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Doctorat et monde professionnel

De
158 pages
La société actuelle interroge de manière vive les qualités économiques et professionnelles de l'ensemble des diplômes accordés par l'Université. Dans cette perspective, cet ouvrage questionne les forces et les faiblesses du doctorat en sciences sociales et humaines face au monde économique, à travers une triple orientation : historique, de comparaison internationale avec des pays comme la Finlande ou le Canada et épistémologique.
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Doctorat et monde professionnel
Coordonné par
La société actuelle interroge de manière vive les qualités économiques Françoise Cros, Edwige Bombaron
et professionnelles de l’ensemble des diplômes accordés par l’Université.
et Marie-Laure VitaliDans cette perspective, cet ouvrage questionne les forces et les
faiblesses du doctorat en sciences sociales et humaines face au monde
économique, à travers une triple orientation : historique, de comparaison
internationale avec des pays comme la Finlande ou le Canada et
épistémologique. Faudra-t-il construire deux doctorats distincts :
un professionnel et un de recherche, ou est-il possible de dégager du
doctorat et de sa thèse des compétences propres, compétences mises
en œuvre par les doctorants eux-mêmes et qui permettront à diférents Doctorat
champs professionnels, non seulement de se développer, mais de
s’ouvrir à de prometteuses innovations ? C’est à ces questions et à bien
d’autres encore que répond cet ouvrage. et monde
Les auteurs de cet ouvrage sont tous universitaires appartenant à diférentes
universités, françaises et étrangères, engagés dans des accompagnements
de doctorants dans leur discipline. Ce colloque a pu se dérouler grâce au professionnel
soutien du Labex Hastec en en permettant le pilotage et l’organisation par
deux labos : celui du CRF du Conservatoire national des arts et métiers et
celui du LAMOP de l’Université de Paris 1.
Action et SA oir – Série rencontreS
Est une collection d’ouvrages issus de rencontres, s’adressant particulièrement
à des professionnels et des chercheurs intéressés par la théorisation de l’action
dans diférents champs de pratiques. Elle est fondée sur l’hypothèse de rapports
étroits et réciproques entre engagement dans l’action et production de savoir.
Action et Savoir – Série Rencontres
Dirigée par Jean-Marie Barbier
Illustration de couverture : Fotolia © avarooa
Action
ISBN : 978-2-343-03997-8 & Série
15,50 euros Savoir Rencontres
v
Coordonné par Françoise Cros,
Doctorat et monde professionnel
Edwige Bombaron et Marie-Laure Vitali








Doctorat
et monde professionnel




Action et savoir – RECHERCHE

ACTION ET SAVOIR – RECHERCHE est une collection
d'ouvrages de recherche s'adressant particulièrement à des
professionnels et à des chercheurs intéressés par la théorisation
de l'action dans les champs de pratiques, et par les rapports
entre constructions des activités et constructions des sujets. Elle
est fondée sur l'hypothèse de liens étroits et réciproques entre
engagement de l'action et production de savoir. Elle est dirigée
par J.-M. Barbier.

Dernières parutions

Jérôme GUERIN, Activité collective et apprentissage. De
l’ergonomie à l’écologie des situations de formation, 2012.
Ludovic BOT, Marie-Laure VITALI, Modélisation et activités des
ingénieurs, 2011.
Patrick KUNEGEL, Les maîtres d’apprentissage. Analyse des
pratiques tutorales en situation de travail,2011.
André ZEITLER, Les apprentissages interprétatifs, 2011.
Jean-Marie BARBIER, Christian CHAUVIGNÉ, Marie-Laure
VITALI, Diriger : un travail, 2011.
Martine DUTOIT, Etre vu, se voir, se donner à voir, 2011..
Anne-Lise ULMANN, Dans les pas des contrôleurs de
prestations sociales. Travailler entre droit et équité, 2010.
R. WITTORSKI, Professionnalisation et développement
professionnel, 2007.
J.-M. BARBIER, E. BOURGEOIS, G. de VILLERS, M.
KADDOURI (Eds), Constructions identitaires et mobilisation des
sujets en formation, 2006.
Françoise CROS (Ed.), Ecrire sur sa pratique pour développer
des compétences professionnelles, 2006.
Maryvonne SOREL et Richard WITTORSKI (Coord.), La
professionnalisation en actes et en questions, 2005.
J.-M. BARBIER et O. GALATANU (coord. par), Les savoirs
d’action : une mise en mot des compétences ?, 2004.
Jean-Marie BARBIER (dir.), Valeurs et activités professionnelles,
2003.
M.-P. MACKIEWICZ (coordonné par), Praticien et chercheur,
2001.
B. MAGGI (sous la direction de), L’atelier de l’Organisation, Un
observatoire sur les changements dans les entreprises, 2001.

