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Développement local et intervention sociale

De
316 pages
Les pratiques du développement local posent aujourd'hui la question de l'articulation des données mondaines de la Réalité Sociale à celles de l'Imaginaire instituant. Une réflexion éducative sur la formation des animateurs du développement local comme sur l'évolution des institutions éducatives et culturelles est nécessaire. Plusieurs universitaires et praticiens ont accepté d'éclairer cette problématique en l'enrichissant de réflexions et d'expériences puisées sur des terrains aussi divers que ceux des organisations internationales, du développement urbain et rural, de l'éducation populaire, de l'action sociale et culturelle, du système éducatif, ou encore la vie associative et communale...
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Georges Bertin et collaborateurs
ouvrage collectif

Développement social et intervention sociale
« C'est par leurs épreuves que les sociétés manifestent leur condition commune, c'est par leurs réponses qu'elles créent et renouvellent leurs différences»
Georges Balandier. Sens et puissance, Gallimard, 1981.

L'Harmattan 5-7, nle de l'École-Polyteclmique 75005 Paris FRANCE

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALIE

cgL'Harmattan, 2003 ISBN: 2-7475-4407-9

A Jacques Ardoino Gilbert Durand et Michel Maffesoli

AVERTISSEMENT.
En 1992, élu pour diriger l'Institut de Psychologie et de Sociologie Appliquée (IPSA) de l'Université Catholique de l'Ouest, nous y avons créé les premiers enseignements de sociologie du développement local en maîtrise, sous convention avec l'Université René Descartes Paris 5, et dans le D.E.S.S. de sociologie appliquée au développement local que nous avons conçu et fondé et où nous avons enseigné jusqu'en juin 2000. Le travail que nous présentons ici, et dont nous devons la réalisation aux encouragements constants des professeurs Jacques Ardoino et Michel Maffesoli, a été réalisé à partir de nos cours de socio anthropologie et des conférences que nous dispensons depuis 1984 dans diverses universités et établissements d'enseignement supérieur. Sur la base des échanges nombreux .et divers que ces temps d'enseignement et de confrontation ont suscités, toutes ces années, tant à Paris 8, à Caen ou à l'IPSA1 qu'à l'Institut de Formation et de Recherches en Intervention sociale (IFoRIS) que nous dirigeons depuis 1999, et dans notre groupe de recherche, fondé en 1993, le Groupe de Recherches sur l'Imaginaire, les Objets symboliques et les Transformations sociales (GRIOT), nous avons demandé à nos collègues d'alors Marie Thérèse Neuilly (ancienne directrice de l'IPSA) et Catherine Nafti Malherbe (ancienne directrice de l'Institut des Sciences de la Communication et de l'Education d'Angers), toutes deux spécialistes en sociologie du développement local, de donner ici leur point de vue. Marie Thérèse Neuilly, dans le premier chapitre, présente une réflexion critique et armée, nourrie d'une
1 Nous avons dirigé l'IPSA, à l'DCa,
1992 à 2000

de 1992 à 1995 et nous y avons enseigné de
en sociologie

COlTIlne lTIaître de conférences

pratique des sociologies urbaines et des risques majeurs (elle est évaluatrice du programme UNESCO Tchernobyl), sur le rôle instituant des organisations internationales dans les politiques de développement alors que, dans le dernier chapitre, Catherine Nafti Malherbe, qui a consacré ses travaux de doctorat aux sections d'enseignement adapté, clôture notre réflexion à plusieurs voix en nous proposant, dans la singularité, une lecture sociologique sur l'émergence des politiques éducatives locales qu'elle termine sur un questionnement du rôle de l'acteur éducatif dans les politiques liées à l'essor de la décentralisation. Nous tenons également à les en remercier vivement ainsi que nos collègues de l'Université du Maine, Serge Koulytchistky et Laurent Pujol, spécialistes d'économie sociale, dont les apports viennent, en contrepoint des réflexions sociologiques, mettre en évidence des mécanismes socio-économiques inhérents aux fonctionnements décrits et en souligner les incontournables partenariats. Entre communautés, pays et réseaux associatifs, c'est bien une autre configuration sociale qu'induisent les nouvelles donnes économiques. Egalement nous savons gré à deux chercheurs éminents, Jean Bourrieau, chercheur à l'Institut National de Jeunesse et d'Education Populaire, chargé de mission à la direction interministérielle de la Ville et Orazio Maria Valastro, sociologue du développement local en Sicile, rédacteur en chef de la revue «Esprit Critique », d'avoir accepté de faire part de leurs travaux en s'inscrivant dans la dynamique suscitée par cet ouvrage. De même, notre collègue de l'IFORIS, Chantal Boursier, a accepté de témoigner de son travail de coopérante expatriée pendant plusieurs années comme Volontaire du Progrès au service du développement en Afrique Noire alors que quatre professionnels, anciens étudiants: Joëlle Angella et Bernadette Couturier, pour le développement culturel, Pierre Marie Robin, pour l'animation sociale et Françoise Piot pour l'imaginaire des bocages de l'Ouest, à partir de sa thèse de doctorat sur les topiques mythosociales, ont enrichi ce travail collectif en l'éclairant d'études de cas fondées sur la base de leur propre recherche action. Les unes et les autres éclairent la question du 8

lien social si important dans toute les politiques de développement local, lesquelles visent en effet souvent à sa restauration. Nous espérons que le résultat que nous produisons ici servira de guide à une meilleure compréhension des phénomènes du développement local et sera lui-même prétexte à de nouvelles mobilisations universitaires et sur le terrain puisque nous avons voulu montrer, ce que nous travaillons d'ailleurs depuis trente ans, que pratique et théorie dans le domaine qui nous préoccupe ici ne sauraient être dissociées dans la mesure où elles entretiennent des relations paradoxalement à la fois dialogiques et dialectiques.

