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Diversité et inégalités: quelles pratiques de formation

268 pages
Etant donné les mutations majeures qui traversent la société, la formation doit innover pour lutter contre les inégalités et répondre aux besoins des personnes les plus fragilisées. Il s'agit donc de partager les expériences pour s'interroger sur les pratiques innovantes de formation tout au long de la vie et valoriser la diversité. La formation devrait être moins magistrale, plus proche des réalités des apprenants et prendre en compte la richesse des différences.
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LES AUTEURS

Cécile ABATTU – Laboratoire d’Economie de la Production et de l’Intégration Internationale, Université Pierre Mendès France, Grenoble Régine BELLERA – Centre de Ressources 26-07, Montélimar Cécile BERNARD – ISARA - Institut Supérieur d’Agriculture et d’Agroalimentaire Rhône-Alpes, Lyon Valérie BINDER – Consultante en changement social et partenariat, Lyon Marie-Antoinette BLONDIN – CANDIA, Vienne Philippe BONNET – Chambre d’agriculture du Rhône, Lyon Antoine CARRET – Chambre Régionale d’Agriculture Rhône-Alpes, Lyon Sylvette CHAUDY – AFIL - Apprentissage Industriel, Saint-Etienne Claude COURLET – Université Pierre Mendès France, Grenoble Maria COURLON (de) – Consultante, Rodez Caroline DEBROUX – VIVEA, Fonds pour la formation des entrepreneurs du vivant, Lyon Annie DUFOUR – ISARA – Institut Supérieur d’Agriculture et d’Agroalimentaire Rhône-Alpes, Lyon Hugues FERRIER – Organisation Régionale Laitière Agricole Coopérative (ORLAC), Vienne

Pierre GALINIER – GIPAL-CAFOC - Groupement d’intérêt public de l’académie de Lyon. Centre académique de formation continue Caroline GEOFFRE – CFPPA de Roanne – Centre de Formation Professionnelle et de promotion Agricole Amandine KONAN – Espace Formateurs, Centre Régional de Ressources Pédagogiques et Techniques, Lyon Bruno LAMOTTE – Laboratoire d’Economie de la Production et de l’Intégration Internationale – Université Pierre Mendès France, Grenoble Pascal MARCHAISON – CCI de la Drôme – Centre de formation professionnelle forestière, Châteauneuf du Rhône Patrice MARIE – Producteur en AMAP, Association pour le Maintien de l’Activité Paysanne Françoise MOLEGNANA – PEA CRITT, Pôle Européen Agroalimentaire pour la Communication, la Recherche, l’Innovation et le Tranfert de Technologies, Charbonnières-les-bains Annie MORANT – ASE - Agri Sud-Est, Vienne Maurice NORMAND – IFRIA, Institut de Formation Régional des Industries Alimentaires, Lyon Guitty PICHARD – VIVEA – Fonds pour la formation des entrepreneurs du vivant, Lyon Philippe SULPICE – FEVEC – Fédération des éleveurs et vétérinaires en convention, Rhône-Alpes Michel THERY – Centre d’Etudes et de Recherches Economiques sur les Qualifications, Marseille Lilian VARGAS – ADAYG – Association pour le développement de l’agriculture dans l’Y grenoblois, Grenoble Béatrix VÉRILLAUD – MICROFAC – Association de formation à la comptabilité et à la gestion, Portes-Les-Valence Michèle WILHELM – FOREM, Office Wallon de la Formation Professionnelle et de l’Emploi, Charleroi, Belgique

PRINCIPAUX SIGLES
UTILISÉS

ANI : APP : AVEC : CBE : CCI : CQP : CTEF : DRH : DRTEFP : FAF : FOAD : GEP : GRETA :

Accord National Interprofessionnel Ateliers de Pédagogie Personnalisée Agriculteurs En Vente Collective Comité de Bassin d’Emploi Chambre de Commerce et d’Industrie Certificat de Qualification Professionnelle Contrats Territoriaux Emploi Formation Direction des Ressources Humaines Direction Régionale du Travail de l’Emploi et de la Formation Professionnelle Fonds d’Assurance Formation Formations Ouvertes et A Distance Groupes d’Échanges de Pratiques GRoupements d’ÉTAblissements publics locaux d’enseignement

