De l'air !

De
Publié par

De l'air ! Cri d'expiration ? D'aspiration ? Crise d'inspiration ? Cri cosmogonique. Le cri d'Icare plane. Si la conquête technique de l'air ne s'accompagne pas d'une conquête écologique, la chute menace... collective. Pas le choix. Faire comme Dédale : s'inscrire à l'école de l'air, à son écoute. S'en inspirer. Apprendre à respirer, à aérer, s'aérer, habiter ciel et terre, s'aérodynamiser. Programme invisible, léger, subtil. Vital, il est déjà à l'oeuvre à notre insu. Cet ouvrage a déjà été publié en 1992. Il n'a rien perdu de son actualité.
Publié le : mercredi 1 juillet 2015
Lecture(s) : 1
EAN13 : 9782336386638
Nombre de pages : 284
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat

D Dee e l ’la’la’iarir i r! ! !C Crri ir id d’dex’’exp pipriraiartatioitoinon n ? ? ? D D’a’a’saspspipriraiartatioitoinon n ? ? ? C Crrisirsiese e d d’di’ni’nisnspspipriraiartatioitoinon n ? ? ? GGGaa saststotoon n n PPPINININE EAEAUAUU (d( d(idri.ri).r).)
CCrri irc ic ocososmsmoogogogononinqiqiuqueue.e .L .L eLe ec c rcri ird id ’dI’cI’cIacarareer ep p lpalalnanene.e .S . iS il ial al ac c ocononqnququêuêtêetet et et etcechchnhninqiqiuque ue e
d dede el ’l a’la’iarir in rn ene es s ’sa’a’caccocomomp papagagngnene ep p apasas sd d ’du’u’nunene ec c ocononqnququêuêtêetet eé é cécocolololgogigqiqiuqueue,e ,l ,al al ac c hchuhutue te te
mmmeenenanacacece…e…… c c ocolollellelcectctivitvieve.e..
PaPass sl el el ec c hchohoioxixi.x .F .F aFaiarireier ec c ocomommee eD Déédédadalaelel e: :s :s ’si’ni’nisnscscrcririreier eà à àl ’l é’lé’cécocoloelel ed d ede el ’l a’la’iari, ri, r,
àà à s sosonon n é écécocououtuetet.e . S. ’Se’e’nen n in inisnspspiprireierre.r .r A. Ap pp rpreernendndrdreer e à à à r reersespspiprireierrer r(1 (1()1,) ,) à, à à a aéaéréreerrer r(2 (2()2, ), ),
ss’sa’a’éaéréreerrer ( r3( 3()3,) ,)h ,h ahababibtietietrer c rc iceieile le le tet t et etrerreer e( 4( 4()4,) ,)s ,s ’sa’a’éaéréroordod ydynynanamamisisieserer ( r5( 5()5.) .)P . rProorgogrgraarmamme e e
ininivnvivsisisbibilbelel,e , ,l élélgégegere,r ,r ,s susububtbtilit.li .l .V V iVtitaiatla,l ,l ,i li li le esestst td dédéjéàjàj à à à à l ’lœ’l’œuuvuvrvreer e à à à n nonototrrteer e i ninisnsusu. u. .
MMMaaiasisi sl al al as s usururvrviveiei ei mi mimp plpilqilqiuqueue ed d ede el el el es s osorortrtiritr id rd edeses so o uoubublbileileitettettetses,s ,d ,d ede el ’l i’lni’nicncocononsnscsciceieinent nt t
éécécocolololgogigqiqiuqueue.e .D . Dee ep p apasasseserer d rd udu ur ré érŽé Žex Ž exee eà à àl al al ar ré érŽé Žex Ž exioioinon.n.. DDDEEE LLL’’A’AAIIIRRR ! ! !
GGaasaststotonon n P PININIENEAEAUAU,U , ,p prproorfoefefsesseseueurur rr reretetrrtaraiatitéiét é d d ede e l ’lU’l’Unninvivieverersrsistitéiét é d d ede e T ToTouourursrs, s, , Essai sur l’Essai sur l’Essai sur l’ écécéc oformationoformationoformation
