Recréer la nature

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Recréer la nature : c'est en ces termes que se posent aujourd'hui les questions de réhabilitation, de restauration et de recréation d'écosystèmes dans de nombreuses zones humides françaises.

Le marais d'Orx ne fait pas exception ; il constitue même un exemple particulièrement poussé d'ingénierie visant à compenser les dégradations opérées par plusieurs décennies de développement agricole intensif. Il offre l'occasion de regarder de très près un processus contemporain de renaturation : grâce aux avancées théoriques des sciences de l'écologie et aux moyens de la technologie, le spécialiste, façonnant aujourd'hui de nouveaux habitats écologiques, fournit les conditions favorables au rétablissement de la biodiversité. Des paysages naturels, voire « sauvages » se reconstruisent peu à peu. Aux sociétés locales de définir de nouveaux usages du milieu et de trouver les formes de développement économique compatibles avec le maintien de celui-ci.

Publié le : samedi 1 janvier 2000
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EAN13 : 9782728836390
Nombre de pages : 216
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Chapitre 2 L’eau et ses métamorphoses
La formation du marais d’Orx s’inscrit dans le processus de genèse des étangs et marais situés à l’arrière des dunes aquitaines et qui se disposent selon une bande méridienne allant du lac d’Hourtin à l’étang Noir. Pourtant, il possède, dans cet ensemble, bien des carac-tères originaux. Placé à la terminaison de cette suite de zones humides sublittorales, il est d’abord le plus méridional. Les conditions récentes de sa mise en place sont liées à l’action maritime et éolienne, comme dans les autres étangs landais. D’autres facteurs, parmi lesquels une tectonique en rapport direct ou indirect avec la surrection du massif pyrénéen, expliquent son organisation actuelle. Enfin, alors que les autres étangs se situent à l’articulation entre les dunes et le plateau forestier landais, ce marais est le seul élément qui assure, sous le miroir de ses eaux, la liaison entre des ensembles géologiques aussi nombreux qu’hétérogènes : calcaire du Seignanx, sables de Maremme, revêtements et cailloutis du Bas-Adour. Son intérêt découle donc pour partie du contact que l’on a déjà noté entre ces ensembles morpho-logiques.
Même si cela peut paraître étonnant, l’étude des formations géo-logiques de la cuvette du marais d’Orx a un lien avec le point de vue social et politique qui nous occupe. D’abord, la connaissance souter-raine des substrats, de ce qu’ils disent sur la formation longue du marais, nous guidera dans une prise de contact plus directe, plus totale avec le terrain. Ensuite, la dynamique propre des éléments (matériaux, construction, accumulation, érosion) permet d’observer, comme par soustraction, la part de l’homme dans le paysage.
Une lecture morphologique du paysage du marais d’Orx
Quelles pouvaient être les limites de l’épanchement des eaux dans la cuvette lacustre, à l’époque où aucun ouvrage hydraulique n’était construit ? On peut encore une fois interroger le paysage, et prendre
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l’attitude de l’observateur qui se place au centre du marais, sur la digue-route, par exemple en automne. Ce qu’il voit est apparemment simple : d’une part un vaste plan d’eau agrémenté de quelques passages secs, sous formes de hauts-fonds, d’îles et de presqu’îles, s’étalant à 1 une altitude moyenne de – 0,70 à 3 m . La hauteur d’eau est percepti-ble à l’œil, à quelques centimètres près, suivant la hauteur émergée de la digue circulaire et l’apparition des plantes hygrophytes qui se développent sur sa pente interne. Plus loin, des volumes végétaux fournis couvrent les hauteurs qui limitent dans toutes les directions le plan d’eau, laissant peu de possibilités pour une divagation des flux.
La végétation cache une charpente géologique assez fortement acci-dentée. Tout d’abord, au sud et à l’est courent des hauteurs profondé-ment disséquées. Un plateau vallonné tombe sur le marais d’Orx, sans terrasse ni ressaut, en une pente abrupte et boisée. Cette pente raide, qui est une falaise morte marquant le tracé d’une ligne de rivage ancien, se heurte directement à la digue périphérique, laissant peu de place au développement de larges ceintures de roseaux. Les rideaux d’arbres dissimulent un sol d’éboulis calcaires et marneux qui porte quelques épaulements formés de revêtements alluvionnaires recon-naissables à leurs ondulations plus souples (limons et loess qu’on retrouve également sous forme de passées dans le sol du marais). Ces revêtements peuvent fournir le moyen de mettre en évidence, et peut-être même de dater des épisodes de hauts niveaux des eaux. Mais est-ce le plancher du marais qui s’est soulevé ou la falaise morte qui a vu son niveau relatif rejouer ? L’observation du talus n’apporte pas de réponse immédiate: des rejeux tectoniques récents peuvent aussi expliquer l’existence des traces d’anciens remblaiements alluvionnai-res perchés jusqu’à mi-hauteur sur la pente (Fig. 5).
