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Les Nouvelles Affaires Criminelles de France

De
449 pages
Comme le disait Tristan Bernard, « un journal coupé en morceaux n'intéresse aucune femme, alors qu'une femme coupée en morceaux intéresse tous les journaux ». La terrible histoire du « Corbeau » corrézien, l'assassinat de la petite Nicole en Haute-Marne, ou le crime à l'anglaise de Pélissanne : tous ces faits divers ont fait les gros titres de la presse et passionné les lecteurs assoiffés de détails. De Lacenaire, le poète assassin, à Michel Fourniret, « l'ogre des Ardennes », Les Nouvelles Affaires Criminelles de France proposent une deuxième liste des plus célèbres histoires judiciaires du xixe siècle à nos jours. En plus d'une trentaine de chapitres, fruits des plus éminents auteurs et spécialistes du sujet, revivez enquêtes, arrestations et procès aux quatre coins de l'Hexagone.. Complémentaires de la collection des « Grandes Affaires Criminelles » des Éditions De Borée, traitant sans sensationnalisme, mais avec une rigueur imaginative, les fameux faits divers, ces histoires vous procureront frissons, intérêt, répulsion et soulagement tout à la fois, car après ces lectures, on peut se réjouir de ne pas avoir connu soi-même pareille tragédie..


L'auteur : Après le succès du premier tome de la série, Sylvain Larue se penche de nouveau sur des affaires criminelles au retentissement national. Il lève une nouvelle fois le voile sur « ses horreurs », comme il les appelle, entre bas-fonds et quartiers bourgeois. S'il s'est installé comme l'un des meilleurs spécialistes en activité de l'étude du monde criminel, il le doit notamment à la publication en octobre 2008 de deux livres de référence consacrés aux affaires emblématiques hexagonales, Les Grandes Affaires Criminelles de France, et Les Tueurs en série de France. Tel un conteur, l'écrivain vous entraînera dans une lecture captivante, mais faite à coup sûr d'angoisse et de frissons..
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LLeses NouvNouvelleselles Affaires es Cr Criminelles
de
France SYLVAIN LARUE
De Borée
ÉDITIONSAutres publications de Sylvain Larue
Les Grandes Affaires Criminelles du GERS,
Éditions De Borée, 2004
Les Grandes Affaires Criminelles du VAUCLUSE, 2005
Les Grandes TARN,
Éditions De Borée, 2006
Les Grandes Affaires Criminelles de la GASCOGNE, 2006
Les Grandes Affaires Criminelles du VAL-DE-MARNE,
Éditions De Borée, 2007
Les Grandes Affaires Criminelles de PARIS, 2007
Les Grandes Affaires Criminelles des HAUTS-DE-SEINE,
Éditions De Borée, 2008
Les Grandes Affaires Criminelles du VAL-D’OISE, 2008
Les Grandes Affaires Criminelles de SEINE-SAINT-DENIS,
Éditions De Borée, 2008
Tueurs en série de France, 2008
Les Nouvelles Affaires Criminelles de PARIS,
Éditions De Borée, 2009
Les Grandes Affaires Criminelles de HAUTE-GARONNE,
(avec Gisèle Vigouroux) 2009
Les Grandes Affaires Criminelles de SEINE-ET-MARNE,
Éditions De Borée, 2009
En application de la loi du 11 mars 1957,
il est interdit de reproduire intégralement ou partiellement
le présent ouvrage sans autorisation de l’éditeur ou du Centre français
d’exploitation du droit de copie, 20, rue des Grands-Augustins, 75006 Paris.
© De Borée, 2009Avec les contributions de
Charles BOTTARELLI Pascal NOURRISSON
Jean-Marie CHEVRIER Bernard SCHAEFFER
Thierry DESSEUX Jean-Michel VALADE
Alain DOMMANGET Gisèle VIGOUROUX
De Borée
ÉDITIONS“ Le maître de cérémonie “ Avant-propos
: LA FRANCE COMMENÇAIT
à vivre à l’heure de la modernité 9 91 0 technique. L’automobile naissait, le
cinéma fl orissait. Pourtant, comme aux temps de la Révolution déjà
lointaine, on guillotinait les condamnés à mort sous les
acclamations de la foule apaisée et satisfaite. Et au lendemain du supplice,
en lisant son journal quotidien, chacun pouvait savoir, aux quatre
coins du pays, que justice avait été faite.