eesestst tc chchehererccrhcheheueurur ré émémmééréritriteiet e a auau u C CCeenentntrrtere e d d ede e r rerecechchehererccrhchehe e e enen n É ÉdÉd uducucacatatioitoin on n
eetet tFo FoForrmrmmaatatioitoinon n r rerelealaltativitvieve e à à à l ’lE’lE’nEnvnvivriroiornonnnnenememmeenentnt te etet tà à à l ’lÉ’lÉ’cÉcocococictitoiotyoyeyenennnneneteté é té
(C((Ceenentntrrt’E’rE’rErere)e ) ) d d ede e l’lU’l’Unninvivieverersrsistitéiét é d d udu u QQuuéuébéb ebecec c àà à MMoonontntrrtéréaéala l l (U((UQQA AMM). ). ).
S Seeses s rrerecechchehererccrhcheheses s ssusurur r l’lé’lé’cécocofofofrormrmaatatioitoinon n ss’si’ni’nisnscscrcrivrivievenentnt t d d adanansns s uunune ne e
p prproorbob lbélélmémaatatiqitqiuqueue e d d ede e lalal a fofofrormrmaatatioitoinon n p p eperermrmaananenenentnteet e aauau u ccocouourursrs s d d ede e la la la
vviveiei,e , ,e enen n d d edeueuxux x t teetmemmp p sps s ( e(e(xexpxp épérérierieinentntieiteil/el/fl/ofofrormrmmeele)l )l )e etet tt trrtooriosisi s m mmoououvuvevememmeenentnts s ts
(a(a(uaututootnononomommisisiasatatioitoinon,n ,s ,s osococicoioiloololgogigsisiasatatioitoinon ne e tet é té cécocoloololgogigsisiasatatioitoinon)n.).).
S iSgigingnanalaololnonsns s q ququeue e l elel e p p rpréérsésesenentnt to ououvuvrvraargagege e a a a d dédéjéàjàj à é ététét é p pupubublbiléiléi é e enen n 1 19199292. 2. .
IlI lIn ln ’na’a’ ar ri eireinen np p epererd drudu ud d ede es s osonon na a cactctuutaualailtilétiét. é. .
rerereEEnEn n1 1 1 d d ede ec c ocououvuveveretrutrutruerer e: : «:« L« L’ a’Lai’rai rid rd ede en n ene ep p apasas es e nen na av avovoiori ril r’la ’lai’rai ri» r», »,M , Mininainasassoso,o ,a ,a lialilasias Ls L inLineinee
M Maaisaisoisononsns-s-H H-oHonononoroérér,é ,2 ,2 020101515.5. .
ee eEEnEn n4 4 4 d d ede ec c ocououvuveveretrutrutruerer e: : « :« P« P oPoionintinstst ds d ede ev vu vueue e» », »,p ,p apasastsetetl eld ld ede eM M Maaraireire-ie-ÉÉ-lÉilsilseise eL L aLaraèrèrnènene,e, ,
cciéciéliiélsilstisetet e( h( h(thtptpt:p/:/:l/al/arlaerernencnciecieliielsilstisetet.fe.rf.erfere.fe.rf. rf; r ; la;l arlaerernenenececiecieliielsilstisetet@e y@yayahahohoo.of.rf.)rf.)r.).
P PrPré érféfaafcaceces des ds de Mae Mae Ma d dadamamme Ge Ge G rro Ho Hro H aararlerlelm Bem Bm B rru runundndtdtlatlalnand (nd (d (1 1919999292)2))
et det det d e Ge Ge G u uy Buy By B rrarasasssseseueur (ur (r (2 2020101515)5))
ISBN : 978-2-343-06814-5
28 €
DE L’AIR !
DE L’AIR !
DE L’AIR ! Gaston PINEAU (dir.)
Gaston PINEAU (dir.)
Gaston PINEAU (dir.)
Essai sur l’écoformation
Essai sur l’écoformation
Essai sur l’écoformation



DE L’AIR !