Georges Bertin

Institut de Formation en Intervention

et de Recherche Sociale, Angers.

9

INTRODUCTION.
Etymologiquement, développer (dé + velopper) dérive du latin volvere avec transposition des voyelles, soit volvere = rouler, enrouler, courber et aussi envelopper. Le mot trouve son origine dans l'indo européen accidentel wei IV qui a donné wei - w rouler et le grec eluô, d'où de volvere = rouler d'en haut, entraîner en roulant, précipiter, ce qui implique un point de vue dominant à partir duquel s'organise le projet mais aussi enchevêtrer. Penser le développement procédera donc de cette gestion paradoxale du complexe, soit de la nécessité de combiner entre eux les savoirs humains pour penser le développement, à la fois par référence à des modèles imposés et par la négociation, sur le terrain, de propositions elles-mêmes enchevêtrées dans le local, le minuscule, le présent2. De fait, d'un point de vue sociologique, connaître les significations des situations vécues, perçues, conçues par les acteurs, pour en découvrir le sens nécessite une démarche compréhensive. Dans cette optique, on ne peut donc penser le développement local en dehors de la catégorie de l'herméneutique comme modalité fondamentale d'appréhension de l'anthropologie sociale. A l'inverse, tenter d'expliquer le développement local, comme le rêverait une vaine sociologie restrictive en termes de causalités normatives, soit par un processus abstrait de démonstrations logiquement effectuées à partir de données objectives en vertu de nécessités matérielles ou formelles basées sur une adéquation à des structures ou modèles, renverrait à une définition très ethnocentrique du développement. Il s'agirait alors du déroulement de concepts à partir d'un donné pré existant. Non, les phénomènes du développement local ne sont pas des choses, ils constituent un ensemble de relations sociales et humaines enchevêtrées en réseau,
2 Maffesoli Michel, La conquête du présent, Paris, Desclée de Brouwer, 1998, 2ème édition.

c'est ce que cet essai, dans ses attendus théoriques comme dans les exemples proposés, s'efforce de montrer. Nous trouvons là toute la tension qui existe sur le terrain entre diverses conceptions du développement, dont les secondes ont, faut-il le rappeler, causé la ruine du Tiers Monde au temps où nous l'avons colonisé, comme l'a établi l'abbé Paul Rouée3, dans une distinction qui a fait école: a) endogènes, elles situent le praticien du développement au cœur des enjeux de la complexité sociale. Ils les pense en tant qu'acteur, ils le provoquent comme ils les provoque, en fait il s'agit d'une praxis, puisque la transformation du social produit des effets sur les acteurs qui eux-mêmes contribuent à sa transformation. Ainsi, à la fin des années 50, les théories du développement endogène de John Friedmann et Walter Stohr s'attachaient à ne considérer qu'une approche volontariste et un territoire restreint, à ne prendre en compte que les valeurs culturelles en mettant en œuvre des modalités coopératives. Elle visaient à respirer l'air des territoires concernés pour en saisir la dimension humaine. Comme l'écrit Raymond Boudon, la connaissance n'est pas le reflet du réel mais est plutôt constituée par les réponses que le sujet social donne aux questions qu'il se pose4. b) exogènes, il s'agit alors de se conformer à des normes extérieures s'appuyant sur des pratiques à opérationnaliser. Le développement local est ainsi une pratique largement institutionnalisée et instrumentalisée par les politiques surplombantes, européennes, étatiques et régionales. Ce sont les logiques de l'aménagement du territoire, des contrats de plan, originées dans la sphère de l'administration publique. Elles répondent, font écho, bien souvent aux tendances d'une pensée scientiste faisant disparaître les lois au profit de modèles. Pour le dire autrement, cette tension somme toute dynamique, est tout à fait de l'ordre de celle repérée par Michel Maffesoli qui, dans la
3 Rouée Paul, Les étapes dudéveloppement rural, Paris, éd Ouvrières, 1972, 295p.
4 Boudon R in Annales sociologiques, 1992.

