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Jean-François
l’instar du chemin de fer, la criminalité ferrro ev ia isa propre Miniacmythologie. Et ses noirs héros, victimes ou crims,i naen larchistes ou
miliLes Grandes
Affaires
Criminelles
DU RAIL
x
De Borée
ÉDITIONSLes Grandes
A f faires
Criminelles
DU RAILAutres publications de Jean-François Miniac
Aux éditions De Borée
Les Grandes Affaires Criminelles de l’Orne
Les Gres Criminelles de Normandie (collectif)
Les Gres d’Espionnage de France
Les Mystères de la Mancheystères de l’Orne
Les Nouveaux Mystères de la Mancheouvelles Affaires Criminelles de la Manche
Les Nouves Criminelles de l’Orne
L’Affaire Spaggiari
Les Grandes Affaires d’Espionnage de France
Autres éditeurs
Amiante, Chronique d’un crime social (collectif)
Caen, du chagrin à l’espoir
Grandes pages amoureuses de Normandie
L’Histoire de Rennes racontée aux enfants (avec C. Briec et B. Genton)
Avec François Rivière
Créatures de cauchemar
Death on the Nile
La Revanche de Ronald Blank
Le Crime de l’Orient-Express
Mort sur le Nil
Murder on the Orient Express
Outsiders
En application de la loi du 11 mars 1957,
il est interdit de reproduire intégralement ou partiellement
le présent ouvrage sans autorisation de l’éditeur ou du Centre français
d’exploitation du droit de copie, 20, rue des Grands-Augustins, 75006 Paris.
© De Borée, 2013Jean-François
Minia

Les Grandes
A f faires
Criminelles
DU RAIL
x
De Borée
ÉDITIONS« Faut-il réagir contre la paresse des voies ferrées
entre deux passages de trains ? »
Marcel Duchamp
À la mémoire de ma grand-mère Marie au souvenir
si lumineux et à celle du généreux Sébastien Japrisot,
auteur de Compartiments tueurs,
dont l’allant et la simplicité me mirent le pied à l’étrier en 2002.8 - Titre chapitreAvant-propos
E NE VOYAGE JAMAIS sans mes mémoires. Il faut
toujours avoir quelque chose de sensationnel à lire dans «
le train », écrivait Oscar Wilde en se remémorant les
J voyages ferroviaires croqués par un Honoré Daumier.
Pour qui souhaiterait s’ouvrir au sensationnel sans tomber dans
l’égocentrisme, assis dans un wagon ou ailleurs, quel meilleur axe
que de se plonger dans la matière ferroviaire même, dans celle de
sa criminalité plus précisément, non pas celles des « Guy des gares »
à l’imagination débridée ou des truculents San Antonio, mais celle,
tout aussi extraordinaire mais ô combien réelle, des affaires
criminelles ferroviaires françaises.
« Quand on monte dans un train, on s’occupe toujours de sa
correspondance », a noté l’onctueux Jean d’Ormesson. Ce « on » ne vaut pas
pour tout le monde. En tout cas, pas pour les voyageurs qui ont écrit ces
quelques pages de l’histoire criminelle, non pas à l’encre noire mais
en lettres de sang, en puisant dans celui de leurs victimes. La
correspondance de ces sinistres passagers n’est ni épistolaire ni ferroviaire,
mais celle vers laquelle leur destin les mène, souvent synonyme de
guillotine. D’ailleurs, en balançant leur victime sur le ballast, certains
d’entre eux ont singulièrement manqué de discernement ; les fenêtres
des trains ne se nomment-elles pas « fenêtres à guillotine » ?
Et cette criminalité-là est aujourd’hui de haute tradition ! Si, avec
pour victime un voyageur non identifié, le premier crime ferroviaire
Le Wagon de troisième classe, toile
d’Honoré Daumier, datée de 1864.
9La carte du chemin de fer de Saint-Étienne
à Andrézieux, créée par la première compagnie
ferroviaire en Europe continentale.
de l’histoire est Suisse, relaté dans un quotidien en 1847, la France,
nation pionnière du populaire chemin de fer grâce aux dynamiques
frères Émile et Isaac Pereire et qui s’honore du premier tronçon
ferroviaire d’Europe continentale, reste un pays majeur de la criminalité
du rail, des premiers artisans du crime, imaginant notamment les
fameuses malles sanglantes, aux attentats de masse, politiques et
terroristes, initiés en 1947 en France et développés dans les années 1980
avec les réseaux islamistes et basques. Comme la vitre qui renvoie la
propre image du voyageur sur le défilement du monde extérieur au
rythme du train, chacun des chapitres de ce livre renvoie à la
criminalité de l’époque dans laquelle évoluent ces trains et leurs acteurs
criminels.