Ecologie et Formation
Collection dirigée par
Dominique Cottereau et Pascal Galvani

Cette collection veut explorer les relations formatrices entre les
personnes, les sociétés et l’environnement : formation de soi et/ou
d’une société dans son rapport aux matières, aux éléments, aux
milieux naturels et urbains et, réciproquement, formation de
l’environnement par ses occupants. La survie écologique implique
ces écoformations et leurs prises de conscience pour inventer une
nouvelle identité terrienne, transformant nos rapports d’usage en
rapports du sage pour un développement durable.
Ces ouvrages s’adressent à toute personne intéressée par les liens
entre formation et environnement : animateurs, enseignants,
formateurs, éducateurs à l’environnement, praticiens et chercheurs.


Dernières parutions

P. GALVANI, G.PINEAU, M.TALEB, Le feu vécu, 2015.
(Coord.)Dolorès CONTRÉ MIGWANS, Une pédagogie de la
spiritualité amérindienne, 2013.
Christian VERRIER, Marcher, une expérience de soi dans le monde.
Essai sur la marche écoformatrice, 2011.
Peter RAINE, Le chaman et l’écologiste. Veille environnementale et
dialogue interculturel, 2006.
G. PINEAU, D. BACHELART, D. COTTEREAU, A. MONEYRON
(coord.), Habiter la terre. Ecoformation terrestre pour une
conscience planétaire, 2005.
Anne MONEYRON, Transhumance et éco-savoir. Reconnaissance
des alternances écoformatrices, 2003.
Gaston PINEAU, René BARBIER (coord.), Les eaux
écoformatrices, 2001.
Dominique COTTEREAU, Formation entre terre et mer.
Alternance écoformatrice, 2001.


Gaston PINEAU (dir.)



DE L’AIR !
Essai sur l’écoformation















La première édition de cet ouvrage date de 1992, année du premier
Sommet de la Terre de Rio de Janeiro. Il avait été préfacé alors par
Madame Gro Harlem Brundtland, Présidente de la première
Commission Mondiale sur l’environnement et le développement. De
L’air! Essai sur l’Écoformation inaugurait le travail d’un
Groupe/réseau de Recherche sur l’Écoformation (GREF). Dans la
dynamique émergente de mouvements d’éducation à l’environnement,
le GREF avait décidé de prendre comme terrain de
recherche-actionformation la matrice éco-symbolique des relations aux quatre
ressources matérielles élémentaires. Les eaux écoformatrices ont jailli
en 2001, ouvrant la création d’une collection Écologie et formation.
Habiter la terre. Écoformation terrestre pour une conscience
planétaire, est sorti en 2005. Et le feu vécu. Expériences de feux
écotransformateurs en 2015.

L’organisation, cette même année 2015, de la Conférence de la dernière
chance sur le climat (Paris, COP21) a poussé à cette réédition de l’air.
Nous remercions Guy Brasseur, chimiste de l’atmosphère à l’Institut Max
Planck de Météorologie (Hambourg) et au National Center for
Atmospheric Research (Boulder, CO, USA) de sa participation à cette
nouvelle édition. En opérant un large survol historique des recherches
scientifiques sur l’air, d’Empédocle à nos jours, sa préface éclaire
l’ampleur et la complexité de nos relations à cet élément invisible et
impalpable, mais combien vital.



© L’Harmattan, 2015
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-343-06814-5
EAN : 9782343068145



Préface à la réédition
Guy P. Brasseur




Pour les enfants des temps nouveaux,
restera-t-il un chant d’oiseau ?
Jean Ferrat