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circulation des êtres et des biens, s'établit entre deux pôles dominants, celui du social où dominent l'interdépendance, la subordination et même l'asservissement, pôle qui permet l'accomplissement de l'individu dans sa relation à autrui, et celui de l'Etat ou de l'individualisme qui fonctionne sur le rationnel, l'égalité, qui entend limiter l'interdépendance et réduire de fait l'impact du social. Cette tension structure la trame de la vie quotidienneS, réseau enchevêtré de causes et d'effets en conflit toujours à élaborer, en interaction jamais achevée. S'y attachent les conceptions géographiques ou territoriales du développement (d'où l'emploi du mot local, voire une certaine idéologie du localisme), quand celui-ci est lié aux territoires pris dans leurs réalités intrinsèques, à leur identité, aux traits particuliers6 des communautés et les conceptions sectorielles qui l'alignent sur les modèles de la technostructure, soumis aux impératifs de l'institué, de la verticalité. Si la question du développement, relativement récente en sciences sociales (en fait le terme sous-développement est apparu à l'issue de la seconde guerre mondiale) avait surtout pour but d'interpréter les changements qui affectaient les sociétés nouvellement promues à l'autonomie, il faut bien dire que cette réflexion s'est surtout construite à partir d'une expérience limitée et très ethnocentrique, celle des pays occidentaux, et d'un type de société: la société industrielle. La notion, alors admise et confortée, assimilait le développement à un processus de transformation accompagnant la croissance dans une évolution à long terme. Elle restait très liée à la notion de progrés linéaire. Il en est résulté une certaine inadéquation des concepts, théories, méthodes, techniques d'investigation prônant le développement car inadaptables au Tiers Monde. Les théories
5 Maffesoli Michel, La conquête du présent, Paris, Desclée de Brouwer, 1998, p. 58. 6 Nous employons à dessein cette notion dans le sens que lui donne René Lourau: la signification particulière, dynamique de l'institution se réfère à l'acte d'instituer, de fonder, de modifier le système institué" in L'analyse institutionnelle, Paris, Ed de Minuit, 1973, p.35.
Il

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progressistes, comme celles qui résulteraient d'une lecture réductrice de Marx, revisitée par une école mécaniste plus préoccupée de modèles préfabriqués que d'une véritable intelligence du social à partir de ce qu'il est, lorsqu'elles tentent de s'appliquer, dans un mouvement descendant et condescendant, participent de ce colonialisme des esprits si ce n'est d'un nouveau terrorisme idéologique. Alors qu'aujourd'hui, les inégalités culturelles, sociales et géographiques se creusent au sein même de nos sociétés occidentales, Georges Balandier7 a posé les conditions de l'efficacité scientifique d'une sociologie du développement qu'il définit en quatre phases: a) rechercher les structures propres aux sociétés étudiées, (par exemple, lorsqu'il étudie les sociétés traditionnelles soumises, par accculturation, à l'altération), b) repérer les dynamismes, les forces qui opèrent de l'intérieur et peuvent les transformer. Une pédagogie du développement se donne alors pour objet de briser les résistances internes à la communication. Elle passe par la reconnaissance des enjeux partagés par les acteurs et débouche, sans toutefois faire l'économie du conflit, sur certaines formes de consensus, c) mettre en évidence et élaborer les processus de modification des agencements sociaux et culturels à l'œuvre. Les projets de développement peuvent, alors, entrer dans une phase d'appropriation ou d'institutionnalisation quand s'intègrent les stratégies individuelles et collectives dans la dynamique collective. On passe à la modélisation, d) déterminer les relations externes qui affectent le devenir des projets et leur dépendance. Quand les conflits socio culturels révèlent vide social et perte de repères, souvent suite à des interventions bureaucratiques, les sociétés concernées connaissent des formes d'explosion sociale (nous l'avons expérimenté dans le bocage normand au cours des années 80 à propos du remembrement). Alors les diagnostics posés par les sociologues, dont la parole a valeur d'agir, génèrent de nouveaux moyens, lesquels doivent se positionner
7 Balandier Georges, Sens et puissance, PUF, 1971, P 129sq.

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sur des appels d'offres en même temps qu'ils révèlent les conflits latents (c'est ce que nous appelons la distance entre la commande publique, administrative, et la demande sociale). Une telle démarche se démarque très nettement d'une perspective seulement économiciste du développement plus attachée à interpréter le développement en fonction de notions quantitatives (structures de la population active, de la production, des phénomènes de concentration, de consommation etc). On tendra donc à intégrer les relations entre population et développement, à étudier le contexte particulier dans lequel se fait cette intégration et l'on se référera ici aux travaux de Dominique Tabutin et de son équipe de l'Université Catholique de Louvain rejetant dans l'analyse des facteurs socio démographiques du développement "la dichotomie simpliste culture-économie et des agrégatifs classiques qui sous les apparences d'universalité peuvent en fait recouvrir des réalités fort différentes, soit, d'un pays à l'autre, soit d'une période historique à l'autre"8 car "le réel significatif à la portée de l'homme est de l'ordre des faits socio-historiques"9. La notion de crise est là valorisée, au sens étymologique du terme, c'est à dire, comme le rappelait Cornélius Castoriadisl0, comme moment de décision. Au sein des déterminismes, des contraintes internes, des stabilités, elle est signe de la progression des incertitudes quand le système social entre dans une phase aléatoire, entre destructuration et restructuration. Dans l'imaginaire social, lorsque disparaissent les significations, s'évanouissent les valeurs et ceci était repéré par Cornélius Castoriadis décrivant un double mouvement: a) l'émergence sociale defigures autres, b) l'altérité-altération de ces figures.
8 Piché V. et Poirier J. Divergences et convergences dans les discours et théories de la transition démographique, Louvain la Neuve, Akadel11ia L'Hanllattan, 1998, p. 127. 9 Singleton M. Le sens et les non sens d'un nOl11inalismedémographique, in théories, paradigmes et courants explicatifs en démographie, chaire Quetelet, 1997, Louvain La Neuve, Academia Bruylant, L'Hannattan, 1999, p 24. 10 Entretien avec Olivier Morel, in La République internationale des Lettres, 1994.