HACCP : OPCA : PVC : TIC : TICE :

Hazard Analysis and Critical Control Point. Système d’analyse des risques et de maîtrise des points critiques Organisme Paritaire Collecteur Agréé Point de Vente Collective Technologies de l’Information et de la Communication Technologies de l’Information et de la Communication pour l’Enseignement

SOMMAIRE

Avant-Propos Claude Courlet, Président de l’UPMF Grenoble 2 …………
Introduction générale FORMATION, INÉGALITÉS ET DIVERSITÉ

13

Cécile Abattu et Bruno Lamotte ………………………………

17

PARTIE I
_____________________________

COMMENT INSCRIRE LA FORMATION
DANS LES RÉALITÉS DES APPRENANTS

?
25

Introduction
Caroline Debroux ……………………………………………… Chapitre 1
FREINS ET LEVIERS À L’APPROPRIATION D’UN PROJET

Régine Bellera …………………………………………………… Chapitre 2
IMPLIQUER LES PERSONNES
DANS LA CONSTRUCTION DE LEUR FORMATION

29

Philippe Bonnet, Guitty Pichard ……………………………………

47

Chapitre 3

COMMENT L’INTÉGRATION DES TIC Á UNE FORMATION PERMET-ELLE DE REDONNER CONFIANCE Á DES APPRENANTS ?

Valérie Binder, Sylvette Chaudy, Caroline Geoffre,…………………… Chapitre 4
DES FORMATIONS CENTRÉES SUR L’ÉCHANGE DE PRATIQUES :
DEUX TÉMOIGNAGES DE PRODUCTEURS FERMIERS

61

Antoine Carret ………………………………………………… Chapitre 5
LES ÉLEVEURS CONSTRUISENT LEUR SAVOIR EN GROUPE

71

Annie Dufour, Guitty Pichard, Philippe Sulpice ……………………

85

_____________________________

PARTIE II

COMMENT ARTICULER
FORMATION PROFESSIONNELLE ET STRATÉGIE D’ENTREPRISE ?

Introduction

Bruno Lamotte …………………………………………………

91

Chapitre 6
ACCOMPAGNER L’INTÉGRATION DANS L’EMPLOI : LA DÉMARCHE NADIA

Maurice Normand ……………………………………………… Chapitre 7
LA FORMATION DES RESPONSABLES DE MAGASINS DE AGRI SUD EST

95

Annie Morant ………………………………………………… Chapitre 8
DU CONCEPT Á LA RÉALISATION DE FORMATIONS
AUX BONNES PRATIQUES

113

Hugues Ferrier …………………………………………………

127

Chapitre 9

CAPITALISER LES SAVOIRS POUR TRANSFÉRER LES COMPÉTENCES

Marie-Antoinette Blondin ………………………………………… 139

PARTIE III
____________________________

COMMENT FAVORISER LES LIENS
ENTRE FORMATION ET DÉVELOPPEMENT TERRITORIAL

?
149

Introduction
Valérie Binder ………………………………………………… Chapitre 10
ENTREPRISES ET TERRITOIRES :
DES RELATIONS CROISÉES BÉNÉFIQUES Á L’ACTION

Maria de Courlon ……………………………………………… Chapitre 11
LA FORMATION AU SERVICE DU DÉVELOPPEMENT TERRITORIAL

153

Cécile Bernard, Annie Dufour, Lilian Vargas ……………………… Chapitre 12
LA RÉGIE DE TERRITOIRE

163

Pascal Marchaison, Patrice Marie ………………………………… 173

PARTIE IV
____________________________

DIVERSITÉ DES PUBLICS :
QUELLES PRATIQUES DE FORMATION

?
183

Introduction
Françoise Molegnana ………………………….…………………

Chapitre 13

DE L’ACTION DE FORMATION Á UN DISPOSITIF PERMANENT

Pierre Galinier, Béatrix Vérillaud ……………………………… Chapitre 14
L’USAGE DES TIC EN FORMATION,
QUELS IMPACTS SUR LE MÉTIER DE FORMATEUR

187

?