C’est au cinquième siècle avant Jésus Christ que le
philosophe Empédocle (490-430 av. J.C.) développa une théorie
cosmogénique basée sur quatre éléments: l’air, l’eau, le feu et la
terre. Cette théorie reconnut l’air comme un des éléments sans
qui la vie n’est pas possible. La vision de cet habitant de la ville
grecque de Sicile, Agrigente, constitua un véritable dogme
pendant près de 2000 ans. Un siècle plus tard, Aristote (384-322
av. J.C.), l’auteur du premier traité de météorologie, montra
l’importance des interactions entre ces quatre éléments. L’air
n’est pas un élément isolé, mais fait partie d’un système
terrestre complexe qui évolue de manière très dynamique.
Il fallut attendre deux millénaires et les travaux des savants
de la Renaissance pour que la science de l’atmosphère se
développe et se structure. D’abord grâce à l’invention du
thermoscope par Galileo Galiliei (1564-1642) et du baromètre à
mercure par son disciple Evangelista Torricelli (1608-1647).
Blaise Pascal montre en 1648 que pression atmosphérique
décroit avec l’altitude et qu’au-dessus de l’atmosphère, l’espace
est probablement vide. La météorologie prend son essor par le
développement de réseaux de mesure : dès 1654, Ferdinand II
de Médicis encourage la mise en place du premier réseau
d’observations météorologiques avec quelques stations
notamment à Florence, Bologne, Parme, Milan, Innsbruck, Paris et
I Varsovie. Les mesures recueillies dans le monde entier
permettront à George Hadley (1685-1768), juriste et météorologiste
amateur, de présenter en 1735 sa première vision de ce qu’est la
circulation générale de l’atmosphère. Dans le siècle qui suit,
notre compréhension des phénomènes atmosphériques s’accroit
rapidement. Il faudra, cependant, attendre 1902 pour que le
Prussien Richard Assmann (1845-1918) et le Français Léon
Teisserenc de Bort (1855-1913) découvrent de manière
indépendante l’existence de la stratosphère.
La Renaissance sera également une période propice aux
progrès de la chimie de l’air. Léonard de Vinci (1452-1519) en
Italie et, deux siècles plus tard, John Mayow (~1640-1679) en
Grande Bretagne suggèrent que l’air est constitué d’une
composante propre à la combustion et d’une composante qui ne
l’est pas. La première est isolée en 1773 par le chimiste suédois
Carl Wilhelm Scheele (1742-1786) et en 1774 par le chimiste
anglais Joseph Priestley (1733-1804). C’est en 1779
qu’Antoine-Laurent Lavoisier (1743-1794) donnera à ce gaz le
nom d’oxygène (O ) avant d’être guillotiné par la Révolution 2
française quinze ans plus tard. D’autres travaux portent sur
l’autre composante de l’air, celle qui ne contribue pas à la
combustion : Joseph Black (1728-1799) découvre la présence
dans l’air de dioxyde de carbone (CO ) aux alentours de 1750, 2
et son élève Daniel Rutherford (1749-1819) celle de l’azote
(N ). Lord Rayleigh (1842-1919) et William Ramsey (1852-2
1919) identifient l’argon (Ar) comme un composé inerte de
l’atmosphère. C’est en 1840 que le chimiste allemand Christian
Friedrich Schönbein (1799-1868) qui effectue des expériences
sur l’électrolyse de l’eau dans son laboratoire de l’université de
Bâle, détecte une odeur particulière pendant le déroulement de
ses expériences, qu’il qualifie d’ozone (du grec ozein, to smell),
sans bien comprendre quelle est son origine. Et ce n’est que 28
ans plus tard que Jean-Louis Soret, lui aussi à Bâle, établit que
l’ozone est une forme allotropique de l’oxygène qui s’écrit de
manière symbolique OOO ou O . C’est le Français Jean-3
Auguste Houzeau (1829-1911) qui découvre à Rouen que
l’ozone est présent dans l’air, ce qui incite Albert Lévy à
mesurer sa concentration atmosphérique de 1877 à 1907 à
II l’Observatoire municipal du Parc Montsouris à Paris. Les
travaux de Charles Fabry (1867-1945) et de Henri Buisson
(1839-1944) à Marseille établissent les bases scientifiques qui
permettront de déduire la quantité d’ozone présent dans
l’atmosphère à partir d’une mesure de la radiation ultraviolette
du Soleil. On sait aujourd’hui que l’ozone atmosphérique,
surtout abondant dans la stratosphère, constitue un écran
efficace qui protège les êtres vivants des effets nocifs du
rayonnement solaire de courte longueur d’onde. Il est donc
important de préserver la couche d’ozone.
Depuis toujours, les météorologistes tentent de comprendre
les processus qui déterminent les mouvements parfois violents
de l’air dans l’atmosphère. Influencés par les nouvelles théories
de la mécanique établies au 19ème siècle, ils découvrent que
ces mouvements sont régis par les principes de Newton et
peuvent donc être prédits si la situation météorologique initiale
est connue avec précision. En 1904, le météorologiste norvégien
Vilhelm Bjerknes (1862-1951) écrit :