De même, en remontant quelques mois auparavant, ces mêmes
personnes avaient frémi en apprenant la manière atroce dont s’était
déroulé le crime, puis s’étaient félicitées en silence de
l’intransigeance des jurés, bien décidés à faire payer le criminel suivant la loi
du talion.
Car l’attrait des hommes pour les faits divers n’est pas un
phénomène nouveau, et la presse le sait de longue date. De Lacenaire à
Michel Fourniret, les cas présentés dans ce livre ont été l’objet de
toutes les attentions de la part des journalistes et de leurs lecteurs,
et même si certaines n’ont pas eu une renommée aussi durable que
les autres, elles n’en demeurent pas moins des « causes célèbres »
ecomme on les appelait au XIX siècle.
Femmes meurtrières, prêtres assassins, erreurs judiciaires, tueurs
en série, cannibales et amants diaboliques vous attendent au long
des pages de ces fameuses affaires criminelles de France, jugées de
1835 à 2008, pour vous rappeler que l’histoire dégage parfois comme
des parfums mêlés d’encre et de sang séché…
Je vous souhaite, une fois encore, une bonne lecture.
Sylvain LARUE
7Cour d’assises de la Seine, 15 novembre 1835
Affaire Lacenaire, Avril et Martin
Pierre-François,
l’amant de la Veuve
A CÉLÉBRITÉ est volatile et inégale : elle peut être
soudaine et éphémère, progressive et durable, ou, dans le
meilleur des cas, brutale et éternelle à la fois. Si on mesure
cela au nombre de livres écrits ainsi qu’au nombre de fi lms L
réalisés, on peut mettre en tête, dans la célébrité criminelle, Landru,
Petiot, Vacher, les tueurs en série les plus connus de France.
Et Lacenaire alors ? C’est lui qui a obtenu le plus vite l’intérêt des
gazettes, sans plus jamais l’abandonner. Landru n’a fait parler de lui
que cinq ans après son premier crime ; Petiot, lui, est resté
insoupçonné deux années durant. Reconnaissons simplement qu’ils ont
tout fait pour. Mais Lacenaire, lui, voulait se faire prendre. Lui, qui
était écrivain, poète, a laissé la trace de ses propres faits sur le papier.
D’autres auteurs se sont greffés à son histoire avec le temps. Puis en
1945, dans l’époustoufl ante œuvre de Marcel Carné, Les Enfants du
Paradis, c’est la consé cration quand Marcel Herrand interprète avec
brio le rôle du poète assassin, qui n’est malgré tout qu’un des
personnages principaux de l’histoire.
Trente-cinq ans plus tard, sous la caméra du regretté Francis Girod,
c’est Daniel Auteuil qui reprend le fl ambeau, mais cette fois, le fi lm
est entièrement consacré à Lacenaire. Nul doute que ce cabotin
aurait été sensible à ce posthume hommage cinématographique.
Pourtant, rien dans son crime, ou plutôt dans ses crimes, n’aurait dû
laisser le nom de Pierre-François Lacenaire à la postérité.
Pierre-François Lacenaire, poète, malfrat,
assassin. Quand d’autres hommes rêvent d’une vie,
lui rêvait de sa mort. Sur l’échafaud, si possible.
Par chance, il fut exaucé un matin de 1836.
(Coll. Sylvain Larue.)
8 - Pierre-François, l’amant de la VeuveLa « construction » d’un meurtrier
Originaire de Francheville, en région lyonnaise, où il voit le
jour le 20 décembre 1800 – d’autres sources parlent de 1803 –, le
petit Pierre-François est un jour témoin d’une scène qui le marque
à jamais.