Valérie Binder, Amandine Konan ………………………………… Chapitre 15
MULTIPLES DIVERSITÉS

199

Michèle Wilhelm ………………………………………………
CONCLUSION GÉNÉRALE
____________________________

215

DIVERSITÉ, INÉGALITÉ ET FORMATION Michel Théry …………………………….…………………… BIBLIOGRAPHIE
____________________________

227 241

…………………

ANNEXES ………………………
____________________________

245

AVANT-PROPOS
Claude Courlet
(Président de l’Université Pierre Mendès France, Grenoble 2)

ANS UNE SOCIÉTÉ TRAVERSÉE par des mutations majeures, comme le vieillissement démographique, le développement de la société de l’information ou encore la transformation du monde rural, la formation doit aujourd’hui innover pour lutter contre les inégalités et répondre aux besoins des personnes les plus fragilisées. C’est dans cette perspective que cinq projets du Programme d’Initiative Communautaire Equal (FSE) ont été conduits en région Rhône-Alpes dans le champ agricole et agro-alimentaire. L’Université Pierre Mendès France porte l’un de ces cinq projets : le projet Part@ge dont l’objectif est de développer la formation tout au long de la vie par la mise en œuvre de transferts croisés des compétences entre générations.

D

Sous la direction de Cécile Abattu et de Bruno Lamotte du Laboratoire d’Économie de la Production et de l’Intégration Internationale (LEPII), l’ouvrage synthétise les pratiques et les réflexions menées sur la question de l’innovation en formation pour lutter contre les inégalités. Il met en forme et capitalise les résultats d’une stratégie consistant à valoriser la diversité des ressources humaines, l’expérience et la complémentarité des savoirfaire et des compétences des différents acteurs de la production agricole et agro-alimentaire. Les projets réunis dans ce réseau inaugurent un nouveau type de partenariat, à propos des questions de formation et d’insertion professionnelle, en faisant collaborer tous les acteurs concernés : entreprises et milieux professionnels, Chambres de commerce et d’industrie, Chambres d’agriculture, Fonds d’assu-

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DIVERSITÉ ET INÉGALITÉS : QUELLES PRATIQUES DE FORMATION ?

rance formation, Organismes paritaires collecteurs agréés, Syndicats de salariés, Région, Collectivités locales, Université… Cet ouvrage explore quatre dimensions de la problématique des pratiques de formation pour lutter contre les inégalités. Du côté des apprenants, inscrire la formation dans les réalités sociales, personnelles et professionnelles implique d’organiser l’insertion professionnelle et la formation en mettant les personnes au centre des dispositifs. La reconnaissance de la personne, avec ses difficultés, ses aspirations, ses souhaits, ses projets renforce l’estime de soi, la confiance en soi, le sentiment d’être acteur de sa vie sans lesquels aucun changement durable n’est possible. De façon symétrique les pratiques de formation dans les entreprises jouent un rôle considérable dans la prise en compte des inégalités de fait et dans la mise en œuvre efficace de la diversité des ressources humaines. Les problèmes des apprenants et des entreprises sont inscrits dans des territoires. Le territoire représente pour les publics concernés une échelle permettant de garder des relations de proximité, de connaissance. S’investir au pays pour des personnes isolées socialement et économiquement est aussi une façon de recréer des liens sociaux, de redécouvrir son territoire, de se réapproprier cette part de patrimoine collectif qui tend à se dilater en période de rupture. Enfin, les innovations dans les pratiques pédagogiques et les modalités de formation transforment le métier de formateur : nécessité d’intégrer les technologies de l’information, prise en compte de l’évolution du marché de l’emploi et de la diversité des publics (diversité des âges, diversité sociale et culturelle, diversité des qualifications professionnelles…) À partir de ces différents points de vue, l’ouvrage débouche sur des conclusions essentielles. Plutôt que de former contre les inégalités, on forme pour utiliser intelligemment des différences et des complémentarités et mettre en commun des solutions adaptées à des problèmes professionnels. La formation deviendrait ainsi un moment privilégié pour régler des dysfonctionnements dans les pratiques professionnelles, mais aussi pour mettre en commun des

AVANT-PROPOS

15

savoirs complémentaires et même innover collectivement dans le travail en renforçant la solidarité et, d’une façon très concrète, la cohésion sociale. Moins magistrale, plus proche de l’animation et de l’accompagnement des apprenants, elle combinerait une réflexion sur les pratiques impulsées par le formateur, une prise en compte de la variété des solutions possibles et de la richesse des différences humaines. Ce diagnostic invite l’université à s’ouvrir encore plus sur son environnement, sur l’évolution des modalités nouvelles de formation et à en favoriser l’éclosion.

