuyer avec ses deux pattes de devant sur le bord d’une fenêtre pour guetter la sortie de sa prochaine victime. Pourchassée dans tout le royaume, elle avait échappé aux battues. Elle avait été bles-sée quelquefois, mais sans que cela ait l’air de l’affecter. En fait, les balles semblaient glisser sur sa peau sans l’atteindre réelle-ment. Douée d’une force exceptionnelle, surnaturelle peut-être, elle traînait ses victimes sur de grandes distances. Parmi tous les combats que les hommes lui opposèrent, il est de coutume de raconter celui d’un jeune garçon, Portefaix, originaire de la paroisse de Chanaleilles, près de Saugues. Dans ce village, ils étaient cinq garçons et deux filles à faire bande commune pour se rendre aux pâturages. « Ainsi en groupe, pensaient-ils, nous serons moins vulnérables aux assauts de la bête. » Ces enfants s’étaient armés de bâtons au bout desquels ils avaient attaché des lames de couteau. Un jour, le monstre se dressa devant eux. Dans un même mou-vement, ils se rassemblèrent, firent le signe de la croix. Dégainant
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