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N'y voyant que peu d'entre elles en phase de briser les déterminismes sociaux, il en concluait une occultation de l'imaginaire et du social historique, dans la répétition des formes, la prolifération des sociétés apathiques, aliénées, insignifiantes. Pourtant, discernant des signes de résistance, de lutte contre cette apathie généralisée, nous voyons que plus la crise est profonde, plus il faudra chercher son noeud originel, dans quelque chose de caché, d'occulte. Au coeur du dispositif de régulation sociale, elle accouche d'un pro -jet de développement. Le projet de développement local doit être ainsi examiné et critiqué dans trois dimensions: 1- en tant que phénomène global, politique et culturel à la fois dans les effets de réversibilité qui ne manquent pas de se produire entre ces divers niveaux de sens. Nous interrogerons ici les positions de l'universalité et de la particularité des processus en œuvre avant d'en venir à le questionner dans ses dimensions culturelles et imaginaires, 2- dans le fait qu'il est orienté, finalisé, c'est la question " institutionnelle" au sens sociologique du terme. Le développement local est-il changement orienté, à finalité praxéologique, est-il durable, et dans ce cas, qu'en est-il des pratiques de l'intervention sociologique et sociale, des rapports entretenus avec communes et associations, que nous envisagerons dans les registres de la vie sociale, de la professionnalisation, du patrimoine et du développement culturel, de l'éducation populaire? Le tout pourra alors être considéré dans une perspective éducative, puisque éduquer n'est-ce pas, essentiellement développer? 3- quelle est la place de la sociologie comme discipline et à certains égards, selon les commandes, pour gérer la question du développement local. C'est le débat sur les méthodes, les postures et les outils qui nous retiendra d'un point de vue théorique, c'est encore celui de l'orientation de la formation au développement local souvent piégée dans les recettes politiques et les procédures exportables 16

quand il Y faudrait l'insignifiance.

d'abord recherche

de sens, lutte contre

17

PREMIERE PARTIE.

ESQUISSE POUR UNE SOCIOLOGIE DU DEVELOPPEMENT LOCAL.
Le développement consiste dans l'ensemble des actions quifont passer une société d'un type de société à un autre, c'est à dire, à une société définie par une plus grande capacité d'action sur elle-même, d'autodétermination de son propre destin". Queré Louis. In "Pour", 1982.

CHAPITRE 1 : Les dimensions du développement local, entre universel et particulier.
Universalité et développement local.
Phénomène global, le développement local affecte l'ensemble de l'organisation sociale et culturelle d'une collectivité. Il s'agit de "la vie dans la cité", soit d'un phénomène de nature politique et Marcel Maussll nous enseignait naguère que "l'un des principaux avantages d'une connaissance complète et concrète des sociétés et des types de sociétés, c'est qu'elle permet d'entrevoir enfin ce que peut être une sociologie appliquée ou politique". Il citait volontiers Durkheim disant que la sociologie ne vaudrait pas "une heure de peine si elle n'avait pas d'utilité pratique ft. Un grand nombre d'expériences récentes en matière de développement local s'appuient en effet sur les relations sociales, les productions matérielles ou intellectuelles des collectivités qui prennent leur sens, d'abord par leur qualité intrinsèque et aussi parce qu'elles sont insérées dans un tissu vivant, sont en rapport avec des savoirs groupaux ou sociaux et signifient, au sens premier de ce terme, le rapport dialectique entretenu par les populations ou les publics concernés avec toutes les possibilités de refoulement conscient ou inconscient, qui les accompagnent nécessairement, lorsque les modes, les interdits sociaux et culturels viennent inter agir avec le milieu. Nous nous référons, pour ce type de traitement, aux analyses de Cornélius Castoriadis énonçant l'Imaginaire social comme instituant, matrice de significations imaginaires sociales, car "chaque forme de société est une création particulière, œuvre de l'imaginaire collectif anonyme"12. Le local n'échappe pas à cette analyse. Il est nécessaire de se poser également la question de la médiation entretenue entre les savoirs constitués et le vécu des populations
Il Mauss Marcel, Essais de sociologie Paris, Minuit, Essais, 1969. 12 Cornélius Castoriadis, L'institution imaginaire de la société, Paris Le Seuil, 1975.

concernées. Cette dialectisation (Edgar Morin) ou mise en rapport, le plus souvent conflictuelle, et donc soumise à l'altération, s'effectue au travers de deux instances: les codes, c'est à dire l'ensemble des normes, procédures, jeux, protocoles et rituels sociaux intervenant dans le champ social soit les signes manifestes du langage, et les "patterns", c'est à dire les structures organisationnelles, les "formesfigures"(Comélius Castoriadis), qui organisent le champ social. Elle justifie donc d'une culturanalyse, concept, forgé par Edgar Morin. Il est, dans le champ du développement local des plus opératoires, car à la fois heuristique et pratique: - heuristique, parce qu'il apporte incontestablement une perspective nouvelle et globalisante aux définitions préexistantes de la Culture, de la vie en société, - pratique, car il permet au praticien du développement local de mieux se situer et de situer ses partenaires dans les pratiques vécues ou subies comme en regard de sa propre praxis sociale. Il constitue, en fait, un véritable outil d'investigation. Edgar Morin envisage ainsi le dynamisme d'une société qu'il définit comme un " ensemble d'interactions économiques, psychologiques et sociales, formant système, ce système comportant des appareils de commande / contrôle qui rétroagissent sur les interactions dont
dépendent leur existence13 "

Ceci l'amène d'ailleurs à préciser, à son tour, la notion de "système", voyant deux versants à la pensée systémique: - une pensée pauvre concevant la société comme un ensemble conçu harmonieusement au sein duquel les parties se complémentarisent harmonieusement pour les finalités du tout (c'est le processus de réïfication), - une pensée riche mettant plus l'accent sur les dialectiques ou les dialogiques, les antagonismes qui font vivre la société. Nous sommes là, curieusement, assez proches d'un Pierre Bourdieu, insistant sur le
13 Morin Edgar, Sociologie, Fayard, 1984, p.48.

