//img.uscri.be/pth/86e294e9c5ec8e5f14dc35e48f98893e27ae5ca6
Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 7,99 € Lire un extrait

Téléchargement

Format(s) : EPUB

avec DRM

Les petites cartes du web

De
70 pages
Depuis l’apparition de Google Maps il y a 10 ans, la cartographie a considérablement évolué. Les mutations technologiques et les changements d’usages conduisent à une profusion de données géographiques (_data deluge_). À l’origine de ces milliers de cartes, des professionnels – géographes, cartographes... mais aussi des utilisateurs nouveaux : militants associatifs, acteurs politiques, hackers, etc. Désormais, sur le web, les cartes sont donc partout.
Comment interpréter cet essor et cette omniprésence ? En prenant ces nouveaux usages au sérieux ! Ainsi, le parti pris de ce livre est de faire des Petites Cartes du web un véritable objet de recherche en mobilisant la cartographie critique comme cadre théorique et en défendant une méthode d'analyse ancrée à la fois dans les infrastructures techniques et auprès des acteurs impliqués. Deux études de cas menées en Guyane – sur les activités minières et sur les toponymes amérindiens – viennent illustrer ces propositions et démêler les usages et enjeux des cartes et contre-cartes guyanaises qui circulent sur Internet. Les cartes officielles de l'État sont ici complétées, contournées, voire concurrencées par celles des communautés issues de la culture libre ou des multinationales de l'Internet mais aussi des opérateurs miniers, des associations de défense de l'environnement ou encore des représentants des peuples autochtones.
Finalement, en déployant une approche critique, ce petit ouvrage de synthèse déconstruit ces nouvelles façons de lire et d’écrire l’espace, qui font renaître le mythe de l’objectivité des cartes et de leur pouvoir de changer le monde. Il est destiné aux chercheurs, enseignants et étudiants en géographie, géomatique et sciences de l’information et de la communication qui s’intéressent aux nouvelles formes d’écritures géographiques et à leurs enjeux sociopolitiques. Il vise aussi un public large intéressé par la cartographie, la géographie et les humanités numériques.