Tandis qu’il se promène avec son père,
il débouche place des Terreaux et voit,
pour la première fois de son existence,
l’échafaud et la guillotine dressés,
prêts à servir dans la journée.
Il doit probablement être un enfant déjà
passablement turbulent à l’époque, puisque
son père lui dit : “ Si tu n’es pas sage,
voilà où tu finiras.” »
On a tort de croire que les enfants ne comprennent pas toutes les
allusions des adultes. Ajoutez à cela l’image terrifi ante de la machine de
mort et vous comprendrez que le gamin en soit resté bouleversé. Mais
il n’est pas bouleversé dans le sens ému, choqué, terrifi é, non. Il est
fasciné. Monsieur Lacenaire père a joué les Pythies sans le savoir.
Toutefois, ce n’est pas encore l’heure. Pour l’instant, l’enfant grandit.
Il est vif, rusé, intelligent et manifeste déjà un talent certain pour la
poésie… Une façade avenante qui cache ses premiers larcins ainsi
qu’un tempérament pervers et malsain.
Les années passent, ses études s’en ressentent, et les espoirs
parentaux de le voir réussir sombrent dans le néant. À l’âge adulte,
Pierre-François devient commis voyageur, mais le métier concorde
mal avec son idéal de vie.
Dès 1827, il falsifi e des lettres de change, et son talent de faussaire
lui permet de réitérer à de nombreuses reprises ses escroqueries,
en usant de près d’une vingtaine d’identités différentes. Lassé de
Lugdunum, il abandonne tout pour monter à Paris en 1829, nanti
d’une bourse fournie par ses parents ; lesquels continuent à croire
que la chance va lui sourire.
Pourtant, le jeune homme préfère dilapider le peu qu’il a en
s’adonnant au jeu. Il devient l’un de ces innombrables poètes crève-la-faim,
10 - Pierre-François, l’amant de la Veuveun descendant de François Villon, qui peine à faire publier ses œuvres.
De désespoir, il attente à ses jours à plusieurs reprises, avant de
réaliser qu’il serait vain de se suicider, comme tout le monde. Les
paroles de son père lui reviennent alors. Voici ce qu’il écrit en
prison, en 1835, après avoir longuement réfl échi à la question : « La
meilleure façon de mourir. »
« L’eau ? Non, on doit trop souffrir. Le poison ? Je ne veux pas qu’on
me voie souffrir. Le fer ? Oui, ce doit être la mort la plus douce. Dès
lors, ma vie devint un long suicide ; je ne fus plus mien, j’appartenais
au fer. Au lieu de couteau ou de rasoir, je choisis la grande hache
de la guillotine. Mais je voulais que ce ne fût qu’une revanche. La
société aura mon sang, mais j’aurai du sang de la société. »
Puisque son destin est tracé, qu’est-ce que le refus d’un éditeur ? On
est promis à la Veuve ou on ne l’est pas.
Les débuts criminels
En juin de la même année, Lacenaire commet son premier crime
de sang. Suite à une provocation, Lacenaire se bat en duel contre le
neveu de Benjamin Constant. C’est un combat à mort, dont il ressort
indemne, donc victorieux. À l’époque, le duel d’honneur n’étant pas
encore assimilé à un meurtre, il n’y a pas de poursuites.
Lacenaire, avant de
sombrer dans le crime
de sang, n’était pas
blanc comme neige.
Vols, escroqueries
figuraient à son
actif, tous effectués
suffisamment
discrètement pour
ne pas l’envoyer
derrière les barreaux
une bonne fois
pour toutes.
(Coll. Sylvain Larue.)Déçu par cette absence de jugement, Lacenaire ne perd pas de
temps. Le 9 juin, il vole un cabriolet et son cheval et se fait prendre.
Il est emprisonné à la centrale de Poissy, dans laquelle il réside un
an. Pierre-François est enfi n en contact avec le milieu des gouapes
et des malandrins qui va lui permettre, à coup sûr, d’accomplir son
destin ! C’est d’ailleurs au cours de cette année de prison qu’il fait
la connaissance de ses futurs larrons : Pierre-Victor Avril et
JeanFrançois Chardon.