Coordonné par
Françoise Cros, Edwige Bombaron et Marie-Laure Vitali










Doctorat
et monde professionnel

























































































































































Centre de recherche sur la formation du Cnam

HeSam université, Labex Hastec,
Programme « Savoirs et compétences »
Paris 1 - Lamop, Cnam-Crf








































































© L’Harmattan, 2014
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-343-03997-8
EAN : 9782343039978



PLAN

PRÉSENTATION GÉNÉRALE 7
LE DOCTORAT DANS SON HISTOIRE 11
Retour sur une invention médiévale : le doctorat, l’université et la société à
la fin du Moyen Âge - Antoine Destemberg, maître de
conférences. Université d’Artois
eThèses et doctorat dans le cursus universitaire en France aux XVII et
eXVIII siècles - Boris Noguès, maître de conférences.
ENSLSH Lyon
LA THÈSE EN UNIVERSITÉS ÉTRANGÈRES 39
Doctoral Program in Nursing Science, the Finnish experience - Katri
Vehviläinen-Julkunen, professeur. University of Eastern
Finland
L’écriture d’une thèse dans le contexte de l’interrelation entre recherche,
formation et intervention - Jean-Claude Kalubi, professeur.
Université de Sherbrooke
- 5 - DOCTORAT ET MONDE PROFESSIONNEL 7 1
La création d’une mention « Travail social » du doctorat du Conservatoire
national des arts et métiers, France - Marcel Jaeger, professeur.
Chaire de travail social et d’intervention sociale au
Conservatoire national des arts et métiers
Les caractéristiques des thèses soutenues en sciences de l’éducation entre
2003 et 2008 et leur rapport avec le monde professionnel - Daniela
Rodriguez, doctorante. Conservatoire national des arts et
métiers
Projet d’une spécialité professionnelle du doctorat appliquée aux hautes
fonctions de la défense - Hervé Drévillon, professeur. Université
Paris 1
Doctorat en sciences de l’information et de la communication : exigences
théoriques et professionnalisation - Alain Kiyindou, professeur.
Université Michel de Montaigne, Bordeaux 3
LA PLACE ET LES APPORTS DE LA THÈSE 11 7
Les rapports entre recherche, action et formation - Jean-Marie
Barbier, professeur. Conservatoire national des arts et
métiers
La thèse comme source de développement de compétences professionnelles -
Françoise Cros, professeur. Conservatoire national des
arts et métiers
La thèse comme exercice spirituel - Claude Meyer, professeur.
Université d’Evry Val d'Essonne
TABLE DES MATIÈRES 147
- 6 - Présentation générale

Les chapitres de cet ouvrage reflètent les interventions qui
ont eu lieu en janvier 2013 lors d’un colloque animé par le
Centre de recherche sur la formation du Conservatoire national
des arts et métiers, en collaboration avec le laboratoire Lamop
de Paris 1, notamment avec un groupe d’historiens médiévistes
et d’histoire moderne, dans le cadre du Labex Hastec. Ce
colloque est une étape d’une recherche qui se poursuit sur les
relations entre le doctorat universitaire, le monde du travail et
le processus de professionnalisation, thème qui soulève
actuellement de nombreuses questions et polémiques quant à la
place et la pertinence du doctorat face au changement du
monde économique et social. En effet, à l’heure où les
établissements d’enseignement supérieur professionnels
frappent à la porte des universités pour pouvoir offrir à leurs
étudiants la possibilité de passer une thèse de doctorat propre
au champ professionnel concerné (doctorat en exercice,
doctorat professionnel, doctorat en VAE, doctorat en VAP,
etc.), il devient urgent d’en souligner les enjeux et d’en
comprendre les impacts éventuels.
De plus, il est important de souligner qu’une étude du
1CEREQ publiée en 2009 indique que seulement un tiers des
docteurs ont obtenu un contrat à durée indéterminée à l’issue
de leur thèse contre près de la moitié des diplômés de master.
Ajoutons que les docteurs en sciences sociales et humaines
sont les moins bien servis. Cette question est donc encore plus
pertinente dans les sections universitaires appartenant à ces
sciences.