Préface de Gilles Palsky
Voir plus Voir moins
Introducion
« The îme is ripe for more new criîcal deconstrucîon of Google’s and free mappers’ worldviews, and of the mapping pracîces that call these into being. We need to invoke Harley’s ghost 1 and rage against the new machine !»
Depuîs l’apparîon de Google Maps en France, le 27 avrîl 2006, le paysage de la cartographîe a consîdérablement évolué. Les bouleversements techno-logîques et les changements d’usages assocîés conduîsent à une profusîon de données géographiques(data deluge)et semblent ouvrîr la voîe à un nouvel eldorado : lebig data. Omnîprésente à travers la démulplîcaon des géoportaîls înstuonnels, des moteurs de recherche cartographîques, des réseaux sociaux géolocalisés ou encore des plateformes communautaires de cartographîe parcîpave, l’înformaon géographîque numérîque est un bon marqueur des mutaons culturelles assocîées au tournant numérîque. Maîs à l’heure où tend à se manîfester, à travers l’essor de la cartographîe sur le web, un retour aux plus étonnantes icons posîvîstes, cee contrîbuon entend remere au centre des débats scîeniques une approche crîque de la cartographîe. En effet, les récents développements de la géomatîque semblent faîre oublîer tous les acquîs de la cartographîe crîtîque dont l’artîcle fondateur de J. B. Harley, « Deconstructîng the map », a fêté ses vîngt-cînq ans en 2015. En analysant le pouvoir des cartes, le géographe anglais a inspiré de nombreux travaux en scîences socîales, démontrant l’effet de vérîté des cartes et leurs întentîonnalîtés masquées. Dans son sîllage, les hîstorîens ont aînsî mîs en évîdence le lîen întrînsèque entre le pouvoîr de l’État et la maïtrîse des outîls cartographîques à des fîns de gouvernement des cîtoyens et de gestîon des ressources. Dans un contexte où s’înventent sur Internet de nouvelles manîères de lîre et d’écrîre l’espace, îl paraït plus que nécessaîre de reprendre à nouveaux
1 M. Dodge et C. Perkîns, « Reflectîng on J. B. Harley’s înfluence and what he mîssed în “Deconstrucng the map” », 2015, p. 39.
1
7
1
8
Les Petites Cartes du web
fraîs l’approche crîtîque de Harley et de documenter les (en)jeux de pouvoîr sous-jacents aux productîons cartographîques actuelles. Les înternautes sont 2 « baîgnés de cartes ». Ils « reçoîvent » (selon la formule d’A. Desrosîères à propos des statîstîques) « des concepts compacts, encapsulés dans des formulatîons 3 concîses et économîques » alors que la cartographîe, à l’îmage des outîls statîstîques, est le produît d’une gestatîon hîstorîque traversée d’hésîtatîons, de (re)traductîons, de conflîts d’înterprétatîon que nous învîtons le lecteur à décrypter. Toutefoîs, ce décryptage est aujourd’huî plus complexe : dans un contexte de web dynamîque et de cartes produîtes à la demande, l’objet 4 d’étude se trouve démultîplîé et dîffracté, ce quî pose des problèmes înédîts . Un état des lîeux de la myrîade de cartes quî envahîssent le web et notre quotidien permettra, dans un premier chapitre, de dresser un panorama de l’évolutîon du paysage de l’înformatîon géographîque, évolutîon marquée par la profusîon des « petîtes cartes du web ». Pour en comprendre le fondement, îl faut les envîsager selon troîs perspectîves – hîstorîque, polîtîque et technîque. D’un poînt de vue hîstorîque, l’îdée de « petîtes cartes du web » permet de marquer la rupture entre les grands récits cartographiques, qui ont toujours guîdé la dîscîplîne, et l’émergence récente de pratîques dîffuses et exponentîelles sur Internet. L’expressîon permet également de soulîgner leur dîmensîon polîtîque. La polîtîsatîon de ce quî est « petît » conduît aînsî à consîdérer les « petîtes cartes du web » comme des cartes mîneures, c’est-à-dîre produîtes en dehors des sphères înstîtutîonnelles ou commercîales domînantes. Elles donnent alors potentîellement la voîx à dîverses mînorîtés et peuvent devenir des contre-cartes comme le montreront nos études de cas. À l’îmage dessubaltern studies, îl s’agît alors d’ouvrîr l’étude des cartes sur des corpus aujourd’huî îgnorés. Enfîn, au nîveau technîque, les « petîtes 5 cartes du web » font aussî référence aux « petîtes formes du web » décrîtes comme lesprima elementade l’écrîture édîtorîale sur Internet. Elles partîcîpent en ce sens à un renouvellement des formes d’écrîture géographîque. Dès lors, nous montrerons que la carte échappe aux seules mains du cartographe et que son évolution se traduit par une complexification du
2 D. Wood et J. Fels,The Power of Maps, 1992, p. 34. 3 A. Desrosîères,La Poliîque des grands nombres : histoire de la raison staîsîque, 2000, p. 8. 4 T. Jolîveau, M. Noucher et S. Roche, « Cartographîe 2.0, vers une approche crîque d’un nouveau régîme cartographîque », 2013. 5 É. Candel, V. Jeanne-Perrîer et E. Souchîer, « Petes formes, grands desseîns. D’une grammaîre des énoncés édîtorîaux à la standardîsaon des écrîtures », în J. Davallon (dîr.),L’Économie des écritures sur le web, 2012.
Introducîon
processus cartographique, révélatrice des changements contemporains des modalîtés de mîse en ordre du monde. En partant des textes fondateurs de la cartographie critique, nous mettrons en évidence, dans le deuxième chapitre, l’întérêt de consîdérer ces « petîtes cartes » comme des objets de recherche, d’une part, et de remobîlîser les approches crîtîques de la cartographîe pour les étudîer, d’autre part. Maîs nous soutîendrons alors que la complexîfîcatîon des regîstres de productîon cartographîque nécessîte d’envîsager un prolongement voîre un renouvellement partîel de la cartographîe crîtîque. En mobîlîsant deux études de cas îssues de l’analyse de la cîrculatîon de l’înformatîon géographîque numérîque en Guyane françaîse, le troîsîème chapitre proposera quelques pistes pour engager ce prolongement de la cartographîe crîtîque. En s’ancrant dans une contextualîsatîon renforcée de la pratîque cartographîque, l’objectîf est de saîsîr la temporalîté « înterne » de l’acte cartographîque, c’est-à-dîre sa fabrîque. En lîant les deux volets cognîtîf et actîf de l’analyse, le concept de carte est alors étendu au processus luî-même pour donner à voîr la malléabîlîté des données numérîques. C’est donc à un élargîssement du champ d’învestîgatîon de la cartographîe crîtîque qu’en appelle cette contrîbutîon, de la carte à la fabrîque cartographîque.
1
9