Si Avril n’est qu’un malfrat de bas étage âgé de vingt ans, Chardon
est plus intéressant. Onctueux, la voix douce, il aime à revêtir des
soutanes et à soutirer de l’argent aux croyants, sous prétexte de
charité, en leur vendant des objets de culte dérobés au préalable.
Sans ses habits de prêtre, il cache diffi cilement son comportement
de « folle » : ses amours lui ont d’ailleurs valu le sobriquet de «
tante Madeleine », ainsi que des accusations d’attentats aux mœurs.
Coup de chance pour le garçon de recettes
Genevray : le coup de lime qu’il reçut dans la
nuque ne fut heureusement pas assez puissant
pour le faire passer de vie à trépas. Chardon
et sa mère, les précédentes victimes du duo
Lacenaire - Avril, n’eurent pas cette chance.
(Coll. Sylvain Larue.)L’année sabbatique de Pierre-François est mise à profi t pour
apprendre tout ce qu’il est bon de savoir pour faire carrière dans le
crime. Néanmoins, la muse l’habite, et il écrit de nombreux sonnets
et chants qu’il parvient fi nalement à faire éditer à sa sortie. Deux
années durant, il ne fait plus parler de lui, s’adonnant à ses habituelles
escroqueries en cachette.
Le 27 mars 1833, il retourne à Poissy pour avoir volé de l’argenterie
dans un restaurant. La durée, cette fois, est légèrement supérieure à
la première : treize mois. Lacenaire se sent comme chez lui.
À sa libération, il décide de passer à la vitesse supérieure : les
meurtres. Le plan est simple, mieux vaut s’attaquer à ceux qui ont de
l’argent. Pas les bourgeois et les nobles qui sont défendus par des
chiens et ont d’inviolables coffres-forts, mais les garçons de recette
qui, quotidiennement, transportent des fortunes à l’intérieur de leurs
sacoches ! Gibier peu glorieux, mais si profi table. De toute façon,
Pierre-François n’a cure des honneurs !
Premier essai, le 30 septembre 1834, rue de la Chanvrerie. Échec.
Deuxième tentative, le 14 novembre, rue Sartine. Nouvel échec.
Dépité, Lacenaire abandonne quelque temps son idée, mais la
sortie de prison d’Avril lui offre une nouvelle opportunité : tous deux
décident de s’occuper de « tante Madeleine ». Chardon n’a-t-il pas
largement bénéfi cié de la charité chrétienne en usurpant l’identité
d’un prêtre ? Il est l’heure de s’emparer de sa cagnotte mal acquise.
Au soir du 13 décembre 1834, Avril et Lacenaire se rendent au domicile
de Chardon, passage du Cheval-Rouge, qui reliait, à l’époque, la rue du
Ponceau à la rue Saint-Martin. Leur ancien codétenu comprend trop
tard qu’il ne s’agit pas d’une visite de courtoisie. Il est lardé de coups
de tiers-point (une lime de forme triangulaire) par Lacenaire. Puis ce
dernier se rend dans la chambre voisine. La mère Chardon s’y trouve.
Impotente, elle passe sa vie alitée, mais son handicap ne dissuade pas
Pierre-François d’aller jusqu’au bout. La vieille femme est assassinée
tout aussi sauvagement que son fi ls. Avril se charge d’achever les deux
victimes avec un merlin. Le butin s’avère bien maigre, au grand dam
d’Avril : quelques pièces d’argent seulement. Lacenaire s’en moque.
Ce double assassinat compte peu à ses yeux, et le bénéfi ce retiré lui
importe encore moins. Qu’à cela ne tienne ! En compagnie d’un autre
lascar, Hippolyte Martin, surnommé par tous « François », il s’adonne
pour la troisième fois à l’attaque d’un garçon de recette.