INTRODUCTION GÉNÉRALE
Formation, inégalités et diversité

Cécile Abattu, Bruno Lamotte
LEPII, Université Pierre Mendès France, Grenoble 2

N RÉGION R HÔNE -ALPES , cinq projets du programme Equal dans le double champ agricole et agroalimentaire, se sont regroupés pour une action de mise en commun de leurs résultats aboutissant à cet ouvrage1. La collaboration s’est portée sur les pratiques innovantes de formation tout au long de la vie qui doivent permettre à des publics fragilisés, de parvenir à une véritable insertion dans l’emploi ou de la conforter. Elle prolonge un précédent séminaire dont les actes ont été publiés par la revue Economie et Humanisme sur le thème « Faire de la diversité un atout pour l’emploi »2.

E

L’objectif de l’ouvrage est de mettre en forme les résultats des cinq partenariats et d’avancer la réflexion sur un sujet central, celui de l’innovation en matière de formation, pour lutter contre les inégalités et répondre aux besoins des personnes les plus vulnérables, dans une société qui connaît des mutations marquantes. Le vieillissement démographique, le développement de la société de l’information, la spécialisation des savoir-faire et des compétences des producteurs, les mutations du monde rural et de leurs entreprises, les déséquilibres d’emplois dans certains secteurs, constituent autant de facteurs qui appellent une réponse adaptée de la formation
Les différents projets font l’objet d’une présentation détaillée en annexe. Economie et Humanisme, « Hors Série » n° 10, « Travail et emploi. Contrer les discriminations. Faire de la diversité un atout pour l’emploi », juillet, 2004.
1 2

18

DIVERSITÉ ET INÉGALITÉS : QUELLES PRATIQUES DE FORMATION ?

professionnelle. Dans l’expérience des cinq projets Equal, un point commun d’innovation est constitué par la valorisation de la diversité s’appuyant sur l’expérience des individus, la complémentarité des savoir-faire de chacun et les compétences des différents acteurs de la production agricole et agroalimentaire.

I. LA CONSTRUCTION D’UN PARTENARIAT
Les projets réunis dans ce réseau sont issus du premier appel à projets d’Equal qui a lancé des actions expérimentales entre 2002 et 2005. Ils se trouvent en 2006 dans la phase de regroupement et de communication des résultats. Ces programmes européens représentent plusieurs aspects concernant le domaine agricole au sens large : – le programme Itiver porté par la CCI de la Drôme favorisant des itinéraires vers l’emploi rural ; – le projet Equator porté par le PEACRITT3 sur les formations ouvertes et à distance pour des publics fragilisés ; – le projet « Conservation et modernisation des savoirfaire de l’agroalimentaire fermier » porté par la Chambre régionale d’agriculture ; – le programme Kaléinove porté par VIVEA4 sur des formations innovantes pour les agricultrices et agriculteurs précarisés ; – le programme Part’@ge porté par l’Université Pierre Mendès France sur le transfert de compétences entre les générations. Pour cet ouvrage, ces projets sont fédérés autour d’un objectif commun porté par « Espace-Formateurs ». Au départ, l’objet de cette association était de s’appuyer les uns sur les autres pour capitaliser et diffuser les solutions innovantes construites lors du déroulement des programmes respectifs. Au fil des rencontres, l’objectif a progressé vers une activité plus
Pôle Européen Agroalimentaire pour la Communication, la Recherche, l’Innovation et le Transfert de Technologie. 4 Fonds pour la formation des entrepreneurs du vivant.
3

INTRODUCTION GÉNÉRALE

19

ambitieuse avec un véritable travail collectif pour valoriser les actions conduites depuis 2002, donnant naissance à un partenariat solide. Le processus d’échanges au cours de débats argumentés, a permis de dégager des axes de réflexion communs avec l'évidente nécessité de produire un ouvrage récapitulatif et de réunir un colloque. Après plusieurs séances de travail, quatre questions ont été retenues : – celle de l’apprenant et de sa motivation à s’engager dans un processus de formation ; – l’implication de l’entreprise et l’enjeu réel d’une capacité à articuler stratégie économique et politique de formation ; – la portée territoriale des actions entreprises et celle des formations dans le domaine du développement du monde rural ; – la réflexion sur une nouvelle conception du rôle du formateur, dans laquelle les échanges entre pairs deviennent plus importants. Chaque question a fait l’objet d’un séminaire ouvert aux différents acteurs ayant participé au déroulement des programmes Equal. Ces rencontres ont permis d’identifier et de désigner les personnes clés pouvant apporter leur témoignage lors du colloque et dans cet ouvrage.

