Les Relais de mer

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Cette histoire des hommes, faite surtout d'histoires et pour les temps que j'ai vécus : tel est le sujet de ce récit. Apparemment il y est question surtout de moi. Non par intérêt pour ma propre personne à la manière de Chateaubriand, notre maître à tous, écrivant aux premières lignes de ses Mémoires d'outre-tombe : " Je suis né gentilhomme. " Je ne sais pas très bien ce que je suis né, pas plus que je ne sais exactement si les relais de mon pays sont de mer ou de terre. Ce que je suis ou ne suis pas n'a aucune importance. Il ne s'agit pas ici de mémoires me concernant. Il s'agit de moi, parce qu'il n'y a pas moyen de faire autrement. D'abord pour cette raison matérielle qu'en l'absence de documents rassemblés quelque part ou venus d'ailleurs, la recherche des souvenirs, et en premier lieu des souvenirs personnels, apporte et les documents et le fil conducteur ; la chronologie individuelle la plus concrète et la plus incontestable des chronologies. L'autre raison est que ces souvenirs - les miens et aussi les souvenirs de ceux, autant dire des amis, qui ont vécu avec moi ces années - sont le seul moyen de retrouver le passé, non seulement dans sa chronologie mais dans ce qu'il a véritablement et totalement été. Malgré tout le labeur et le mérite des historiens, je ne crois guère à la résurrection des temps qu'on n'a pas vécus, à moins que la littérature ne vienne leur donner un sérieux coup de main, leur apportant ce qui est absent des textes : les sensations, les passions, la vie.
A travers ma personne et celle de quelques autres, c'est la vie de l'Aiguillon-sur-Mer en Vendée que j'essaie de retrouver ici : non pour ces siècles obscurs dont je ne dis rien de plus, mais des années d'avant 14 jusqu'auxquelles mes souvenirs et ceux de camarades plus âgés que moi me permettent d'atteindre, jusqu'aux lendemains de la deuxième guerre mondiale où j'abandonne la partie. Des histoires à défaut d'histoire des récits qui m'ont été racontés ou que j'ai moi-même vécus, des bribes de vie semblables à ce dont est fait le pays. En somme, du sable ou de la vase, des relais de mer ou de terre aussi.

Louis Chevalier est né à Aiguillon-sur-Mer en Vendée. Professeur honoraire au Collège de France, il était, depuis 1952, titulaire de la chaire : Histoire et structures sociales de Paris et de la région parisienne. A créé à l'Institut d'Études Politiques un enseignement sur le thème : Cinéma et civilisation ; et enseigné, vingt ans, un cours d'Histoire du XXe siècle. Docteur honoris causa de l'Université de Columbia.
Publié le : mercredi 4 mai 1983
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EAN13 : 9782213652115
Nombre de pages : 454
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Cette histoire des hommes, faite surtout d'histoires et pour les temps que j'ai vécus : tel est le sujet de ce récit. Apparemment il y est question surtout de moi. Non par intérêt pour ma propre personne à la manière de Chateaubriand, notre maître à tous, écrivant aux premières lignes de ses Mémoires d'outre-tombe : " Je suis né gentilhomme. " Je ne sais pas très bien ce que je suis né, pas plus que je ne sais exactement si les relais de mon pays sont de mer ou de terre. Ce que je suis ou ne suis pas n'a aucune importance. Il ne s'agit pas ici de mémoires me concernant. Il s'agit de moi, parce qu'il n'y a pas moyen de faire autrement. D'abord pour cette raison matérielle qu'en l'absence de documents rassemblés quelque part ou venus d'ailleurs, la recherche des souvenirs, et en premier lieu des souvenirs personnels, apporte et les documents et le fil conducteur ; la chronologie individuelle la plus concrète et la plus incontestable des chronologies. L'autre raison est que ces souvenirs - les miens et aussi les souvenirs de ceux, autant dire des amis, qui ont vécu avec moi ces années - sont le seul moyen de retrouver le passé, non seulement dans sa chronologie mais dans ce qu'il a véritablement et totalement été. Malgré tout le labeur et le mérite des historiens, je ne crois guère à la résurrection des temps qu'on n'a pas vécus, à moins que la littérature ne vienne leur donner un sérieux coup de main, leur apportant ce qui est absent des textes : les sensations, les passions, la vie.

A travers ma personne et celle de quelques autres, c'est la vie de l'Aiguillon-sur-Mer en Vendée que j'essaie de retrouver ici : non pour ces siècles obscurs dont je ne dis rien de plus, mais des années d'avant 14 jusqu'auxquelles mes souvenirs et ceux de camarades plus âgés que moi me permettent d'atteindre, jusqu'aux lendemains de la deuxième guerre mondiale où j'abandonne la partie. Des histoires à défaut d'histoire des récits qui m'ont été racontés ou que j'ai moi-même vécus, des bribes de vie semblables à ce dont est fait le pays. En somme, du sable ou de la vase, des relais de mer ou de terre aussi.

Louis Chevalier est né à Aiguillon-sur-Mer en Vendée. Professeur honoraire au Collège de France, il était, depuis 1952, titulaire de la chaire : Histoire et structures sociales de Paris et de la région parisienne. A créé à l'Institut d'Études Politiques un enseignement sur le thème : Cinéma et civilisation ; et enseigné, vingt ans, un cours d'Histoire du XXe siècle. Docteur honoris causa de l'Université de Columbia.
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