Le 31 décembre 1834, le jeune Genevay, dix-huit ans, fait sa tournée
de traites. Sur sa liste fi gure un certain Mahossier, demeurant au 66,
13rue Montorgueil. Au moment où il entre dans ledit immeuble, il est
agressé par deux inconnus ; l’un d’eux lui plante un coup de
tierspoint dans l’épaule ! Genevay est suffi samment vif pour s’échapper
et crier à l’aide. Les bandits s’enfuient sans les 13 000 francs que
contenait la sacoche du garçon payeur !
L’enquête démontre vite qu’il est tombé dans un guet-apens :
Mahossier n’existe pas, le rendez-vous a été fi xé un jour où le
nombre de débiteurs, et donc de recouvrements, est fort important. Nul
doute, tout a été planifi é.
L’arrestation de Lacenaire
S’acoquiner avec des imbéciles attire toujours des ennuis. Ainsi,
courant janvier, Avril et « François » sont arrêtés : le premier pour
vol, le second pour escroquerie. Afi n d’obtenir la clémence des
magistrats, ils dénoncent Lacenaire et ses crimes. Pour être plus
précis, chaque délateur prend grand soin de parler du crime auquel
il n’a pas personnellement participé.
Lacenaire demeure introuvable jusqu’au 2 février 1835. Ce jour-là, à
Beaune, la police appréhende le dénommé Jacob Lévy et l’accuse de
faux en écriture de commerce. Après confrontation avec un témoin, il
déclare avoir décliné une fausse identité, et qu’il s’appelle Lacenaire !
Les Grands Boulevards, lieu de divertissement
par excellence dans le Paris de Louis-Philippe.
Les théâtres recevaient souvent la visite de
Lacenaire, lequel aurait probablement apprécié
de voir son nom comme auteur sur une affiche...
Tel n’était pas son destin. (Coll. Sylvain Larue.)À deux reprises, l’assassin poète
de la monarchie de Juillet a été
incarné au cinéma. En 1945, Marcel
Herrand l’a campé, inoubliable,
dans Les Enfants du Paradis ; Daniel
Auteuil l’a joué de façon tout aussi
brillante dans Lacenaire, en 1990.
(Coll. Sylvain Larue.)
Environ deux mois plus tard, fi n mars, le temps qu’on
puisse affi rmer avec certitude qu’il ne s’agit pas d’un
nouveau mensonge, Pierre-François regagne Paris
où il est soumis aux interrogatoires d’Allard, le chef
de la sûreté. Sans tergiverser, il avoue le crime de la
rue Montorgueil, mais pas encore le double
assassinat pour lequel il n’est pas encore inculpé. Au bout de
trois semaines d’enquête, dans sa cellule de la prison de
la Force, il parvient à rassembler assez de preuves pour
comprendre la délation de ses anciens camarades. Alors,
puisqu’il n’a plus rien à perdre, pas de pitié pour les traîtres !
Le 18 avril, il déclare devant le juge avoir été assisté par
« François » rue Montorgueil, et, après s’être institué auteur
principal du crime du passage du Cheval-Rouge, il incrimine Avril dans
l’affaire. Cela lui vaudra une haine sans bornes de la part des deux
autres accusés ; « François » allant même jusqu’à organiser une
agression contre lui à la Force, en juillet.
Des propos pour l’Histoire
Le temps passant, Lacenaire se montre fort bavard sur sa vie de
criminel. Il s’accuse de l’attaque des deux garçons de recettes, en
septembre et en novembre, d’une tentative de meurtre sur une
receleuse qui voulait le dénoncer, puis, dans les Mémoires qu’il rédige
dans sa cellule, il n’hésite pas à reconnaître huit autres assassinats,
un second duel qu’il a remporté et deux tentatives d’assassinats.
Une façon, pour lui, d’entrer dans la légende. Jamais sa
culpabilité ne pourra être prouvée sur ces derniers points, mais il n’est pas
interdit de croire qu’il disait vrai.
