Pionniers de la radiothérapie

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Faire des recherches fondamentales sur la radioactivité et étudier ses effets sur les organismes vivants : le but conjoint de l'Université de Paris et de l'Institut Pasteur permit au début du XXe siècle le croisement de deux itinéraires d'exception, celui de Marie Curie, la physicienne deux fois nobélisée, et de Claudius Regaud, l'histologiste devenu un spécialiste de l'action des radiations ionisantes sur les tissus. Ces deux chercheurs exceptionnels favoriseront l'émergence d'un modèle institutionnel associant la physico-chimie et le biomédical, qui suscitera plus tard un intérêt international. Habile expérimentateur, Regaud identifia clairement la radiosensibilité des cellules souches, mère de toutes les autres, et la latence des lésions cellulaires transmissibles aux descendants.
Visionnaire, il eut la remarquable intuition du rôle du noyau cellulaire comme cible élective des radiations et a souligné l'importance du facteur temps dans les effets de l'irradiation. Son travail d'observation et son implication amenèrent le chercheur à devenir thérapeute ; il devint par là-même le héraut d'une radiothérapie anti-cancéreuse scientifique. Co-directeur, avec Marie Curie, de l'Institut du radium (qui deviendra l'Institut Curie), Claudius Regaud a manifesté toute sa vie un intérêt militant pour les aspects sociaux, tant pour la transmission des savoirs que pour l'organisation sanitaire dans la France de l'entre-deux-guerres.
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782759802104
Nombre de pages : 240
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Pionniers de la radiothérapie
Jean-Pierre Camilleri Professeur des Universités
Jean Coursaget Professeur émerite des Universités
17, avenue du Hoggar Parc d’activités de Courtabœuf, BP 112 91944 Les Ulis Cedex A, France
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« Sciences&Histoire »
La collection Sciences & Histoire s’adresse à un public curieux de sciences. Sous la forme d’un récit ou d’une biographie, chaque volume propose un bilan des progrès d’un champ scientifique, durant une période donnée. Les sciences sont mises en perspective, à travers l’histoire des avancées théoriques et techniques et l’histoire des personnages qui en sont les initiateurs.
Déjà paru :
Léon Foucault, par William Tobin, adaptation française de James Lequeux, 2002 e La physique du XX siècle, par Michel Paty, 2003 Jacques Hadamard, un mathématicien universel, par Vladimir Maz’ya et Tatiana Shaposhnikova, traduction de Gérard Tronel, 2005
Conception de la couverture: Éric Sault. Illustration de couverture: Marie Curie et Claudius Regaud dans leurs laboratoires à l’Institut du radium. cAssociation Curie et Joliot-Curie.
ISBN :2-86883-811-1
Tous droits de traduction, d’adaptation et de reproduction par tous procédés, réservés pour tous pays. La loi du 11 mars 1957 n’autorisant, aux termes des alinéas 2 et 3 de l’article 41, d’une part, que les « copies ou reproductions strictement réservées à l’usage privé du copiste et non destinées à une utilisation collective », et d’autre part, que les analyses et les courtes citations dans un but d’exemple et d’illustration, « toute représentation intégrale, ou partielle, er faite sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants droit ou ayants cause est illicite » (alinéa 1 de l’article 40). Cette représentation ou reproduction, par quelque procédé que ce soit, constituerait donc une contrefaçon sanctionnée par les articles 425 et suivants du code pénal.
c2005 EDP Sciences
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Sommaire
Remerciements
Préface
I
1
2
3
4
5
6
II
7
8
9
Les rayons de l’espoir
e Le cancer à l’aube du XX siècle
Des rayonnements ionisants, nouvelle approche therapeutique ?
Le temps des pionniers
De l’empirisme à la démarche raisonnée
Regards croisés
La création de l’Institut du radium
L’alliance d’une science humaniste et d’une médecine scientifique
De l’Institut du radium à la Fondation Curie
Une « médecine scientifique » du cancer
La Fondation Curie : vitrine de la radiothérapie
10 Un rayonnement mondial
III
Entre science, médecine et société
11 Une certaine idée de la science
12 Des principes directeurs au développement des pratiques
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v
vii
1
3
13
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iv
Pionniers de la radiothérapie
13 La lutte contre le cancer comme facteur de transformation sociale
14 Recherche et soins : continuité ou discontinuité ?
Conclusion
POST-FACE
Glossaire
Repères chronologiques
Notes et références
Bibliographie générale
Index des noms propres
Index des noms communs
Liste des crédits photographiques
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Remerciements
Les auteurs tiennent à remercier Claude Huriet, Président de l’Institut Curie, sans le soutien ouvrage n’aurait pas pu être écrit, Roger Monier, de l’Académie des sciences, qui a rédigé la Francis Regaud, petit-fils de Claudius Regaud, qui leur a ouvert les portes de la maison familiale au Mont d’Or et donné accès à des archives encore inexploitées.
duquel cet préface, et de Couzon
Ils expriment tout particulièrement leur reconnaissance à la Fondation Singer-Polignac, présidée par Édouard Bonnefous, Chancelier honoraire de l’Institut, pour le concours qu’elle a apporté à la publication de cet ouvrage, et souhaitent aussi remercier son Vice-Président Yves Laporte, Administrateur honoraire du Collège de France, qui s’est particulièrement intéressé, au sein de cette histoire du développement de la radiothérapie, à la grande figure, un peu restée dans l’ombre, de Claudius Regaud.