II. LE THÈME FÉDÉRATEUR
Plusieurs points instaurent une communauté de vues entre les cinq projets, notamment le rapport à l’agriculture, à la formation, à la lutte contre les inégalités et les discriminations, l’appui sur un réseau de partenaires locaux et internationaux5. Cette communauté de vue débouche sur une évidence dans laquelle chacun fait le constat d’un rôle central que peuvent jouer les innovations en formation dans l’action contre les inégalités. Chaque porteur de projet a expérimenté la difficulté pratique à porter une action de lutte contre les
Les projets Equal du FSE fédèrent, dans des partenariats de développement et dans des partenariats transnationaux, des partenaires institutionnels variés : ils sont appuyés par les collectivités territoriales et la DRTEFP.
5

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DIVERSITÉ ET INÉGALITÉS : QUELLES PRATIQUES DE FORMATION ?

discriminations. Un premier travail commun a conforté l’intérêt de concevoir des stratégies d’action qui insistent sur la recherche d’une plus grande diversité. Il débouche sur une nouvelle étape. Plutôt que de « former contre » des inégalités, on « forme pour » utiliser intelligemment des différences et des complémentarités et mettre en commun de bonnes solutions à des problèmes professionnels. Ce n’est pas un changement mineur de formulation : c’est un point central des discussions réunies dans ce volume. La formation deviendrait ainsi un moment privilégié pour tenter de régler des écarts et des lacunes, mais aussi pour mettre en commun des solutions et des savoirs complémentaires, voire inventer des pratiques nouvelles. Moins magistrale, plus proche des réalités des personnes concernées, elle combinerait une évolution des pratiques professionnelles, une prise en compte de la variété des solutions possibles et de la richesse des différences. La formation professionnelle, dans cette optique, privilégierait des moments d’échanges de pratiques entre professionnels, animés et impulsés par un formateur. Celui-ci utilise au mieux une double compétence de technicien et d’animateur. L’équilibre entre normalisation des pratiques et réflexion sur la diversité des solutions possibles est difficile à trouver. Les rôles des personnes en formation, des formateurs et de leur environnement sont marqués par cette évolution.

III. LES PROBLÈMES TRAITÉS
Cet ouvrage explore donc quatre dimensions des problèmes des pratiques de formation pour lutter contre les inégalités et propose des analyses qui mettent en avant les atouts de la diversité et la dynamique de la complémentarité. La lutte contre les discriminations ne passe pas uniquement et toujours par des mesures spécifiques envers un public cible. Les expériences conduites dans le cadre d’Equal montrent l’intérêt du maillage des personnes en termes de niveau de formation, d’expérience, d’âge, de sexe, etc. Cette perspective met en avant une notion centrale dans les processus d’apprentissage, celle de l’échange de pratiques. Nous en proposons une lecture selon les points de vue des apprenants, des entreprises, des territoires et enfin des formateurs.