Maître du jeu jusqu’au bout, Lacenaire fait le spectacle tout au long
de son procès, du 12 au 14 novembre 1835. C’est donc pendant ce
15jugement qu’il acquiert la réputation de dandy du crime, d’esthète
du crime, dont il ne se départira plus. On en vient à oublier qu’il
n’est qu’un criminel crapuleux supplémentaire de cette époque déjà
fort riche en assassins du même acabit.
Belles dames et élégants messieurs sont nombreux à assister aux
audiences. La salle en est même si remplie que tout le monde ne peut
assister au procès. Comediante, tragediante, Lacenaire,
soigneusement paré, souriant, s’arrange pour alterner les tirades pleines de
verve, les bons mots et les calembours avec des moments de profond
dédain durant lesquels il ne prête plus aucune attention aux débats,
allant jusqu’à dormir ou lire le journal !
À ses côtés, prostrés, Avril et « François » restent ce qu’ils ont
toujours été : de minables faire-valoir sans intelligence, tentant au
mieux de jouer les pâles copies de leur chef. Leurs protestations
et leurs cris de colère n’ont aucun poids sur le déroulement des
débats. Lacenaire, avec son talent inné d’acteur, se charge lui-même
de vigoureusement les enfoncer, parvenant même à ridiculiser les
esefforts des avocats de la défense, M Laput et Vidalot.
Maître Brochant, commis d’offi ce pour défendre Lacenaire, voit sa
tâche rendue impossible : son client, qui ne nie rien, s’accuse en
permanence et en tire une bien étrange gloire. De l’autre côte, c’est
du pain bénit pour M. Partarieu-Lafosse, procureur général à la cour
royale, qui, légèrement ironique, remercie quand même Lacenaire
pour la profusion de détails fournis avant de réclamer sa tête, celle
d’Avril, et de souhaiter pour François un séjour défi nitif au bagne.
Maître Brochant, lui, joue le tout pour le tout : Lacenaire n’a jamais
tu son espoir de fi nir décapité. Pourquoi lui accorder ce qu’il désire ?
Ne serait-ce pas le punir véritablement que de l’envoyer au bagne
pour y expier une vie entière de travaux forcés ?
C’est la demande du ministère public qui est acceptée par le jury.
Lacenaire, insulté par ses acolytes, reçoit le couronnement de sa
carrière de criminel : l’échafaud. Il en est de même pour Avril.
« François » est envoyé à Brest, à Rochefort ou à Toulon, pour n’en
plus ressortir, assurément.
Fin de vie pour un condamné
Lacenaire passe les deux derniers mois de sa vie à la Conciergerie.
Bicêtre, l’ancien dépôt des condamnés, est sur le point de fermer ;
la Grande-Roquette est encore en construction. La vie de condamné
sied à Lacenaire : toutes les faveurs lui sont accordées. On ne lui a
16 - Pierre-François, l’amant de la VeuvePrétentieux, gandin, Judas qui ne cachait pas sa
trahison, Lacenaire ne devait pas avoir que des
amis en prison, et à plus d’une reprise, il fut
pris à partie et battu par les codétenus qui
souffraient le moins sa présence.
(Coll. Sylvain Larue.)
pas remis la camisole de force, dont le port est de rigueur pour tous
eles condamnés à mort jusqu’à la fi n du XIX siècle. Il dort comme
un bébé et passe ses journées à écrire ses mémoires. Il fait bonne
chère, boit de grands bordeaux et d’excellents champagnes. Il reçoit
de riches dames intimidées venues converser avec lui. Il est certain,
même si cela n’est pas confi rmé, que le poète assassin ne fi t pas que
discuter avec elles…
Rabiboché avec Avril, il l’invite à passer le réveillon de Noël dans sa
cellule pour se régaler d’une volaille rôtie. Une vie tranquille,
quoique courte – elle prend fi n le 9 janvier 1836, barrière Saint-Jacques –,
mais que beaucoup lui envieraient.