Leurs remerciements s’adressent aussi à Jean-Marc Cosset, chef du département de radiothérapie de l’Institut Curie, pour ses conseils et l’intéressante documentation qu’il leur a fournie.
Ils n’oublient pas Claude Chardot, Hélène Langevin-Joliot, Alain Laugier, Michel Morange, Patrice Pinell, Henri Pujol, Pierre Radvanyi et Maurice Tubiana qui ont accepté de relire le manuscrit et ont apporté une aide précieuse par la pertinence de leurs remarques.
me Enfin, ils remercient M Pallardy, le Centre Antoine Béclère, le musée de l’Assistance publique-Hopitaux de Paris, et l’équipe du musée Curie, tout particulièrement Lenka Brochard, responsable de la photothèque, qui ont permis de disposer d’une riche iconographie.
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Préface
Écrire l’histoire de la naissance d’une nouvelle discipline scientifique, en l’occurrence la radiologie, et de son application à la radiothérapie de ces pathologies multiformes et terrifiantes que sont les cancers, rappeler l’environnement scientifique, social, culturel et politique, qui a, selon les circonstances, accéléré ou ralenti les progrès, préciser le rôle que des personnalités d’exception, Claudius Regaud et Marie Curie, avec leurs expériences personnelles, leur passion et leur aptitude à rassembler et diriger des équipes pluridisciplinaires, tout en réunissant les moyens nécessaires à leurs activités, telle est la tâche éminemment utile que les auteurs de ce livre se sont assignée et ont rempli avec talent. Tâche utile du fait des enseignements que nous pouvons en tirer au moment où nos communautés scientifiques et médicales, et l’ensemble de la société française, ont engagé une nouvelle réflexion sur l’organisation de la recherche fondamentale et les conditions du transfert de ses résultats vers l’innovation et les applications technologiques, au moment où se met en place, enfin, à l’initiative de la plus haute autorité de l’État, un Plan Cancer.
e Au milieu du XIX siècle, les malades cancéreux sont toujours considérés comme malades chroniques incurables, relevant des hospices et de la charité d’organisations privées comme les Dames du Calvaire, association fondée en 1842. L’application de la chirurgie par Lister, chirurgien écossais, des règles d’asepsie issues des travaux de Pasteur devait permettre, à partir des années 1880, les premiers succès dans le traitement par des chirurgiens exerçant à Vienne où à New York de cancers de l’estomac, de l’utérus et du sein. Cependant l’exérèse des tumeurs ne pouvait prétendre guérir que des cancers diagnostiqués très précocement. Cette quasi impuissance devant les pathologies tumorales est certainement une des raisons pour lesquelles un temps très court s’est écoulé entre la découverte des rayons X par Röntgen en 1895, de la radioactivité et des radioéléments par Becquerel et Pierre et Marie Curie de 1896 à 1698, et les premières applications médicales. Alors que la nature exacte des rayons X ne sera définitivement établie que dans les années 1920, leur e application en radiologie sera l’objet de publications et d’enseignement dès la fin du XIX siècle, et une première tentative de traitement d’un cancer de l’estomac sera tentée à Lyon en 1896. Il est clair que cette précipitation dans l’usage des rayons, dont les eets nocifs sur la peau furent très vite connus, ne serait pas conciliable aujourd’hui avec l’application du principe de précaution. Il n’est pas besoin de rappeler d’ailleurs que nombreux ont été ceux qui furent plus tard victimes des conséquences de leur audace. S’agissant de l’application aux traitements des cancers, les auteurs de cet ouvrage ne manquent pas de nous rappeler que si les approches diagnostiques et thérapeutiques étaient encore très limitées à la e fin du XIX siècle, la connaissance des cancers et des mécanismes biologiques de la cancérogenèse l’était e tout autant. Certes Sir Percival Pott avait dès la fin du XVIII siècle établi une relation entre le cancer des ramoneurs et l’exposition des jeunes « chimney sweeps » aux goudrons produits par la combustion de e la houille, mais, au tournant du XIX siècle, la participation initiale d’un agent infectieux, en conformité avec l’influence exercée par les découvertes de Pasteur, et une théorie attribuant à un désordre cellulaire l’origine des tumeurs étaient l’objet d’un débat qui ne connaîtra son terme que dans la deuxième moitié e du XX siècle, lorsque l’avènement de la biologie moléculaire permettra de concilier ces deux versions
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viii
Pionniers de la radiothérapie
divergentes en démontrant que les agents infectieux, virus ou bactéries, s’ils participent bien à l’étiologie de certains cancers (lymphome de Burkitt africain associé à l’infection par le virus d’Epstein-Barr, cancers du foie consécutifs à des infections par des virus provoquant des hépatites, tumeurs gastriques précédées par une infection par la bactérie Hélicobacter pylori, pour mentionner quelques exemples) le font en provoquant directement ou indirectement des altérations dans le génome de la cellule cible.