1 De l’enseignement supérieur à l’emploi, voies rapides et chemins de traverse. Enquête
« Génération 2004 » interrogation 2007, Céreq (centre d’études et de recherche sur les
qualifications), Calmand J., Epiphane D. et Hallier P.
- 7 - Si les universités, qui développent des études doctorales, ont
mis en place une maquette de formation doctorale avec des
2modules différenciés, selon leur propre choix , la thèse, elle,
reste commune et constitue le cœur même du doctorat dans ses
exigences communes et ses spécificités étroitement liées à une
démarche de recherche scientifique. C’est sur la thèse, nœud
central du doctorat, que se sont portées les réflexions de ce
colloque.
Ces deux journées ont donc eu pour objectifs de clarifier ce
lien important entre thèse et marché du travail, d’en dégager les
effets en rapport avec des perspectives historiques, culturelles
et professionnelles sur un plan national et international. Quelle
est la nature des résistances et des obstacles d’une
professionnalisation affichée de la thèse ? Quelles sont les
compétences épistémologiques minimum exigées d’une
véritable thèse de doctorat, quel que soit son domaine ? Telles
ont été les questions abordées lors de ces deux journées.
Des historiens, des épistémologues ont évoqué les lignes de
force de la thèse de doctorat ; des universitaires, responsables
d’écoles doctorales ont abordé les évolutions récentes du
doctorat et la place de la thèse dans les cursus de
l’enseignement supérieur, notamment professionnel. Des
universitaires étrangers ont fait part des expériences de leur
pays. Enfin, des témoins d’une part, de mise en place d’une
articulation thèse-monde professionnel et d’autre part, de
travaux de capitalisation et d’analyse de thèses déjà soutenues
par des professionnels, travaux qui ont permis de comprendre
s’il existe une spécificité ou non d’un doctorat fortement lié à
un champ de pratiques professionnelles par rapport à un

2 Nous entendons par là que, à l’examen de plusieurs maquettes de doctorat, nous
avons trouvé des offres de contenus de modules différenciées, mettant l’accent pour
certaines sur l’apprentissage de plusieurs langues, pour d’autres sur le fait d’avoir
présenté ses travaux lors de conférences internationales ou bien encore, d’avoir
assuré quelques heures de cours à l’université. Chaque module suivi accorde à
l’étudiant des ECTS de validation par le directeur de la thèse lui-même.
- 8 - doctorat dont la thèse aurait pour finalité la production pure et
simple de savoirs nouveaux théorisés. Si une telle spécificité est
reconnue, comment alors institutionnellement et
théoriquement installer une thèse propre à une orientation de
champs professionnels et quelles en seraient les conséquences ?
Ces chapitres épousent le déroulement de ces deux
journées.
La première partie aborde la question des origines de la
thèse : d’où vient-elle ? Quelles caractéristiques possédait-elle à
l’époque de son émergence et qui, curieusement, paraissent
transparaître dans la thèse contemporaine ? Deux historiens
ont exposé sur ces caractéristiques : Antoine Destemberg a
abordé le Moyen Âge, époque où la thèse, très codée, contenait
fortement une forme de rhétorique particulière et Boris
Noguès a étudié la période moderne où la thèse contenait
encore des traits identifiables dans les thèses actuelles.
La deuxième partie aborde l’aspect international par deux
universitaires étrangers qui font part du déroulement de la
thèse dans leur propre université : l’un, en Finlande, Katri
Vehviläinen-Julkunen et l’autre, au Canada, Jean-Claude
Kalubi. Tous deux ont souligné la souplesse de constitution de
la thèse et la possibilité d’un lien avec le monde du travail.
La troisième partie s’attarde sur ce lien entre thèse et monde
professionnel quand ce dernier est fortement impliqué dans la
construction et la passation d’une thèse. Marcel Jaeger relate les
démarches institutionnelles pour obtenir la reconnaissance d’un
champ professionnel comme susceptible de produire des
savoirs théorico-pratiques. Daniela Rodriguez expose une
étude menée sur les thèses soutenues en sciences de l’éducation
depuis 2008 et note la place possible donnée à la
professionnalisation dans ce champ. Hervé Drévillon fait part
des démarches de contenu et d’institution pour qu’une grande
école supérieure professionnelle publique puisse proposer à ses
- 9 - étudiants la possibilité d’être docteurs du domaine
professionnel dans lequel ils se perfectionnent. Alain Kiyindou
propose une réflexion autour d’une section universitaire très
liée au milieu professionnel, les sciences de l’information et de
la communication. Il montre à quel point les doctorants sont
impliqués professionnellement tout en produisant du
changement dans les visions et les pratiques professionnelles.
Au fond, les doctorants ouvrent la voie à des innovations dans
le champ professionnel concerné.
La quatrième et dernière partie insiste sur le lien entre
action, formation et recherche, réflexion alimentée par
JeanMarie Barbier, suivie par Françoise Cros qui a rappelé que
toute thèse est productrice de compétences, montrant à quel
point la démarche de recherche occulte ce développement tout
à fait utile pour l’insertion du titulaire d’un doctorat sur le
marché du travail. Mais la thèse ne pourrait être thèse sans un
certain rituel qui apparaît de manière évidente lors de sa
soutenance. Au fond, interroge Claude Meyer, la thèse ne
serait-elle pas surtout un exercice spirituel ?
Cette question du rituel ne peut être négligée car elle touche
aux représentations du doctorat et plus particulièrement à la
thèse comme un rite initiatique qui va bien au-delà d’une
simple professionnalisation. L’équipe de recherche portant
cette réflexion se propose maintenant de procéder à des
recueils systématiques de données sur trois plans : la réception
du doctorat dans la société (représentations, attentes, valeurs,
etc.) ; la force épistémologique de la thèse de doctorat comme
source de professionnalisation et, enfin, les usages sociaux faits
du doctorat dans différents contextes. Une affaire à suivre…
- 10 -