INTRODUCTION GÉNÉRALE

21

Du côté des apprenants, l’engagement dans la formation est une question récurrente posée aux formateurs. Elle prend une dimension encore plus aiguë lorsque les actions s’adressent à des publics ayant des difficultés ou éloignés des dispositifs de formation : inscrire la formation dans les réalités sociales, personnelles et professionnelles est une condition de l’engagement. Cela implique d’organiser l’insertion professionnelle et la formation en installant les personnes au centre des dispositifs. La reconnaissance de la personne avec ses difficultés, ses aspirations, ses souhaits, ses projets (même infimes), renforce l’estime de soi, la confiance en ses propres capacités, le sentiment d’être acteur de sa vie, éléments sans lesquels aucun changement durable n’est possible. Cette étape constitue un premier pas incontournable pour un public fragilisé. Les différents acteurs de l’insertion et de la formation continue, ainsi que les entreprises, jouent un rôle déterminant dans l’accompagnement des personnes tout au long de leur cheminement. Leurs représentations, leurs postures, leurs compétences structurent cet accompagnement et influencent profondément les apprenants et leurs attitudes. L’écoute active et l’implication des bénéficiaires dans leur projet et leur formation sont essentielles à l’inscription de la formation dans leurs réalités sociales, personnelles et professionnelles. De façon symétrique, les pratiques de formation dans les entreprises jouent un rôle considérable dans la prise en compte des inégalités de fait et dans la mise en œuvre efficace d’une diversité des ressources humaines. La question se présente bien différemment dans les petites entreprises du monde agricole que dans les grands groupes constitués autour des activités agricoles. Dans un cas, il s’agira souvent de petits producteurs indépendants qui cherchent à trouver leur place dans les circuits de distribution modernes et à faire reconnaître la valeur économique de leurs productions spécifiques. Dans l’autre, il s’agit de problématiques de gros employeurs recherchant à faire travailler efficacement des profils variés de salariés. Pour eux, pouvoir faire travailler ensemble de façon productive des jeunes et des anciens, des hommes et des femmes, des minorités et des travailleurs plus ordinaires, fait partie des objectifs qui s’imposent dans l’actualité. La formation a tout son rôle, quand elle s’articule bien avec les priorités économiques des entreprises. En particulier, les formations basées sur les pratiques et

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DIVERSITÉ ET INÉGALITÉS : QUELLES PRATIQUES DE FORMATION ?

les expériences professionnelles qui séduisent les salariés et leur donnent accès à des questions éventuellement plus abstraites ou théoriques, sont également attractives pour les employeurs par leur contenu concret et professionnel. Souvent ces formations tendent à s’inclure dans les entreprises, à la limite de la formation sur le tas ou de l’échange informel entre professionnels d’une spécialité. Où est alors la délimitation entre l’acte de formation éligible dans un plan et la pratique interne d’échange informel, d’ailleurs non perçue par les intéressés comme un acte de formation au sens strict ? Ici, il va s’agir dans une large mesure d’un problème de conventions sur ce qu’est la frontière entre une action de formation et un échange de pratiques. Ce que l’on peut qualifier à un moment de formation professionnelle peut durablement être transformé par la montée de pratiques basées sur le traitement des problèmes réels, favorisant ainsi la réflexion sur des phénomènes concrets plutôt que l’application de théories pré existantes. Cette nouvelle donne n’est pas sans implication sur les modalités de financement de la formation, le soutien que peuvent apporter les institutions publiques, ou les principes d’intervention des OPCA. Par ailleurs, les problèmes des apprenants et des entreprises sont inscrits dans des territoires spécifiques. Le territoire représente pour nos publics Equal, une échelle permettant de garder des relations de proximité, de connaissance. S’investir au pays pour des publics isolés socialement et économiquement est aussi une façon de recréer des liens locaux, de redécouvrir son territoire, de se réapproprier cette part du patrimoine collectif qui s’échappait, dans laquelle la personne en rupture n’osait plus se projeter. Qu’il s’agisse de multifonctionnalité, de nouveaux services, ou de secteurs en tension, ces différents champs développés par les partenaires, intégrés à une problématique territoriale globale ont permis de proposer des formations qui ont articulé la dimension individuelle et collective des projets personnels. Ces formations sont considérées comme des outils du développement territorial mais ont aussi contribué à renforcer les solidarités, à impulser une nouvelle cohésion sociale indispensable aux dynamiques collectives, terreau du développement territorial. Enfin, les innovations dans les pratiques pédagogiques et les modalités de formation ont une influence directe sur le métier de formateur. L’environnement extérieur est déterminant. Tout

