Savary

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L'Auteur : Directeur de la fondation Napoléon, Thierry Lentz est l'auteur de nombreuses études savantes sur Napoléon et sur l'Empire, en particulier Le Grand Consulat (Fayard, 1999). PAR LE PLUS REMARQUABLE DES NOUVEAUX HISTORIENS DE L'EMPIRE, LA BIOGRAPHIE DE L'UNE DES FIGURES LES PLUS NOIRES DE LA PERIODE NAPOLEONIENNE.
Publié le : mercredi 14 novembre 2001
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EAN13 : 9782213648811
Nombre de pages : 560
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PROLOGUE
De l’Ancien Régime à la Révolution
Comme tant de biographes d’hommes nés dans un quasi-anonymat, nous sommes placé ici devant une difficulté banale, mais proche dans ses conséquences du « vertige » de la page blanche : comment évoquer les jeunes années de Savary qui vit le jour dans une famille sans ascendance illustre ni tradition de conservation de ses papiers, dans une région ardennaise dévastée par plusieurs invasions lors desquelles les archives ont beaucoup souffert ? L'intéressé lui-même ne nous a guère aidés. Ses Mémoires,
en huit volumes, ne comptent que quelques lignes sur sa jeunesse et nous révèlent, sans plus, qu’il fut le fils d’un officier ayant « vieilli sous les drapeaux et qui n’avait obtenu, pour prix de ses longs services, que le grade de major dans un régiment de cavalerie et la croix de Saint-Louis 3 ». Ni son dossier militaire ni ses premiers biographes ne nous en apprennent bien davantage. Restent quelques lambeaux d’archives dans lesquels la trace de Savary est presque effacée 4.
LE FILS DU GOUVERNEUR DE SEDAN
C'est le 26 avril 1774, à Marcq, commune de l’actuel département des Ardennes, à 56 km de Sedan, que vit le jour Anne Jean Marie René Savary. Il était le troisième garçon de Ponce Savary et de Victoire Loth de Saussay (ou Dussaussoy ou du Saussoy), fille d’un ingénieur du roi 5
et petite-nièce du maréchal de Crécquy 6. Alors âgé de cinquante-deux ans, petit-fils de meunier ardennais et fils d’un maître brasseur qui fut major de la bourgeoisie de Charleville (commandant de la milice communale), Savary père était un militaire à la carrière effectivement longue et solide 7. Engagé volontaire à dix-neuf ans dans une compagnie de dragons, il avait gravi, au fil des faits d’armes et des blessures, de nombreux échelons 8
. Après les peu glorieuses campagnes de Bohême et de Bavière (1741-1743), il avait rejoint le Royal Normandie Cavalerie, au sein duquel il avait combattu dans les Flandres (1747) puis, pendant la guerre de Sept Ans, en Hanovre (1757), contre les Anglais, et en Allemagne (1758-1762), contre les Prussiens du Grand Frédéric. Maréchal des logis en 1746, lieutenant l’année suivante, aide-major puis capitaine en 1759, il avait bénéficié, à partir de 1766, d’une pension de 600 livres. Le 24 mai 1772, il avait été élevé au grade de chevalier dans l’ordre de Saint-Louis (ce qui paraît attester de la valeur de ses services, mais, vu son grade, n’entraînait pas forcément un anoblissement) et avait acquis le fief de Marcq. Cela ne signifie pas, contrairement à ce qu’on a pu lire plus tard dans les annuaires de la noblesse impériale, que Ponce Savary était « seigneur de Marcq », l’achat des « fiefs », à la fin du XVIIIe
siècle, s’apparentant souvent à ce que nous appellerions aujourd’hui une « opération immobilière », n’emportant, à ce titre, aucune conséquence nobiliaire9. Il n’empêche que, pour un homme parti de rien (dans le contexte de l’époque), sa vie militaire allait s’achever à un niveau respectable de la hiérarchie de ce qu’on n’appelait pas encore – et pour cause – l’Ancien Régime.
En 1777, le fils du brasseur devint major du château de Sedan, ce qui, sans faire de lui un des principaux responsables de la défense du royaume (son grade de major correspondait au grade intermédiaire entre capitaine et lieutenant-colonel), était le couronnement d’une carrière. Le père de notre personnage était donc un notable militaire (sans doute peu fortuné) d’une ville provinciale de quelques milliers d’âmes, commandant un château au pied duquel se trouvaient de vastes magasins et des écuries. Place forte considérable sur le papier, Sedan avait perdu de sa superbe et de son utilité stratégique avec la paix retrouvée. On était loin en effet, en 1777, de la formidable citadelle du duc de Bouillon confisquée par Richelieu à son propriétaire coupable d’avoir conspiré contre le roi, en 1641. Le rapprochement entre Vienne et Versailles rendait désormais inutile d’entretenir une telle place pour surveiller et bloquer les menaces venant des Pays-Bas autrichiens. Sedan avait cependant conservé un gouverneur particulier tout en n’abritant, à l’époque où Ponce Savary en prit le commandement, qu’un hôpital militaire, quelques fantassins et un corps de cavalerie
10. Sur le plan civil, la ville était le siège d’un baillage et d’une maîtrise des Eaux et Forêts. Toutes les autres activités administratives et judiciaires dépendaient du siège de Metz, principale ville des Trois-Évêchés. Dans cette ville de Sedan à l’importance stratégique réduite, Ponce Savary n’en était pas moins considéré comme « un homme fort instruit », son épouse jouissant « de la plus haute réputation » 11. Le major n’allait obtenir une pension de retraite de 2 400 livres qu’en 1793, après quarante-cinq ans et sept mois de service 12.
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