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fait que ''penser en termes de champ, c'est penser rationnellement, car... le réel est rationnel"14. Le repérage de la complexité sociale se réalise, ainsi, pour Morin, par accès à l'étape anthropo sociologique qui enrichit la réflexion sur la société de dimensions certes sociales mais aussi mythiques, réelles et historiques, la pense en relations avec le sujet qui la conçoit. Il s'agit de "penser ensemble l'ordre répétitif / reproducteur et le mouvement transformateur / novateur" rejoignant la réflexion d'un Paul Ricoeur quand il écrit que "dans un état de système, il n'est pas de termes absolus mais des relations de dépendance mutuelle15", ou celle d'un Joël de Rosnay voyant dans le système "un ensemble d'éléments en interaction dynamique organisés en fonction d'un butl6" On voit bien, dès lors, autour de quelles réalités tourne la réflexion d'Edgar Morin ne pouvant se résoudre à une vision du monde mutilante, partielle, monorationnelle. Nous pouvons référer cette démarche à un concept déjà présent chez Lewin et Moreno, celui de champ. Lewin en l'empruntant à la physique, le situait comme "la totalité des faits coexistants conçus comme mutuellement interdépendants" et faisait reposer sa théorie sur trois principes:

- "le

comportement

est fonction

du champ existant au moment où il se

produit,

- l'analyse

commence par la situation dans son ensemble à partir de

laquelle se différencient les parties, - la personne concrète, dans une situation concrète, peut être représentée à l'aide de la branche des mathématiques connue sous le nom de topologie" 17. Quant à Moreno, il ne visait, au travers de la méthode sociométrique, pas moins qu'à "représenter les relations interindividuelles pour en permettre l'analyse de façon à reconnaître que la société humaine n'est pas une fiction de l'esprit mais une puissance réelle réglée par
14 Bourdieu Pierre, Réponses, Paris, le Seuil! Politiques, 1992, p.73. 15 Ricoeur Paul, Le conflit des interprétations, Paris, Le Seuil, 1969, p.82. 16 Rosnay Joël (de), Le Macroscope, Paris, Le Seuil Points, 1975, p.91. 17 Delay J et Pichot P, Abrégé de psychologie, Paris, Masson, 1971, p.369.

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des lois et par un ordre qui lui sont propres et qui diffèrent radicalement des lois et de l'ordre qui gouvernent les autres aspects
de l'univers 18ft.

Comme Jacques Ardoino l'a établi, il s'agit ici d'une perspective résolument dynamique prenant en compte non seulement des fonctions nettement séparées, mais des réseaux en interactions constantes et celui-ci a montré comment la réflexion psychosociologique contemporaine, qui s'est constituée autour de cette notion de champ, se nourrit de trois modèles: celui du champ électro magnètique ou algébrique,

. celui de la psychanalyse étudiant le groupe comme surface de projection,
le modèle auto gestionnaire hérité de la pensée anarchosyndicaliste] 9. De même, Pierre Bourdieu, s'inscrit dans ce type de perspective énergétique puisqu'il définit le champ comme "l'énergie", et encore comme un "espace de jeu, un champ de relations objectives entre des institutions, des individus en compétition pour un enjeu identique"20. Pour entrer dans un champ, précise-t-il, il faut, certes, en reconnaître l'enjeu mais aussi les limites, sous peine d'exclusion. Chaque champ a ses propres formes de résolution, de périodisation, "la lutte permanente du champ étant le moteur du champ". Pour lui, ce qui définit la structure du champ est aussi le principe de sa dynamique, soit le champ comme producteur du système social, "lieu de l'énergie sociale accumulée que les agents et les institutions contribuent à reproduire par les luttes par lesquelles ils essaient de se l'approprier et dans lesquelles ils engagent ce qu'ils ont acquis par des luttes antérieures.21 ft. Il se propose ainsi d'analyser le champ en trois moments nécessaires et connectés entre eux: le champ du pouvoir,

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18 Moreno JL, Fondements de la sociométrie, Paris, PUF, 1954, p.42sq. 19 Ardoino Jacques, Education et Politique, Paris, Gauthier Villars, 1977. P.78. 20 Bourdieu P. Questions de sociologie, Paris, Minuit, 1984, p.197 -2000. 21 Ibidelll

