Regards sur les Amérindiens de la Guyane française et du territoire de l'Inini en 1930

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Le premier intérêt de ce livre, c'est l'effet de surprise. Il vient combler, partiellement, une lacune dont on avait fini par s'accommoder. Et voilà que nous découvrons subitement qu'un observateur averti a laissé des traces circonstanciées de deux séjours totalisant plusieurs mois en pays roucouyenne -les actuels Wayana- en 1935 et 1937, c'est-à-dire plus de dix ans avant la «redécouverte» de ces indiens quasi mythiques par Hurault et ses collaborateurs !



Un autre intérêt de ce travail vient de la qualité de la plupart des données ethnographiques qu'il contient. L'observation est juste et précise, principalement lorsqu'il s'agit de détails matériels : ainsi, en particulier, de la fabrication de la cassave et de la bière de manioc, de l'agriculture et de l'élevage, des soins du chamane, de l'incinération du cadavre ou encore de la valeur d'échange d'un chien de chasse. On y puisse des données qui permettent d'apprécier les permanences et les changements, que ce soit à propos des techniques de chasse et de pêche, des instruments de cuisine, de l'architecture des maisons ou des emprunts de bijoux occidentaux, entre autres.



Pour finir, soulignons le mérite de R. Grébert d'avoir, le premier, soulevé le problème de la «question indienne» : il rappelle à cette occasion la qualité de citoyen des Indiens et soumet quelques propositions dont certaines, telle la prise en charge de la collecte et de l'écoulement de l'artisanat vers Cayenne, étaient novatrices, réalistes, et n'ont toujours pas été suivies d'effet. Aujourd'hui, les Wayana, qui sont concernés par le projet de parc naturel du sud Guyanais, tentent de trouver une juste voie entre la tradition et la modernité ; dans cette tache difficile et cruciale ils ne rencontrent ni la compréhension ni l'aide des pouvoirs publics, plus soucieux d'épargner l'exploitation aurifère de la région et de préserver les espèces végétales et animales que d'assurer un avenir décent et concerté à un peuple indigène volontaire et dynamique.

Publié le : samedi 1 janvier 2011
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EAN13 : 9782844506207
Nombre de pages : 148
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PrÉfacE
ReGARd sUR LesAMéRINdIeNs eN1930
LE prEmiEr inTÉrêT DE cE livrE, c’EST l’EffET DE SurpriSE. Il viEnT comBlEr, parTiEllEmEnT, unE lacunE DonT on avaiT fini par S’accommoDEr ET qui a ÉTÉ E ainSi formulÉE par J. HuraulT : aprèS lE paSSagE DE CouDrEau [fin DuxIx SièclE] « l’EXTrêmE SuD ET lES DErnièrES TriBuS inDiEnnES DEvaiEnT rETomBEr, pour prèS DE cinquanTE anS, DanS lE SilEncE ET l’ouBli » (1972 : 91). La miSSion MonTEuX-RicharD DE 1931 n’avaiT faiT En vÉriTÉ qu’EfflEurEr lE payS inDiEn, Si l’on EXcEpTE la conTriBuTion noTaBlE DE J. PErrET Sur lES emErillon. CErTES, DES colporTEurS ET quElquES voyagEurS ÉTaiEnT paSSÉS ; on SavaiT noTammEnT quE Marc sangniEr, ÉlèvE DE M. MauSS, avaiT rÉaliSÉ unE miSSion EThnographiquE En 1938 ; maiS, DÉcÉDÉ pEu aprèS Son rETour En mÉTropolE, Son Travail n’a jamaiS DonnÉ liEu à puBlicaTion. Il ÉTaiT Donc convEnu qu’En 1948 « paS un europÉEn nE connaiSSaiT l’EmplacEmEnT DES villagES roucouyEnnES » (sauSSE, 1951 : 100). eT voilà quE nouS DÉcouvronS SuBiTEmEnT qu’un oBSErvaTEur avErTi a laiSSÉ DES TracES circonSTanciÉES DE DEuX SÉjourS