En se tournant ensuite vers l’ouest, l’observateur perçoit, sous la pinède, la lourde silhouette des anciennes dunes littorales, hier « vives » (elles se déplaçaient sous l’action des vents dominants), et aujour-e 2 d’hui fixées par les plantations opérées auXIXDe ce côtésiècle . aussi, les limites du marais dans l’histoire ne sont pas définissables avec certitude. Comment ont évolué les mouvements dunaires, de l’est vers l’ouest, et les oscillations des niveaux d’eau du marais, à chaque saison ? L’observation de terrain ne procure ni certitude ni évidence, elle permet seulement de formuler l’hypothèse d’une évolution conjointe
1. Toutes les données altitudinales sont NGF (nivellement général de la France). 2. On ne développe pas particulièrement les opérations de fixation et de boisement des dunes aquitaines et landaises, assurées par les ingénieurs Brémontier, Crouzet, Cham-brelent, et décrites entre autres dans R. Sargos,Contribution à l’histoire des boisements des Landes de Gascogne, Bordeaux, Delmas, 1949.
Ouest
Ouest
L’eau et ses métamorphoses 35
Partie nord du marais
Partie sud du marais
Substrat marneux
Sables et galets antéflandriens
Argile flandrienne discontinue
Tourbe
Revêtement sableux
Figure 5.Coupe géomorphologique simplifiée d’est en ouest du marais d’Orx.
Est
Est
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des masses d’eau et de sable en un paysage très dynamique. Avant l’assèchement, les eaux du marais devaient s’épancher dans des zones humides logées dans des sillons interstitiels aux arcs dunaires. Le Boudigau, qui évacue difficilement les eaux à travers la dune (son altitude s’abaisse d’un mètre cinquante sur un parcours total de 14,5 km), rappelle peut-être, avec son cours encore sinueux entre les fossés interdunaires, l’enchevêtrement initial de bras et de méandres du marais.
Si ses limites à l’est comme à l’ouest sont incertaines, peut-on au moins être plus assuré de la stabilité du fond du marais ? A-t-il tou-jours été recouvert d’eau comme l’aperçoit l’observateur contemporain ? Pour le savoir, il faut analyser les micro-reliefs et la composition de ses sols.
Lorsqu’on est placé à l’intérieur du périmètre de la grande digue cir-culaire, la pente du marais est insensible. Les rives sont quasiment plates, la berge occidentale du marais central passe de 2,40 m à 2 m d’altitude sur une distance de 500 m environ. L’œil, pour repérer ces variations d’altitude de l’ordre du centimètre, a besoin de repères. L’existence de zones de végétation distinctes selon leur tolérance à l’eau, et disposées en ceintures concentriques, représente un bon indice. On peut en effet voir s’individualiser différentes strates entre 2 et 2,5 m d’altitude : phragmites, hélophites, plantes rivulaires, plantes pionnières des vases peu découvertes comme l’alpiste(Phalaris arundi-cea), graminée adventice du maïs qui colonise les vasières découvertes. Peu à peu les classements opérés dans les compositions végétales per-mettent de discerner une planimétrie assez fine. En outre le regard devine, sur la berge occidentale à l’ombre de la dune, que les altitudes moyennes du plancher du marais s’abaissent : on perçoit vers le sud des zones basses qui, vérification faite, « plongent » jusqu’à 1,40 m (les altitudes du plancher des marais se sont modifiées depuis leur créa-tion). C’est certainement sur cette ligne de bas-fonds qu’a dû se mettre en place la zone humide. Par ailleurs, les contrastes de couleur des vases découvertes qui passent du clair (en bordure du coteau calcaire et dans les zones sableuses) au sombre révèlent des différences de substrat. La matière de remplissage de la cuvette est la tourbe, recon-naissable à sa couleur noire. L’existence de cette tourbe conforte 3 l’hypothèse de l’ancienneté de la localisation du marais à cet endroit .
3. Cette tourbe a été exploitée en certains points du marais, ce qui complique encore la planimétrie et explique l’existence de zones de tassement et de bas-fonds qui « cabossent » cette surface. Notons que les fragments d’une pirogue ont été retrouvés dans la tourbe du marais d’Orx, attestant d’une part l’ancienneté du caractère lacustre du site, d’autre part l’intérêt de l’homme pour ces milieux dès le Néolithique.
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