« Si, comme chaque chercheur en est persuadé, l’état futur de
l’atmosphère se développe selon les lois de la physique à partir des
états précédents, la condition nécessaire et suffisante pour une
solution rationnelle du problème de la prévision du temps est
1. Une connaissance suffisamment précise de l’état de
l’atmosphère au temps initial ;
2. Une connaissament précise des lois qui régissent
la manière selon lesquelles une situation atmosphérique se
développe à partir d’une autre situation. »

À cette époque, les scientifiques, influencés par le
déterminisme de Newton, sont donc convaincus que le temps est
parfaitement prévisible: il suffit de résoudre les équations
fondamentales qui expriment la conservation de l’énergie, de la
masse et de la quantité de mouvement pour chaque volume
infinitésimal d’air. C’est le météorologiste britannique Lewis
Fry Richardson (1881-1953), militant pacifique et conducteur
d’ambulance en France pendant la première guerre mondiale,
qui tente de résoudre ces équations. Sa méthode consiste à
remplacer les équations différentielles par des équations
algébriques approchées dont il cherche la solution sur les points
III d’une grille numérique imaginaire qui recouvre une grande
partie de l’Europe. Le calcul réalisé à la main est ardu et n’est
achevé qu’après plusieurs mois d’un travail intense. Les
résultats sont décevants. La situation prévue qui résulte du
calcul est très différente de la situation observée. L’analyse des
résultats montre que cet échec est attribué à une connaissance
insuffisante des conditions initiales du calcul (en raison du petit
nombre d’observations disponibles) et surtout aux problèmes
liés au choix des méthodes numériques adoptées pour résoudre
les équations. Il faudra donc attendre les années 50 et le
développement des premiers calculateurs électroniques –encore
très rudimentaires- pour répéter de tels calculs, cette fois avec
des résultats beaucoup plus satisfaisants. Les premiers succès de
la prévision numérique du temps sont dus à la coopération entre
mathématicien John von Neumann (1903-1957) et le
météorologiste Jule Charney (1917-1981) qui utilisèrent le premier
calculateur numérique, le « Electronic Numerical Integrator
And Computer (ENIAC) » installée à la Moore School of
Electrical Engineering de l’Université de Pennsylvanie, pour
conduire à bien leurs calculs compliqués.
L’optimisme initial de Bjerknes dut, cependant, être quelque
peu tempéré dans les années 60 par les découvertes de Edward
Lorenz (1917-2008), Professeur au MIT. Lorenz remarqua – un
peu par accident – qu’un très petit changement dans les
conditions initiales adoptées pour résoudre les équations de la
météorologie conduit très rapidement à des solutions très
différentes. En d’autres termes, le système atmosphérique se
comporte comme un système chaotique et la prédictabilité de
son évolution est limitée à seulement quelques jours. Malgré
des observations de plus en plus précises de la température, de
l’humidité, de la composition chimique de l’air, de la vitesse du
vent et du déplacement des nuages, notamment grâce aux
satellites qui sillonnent l’espace, notre espoir de prévoir
l’évolution du temps au-delà d’une ou deux semaines se heurte
aux lois de la physique. Des prévisions saisonnières sont
cependant réalisées avec un succès limité ; elles requièrent le
développement de méthodes spéciales qui prennent en compte
l’existence d’oscillations naturelles dans le système terrestre et
IV se basent sur la « mémoire » contenue dans le système terrestre
et liée à l’évolution lente des processus océaniques et
stratosphériques.
Le développement de modèles mathématiques capables de
simuler les mouvements de l’air et de prévoir le temps avec un
succès croissant conduisit les scientifiques à se poser une
question dont la réponse revêt une importance essentielle pour
la société : le climat est-il prévisible et si oui, comment va-t-il
évoluer ? Ici, il ne s’agit plus de prévoir de manière détaillée