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la structure changeante des relations occupées entre les diverses positions par les agents publics et privés ou les institutions concurrentes, les habitus des agents des différents systèmes de dispositions qu'ils ont acquis à travers l'intériorisation des conditions socioéconomiques. On conviendra que cette méthode offre de grands rapports avec celles que nous mettons en œuvre lorsque nous nous exerçons à penser le développement local; même si nous n'irons pas jusqu'à dire, que ce sont les positions des acteurs qui déterminent la structure du jeu. Et, de fait, nous ne pouvons faire l'économie d'une approche à deux logiques. La réflexion d'Edgar Morin, moins déterministe, s'inscrit également dans une réflexion sur la société dans son ensemble qui l'amène à poser la question du conflit, des complémentarités comme motrices du dynamisme interne des sociétés. Ces mouvements procèdent euxmêmes des relations sociales à l'intérieur des champs et dans un courant épistémologique visant à un renversement des perspectives de la recherche en Sciences Humaines. Empruntant nécessairement ses références à ces deux points de vue en les articulant, le concept de "culturanalyse" contribue dés lors à la mise en place d'une réflexion anthropologique sur les phénomènes socioculturels, notamment dans le cadre qui nous préoccupe ici. Cette perspective consiste à articuler différents points de vue, certes tous pertinents mais dont la faiblesse est, pour chacun, de ne proposer qu'une vision fragmentaire de la réalité socioculturelle et d'en hypostasier tel ou tel aspect sans tenir compte du réseau de forces qui structurent la réalité, du jeu des altérations réciproques. "Il faut envisager la Culture, écrit-il, comme un système faisant communiquer, dialectisant, une expérience existentielle et un savoir constitué", système indissociable où le savoir, stock culturel, est enregistré et codé, assimilable seulement pour les détenteurs du code, les membres d'une socio culture donnée (langage et système des signes et symboles extra linguistiques ), il est en même temps lié à des patrons modèles (patterns) permettant d'organiser, de canaliser les relations existentielles, pratiques et / ou imaginaires. On conviendra, pour peu que l'on aie observé, comme nous l'avons fait 25

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pendant vingt ans, par exemple, les échanges entre élus ruraux et représentants de l'administration centrale, que les uns et les autres se référent implicitement à des structures linguistiques et à des codes sociaux bien éloignés et produisent des patterns souvent bien étanches, hétérogènes. Le premier travail du sociologue du développement local sera sans doute de mettre l'accent sur ces divergences. Cette conception a l'avantage de pouvoir concevoir et rendre compte de la relation homme-société/monde entretenue par toute culture à travers ses relais et d'envisager l'étude aussi bien de systèmes culturels étendus que de manifestations plus locales ou restreintes de la vie culturelle. Elle examine non seulement les aspects manifestes ou clairement manifestés des systèmes culturels mais encore leur mise en relations. D'où l'obligation, pour le praticien chercheur en développement local, d'une position autre, différente, celle de l'observation "phénoménographique" ou impliquée et l'injonction heuristique de sa participation aux activités des groupes étudiés. Notre réflexion débouche ici sur une herméneutique seule à même de rendre compte de la complexité des phénomènes sociaux et culturels traités dans le champ considéré. Nous retrouvons ce parti pris théorique chez Paul Ricoeur, quand il écrit, à propos de la démarche herméneutique: "ainsi ne cessent de se compliquer et de se renouveler les échanges entre structure et événement, entre système et acte." Jacques Ardoino, de son côté, énonce que l'implication est le nouveau nom de la compréhension renvoyant toute démarche de sociologie appliquée du côté de l'herméneutique et prenant bien garde à nous prévenir de ne pas confondre engagement et implication. Ainsi, pour le chercheur, praticien du développement local, faire la culturanalyse d'un phénomène social consistera à s'engager dans une double démarche: analyser les divers niveaux d'interrogations où se situent les pratiques sociales et les valeurs qui structurent la vie des ensembles humains considérés (savoirs, vécu, codes, patterns). La connaissance fit ici fi des découpages disciplinaires pour restituer l'ensemble comme ''fait social total", au sens de Marcel Mauss,

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les situer dans un processus, dans une perspective systémique qui prenne en compte l'historicité des phénomènes étudiés. Là le sociologue ne peut faire l'économie de l'action puisqu'il est lui-même impliqué dans les systèmes qu'il tend à décrire de l'intérieur. Dans un sens plus dynamique, historique, dialectique, il s'agit de procéder à une analyse "multiréférentielle" (Jacques Ardoino), qui, en toute production sociale, s'efforce, dans une perspective transversale, (Félix Guattari) et sociale-historique (Cornélius Castoriadis), de déterminer les différentes composantes d'une réalité sans craindre de croiser les perspectives, encore moins de les confronter dans leur hétérogénéité fondamentale et en recourant, au besoin, à l'implication ethnométhodologique (Garfinkel et Alain Coulon). On devine à ces énoncés la prétention dérisoire, au regard de la luxuriance des terrains du développement local, qu'il y aurait à ramener les faits sociaux travaillés à des dichotomies préformées du type légitimité/légitimation, habitus/consensus etc. Non décidément les auteurs du développement local ne sauraient marcher au pas de l'oie et les théories préformées du développement local ont fait la preuve de leur difficulté à saisir le monde social tel qu'il est, tel qu'il s'invente en permanence, ce à quoi tente de s'exercer la perspective particulariste ou casuistique. De fait et Georg Simmel l'avait déjà montré, "la société, le processus vital, l'âme humaine, sont des objets si extraordinairement complexes qu'en général il n'existe pas de loi simple qui permette de calculer, d'après leur état à un moment donné, leur manière d'être au moment suivant... ainsi toutes les inductions tirées des phénomènes sociologiques, originairement unis par leur cause, sont loin d'être de véritables lois"22. Georg Gurvitch nous avertissait: "la sociologie est une science qui étudie les phénomènes sociaux totaux dans l'ensemble de leurs aspects et de leurs mouvements, en les captant dans des types dialectisés micro-sociaux, groupaux et globaux, en train de se faire et de se défaire"23. Et de nous inviter à tenir compte du caractère
22 Simll1el Georg, Sociologie et Epistémologie, Paris, PUF, 1991, p. 207. 23 Gurvitch Georg, Dialectique et sociologie, Paris, Flammarion, 1962,p 4

