Mazarin

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EN DEHORS de souvenirs d’enfance liés à d’Artagnan et quelques autres, le personnage m’a toujours fasciné, pour deux raisons.
« D’abord, l’extraordinaire habileté avec laquelle il s’était hissé au pouvoir et s’y était maintenu, malgré une conjonction ahurissante, mais désordonnée, d’inimitiés, de jalousies, de complots, de calomnies, de brutalités, d’échecs apparents ou momentanés : spectacle saisissant d’une intelligence, surtout politique, qui surclassait tout ce qu’on pouvait observer à son époque, et à beaucoup d’autres.
« Le second titre de séduction découlait sans doute du précédent, mais allait plus loin encore. [...]
« On constate tout naturellement qu’à la mort de Richelieu (décembre 1642) puis à celle de Louis XIII (mai 1643) ni la guerre contre l’Espagne ni la guerre contre l’Empire n’étaient achevées [...]. La double victoire fut l’œuvre de Mazarin et de son équipe [...], et c’est grâce à lui qu’en 1648, puis en 1659 l’Alsace, l’Artois, le Roussil-lon, la Cerdagne, le sud du Luxembourg et quelques autres lieux furent réunis au royaume. [...] Il faut fermement observer, et publier que, sans l’Italien, il n’y aurait pas eu d’œuvre de Richelieu - les affaires protestantes exceptées. Et soutenir aussi fermement qu’il n’exista pas un « grand cardinal », mais bien deux : sans le second, le premier eût-il laissé un tel souvenir ?
« D’autre part, faut-il rappeler que ce ne furent pas les assez pâles précepteurs de Louis XIV qui le formèrent, mais, outre sa vigilante mère, son parrain (père spirituel) le Cardinal qui lui apprit, dans le secret de son propre cabinet, avec les intrigues de Cour, l’Europe des princes et des diplomates, des intrigues à démêler, des consciences à acheter et que tout homme, fût-il roi, est vénal ? [...] Plus évident encore, le legs à son royal filleul de la totalité de son personnel gouvernemental [...]. »
Pierre Goubert


Auteur célèbre de Louis XIV et vingt millions de Français, de la Vie quotidienne des campagnes françaises au xviie siècle, de l’Initiation à l’histoire de la France, etc., Pierre Goubert, professeur émérite à l’Université de Panthéon-Sorbonne, est historien de la société française d’Ancien Régime.

Publié le : mercredi 12 septembre 1990
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EAN13 : 9782213649092
Nombre de pages : 576
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EN DEHORS de souvenirs d’enfance liés à d’Artagnan et quelques autres, le personnage m’a toujours fasciné, pour deux raisons.
« D’abord, l’extraordinaire habileté avec laquelle il s’était hissé au pouvoir et s’y était maintenu, malgré une conjonction ahurissante, mais désordonnée, d’inimitiés, de jalousies, de complots, de calomnies, de brutalités, d’échecs apparents ou momentanés : spectacle saisissant d’une intelligence, surtout politique, qui surclassait tout ce qu’on pouvait observer à son époque, et à beaucoup d’autres.
« Le second titre de séduction découlait sans doute du précédent, mais allait plus loin encore. [...]
« On constate tout naturellement qu’à la mort de Richelieu (décembre 1642) puis à celle de Louis XIII (mai 1643) ni la guerre contre l’Espagne ni la guerre contre l’Empire n’étaient achevées [...]. La double victoire fut l’œuvre de Mazarin et de son équipe [...], et c’est grâce à lui qu’en 1648, puis en 1659 l’Alsace, l’Artois, le Roussil-lon, la Cerdagne, le sud du Luxembourg et quelques autres lieux furent réunis au royaume. [...] Il faut fermement observer, et publier que, sans l’Italien, il n’y aurait pas eu d’œuvre de Richelieu - les affaires protestantes exceptées. Et soutenir aussi fermement qu’il n’exista pas un « grand cardinal », mais bien deux : sans le second, le premier eût-il laissé un tel souvenir ?
« D’autre part, faut-il rappeler que ce ne furent pas les assez pâles précepteurs de Louis XIV qui le formèrent, mais, outre sa vigilante mère, son parrain (père spirituel) le Cardinal qui lui apprit, dans le secret de son propre cabinet, avec les intrigues de Cour, l’Europe des princes et des diplomates, des intrigues à démêler, des consciences à acheter et que tout homme, fût-il roi, est vénal ? [...] Plus évident encore, le legs à son royal filleul de la totalité de son personnel gouvernemental [...]. »
Pierre Goubert


Auteur célèbre de Louis XIV et vingt millions de Français,
de la Vie quotidienne des campagnes françaises au xviie siècle, de l’Initiation à l’histoire de la France, etc., Pierre Goubert, professeur émérite à l’Université de Panthéon-Sorbonne, est historien de la société française d’Ancien Régime.
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