INTRODUCTION GÉNÉRALE

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d’abord, l’intégration des technologies de l’information et de la communication change les pratiques professionnelles, les relations au savoir et les communications humaines. Ensuite, l’évolution du marché de l’emploi et la diversité des publics en formation est de plus en plus à prendre en compte (diversité des âges, diversité sociale et culturelle, diversité des qualifications professionnelles...). Ces changements sociétaux fragilisent certains publics et les conduisent à l’exclusion. Ils changent la nature même de la formation et introduisent de nouveaux défis pour les formateurs, de nouvelles demandes des apprenants. Cet ouvrage cherchera à apporter des témoignages et des réflexions sur les nouvelles modalités d’accompagnement des personnes, les nouvelles postures professionnelles à adopter pour répondre à la variété des demandes. L’ouvrage est structuré autour de ces quatre axes de réflexion. Chaque partie est nourrie des expériences, des témoignages et des analyses des pratiques qui ont jalonné les expérimentations conduites dans le cadre de ces programmes Equal. Chacune d’entre elles a fait l’objet d’une coordination par un membre de l'équipe rédactionnelle. Ce coordinateur ou coordinatrice a assuré un suivi des différentes rédactions et réalisé l’introduction de sa partie. La coordinatrice de la première partie est Caroline Debroux ; Bruno Lamotte a conduit la deuxième. Valérie Binder a pris en charge la troisième et Françoise Molegnana la quatrième en collaboration avec Amandine Konan. La coordination d’ensemble a été confiée à Cécile Abattu et Bruno Lamotte. Il s’agit donc d’un ouvrage collectif au sens plein du terme

PARTIE I

Comment inscrire la formation dans les réalités des apprenants ?

INTRODUCTION
Caroline Debroux
(VIVEA), Lyon

La mobilisation du public et son engagement dans la formation restent des questions récurrentes posées aux formateurs. Elles prennent une dimension encore plus aiguë lorsque les actions s’adressent à des publics ayant des difficultés ou éloignés des dispositifs de formation. Les personnes fragilisées présentent souvent une attitude de rejet de la formation car elles l’assimilent à l’école. Leur rapport à la formation les conduit à privilégier un mode d’apprentissage par l’expérience qui ne leur permet pas de mobiliser les ressources nécessaires et suffisantes pour s’adapter aux évolutions de leur métier.

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I. LA FORMATION DANS LES RÉALITÉS DES APPRENANTS

Toutes mettent en évidence une étape incontournable et fondamentale de la mise en mouvement : le temps de la réassurance, de la reconnaissance, de la reprise de confiance en soi. Cette étape s’est concrétisée de différentes manières mais elle a toujours précédé la formation car elle permet aux personnes de remobiliser leurs ressources pour devenir ensuite le propre acteur de leur changement. Dans le cadre d’Itiver, le Centre de Ressources Drôme et Ardèche met en exergue l’importance de valoriser les personnes et leur expérience pour renforcer l’estime de soi. Les acteurs des dispositifs d’insertion mettent en œuvre une relation d’aide qui est fonction de leurs valeurs, leurs représentations, leurs compétences. Pour être opérationnelle cette relation d’aide doit permettre à la personne de réfléchir sur ses choix, d’élaborer un projet qui évolue au fil du temps et des opportunités, qui bouge comme la vie. Le cadre de la relation d’aide est principalement l’entretien alors qu’il serait pertinent de donner à la personne l’opportunité de montrer ce qu’elle sait faire en situation de travail. Les différents acteurs de l’insertion, qu’ils soient bénéficiaires, prescripteurs ou employeurs ont des représentations mutuelles qui peuvent entraîner de la passivité et bloquent certains projets jugés irréalistes par les uns ou les autres. Les dispositifs d’insertion auraient à gagner en efficacité en s’ouvrant plus sur le monde économique et civil. L’expérience de la chambre d’agriculture du Rhône avec Kaléinove, montre plus particulièrement l’intérêt, mais aussi toute la difficulté, d’impliquer les bénéficiaires potentiels en amont de la formation. Dans un premier temps il convient de réaliser la mobilisation de partenaires pour repérer les viticulteurs fragilisés et contribuer à une première mise en mouvement, puis doit venir la phase d’engagement dans une démarche de changement et enfin l’entrée dans un parcours personnalisé de formation adapté. Ces différentes étapes ne peuvent atteindre leur but d’engagement des personnes fragilisées dans un processus de changement que si les acteurs qui les mettent en œuvre s’appuient sur l’écoute active du public visé. Cela a d’ailleurs amené les porteurs du projet à traiter les problèmes à court terme des personnes concernées pour qu’elles puissent enfin penser au moyen terme voire au long terme. Equator a expérimenté des formations intégrant les Technologies de l’Information et de la Communication. L’utilisation de