Transférés la veille au soir de la Conciergerie à Bicêtre, Lacenaire
et Avril sont réveillés à 6 heures ce matin-là. Vers 8 heures et demie,
dans un fourgon cellulaire, les deux hommes arrivent au pied de
17Chronologie
- 20 décembre 1800 : naissance de Lacenaire à Francheville (Rhône).
- 1827 : premières escroqueries (falsifi cations).
- 1829 : Pierre-François quitte Lyon et s’installe à Paris.
Devient un poète fauché comme il en existe tant. Au désespoir,
décide de se suicider avant d’opter pour une vie de criminel.
- Juin 1829 : tue le neveu de Benjamin Constant en duel.
Le 9, en volant une voiture à cheval, est arrêté et incarcéré
à Poissy. Rencontre deux futurs complices, Avril et Chardon.
- 27 mars 1833 : nouvelle arrestation, nouveau séjour à Poissy.
- 30 septembre 1834 : première tentative de meurtre sur un garçon
de recettes.
- 13 décembre : Lacenaire et Avril massacrent Chardon et sa mère
handicapée à coups de lime et de merlin pour un butin presque
inexistant.
- 31 décembre : Lacenaire et Martin, dit « François », agressent
et blessent un garçon de recettes rue Montorgueil. La victime
parvient à s’enfuir.
- Janvier 1835 : arrestation de Martin et d’Avril, qui dénoncent
Lacenaire.
- 2 février : Lacenaire, sous un faux nom, est arrêté à Beaune.
- Mars : il avoue ses crimes et dénonce l’importance de ses complices
dans le déroulement des meurtres.
- 14 novembre : Lacenaire et Avril sont condamnés à mort
par les Assises de la Seine.
- 9 janvier 1836 : les condamnés sont exécutés à la barrière
Saint-Jacques.
l’échafaud, protégé par plus de deux cent cinquante gardes
municipaux à pied et à cheval. La foule, estime-t-on, compte près de quatre
mille personnes, mais les chiffres évoqués varient.
Avril, le plus jeune, est le premier à monter les marches de l’échafaud.
« Adieu, Lacenaire, adieu, mon vieux », sont ses dernières paroles.
Les témoignages divergent quant aux derniers instants du poète
assassin. Certains le disent pâle et hésitant ; d’autres le disent fi er de
lui, assuré. On les croit plus volontiers. La tête prise dans la lunette,
Lacenaire entend le déclic du couteau libéré… et rien. La lame n’a
18 - Pierre-François, l’amant de la Veuvepas atteint la nuque, elle est coincée à mi-parcours. La guillotine,
assez vieille, rencontre quelques diffi cultés de fonctionnement. Le
couperet est remonté, mais cela prend vingt secondes durant
lesquelles Lacenaire, en se tortillant sur la bascule, parvient à tourner
suffi samment la tête pour voir enfi n la lame se détacher et s’abattre,
dans un siffl ement, sur son cou.
Lacenaire ne fut pas le seul assassin à souhaiter fi nir guillotiné. Si
on exclut le tueur en série allemand Peter Kürten, le « vampire de
Düsseldorf » qui se réjouissait d’avance à l’idée d’entendre son sang
gicler dans la bassine en 1931, le « fi ls spirituel » de Lacenaire est
assurément Claude Buffet qui, au cours d’un premier procès pour
meurtre en octobre 1970, a supplié qu’on le condamne à mort. Mais il
écopa de la perpétuité. Faute d’échafaud, en septembre 1971, il prend
en otage un gardien et une infi rmière de la centrale de Clairvaux,
et les égorge tous les deux au terme d’une nuit d’angoisse. Jugé et
condamné à mort, ainsi que son complice Roger Bontems, il est
exécuté le 28 novembre 1972 – cent trente-six ans après Lacenaire –
à la prison de la Santé, à trois cents mètres à peine de la barrière
Saint-Jacques.
Sylvain LARUE
Les Grandes Affaires Criminelles de Paris, 2007
Pierre-François,
qui rêvait de brûler
les planches,
le fit de la façon
la plus singulière,
avec en guise de
spectateurs des gens
riant hideusement
à l’idée de voir le
“ comédien ” coupé en
deux... La dernière
scène de Lacenaire
fut l’échafaud de la
place Saint-Jacques.
