Un mythe politique : La «République juive»

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L'antisémitisme en France est une tradition double.

Il dénonce, comme dans les autres pays, l'argent, le nomadisme, les perversions sexuelles, le cosmopolitisme supposés des Juifs. Cet antisémitisme a trouvé son héraut en la personne d'Edouard Drumont, auteur de La France Juive (1886), qui eut jusque de nos jours d'innombrables émules.

Mais la France est un pays d'Etat fort. La Révolution, par le même mouvement où elle fonda la toute puissance de l'Etat, émancipa les Juifs. La République ne voulait plus connaître que des citoyens, égaux devant la loi, dont la promotion serait l'oeuvre de leurs seuls mérites, mais qui devraient, en contrepartie, refouler hors de la spère publique, dans la stricte intimité de leurs convictions personnelles, leurs particularismes culturels, linguistiques, religieux. Nombre de Juifs, acceptant le cadre particulier du franco-judaïsme, bénéficièrent en retour de l'émancipation par l'Etat, par le haut fonctionnariat et le service public.

L'antisémitisme traditionnel s'en prenait au Juif de Cour _ suspecté de fomenter en coulisse les plus noirs complots. Désormais, l'antisémitisme politique, appelant à rompre le pacte républicain et à abattre l'Etat lui-même, dénoncera le Juif d'Etat _ accusé de liquider les intérêts d'une vraie France éternelle.

Au mythe de " la France juive " répond en d'autres milieux celui de " la République juive ".

Telles sont quelques-unes des grandes analyses neuves que développe, dans une perspective politique, Pierre Birnbaum, à partir notamment d'un vaste matériau historique original.

Pierre Birnbaum est professeur de Sciences politiques à l'Université Paris 1.
Publié le : mercredi 10 février 1988
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EAN13 : 9782213651200
Nombre de pages : 420
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L'antisémitisme en France est une tradition double.

Il dénonce, comme dans les autres pays, l'argent, le nomadisme, les perversions sexuelles, le cosmopolitisme supposés des Juifs. Cet antisémitisme a trouvé son héraut en la personne d'Edouard Drumont, auteur de La France Juive (1886), qui eut jusque de nos jours d'innombrables émules.

Mais la France est un pays d'Etat fort. La Révolution, par le même mouvement où elle fonda la toute puissance de l'Etat, émancipa les Juifs. La République ne voulait plus connaître que des citoyens, égaux devant la loi, dont la promotion serait l'oeuvre de leurs seuls mérites, mais qui devraient, en contrepartie, refouler hors de la spère publique, dans la stricte intimité de leurs convictions personnelles, leurs particularismes culturels, linguistiques, religieux. Nombre de Juifs, acceptant le cadre particulier du franco-judaïsme, bénéficièrent en retour de l'émancipation par l'Etat, par le haut fonctionnariat et le service public.

L'antisémitisme traditionnel s'en prenait au Juif de Cour _ suspecté de fomenter en coulisse les plus noirs complots. Désormais, l'antisémitisme politique, appelant à rompre le pacte républicain et à abattre l'Etat lui-même, dénoncera le Juif d'Etat _ accusé de liquider les intérêts d'une vraie France éternelle.

Au mythe de " la France juive " répond en d'autres milieux celui de " la République juive ".

Telles sont quelques-unes des grandes analyses neuves que développe, dans une perspective politique, Pierre Birnbaum, à partir notamment d'un vaste matériau historique original.

Pierre Birnbaum est professeur de Sciences politiques à l'Université Paris 1.
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