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pluridimensionnel de la réalité sociale, de la tension perpétuelle entre les éléments astructurels, structurables et des structures de celle-ci. Nous sommes ici loin de lectures topographiques de la réalité sociale, inaptes à en saisir les totalités réelles en marche. La sociologie du développement local, sauf à se nier elle-même, ne saurait se laisser à aucun moment enfermer dans des cadres opératoires rendus immuables car elle nie "toute abstraction qui ne tiendrait pas compte de son propre artifice et ne conduirait pas vers le concret", tant le développement local est la manifestation d'oppositions, cultures, conflits et contradictoires. Avec l'école de l'anthropologie symbolique, ajoutons qu'elle est phénoménologie de l'implication, nécessité de réintroduction du tiers, non séparabilité, cheminement nécessaire24. C'est ce que met en lumière dans l'article ci-après Marie Thérése Neuilly, entre l'institué des organisations internationales et le jeu sur le terrain des postures de développement.
24 Durand Gilbert, Les grands changelnents de l'après Bachelard, in Cahiers de l'imaginaire N°l, Privat, 1988.

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Production des théories organisations internationales
De l'international au local.

du développement par et développement local.

les

Quel rôle les institutions internationales jouent-elles dans le développement et dans le développement local? Si l'on interroge l'Organisation des Nations Unies, la stratégie pour le développement est donnée dans le préambule de sa Charte: l'ONU a pour mission, entre autres, de "réaliser la coopération internationale en résolvant les problèmes internationaux d'ordre économique, social, culturel et humanitaire" . Une des applications de cette déclaration est la stratégie de développement définie par les Nations Unies pour 4 décennies à partir de 1960, la dernière commençant en 1991. On est passé, au cours de ces décennies, d'une certaine conception de programmes lourds, souvent marqués par des échecs dans leur application sur le terrain, à une autre définition du développement: "De plus en plus, le développement est conçu comme la dynamisation d'une société dans son être même, comme une véritable aventure dans laquelle une société s'engage, faisant appel à toutes ses capacités d'autocréation. "25 Dans cette évolution se sont précisés aussi les liens entre développement local et organisation internationale. Les processus de globalisation dans lesquels les organisations internationales sont des acteurs, ne fonctionnent ou n'ont d'effet que par leur articulation au local, sachant d'autre part que l'on pourra définir le développement local comme une dynamique qui s'appuie sur l'innovation, la capacité à s'adapter et la capacité à dispenser de la régulation sociale. Pour préciser ce point de vue, après avoir évoqué certains fondements et évolutions du concept de développement, deux exemples traiterons de cette articulation du global au local: l'un permettra de voir
25 Plan à l110yen ten11e (1977-1982) de l'Unesco, paragraphes 3106 et 3111.

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comment le concept de développement durable se décline dans le secteur du logement social, l'autre comment un outil standardisé de développement, les Centres communautaires de réhabilitation psychologique, mis en place par l'UNESCO après l'accident nucléaire de Tchernobyl, permet de passer d'une situation de post crise à la mise en route d'un processus de développement local.
1- Positionnement développement. historique et paradigmatique de la sociologie du

La question traitée ici nous amène à nous interroger sur les fondements d'une sociologie du développement, sociologie qui va émerger d'un courant issu de l'anthropologie. Il s'agit d'abord d'un mouvement historique qui de l'étude des « sociétés archaïques» par l'ethnologie est passé à l'anthropologie politique, alors que se mettait en place le processus de décolonisation. Et des auteurs comme Georges Balandier26, ou Michel Léiris27 posent la question du positionnement de l'ethnologue dans ce monde hérité du colonialisme. Le passage de l'ethnologie à la sociologie pour Balandier permet de marquer la rupture entre deux époques.28 Pour André Guichaoua et Yves Goussault, dans leur ouvrage « Sciences sociales et développement »29, l'éclatement de l'anthropologie et la politisation du champs ont vu se substituer aux analyses des «sociétés archaïques» celles d'une sociologie du développement.
26 Balandier G., La situation coloniale: approche théorique (Cahiers internationaux de sociologie, XI, 1951, p. 44-79. Contribution à une sociologie de la dépendance, Ibidem, XII, 1952, p.47-69.

27 Léiris M., Cinq études d'ethnologie,l'ethnographiedevant le colonialisme,Paris,
Gallimard, ColI.Tel, 1992. 28 Balandier G., Sociologie actuelle de l'Afrique noire, Paris, PUF, 1963. 29 Paris, Armand Colin Editeur, 1993.