Le chemin de fer français, prisme par lequel se reflètent toutes les
nuances de la noire criminalité, abrite ses propres tueurs en série.
Tueur insaisissable de la ligne Paris-Mulhouse, l’assassin belfortain
10 - Avant-proposCharles Jud fit parler de lui entre 1860 et 1864 et fut condamné à mort
par contumace sans être jamais capturé, inspirant le personnage
fictif de Fantomas des Allain et Souvestre. Nul doute que des maîtres
de l’intrigue comme Agatha Christie, Patricia Highsmith et Freeman
Wills Crofts ont succombé aux charmes narratifs du train, lequel motif
impose un espace clos aux personnages tout en les déplaçant et
corsette le temps dans de rigoureuses contraintes horaires. En quelque
sorte, c’est un voyage à l’envers auquel je vous convie, un trajet aux
sources de la réalité de la criminalité ferroviaire, de cette
criminalité française qui, comme chacun sait, est parfois plus extraordinaire
que celle de la fiction anglo-saxonne. Écrivant leurs sombres pages
en lettres de sang, ces criminels s’avèrent être les Graham Greene,
Agatha Christie, Raymond Chandler et autres Boileau-Narcejac de la
réalité, de sinistres auteurs dont les forfaits dépassent parfois
l’imagination de leurs pairs de fiction, encore que Compartiment tueurs
de Japrisot ne connaisse guère d’équivalent avec son duel à distance
entre l’inspecteur Grazziani et l’assassin ferroviaire commettant une
vague de crimes parmi les autres occupants d’un compartiment du
Marseille-Paris où il a déjà étranglé une passagère…
Ayant opté pour l’éviction d’affaires déjà évoquées dans d’autres
ouvrages récents, j’ai préféré éviter quelques marronniers aux
lecteurs passionnés par la matière ferroviaire : l’affaire Jean-Nicolas
Blétry et Françoise Lallemand en date du 3 juin 1843, celle de la
première malle sanglante, l’assassin Charles Jud, l’affaire d’escroquerie
à l’assurance de Hoyos en 1888, l’assassinat crapuleux d’une balle
L’avènement du
rail en France,
contemporain de
la génération
impressionniste,
est célébré par sa
figure tutélaire,
Claude Monet, comme
sur cette peinture,
Le Pont de chemin à
Argenteuil (1847).
11dans la tête du préfet de l’Eure Jules Barrême sur la ligne
ParisMantes, près de Maisons-Laffitte, le 13 janvier 1886, affaire dont Zola
s’inspire pour écrire La Bête humaine, la malle sanglante à Gouffé
en 1889 et le crime du Paris-Montargis, affaire des Georges Graby et
Henri Michel, commis à Brunoy le 15 décembre 1909, le mystère de
Laetitia Toureaux, retrouvée morte à la station Porte-de-Charenton
dans le métro parisien en 1937, les attentats du sinistre terroriste
Carlos à Ambazac contre le Capitole, à la gare Saint-Charles de
Marseille et Tain-l’Hermitage en mars 1982 et décembre 1983, la
défenestration raciste de l’algérien Habib Grimzi par trois
candidats à la Légion dans le train Bordeaux-Vintimille à Castelsarrasin le
14 novembre 1983, le mystère des trois crimes sataniques de la gare
de Perpignan en 1995, 1997 et 1998, ou encore le tueur des trains Sid
Ahmed Rezala d’octobre à décembre 1999.
De même, j’ai préféré orienter mes recherches vers la criminalité
edu XX siècle, assouvissant mon penchant pour les affaires à l’écho
historique, telles les affaires Stavisky, de la Résistance, du PCF, de
l’OAS ou encore Kelkal.
Omettant les crimes domestiques des employés des chemins de
fer, je n’évoquerai pas ceux d’entre eux qui furent condamnés à la
peine capitale, ni Fernand Bâton, jeune cheminot auxiliaire de la
Compagnie des chemins de fer de l’Est, condamné le 28 juin 1921
pour l’étranglement de Marthe Huguenin et le vol de 4 francs et
Le bourreau
Anatole
Deibler,
croqué par
Delannoy
dans la revue
Les Hommes
du Jour,
en 1909.