LE DOCTORAT DANS SON HISTOIRE



Retour sur une invention médiévale : le doctorat, l’université et
la société à la fin du Moyen Âge


Antoine Destemberg, maître de conférences
Université d’Artois


Le doctorat est, au même titre que les universités, une
invention du Moyen Âge. L’apparition des institutions
universitaires dans l’Europe médiévale constitue une mutation
fondamentale de la société occidentale et de ses principes
structurels. Le modèle universitaire proposait, en effet, un
système de promotion sociale rompant partiellement avec les
anciens critères de la naissance, pour leur substituer ceux des
capacités intellectuelles et de l’acquisition des connaissances.
Les premières institutions universitaires qui virent le jour à
e eBologne, Paris et Oxford, au tournant du XII et du XIII
siècle, étaient nées d’une quête d’autonomie des maîtres et
eétudiants établis au cours du XII siècle dans les villes, à l’abri
des cathédrales, et qui se réunirent en universitas ou societas, une
entité juridique définie par le serment mutuel, pour porter et
défendre leurs intérêts devant les instances urbaines, royales ou
4impériales, et ecclésiastiques . Dans les premières années du
eXIII siècle, ces premières universités, issues d’une mutation

4 Verger J., 1973, Les universités au Moyen Âge, Paris, PUF.
- 13 - institutionnelle des écoles, se structurèrent, donnant des formes
plus abouties à leurs institutions. À Paris, apparurent les
facultés, qui regroupaient les maîtres et les étudiants autour
d’une même discipline. Disciplines et cursus se fixèrent
également selon un schéma globalement partagé par les
différentes universités : les arts libéraux constituaient une étape
préparatoire pour accéder à la médecine, au droit – canon et
civil – et à la théologie ; les étudiants obtenaient le baccalauréat,
avant de pouvoir prétendre à la licence et devenir ensuite à leur
tour maîtres ou docteurs. Ce schéma institutionnel, dont le
succès fut ininterrompu, voire croissant, jusqu’à la fin du
Moyen Âge, constituait le cadre structurel de l’affirmation
5d’une population universitaire dans la société occidentale . À la
efin du XIII siècle, l’Occident ne comptait pas moins d’une
vingtaine d’universités, plus ou moins actives ; elles étaient
eenviron quatre-vingts à la fin du XV siècle. Cette croissance de
l’offre institutionnelle tendit à imposer le modèle universitaire
dans le monde social et professionnel de la fin du Moyen Âge,
et à contribuer à structurer l’offre et la demande en matière de
compétences intellectuelles et techniques.
De ce point de vue, l’analyse dans le temps long de ce
qu’est le doctorat, dans et hors du monde universitaire, révèle
ces changements structurels et permet de poser certaines des
questions les plus essentielles à l’étude de tout système
d’enseignement : d’une part, celle de l’efficacité du mécanisme
de promotion sociale qu’il propose ; d’autre part, celle de la
validité des critères sur lesquels ce mécanisme repose. Ce sont
ces deux problèmes que l’on tâchera d’examiner, en prenant
principalement appui sur l’exemple parisien, sans négliger la

5 Verger J., 1992, « Patterns », dans De Ridder-Symoens H. dir., A History of the
University in Europe, t. 1 : Universities in the Middle Ages, Cambridge, Cambridge
University Press, p. 35-73.
- 14 -