ToTaliSanT pluSiEurS moiS En payS roucouyEnnE - lES acTuElS Wayana - En 1935 ET 1937, c’EST-à-DirE pluS DE DiX anS avanT la « rE-DÉcouvErTE » DE cES inDiEnS quaSi myThiquES par HuraulT ET SES collaBoraTEurS ! en EffET, R. GrÉBErT accompagnaiT lE capiTainE RicharD qui a rEconnu, En 1937, concomiTammEnT avEc lES brÉSiliEnS DE la miSSion Aguiar ET lES HollanDaiS DE l’amiral KaySEr, à la foiS lES fronTièrES ET lE poinT DE TrijoncTion EnTrE lES TroiS payS. RappElonS qu’à la SuiTE DE nom-BrEuSES pÉripÉTiES, l’acTuEl TErriToirE DE la GuyanE françaiSE fuT DÉciDÉ En 1900 pour Sa fronTièrE BrÉSiliEnnE ET En 1890 pour cEllE avEc lE surinam. Un auTrE inTÉrêT DE cE Travail viEnT DE la qualiTÉ DE la pluparT DES DonnÉES EThnographiquES qu’il conTiEnT. L’oBSErvaTion EST juSTE ET prÉciSE, principalE-mEnT lorSqu’il S’agiT DE DÉTailS maTÉriElS : ainSi, En parTiculiEr, DE la faBrica-Tion DE la caSSavE ET DE la BièrE DE manioc, DE l’agriculTurE ET DE l’ÉlEvagE, DES SoinS Du chamanE, DE l’incinÉraTion Du caDavrE ou EncorE DE la valEur D’ÉchangE D’un chiEn DE chaSSE. On y puiSSE DES DonnÉES qui pErmETTEnT D’apprÉciEr lES pErmanEncES ET lES changEmEnTS, quE cE SoiT à propoS DES TEchniquES DE chaSSE ET DE pêchE, DES inSTrumEnTS DE cuiSinE, DE l’archiTEcTurE DES maiSonS ou DES EmprunTS DE BijouX occiDEnTauX, EnTrE auTrES. On pEuT S’inTErrogEr Sur lES rElaTionS DES RoucouyEnnE avEc lES boni : alorS quE GrÉBErT voiT unE DominaTion aBSoluE, jalouSE ET vEXaToirE DES SEconDS Sur lES prEmiErS, HuraulT DÉcriT unE SorTE DE « proTEcToraT » TaciTEmEnT rEconnu (1961 : 143). effET D’opTiquE, ou BiEn, commE jE lE croiS pluTôT, ÉmancipaTion progrESSivE DES InDiEnS, D’unE TuTEllE qui, avEc la conSTrucTion Du Bourg DE MaripaSoula DanS lES annÉES 50, avaiT DE pluS En pluS DE mal à S’EXErcEr Effi-cacEmEnT ? sur lE plan DÉmographiquE, on pEuT conSTaTEr qu’En unE BonnE vingTainE D’annÉES (EnTrE 1935 ET 1958), il SEmBlE y avoir Eu DE forTES varia-TionS DE la populaTion wayana Du LiTani puiSquE GrÉBErT parlE D’Environ 150
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ReNéGRébeRt
haBiTanTS En 1935 ET DE 77 En 1937, SuiTE à DES ÉpiDÉmiES, cE quE confirmE schmiDT En 1942 (72 Wayana), alorS quE la miSSion DE 1948 a rEcEnSÉ Envi-ron 120 pErSonnES DanS la mêmE zonE, chiffrE DouBlÉ par un rapporT Du Yari En 1958 (HuraulT, 1961 : 42-43). dEuX raiSonS à cEla : D’unE parT, lES mouvE-mEnTS DE populaTion EnTrE lE brÉSil ET la FrancE onT ÉTÉ pErmanEnTS ; D’auTrE parT, il y EuT DES DÉplacEmEnTS - quElquES inDicaTionS livrÉES DanS cES pagES pErmETTEnT DE S’En fairE unE iDÉE pluS juSTE - EnTrE lES BErgES SurinamiEnnE ET françaiSE au grÉ DES avanTagES quE cES payS lEur propoSaiEnT. brEf, cE TEXTE conTiEnT un cErTain nomBrE DE DonnÉES qui vonT Enrichir noTrE connaiSSancE DES Wayana ET Du HauT Maroni.
MaiS Si lES RoucouyEnnE/Wayana occupEnT l’ESSEnTiEl DE l’ouvragE, quElquES rEmarquES, parfoiS ÉTonnanTES, à propoS D’auTrES groupES amÉrin-DiEnS, En rEnforcEnT l’aTTraiT : ouTrE lES GaliBi/Kali’na, BiEn inSÉrÉS DanS lE TiSSu Social guyanaiS ET DonT on voiT lES DÉBuTS DanS la ScolariTÉ ET lE fooTBall, lES emErillon DÉjà BiEn « crÉoliSÉS », lES Palicour ET lES Wayapi En EnTrETE-naiEnT Sur l’Oyapock, D’aSSEz ÉTroiTES rElaTionS avEc lES CrÉolES ET avEc lES blancS, on TrouvEra quElquES noTES pEu fiaBlES Sur cES InDiEnS auX yEuX BlEuS quE SonT lES OyaricoulETS, DonT lES Wayana auraiEnT anÉanTi unE facTion au DÉBuT Du SièclE DErniEr.