12 - Titre chapitred’un parapluie, exécuté à Chaumont le 21 septembre 1921, ni aussi
le conducteur de train Raoul Marchand, condamné en août 1923 et
février 1924, exécuté à Laon, ni encore Victor Courcaud, employé
de chemin de fer, et Jules Duchemin condamnés par les Assises de
la Manche en 1936.
Célèbre exécuteur en chef, Anatole Deibler débute sa carrière de
bourreau sous le signe du crime ferroviaire puisque sa première
exécution française, en date du 3 février 1891, à Paris, concerne l’homme
d’affaires Michel Eyraud quarante-huit ans, et sa complice Gabrielle
Bompard. Le 26 juillet 1889, Eyraud attira l’huissier Toussaint Gouffé
dans un guet-apens avec sa complice et l’assassina, puis transporta
son cadavre en train. Il fut découvert dans une malle un mois plus
tard à Millery, dans le Rhône. Déjà réveillé, Eyraud est assis sur
son lit lorsqu’à l’aube, l’annonce de son exécution lui est faite. Se
rendant fermement au greffe, il repousse l’abbé Faure et quand on
coupe le col de sa chemise, il s’en prend au ministre de l’Intérieur
Constans : « Maintenant, il ne lui reste plus qu’à décorer Gabrielle, la
coquine ! » Puis, il se plaint de son ligotage serré aux aides : « Vous
me faites mal ! » Devant l’échafaud, l’approche de l’abbé est stoppée
par un regard furieux d’Eyraud, qui, sur la bascule, crie : « Constans
est un assassin, il est plus assassin que moi ! Constans est… » avant
que le couperet de Deibler n’interrompe sa phrase. La mort même
de Deibler se place aussi sous le signe ferroviaire. Prévue à Rennes
le 3 février 1939, l’exécution du jeune Maurice Pilorge, assassin le
6 août 1938 de son amant mexicain Nestor Escudero, est reportée
en raison du décès naturel du bourreau Deibler, survenu au matin
du 2 février. Deibler est mort en se rendant à la gare. La boucle est
bouclée. Le sursis est court pour Pilorge, son exécution étant
effectuée dès le 4 février par l’adjoint de première classe Jules-Henri
Desfourneaux, futur exécuteur en chef à compter du 15 mars.
Voici donc un florilège d’une quarantaine d’affaires criminelles
ferroviaires, des nouvelles comme autant de gare sur un trajet de
sang et de mystère aux quatre coins de l’Hexagone.
Ainsi chantait Claude Nougaro :
« Dans le morne train-train des familles
Ou dans le glorieux Paris Vintimille,
Il existe un conseil, un avis,
E Pericoloso Sporgersi. »
13Que la lecture de ces mémoires ferroviaires vous soit aussi
sensationnelle que ne le furent celles de ce cher Oscar à ses propres yeux.
Contrairement à l’indication jadis gravée sur les vitres des trains,
E Pericoloso Sporgersi, il n’est pas interdit de se pencher en arrière
et de revenir sur tel ou tel chapitre.
Puisse qu’au terme de ce si particulier voyage en chemin de fer,
bercé par le roulis de ces quelques chapitres comme par celui des
wagons sur les rails, cette déambulation criminelle vous soit
plaisante, comme pourrait l’être une lanterne magique posée sur cette
matière, semblable au défilement d’un trajet ferroviaire imposant
ses gares, ses paysages, son rythme. Puisse que vous voyiez alors
fuir devant vous crimes, protagonistes et régions, avec cette
nostalgie légère des passagers d’un train constatant l’inexorable fuite des
champs, maisons et autres bourgades… Comme emporté par le doux
balancement d’un train traversant de sombres paysages et de noirs
desseins, puissiez-vous faire votre la phrase de Rainer Maria Rilke :
« Puisque tout passe, faisons la mélodie passagère. » Attention,
passager de ce livre, le train du crime va bientôt partir ! En voiture, la
prose du Trans Hexagone va démarrer sous peu ! Remontez la glace,
celle des derniers regards sur les quais.