Cependant, depuis Virchow, la structure cellulaire des organismes vivants était connue et le dévelop-pement des techniques d’observations au microscope optique avait permis la naissance de l’histologie, qui était précisément la spécialité pratiquée à la Faculté de Médecine de Lyon par Claudius Regaud. Quoique des observations des eets des rayons X sur des modèles animaux aient été eectuées, en particulier à Bordeaux par Bergonié et Tribondeau des 1903, c’est bien à Claudius Regaud que l’on doit d’avoir exploité avec méthode et rigueur le modèle expérimental constitué par le testicule de mammifère et sa stérilisation par les rayons X. Grâce à la finesse de ses observations sur les noyaux des spermatogonies à l’origine de spermatozoïdes, il proposa que c’est en agissant sur les chromosomes que les rayons X exercent leurs eets sur la cellule irradiée, près d’un demi-siècle avant que la nature chimique du support de l’hérédité, c’est-à-dire l’acide désoxyribonucléique ou ADN n’ait été établi par Avery, Mac Leod et Mac Carthy. Claudius Regaud suggéra en outre un parallèle entre la production continue des spermatozoïdes et la croissance des tumeurs, et souligna l’importance dans les deux cas des cellules souches, aptes à se e multiplier indéfiniment, anticipant ainsi sur les premières démonstrations expérimentales à l’aube du XXI siècle de l’existence dans certaines pathologies cancéreuses de cellules souches tumorales. Les conséquences de cette justification d’une notion pressentie par Regaud dès 1908 sur l’identification de la cellule cible du premier événement, génétique ou épigénétique, qui amorce le processus tumorigène et sur les implications thérapeutiques qu’elle suggère, sont actuellement l’objet de recherches actives, qui pourraient conduire à des stratégies thérapeutiques ciblées sur ces cellules souches tumorales. C’est aussi à Claudius Regaud que l’on doit les observations pertinentes sur la diérence d’ecacité d’une même dose de radiation selon qu’elle s’est administrée avec un faible débit de dose sur un temps long ou un fort débit sur un temps court, observations dont il est tenu compte dans les applications contemporaines de la radiothérapie.
La découverte de la radioactivité par Becquerel et l’isolement des premiers éléments radioactifs par les Curie mettra à la disposition de la recherche et de la thérapeutique une nouvelle source de rayonnements et le radium sera utilisé dès 1903 pour traiter des lésions cutanées. La radium élément a pu être isolé par Marie Curie au prix d’un travail exténuant poursuivi dans les conditions médiocres oertes par son laboratoire à l’École de Physique et Chimie de la ville de Paris. Il est clair que ni Claudius Regaud ni Marie Curie, quoiqu’elle fut la première femme nommée Professeur d’Université après le décès accidentel de Pierre Curie, n’étaient satisfaits des conditions matérielles et des soutiens qu’ils recevaient des instances universitaires pour mener leurs activités de recherche et de transfert. L’utilisation de rayons X et des radioéléments créaient des besoins d’équipements complexes nouveaux qui excédaient les moyens financiers disponibles à l’époque. En outre la collaboration étroite de diérentes disciplines relevant de la physique, de la chimie, de la biologie et la médecine imposait la création et le rassemblement d’équipes destinées à œuvrer en vue d’un objectif commun. L’ouvrage de Jean-Pierre Camilleri et de Jean Coursaget décrit dans le détail comment la réponse à ces exigences a pu être trouvée, avant et après la première Guerre Mondiale, grâce à la volonté tenace de deux personnalités à la fois rationnelles et humanistes. Dans leur réussite sont intervenus les rapports de confiance que Claudius Regaud avait su établir avec Émile Roux, directeur de l’Institut Pasteur, et avec Justin Godart, adjoint au Maire de Lyon, rencontré en 1914 au hasard d’un aectation dans un hôpital militaire à Gérardmer. C’est grâce à Émile Roux que Claudius Regaud pourra quitter son poste de professeur agrégé à l’Université de Lyon pour se rapprocher de Marie
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