(Coll. Sylvain Larue.)Cour d’assises de l’Ain, 26 août 1839
Affaire Sébastien-Benoît Peytel, Andert-Condon
L’indigeste poire,
ou la tuerie
du pont d’Andert
EBOUT, les bras croisés dans le dos, Louis-Philippe
regarde le ciel par la croisée de son cabinet de travail. Le
crépuscule de cette journée d’octobre 1839 se pare de feu D et de brun. Mais le roi des Français n’est pas à même
d’apprécier les couleurs chaudes du fi rmament. Dieu, quel ennui ! Les
responsabilités d’un monarque ne sont décidément pas une partie
de plaisir quotidienne. Et le pire, ce sont les grâces. Louis-Philippe
a toujours à cœur d’entendre l’ultime tentative de l’avocat de la
défense pour sauver son client condamné à mort. Mais il sait bien
que le peuple raffole de la guillotine autant que les chiens des os à
moelle. Se montrer trop souvent magnanime envers les assassins,
c’est passer pour un faible aux yeux des honnêtes gens, et nul roi ne
peut faire fi de sa réputation à un tel point.
Sur le bureau reposent les deux papiers rivaux : l’un a le pouvoir
de sauver ; l’autre tue. Parfois, se laissant attendrir, le roi accorde
malgré tout à un criminel moins dangereux que les autres le droit
de vivre. Au bagne, certes, mais la vie quand même. Le reste du
temps, immanquablement, les larmes lui viennent aux yeux quand il
paraphe le document qui « laisse la justice suivre son cours ».
Les erreurs d’autrefois entraînent toujours
des répercussions. Mais Sébastien Peytel
pouvait-il songer qu’écrire un texte, aussi
polémique soit-il, serait à l’origine d’un
choix cornélien moins de dix ans plus tard ?
Un choix de vie ou de mort, sans exagérer.
21Ce soir, Louis-Philippe sait déjà lequel des documents il va signer.
Il le savait avant même de rencontrer l’avocat, quelques heures plus
tôt. Et les détails de l’affaire, baptisée « la tuerie du pont d’Andert »,
sont encore frais dans sa mémoire…
La mort au détour du chemin
erUn an plus tôt, en ce froid et pluvieux soir du 1 novembre 1838,
les médecins de Belley furent réveillés par un étrange tintamarre :
trois hommes allaient de cabinet en cabinet, l’un d’eux hurlant au
secours, frappant aux huis et tirant les sonnettes frénétiquement.
Les premiers praticiens mécontents qui ouvrirent eurent la stupeur
de reconnaître Sébastien-Benoît Peytel, notaire en cette même ville.
Celui-ci les informa que son épouse venait d’être abattue ! Ses
compagnons, les forgerons Thermet père et fi ls, de Rossillon,
précisèrent même que l’auteur du crime n’était autre que Louis Rey, le
domestique du couple Peytel, et que le notaire l’avait châtié de ses
propres mains en lui brisant le crâne à coups de marteau !
Stationnée au beau milieu de la route de Lyon, la voiture du notaire
recelait un bien triste spectacle. Félicie Alcazar, épouse Peytel, était
assise à l’intérieur, le visage ensanglanté, les vêtements trempés de
pluie. Le docteur Martel qui l’examina constata qu’il ne pouvait plus
rien tenter : la jeune femme, enceinte de cinq mois et demi, était morte.
Peytel ne voulut pas croire à la tragédie, il supplia qu’on lui donnât
Félicie Alcazar, épouse Peytel,
eût pu, si on en croit les
témoignages du passé, faire
sienne la devise “ Sois belle
et tais-toi ”. Mais difficile
de dire si elle était
vraiment si belle que ça,
car aussi réussi soit-il,
un portrait de Gavarni
n’est jamais l’exact
reflet de la réalité...
(Coll. Bernard Vassor.)