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La perspective de la modernisation30 a accompagné celle de la décolonisation, puis dans les années 60 ce sont les théories de la dépendance qui ont en partie repositionné le débat économique et politique, par exemple le point de vue de la CEP AL, la Commission Economique Pour l'Amérique Latine, commission du système des Nations Unies. Les relations entre le centre industrialisé et la périphérie soumise à la dépendance des échanges économiques sont, dans ces analyses, responsables du sous développement des pays pris dans cette nouvelle sorte de colonisation. Les théories du développement ont été marquées par le marxisme, par le courant de l'économie politique dans les années 7031, ou par celui du post modernisme dans les années 80. On peut aussi resituer ces approches dans les grands paradigmes de la sociologie, qu'il s'agisse du paradigme des faits sociaux, accompagné des modèles structurels de développement, du paradigme basé sur les acteurs - ici on trouvera l'acteur local, moteur du développement, ou bien encore du paradigme ethnométhodologique, le social s'expliquant par le savoir de l'actant. Les faits sociaux ne peuvent alors se comprendre en dehors du contexte qui les produit (concept d'indexicalité), la description du social devient aussitôt dite une partie constitutive de ce qu'elle décrit (concept de réflexivité), et la descriptibilité (accountability) est une des manifestations de la réflexivité, une capacité à construire rationnellement le monde que l'on décrit32.

30 La Inodernité est définie par certains auteurs COlnmeun InOlnent important de la production scientifique et technologique, Inarqué par la communication, l'éducation et l'éconolnie de Inarché, et caractérisé par la liberté politique. 31 PERROUX F., Pour une philosophie du nouveau développement, Aubier, Les Presses de l'Unesco, 1981, "Quant au développement sans croissance il est, abstraitement, contenu dans le slogan superficiel et malfaisant qui a eu un certain
succès en Europe voici quelques années: la croissance zéro. "p. 54

32 GARFINKEL H., Studies in Ethnon1ethodology, Englewood Cliffs, Prentice Hall, 1967.

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2- Nouveau développement, développement culturel, développement social, développement humain. En 1979, l'UNESCO a réuni à Quito un groupe de 18 experts pour réfléchir sur le concept de développement intégré -le nouveau développement- groupe dirigé par François Perroux33. Le document de travail qui guidait cette réunion était (du même auteur) "l'idée du développement local endogène et intégré". La réflexion a porté sur le Nouvel Ordre Economique International (NOEl) et le Nouveau Développement (ND). Cette réunion a vu la remise en question du développement comme croissance économique. La philosophie du développement telle qu'elle est énoncée par François Perroux à partir du point de vue de l'économiste ne se cantonne pas à l'aspect de cumul des biens, mais "le développement est la combinaison des changements mentaux et sociaux d'une population qui la rendent apte à faire croître

cumulativementet durablement son produit réel global."34
Il s'agit d'un processus d'interaction, entre des facteurs lourds, comme les procédures économiques, les avancées technologiques, et des facteurs liés à la dynamique individuelle et sociale. Ce nouveau développement est global, c'est à dire qu'il s'applique à des ensembles de taille et de nature différents, il est endogène, ce qui "dans le vocabulaire des organisations internationales (..J évoque les forces et les ressources intérieures d'une nation et leur mise en oeuvre et en valeur cohérente. "35 Enfin, il est intégré, ce qui plus généralement "désigne le rassemblement d'unités ou de facteurs en un même ensemble. Le développement intégré pourra donc signifier soit l'intégration pluri-régionale, soit la meilleure cohésion des secteurs, régions et classes sociales. "36

33 François Perroux, économiste, Professeur honoraire au Collège de France 34 PERROUX F., Pour une philosophie du nouveau développement, Aubier, Les Presses de l'UNESCO, 1981, 35 PERROUX F.,idem, p.31. 36 idem, p.31.

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La notion de culture apparaît comme le point focal du débat sur le développement, puisqu'il s'agit d'infléchir des comportements individuels et de structurer les solidarités, la culture étant entendue dans le sens de modes de vie, de pensée, d'action, de savoirs, de savoirs faire, de systèmes de valeurs. Pour François Perroux, "les valeurs culturelles jouent un rôle fondamental dans la croissance économique qui n'est rien d'autre qu'un moyen,. les valeurs culturelles sont à la base des motivations qui freinent ou accélèrent la croissance et de la légitimation des objectifs de la croissance. "37 La décennie mondiale du développement culturel (1988-1997) a été mise en place après la Conférence Mondiale sur les politiques culturelles organisée à Mexico en 1982, avec comme objectif" la prise en compte de la dimension culturelle dans le développement." Une des caractéristiques du développement local trouve spécialement sa place dans la définition de la stratégie pour les années 90 qui introduit un nouvel objectif: la protection des différentes "entités culturelles" . La Conférence précise: "la culture étant un élément fondamental de la vie de chaque individu et de chaque communauté, le développement, dont l'homme est la finalité, possède une dimension culturelle essentielle". En mars 1995 le Sommet mondial pour le développement social est organisé par les Nations Unies, ce qui permettra de préciser à nouveau les notions de croissance et de développement, et d'écarter l'idée que les effets de la croissance profiteraient automatiquement aux exclus du système économique. Il faudra passer des indicateurs du Produit National Brut à ceux de « qualité de la vie ». Pour l'UNESCO, «au delà de la croissance économique, qui est un moteur et non une fin en soi, le développement est d'abord et avant tout social: il est par ailleurs étroitement lié à la paix, aux droits de l 'homme, à l'exercice démocratique du pouvoir, à l'environnement, et
37 PERROUX F., Pour une philosophie du nouveau développement, Aubier, Les Presses de l'Unesco, 1981, p.53.

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