CEla ÉTanT, il SEra facilE DE criTiquEr lES nomBrEuX ErrEmEnTS ET ErrEurS qui jalonnEnT cE TEXTE, noTammEnT quanD il S’agiT D’inDucTionS ou D’inTErprÉ-TaTionS. La foi chrÉTiEnnE DE l’auTEur En inSpirE quElquES-unES, commE cEllE qui lui faiT conSiDÉrEr quE lES RoucouyEnnE vÉnèrEnT diEu, ou lorSqu’il DÉplorE la DiSpariTion DE cES guiDES proTEcTEurS qu’onT conSTiTuÉ, à Son aviS, lES jÉSuiTES pour lES InDiEnS ; Sa confiancE DanS lES auTEurS qui l’onT prÉcÉDÉ -DonT il poSSèDE unE BonnE connaiSSancE - En EXpliquE D’auTrES, par EXEmplE cEllE qui a TraiT à l’originE DE l’EThynonymE « roucouyEnnE ». A propoS DE l’EXErcicE DE la chEffEriE ou EncorE D’unE Soi-DiSanT guErrE avEc lES boni au DÉBuT Du SièclE, il fauT SanS DouTE chErchEr la cauSE DES affirmaTionS ErronÉES Du côTÉ DES inTErprèTES noirS marronS. Par aillEurS, on DoiT BiEn conSTaTEr quE l’ouvragE EST DaTÉ, commE lE prouvEnT un EnSEmBlE D’ÉlÉmEnTS : l’Emploi à TouT propoS Du TErmE « racE », lE SouciS rÉpuBlicain ET naTionaliSTE, TrèS prÉSEnT DanS cETTE volonTÉ D’aTTirEr DES InDiEnS pour En fairE DES FrançaiS pluTôT quE DES HollanDaiS ou DES brÉSiliEnS ; l’aTTriBuTion DE la chuTE DÉmographiquE DES Wayana (cE groupE compTE aujourD’hui Environ 1300 rEprÉSEnTanTS DonT 800 Sur la zonE HauT-Maroni / LiTany) à la BièrE DE manioc ET à la conSanguiniTÉ, alorS quE l’auTEur rEconnaîT lui-mêmE lES EffETS DÉvaSTaTEurS DES ÉpiDÉmiES ; lE paTErnaliSmE, proDuiT DE l’ÉvoluTionniSmE, qui voulaiT quE « pour lE prES-TigE DE la FrancE » nouS DuSSionS nouS prÉoccupEr DE « la miSèrE D’unE racE » pourTanT valEurEuSE maiS conSTiTuÉE DE « granDS EnfanTS »… LE SouciS Écono-miquE ET gESTionnairE,leitmotivDE TouS lES voyagEurS DEpuiS quaTrE SièclES, ET TrèS prÉgnanT : la FrancE DoiT aTTirEr puiS « aSSimilEr » lES InDiEnS, favoriSEr lEur mÉTiSSagE avEc lES blancS, afin D’aSSurEr lE DÉvEloppEmEnT DE la coloniE grâcE à cETTE main-D’œuvrE. Il conviEnT TouTEfoiS DE SignalEr quE l’auTEur,
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foncTionnairE aTTEnTif ET humaniSTE, n’EST paS EThnographE ET DEmEurE ToujourS moDESTE. Pour finir, SoulignonS lE mÉriTE DE R. GrÉBErT D’avoir, lE prEmiEr, SoulEvÉ lE proBlèmE DE la « quESTion inDiEnnE » : il rappEllE à cETTE occaSion la qualiTÉ DE ciToyEn DES InDiEnS ET SoumET quElquES propoSiTionS DonT cErTainES, TEllE la priSE En chargE DE la collEcTE ET DE l’ÉcoulEmEnT DE l’arTiSanaT vErS CayEnnE, ÉTaiEnT novaTricES, rÉaliSTES, ET n’onT ToujourS paS ÉTÉ SuiviES D’EffET. AujourD’hui, lES Wayana, qui SonT concErnÉS par lE projET DE parc naTurEl Du SuD GuyanaiS, TEnTEnT DE TrouvEr unE juSTE voiE EnTrE la TraDiTion ET la moDEr-niTÉ ; DanS cETTE TachE DifficilE ET crucialE ilS nE rEnconTrEnT ni la comprÉhEn-Sion ni l’aiDE DES pouvoirS puBlicS, pluS SouciEuX D’ÉpargnEr l’EXploiTaTion aurifèrE DE la rÉgion ET DE prÉSErvEr lES ESpècES vÉgÉTalES ET animalES quE D’aSSurEr un avEnir DÉcEnT ET concErTÉ à un pEuplE inDigènE volonTairE ET DynamiquE.
RÉfÉrEncES BiBliographiquES :
JEan CHAPUIs Ethnologue
Er HURAULt,, J. Français et Indiens en Guy aneÉD., GuyanE PrESSE diffuSion, CayEnnE 1989 (1 PbP, 1972). — « LES InDiEnS Oayana DE la GuyanE françaiSE »,Journal de la Société des Américanistes, 1961 : 135-183. PeRRetOBSErvaTionS ET DocumEnTS Sur lES InDiEnS emErillon DE la GuyanE françaiSE , « , J. », Journal de la Société des Américanistes,TomE 25, 1933. sAUsse, A. , PopulaTionS primiTivES Du Maroni, PariS, LaroSE, 1951. sHOePF, d. , « »,HiSToriquE ET SiTuaTion acTuEllE DES InDiEnS Wayana-Apalai Du brÉSil Bulletin du Musée d’Ethnographie, GEnèvE, n°15, 1972 : 33-64.
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