Les résistances à l'esclavage en Guyane XVIIe-XIXe siècles

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?Fidèle à son projet d’œuvrer pour la diffusion du savoir historique, l’Association des professeurs d’histoire-géographie de Guyane (aphg-g), en partenariat avec le Conseil de la culture, de l’éducation et de l’environnement (ccee) de Guyane et le soutien du Rectorat Guyane et de la Région Guyane, organise la deuxième édition du concours du Jeune historien guyanais. Il s’adresse aux élèves des écoles primaires, des collèges et des lycées de l’académie de Guyane.
Publié le : lundi 1 septembre 2014
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EAN13 : 9782844509574
Nombre de pages : 96
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Avant-propos
Fidèle à son projet d’œuvrer pour la diffusion du savoir historique, l’Association des professeurs d’histoire-géographie de Guyane (APHG-G), en partenariat avec le Conseil de la culture, de l’éducation et de l’environnement (CCEE) de Guyane et le soutien du Rectorat Guyane et de la Région Guyane, propose, en cette année scolaire 2014-2015, la deuxième édition du concours du « Jeune historien guyanais ». Celui-ci s’adresse aux élèves des écoles primaires, des collèges et des lycées de l’académie de Guyane. Cette initiative vise à s’inscrire tout naturellement dans les deux missions de l’institution scolaire : la transmission des connaissances et l’éducation à la citoyenneté, telles que nous les avons développées lors du premier concours 2013-2014. Cette deuxième édition du concours du « Jeune historien guyanais » porte sur « les résistances à l’esclavage e e en Guyane,XVII-XIXsiècles ». Cette thématique vise à faire découvrir un aspect méconnu de l’histoire de l’esclavage et à montrer que la lutte pour la reconquête de la liberté est universelle. Ce dossier pédagogique est un outil dans lequel l’enseignant trouvera des documents d’archives, essentiellement des Archives départementales de Guyane et des Archives nationales d’outre-mer, certains très longs et à l’ortho-graphe incertaine – il a fallu en faire des transcriptions – et une iconographie empruntée à l’aire de l’Amérique des plantations (il n’existe quasiment pas d’illustrations d’époque concernant la Guyane). Il lui appartiendra, selon le niveau et les classes, de sélectionner des documents pour mettre en place des activités adaptées permettant aux élèves d’acquérir une culture historique raisonnée. Nous espérons fortement que cette deuxième édition du concours suscitera une adhésion encore plus large des enseignants qui sauront motiver leurs élèves.
Préface
Les auteurs
La première édition du concours du Jeune historien guyanais a connu en 2013-2014 un grand succès auprès des enseignants et des élèves de Guyane, et la qualité du dossier pédagogique alors édité sur le thème deLa Guyane et la Grande Guerre, 1914-1918, n’est peut-être pas étrangère à la mobilisation du milieu scolaire. LeCCEEde Guyane, conseil consultatif auprès de la Région Guyane, apporte depuis sa création son concours aux actions destinées à transmettre des connaissances sur le patrimoine guyanais, et plus particulièrement auprès e e du jeune public. Ce dossier pédagogique, sur le thème des résistances à l’esclavage en Guyane duXVIIauXIXsiècle, 1 constitue encore cette année un support très efficient pour la participation au concours du Jeune historien guyanais . Nous ne doutons pas que son audience dépassera les milieux scolaires, et que le grand public également découvrira avec intérêt un aspect encore méconnu de l’histoire de l’esclavage en Guyane. Dans le cadre du partenariat de l’Association des professeurs d’histoire-géographie de Guyane avec leCCEEde Guyane et la Région Guyane, ce dossier pédagogique sera diffusé dans l’ensemble des établissements d’enseignement de Guyane, et ce dès le début de l’année scolaire 2014-2015. Nous espérons qu’il sera un des outils qui permettront aux enseignants et aux élèves d’être encore plus nombreux à participer à cette nouvelle édition du concours du Jeune historien guyanais.
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Jean-Pierre BACOT Président duCCEEde Guyane
Un site est consacré au concours, http://jeunehistorienguyanais.eklablog.com sur lequel on retrouve de nombreuses informations : règle-ment du concours, affiche, chroniques, bibliographie, etc.
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Le Jeune Historien Guyanais n°2
I. La Guyane, une colonie française et esclavagiste
La Guyane, une colonie française et esclavagiste
La colonisation française
e Dès début duXVIIsiècle, les Français tentent de s’ins-taller dans la région des Guyanes. En 1664, ils s’y implan-tent durablement, afin de l’exploiter, conquête confirmée en 1676, lors de la reprise de Cayenne aux Hollandais. Colbert, ministre de Louis XIV, initie alors une véritable politique coloniale. Les colonies sont au service d’une métropole, chargées de lui fournir ce que celle-ci ne peut produire et de lui offrir un débouché pour ses propres pro-ductions.
La colonie de la Guyane, rattachée au domaine royal, et sous l’administration du secrétariat d’État à la Marine, est administrée par un pouvoir bicéphale avec un gouverneur, représentant sur place du roi et un ordonna-teur, aidés de fonctionnaires et militaires. Le territoire est divisé en quartiers. Les administrations, la garnison et le pouvoir économique sont concentrés à Cayenne, seul port, donc seul lien avec la Métropole.