chaque mouvement de l’atmosphère pour les décennies à venir,
mais de déterminer comment les grandeurs statistiques
moyennes qui se rapportent aux principales variables
météorologiques vont évoluer dans les décennies à venir. La
température moyenne de la Terre va-t-elle changer en réponse à
un effet de serre amplifié par les rejets de quantités importantes
de dioxyde de carbone produites par l’activité humaine ?
Doiton s’attendre à des changements dans le régime des
températures et des précipitations à l’échelle régionale ? Les
évènements météorologiques et hydrologiques extrêmes
serontils plus fréquents et peut-être plus intenses? Peut-on s’attendre à
une accélération du nombre d’inondations ou au contraire à
davantage de périodes de grande sécheresse ? Qu’adviendra-t-il
de la glace polaire et des glaciers dans les chaines
montagneuses ? Et quelles seront les conséquences des
changements climatiques pour les populations et pour la société en
général ?
Pour répondre à ces questions, il faut élargir notre horizon.
Certes, l’élément « air » identifié par Empédocle reste au centre de
nos préoccupations, mais la réponse du système climatique aux
perturbations anthropiques fait intervenir non seulement
l’atmosphère mais aussi l’océan, la cryosphère et la biosphère
continentale. Comprendre les processus climatiques et projeter vers
le futur leur évolution requiert donc une vision intégrée et
interdisciplinaire qui fait intervenir le système terrestre dans son
ensemble. Il faut, en particulier, tenir compte des effets naturels
extérieurs (variations solaires, éruptions volcaniques), des
perturbations d’origine humaine, ainsi que des interactions et
rétroactions entre les différentes composantes du système. Nous
V revenons donc dans une certaine mesure à la vision exprimée il y a
2000 ans par Aristote, mais cette fois dans une version moderne
qui doit prendre en compte l’importance de l’activité industrielle et
agricole, la croissance rapide de la population et l’urbanisation
accélérée.
Les activités humaines sont par exemple responsables d’une
dégradation de la qualité de l’air, avec des conséquences
importantes pour la santé des habitants de notre planète,
principalement dans les régions en développement d’Asie ou
d’Afrique. L’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) estime
aujourd’hui que la pollution de l’air est responsable de la mort
chaque année de plus de 3 millions de personnes. À cela
s’ajoute un nombre équivalent de décès par l’air pollué à
l’intérieur des habitations.
Je suis particulièrement heureux de pouvoir préfacer cet
ouvrage collectif réalisé sous la direction du Professeur Gaston
Pineau. J’y trouve des points de vue différents, mais
complémentaires, sur le rôle et l’importance de l’air, cet élément si
proche de chaque être vivant. Comme l’eau, l’air est un bien
commun ; il appartient à tous et chacun a le devoir de le
préserver et de maintenir sa pureté. L’ouvrage apporte un
éclairage pluridisciplinaire sur la problématique de la qualité de
l’air en combinant la vision apportée par les sciences naturelles
avec celle des sciences sociales, de la philosophie et de
l’écologie. Je me réjouis, en particulier, de l’importance donnée
dans cet ouvrage à l’éco-formation et à la nécessite de réfléchir
à notre relation avec l’air que nous respirons et qui affecte
directement notre santé et notre bien-être.
L’étude scientifique de l’air est caractérisée par une longue
histoire. Elle reste une préoccupation importante d’un grand
nombre de chercheurs, même si cet élément de notre planète est
parfois un peu oublié par les décideurs politiques. Pourtant, il
s’agit bien là d’une question qui nous concerne tous. J’espère
donc que cet ouvrage sera lu attentivement et apprécié par un
grand nombre de lecteurs.
Guy P. Brasseur
Institut Max Planck de Météorologie, Hambourg, Allemagne
et National Center for Atmospheric Research, Boulder, CO, USA
VI

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.