Gare à vous, le sifflet retentit ! Bon voyage !Affaire Guillaume Bayon, Saulce-sur-Rhône
Cour d’assises de la Drôme, 27 avril 1870
Concierge de
l’Enfer
NORME, COMPACTE, animée est la foule à l’aube du 2 juin
1870 sur la place Saint-Félix à Valence. Dans la préfecture de
la Drôme, c’est jour de marché. Pourtant, si cette populace É s’est amassée devant les casernes, c’est parce que les portes
de la maison d’arrêt se sont ouvertes à 4 heures du matin, peu avant
que le ciel nocturne ne s’abeaudisse dans un jubilatoire cobalt. Dans
la prison en forme de croix de Lorraine, le directeur y a réveillé un
condamné à 4 h 05, lui a indiqué le rejet de son recours en grâce. « Déjà,
c’est bien tôt. On voit bien que c’est un assassinat en chemin de fer ! »
a-t-il philosophé avant qu’un prêtre ne lui ait donné l’absolution et qu’un
repas pantagruélique de galimafrées ne lui ait été servi, un morceau de
saucisson, une demi-bouteille de vin, quatre verres d’eau-de-vie. Autant
dire que ce n’est pas le spectacle ménager des étals d’olives, ravioles,
picodons, truffes, nougats, noix de Royan, pognes de Romans et autres
huiles de Nyons que Valentinois et Drômois viennent contempler dans
cette estivale matinée annonçant un ciel bleu concolore.
La veuve à Valence
Ce jeudi-là, le condamné sort à pied de la prison et gagne l’échafaud
en marchant, étranger aux injures du public qu’il excite de plusieurs :
Le romancier Alphonse Karr (1808-1880),
photographié en 1865 par Antoine Adam-Salomon.
Ami de la famille de la victime, l’auteur, connu
pour son “Si l’on veut abolir la peine de mort,
que messieurs les assassins commencent !”, quitte
son exil niçois sous le Second Empire pour venir
l’épauler durant la tragédie.
16 - Concierge de l'Enfer17« Venez voir cela, le spectacle est gratis ! » Lorsque Guillaume Bayon
passe de vie à trépas sur l’échafaud sur lequel sont posés les
ostentatoires bois de justice, il se fiche éperdument que son exécution
s’inscrive dans les annales de la criminalité française. Pratiquée sur
cette estrade par l’exécuteur de Lyon, lequel est assisté par celui de
Grenoble, la mise à mort de l’ouvrier passementier de vingt-sept ans
est en effet la dernière réalisée par des bourreaux de province en
France. Le décret Crémieux du 27 novembre 1870 abolira les postes
des bourreaux de province pour ne conserver que celui de Paris et de
ses aides pour l’ensemble du territoire métropolitain. Ainsi, Bayon
sera le dernier condamné à la peine capitale à monter sur une estrade
et à offrir aussi publiquement sa tête pour l’édification des foules.
Désormais, par ce décret rompant avec la prétendue vertu dissuasive
de l’échafaud, les condamnés français ne monteront plus dessus pour
être guillotinés à la vue du plus grand nombre. Cela, sa pâleur au
pied de l’échafaud et sa courageuse montée des marches, son ultime
instant sur le coup des 6 heures, la complainte éditée à Valence cette
année-là ne le transmet pas plus.
Attendus et attente
La tragique attente du jeune supplicié a été courte. Trente-cinq
jours auparavant, le 27 avril précédent, le jury des Assises de la
Drôme à Valence avait entendu le procureur général Gabrielli
soutenir l’accusation – « Il ne faut pas que les wagons remplacent les forêts
légendaires, et ce n’est que par une répression suprême qu’on peut
espérer prévenir de nouveaux crimes » – et le pointilleux défenseur de
eBayon, M Georges Lachaud, faire valoir la jeunesse de son client au
cours d’une belle plaidoirie. Après une délibération de trente minutes,
le jury avait rapporté un verdict sans circonstances atténuantes pour
l’accusé et l’avait condamné à la peine capitale. La société lui donna
le temps de se repentir par une longue expiation, selon les souhaits de
son avocat. En entendant cet arrêt, le condamné resta stoïque tandis
que le public se retirait, impressionné. Pourtant, son pourvoi en
cassation fut rejeté le 19 mai. Il ne restait plus que deux semaines à vivre au
désormais fataliste avant d’expier « le crime de Saulce »…
La lutte des premières classes
Sa dérive débuta dans le rapide Lyon-Marseille au soir du
dimanche 20 mars précédent. À Valence où le train fit arrêt à 1 h 07,
rien d’extraordinaire ne fut décelé. C’est à 1 h 54, au petit matin du
18 - Concierge de l'Enfer