L’habitation, un espace de production, au cœur de l’économie coloniale
L’économie coloniale repose sur l’exploitation des cultures coloniales, canne à sucre, cacao, café, coton, rocou, indigo, tabac, girofle, exportées vers la Métropole. Ces cultures sont effectuées au sein d’une habitation par une main d’œuvre servile. Les habitations sont situées sur le littoral, sur les terres hautes entre l’Oyapock et la région de Sinnamary, et sur les terres basses de la région de Cayenne et de l’Approuague, savanes inondées en saison e des pluies et poldérisées à partir de la fin duXVIIIsiècle.
L’habitation est une exploitation agro-industrielle qui désigne l’ensemble des bâtiments et des terres plantées en cultures coloniales. Selon l’historien Ciro Flamarion Cardoso, une habitation est formée de trois espaces :
Doc. 1. « Les colonies n’étant établies que pour l’utilité de la Métropole, il s’ensuit : 1) Qu’elles doivent être sous sa dépendance immédiate et sous sa protection. 2) Que le commerce doit être exclusif aux fondateurs. Les colonies ne seraient plus utiles si elles pouvaient se passer de la Métropole : ainsi, c’est une loi prise dans la nature de la chose que l’on doit res-treindre les arts et la culture dans une colonie à tels ou tels objets, suivant les convenances du pays de la domination. Si la colonie entretient un commerce avec les étrangers ou si l’on y consomme les marchandises étrangères, le montant de ce commerce est vol fait à la métropole.»
François Véron Duverger de Forbonnais, article « colonies » dans re L’Encyclopédie, tome IIIéd.), p. 648-651., 1751 (1
Doc. 2. Carte des habita-tions, Ebion (S.), Latidine (S.) et Zonzon (J.), 2006, Histoire géographie Guyane, cycle 3,Hatier international.
Les habitations sont d’abord installées sur les terres hautes de la zone littorale, principalement de Cayenne à Sinnamary, e puis dès la fin duXVIII siècle sur les terres basses entre Approuague et Cayenne.
Doc. 3. Carte, Habitations coloniales de l’île de Cayenne, e e XVII-XIXsiècles. D’après K. Sarge / SIG Région Guyane.
Doc. 4. Carte, Habitations coloniales du quartier de Sinnamary, e e XVII-XIXsiècles. D’après K. Sarge / SIG Région Guyane.
Doc. 5. Cartouche de laCarte du gouvernement de l’Ysle et Terre Ferme et colonie de Cayenne depuis l’Oyapock, jusqu’à la rivière de Sinnamary, repré-sentant l’Habitation Loyola à Rémire.SHD, Vincennes.
e e Les résistances à l’esclavage en Guyane,XVII-XIXsiècles
I. La Guyane, une colonie française et esclavagiste
Doc. 6. Inventaire des habitations Saint-François et Trois-Bassins du quartier de Roura,Feuille de la Guyane française, 22 mai 1847.
Aucune habitation ne peut être vendue sans ses esclaves. Ici est même mentionné un esclave mar-ron, absent de l’habitation depuis seize années.
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Le Jeune Historien Guyanais n°2
I. La Guyane, une colonie française et esclavagiste
– un espace d’habitation, les bâtiments (la résidence du maître, les cases à Nègres, les dépendances et l’hôpital où les esclaves malades sont soignés),
– un espace d’exploitation agricole, les terres culti-vées (les cultures d’exportation, le jardin, les abattis des esclaves), aménagées sur les terres basses avec des canaux et dalles pour la navigation et l’assè-chement ; les écluses, les coffres d’écoulement, les digues et batardeaux,
– et un espace industriel, bâtiments dans lesquels sont effectuées les premières transformations des produits agricoles permettant leur exportation vers la Métropole (purgerie, sucrerie…).
La plupart des habitations souffrent de l’isolement du chef-lieu, Cayenne, et de l’absence de voies de commu-nications terrestres. Reliés à partir de leur dégrad à Cayenne par les canaux et les rivières, les colons se plai-gnent de l’organisation des échanges commerciaux, sou-mis au régime de « l’exclusif » qui, depuis1670, impose aux colonies, dans le cadre du commerce triangulaire, des relations commerciales exclusives avec la Métropole.
La Guyane, une colonie esclavagiste.
L’économie coloniale passe, en un premier temps, par la mise en esclavage des Amérindiens. Décimés par les contacts avec les Européens, ils sont remplacés par des tra-vailleurs européens engagés, puis par une main d’œuvre africaine. La traite atlantique, autorisée en 1642 par le roi Louis XIII, et le développement du commerce triangulaire entre l’Europe, l’Afrique et les Amériques dès 1674, per-mettent à la France de se lancer dans une économie de plantation dans ses colonies d’Amérique.
C’est à compter de 1680 que la traite atlantique assure la distribution d’Africains en Guyane en tant qu’es-claves, désignés comme bossales, sur les habitations du maître qui les a achetés. Cependant la traite alimente peu e la Guyane en esclaves soit, de la fin duXVIIau milieu du e XVIIIsiècle, 19 000 Africains déportés, chiffre avancé par l’historienne Marie Polderman. La population servile est donc peu nombreuse par rapport aux autres colonies fran-çaises d’Amérique. En 1737, la Guyane ne compte que 4 413 esclaves répartis dans environ 200 habitations ; il en est de même pendant l’occupation portugaise (1809-1817) et en 1830, ils sont 19 261.
Doc. 7. Carte,Planta de ilha de Cayenna que mostra as habitaçoens estradas e postos fortificacos que exitiao quando foi conquistada pelas armas potuguezas en janeiro de 1809. Bibliothèque nationale du Bré-sil, Rio de Janeiro.
e e Les résistances à l’esclavage en Guyane,XVII-XIXsiècles
I. La Guyane, une colonie française et esclavagiste
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