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Dyslexique et alors ?

De
174 pages
L'auteur est mère de trois enfants, dont deux sont dyslexiques. Elle a réalisé qu'il y avait peu d'écrits sur le quotidien de ces enfants et de leur famille. Elle a ainsi jugé opportun de rassembler toutes les données qu'elle a engrangées, qui tout en répondant à leurs questionnements leur apporterait aussi un message d'espoir. Elle est aussi enseignante. Mais c'est en tant que maman qu'elle a cherché à comprendre ce trouble du langage.
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L'HARMATTAN

Du même auteur

1,2,3,

mes petits koalas, L'Harmattan, 2005. Publibook, 2006.

Le Complexe du papillon,

@ L'HARMATTAN, 2008 5-7, rue de l'École-Polytechnique; 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffus io n. harmarran@wanadoo.Fr harmattan l@wanadoo.fr ISBN: 978-2-296-07727-0 EAN : 9782296077270

Mes remerciements, Au Docteur Michel Habib, neurologue et coordinateur Résodys, qui m'a soutenue et aidée à porter mon projet jusqu'au bout. A Brunor, illustrateur, pour son dessin paru dans «Parents & Enfants », dossier du quotidien La Croix, septembre 2007. A Michèle, Céline, Frédéric, Philippe, Claude, Nadia, Yves... Au médecin scolaire, ainsi qu'aux orthophonistes et aux enseignants de mes enfants.

« L'éducation, dans la vision courante, consiste à essayer de rendre l'enfant conforme au type d'adulte de la société à laquelle il appartient. Tandis que pour moi, l'éducation consiste àfaire des créateurs, même s'il ny en a pas beaucoup, même si les créations de l'un sont limitées par rapport à celles de l'autre. Mais il faut faire des inventeurs, des novateurs, pas des conformistes» « Conversations libres avec Jean Piaget » Jean-Claude Bringuier, Editions Robert Laffont, 1977, page 195.

Chapitre
Ugo

1

J'ai mal. Tout se déforme autour de moi. J'étouffe. Tiens, je vais me retourner. Peut-être que je me sentirai mieux ? C'est quoi tout ce bruit? Elle hurle. A chaque fois que j'ai mal, elle hurle! Il Ya du monde dehors. J'entends des voix et aussi une sirène. Comme dans les films qu'elle regarde le soir. Oh, on bouge! On nous transporte. Je manque d'air. Et, je descends. Trop drôle! Si, si, je bouge tout seul. - 9-

Légèrement écrasé, compressé, comprimé dans ce boyau obscur et mouvant. ça, c'est moins drôle. J'avoue. l'ai tellement mal, mon crâne se disloque. Ça ne va jamais passer. Je serais eux, je m'inquiéterais... Bizarre, elle ne crie plus. Pourtant, j'ai toujours mal. La voie se contracte encore. Ce n'est pas bon signe, ça ! On est quand même à deux, sur ce coup-là! Elle ne va pas me lâcher maintenant. Pas aujourd'hui! Parce que je crois bien que c'est le Grand Jour, celui qu'ils attendent depuis si longtemps... Et bien, tout ça pour ça. . . Quelle déception! Si j'aurais su, j'aurais pas venu *. Je serais resté où j'étais, nulle part ! Hein, p 'tit Gibus! Allez, sérieusement. De toute façon, je ne sais pas trop vraiment où je vais. Et, c'est quoi cette lumière? Elle est blanche, éblouissante. Il y a des gens au bout. Ils sont en blanc eux aussi.
* «La guerre des boutons». Film d'Yves Robert (1961), adapté du roman de Louis Pergaud (1913).

- 10-

Non, ils sont habillés en vert. En blouses vertes. Ils sourient et me font signe. Non, ils ne sourient pas du tout en fait. Ils ont même l'air très contrarié. Ou inquiet. Bon Dieu, c'est quoi! Le Paradis ou le Monde? Parce qu'arriver au paradis et venir au monde, ce n'est pas pareil ! J'aimerais bien qu'on me tienne un peu au courant. Mince! Trop tard, je crois que je vais tourner de l' œil.

- 11 -

Chapitre 2 Le retour à la surface

Oui, petit Ugo était né. A moitié né, à vrai dire. Ce n'était pas tant parce qu'il était prématuré, c'était surtout parce que sa bonne étoile avait dû lourdement intervenir pour que son autre moitié de vie, suive. Détresses cardiaque et respiratoire. lntubé, ventilé. Aucun réflexe. Cette petite chose avait été mise en couveuse. En attendant. Fantine est sortie du coma au bout de quelques heures. Le médecin a immédiatement rassuré Jérôme. Sa femme n'aurait pas de séquelles. Elle se rétablirait rapidement, à part une grande fatigue. Sauf qu'à part cette grande fatigue, petit détail de rien du tout, elle ne pourrait plus jamais avoir d'enfant. Après ce long combat pour avoir Ugo, elle avait failli y perdre la vie.

- 13-

Finalement, elle n'y avait perdu que l'ustensile, l'utérus... Jérôme ne réalisait pas. Ils n'auraient plus jamais d'enfant. Bon, d'accord! De toute façon, après ce qu'il venait de vivre, il s'en fichait complètement. Il venait juste de passer à côté du drame de sa vie, perdre sa femme et son enfant. Ils étaient sauvés tous les deux. Il n'en demandait pas plus. Ce qui avait été le plus éprouvant, c'était de voir Fantine perdre connaissance. Les médecins l'avaient écarté, sans ménagement. C'était à peine s'il avait pu monter dans l'ambulance. Il tenait tant à garder sa main dans la sienne. C'était la seule chose qu'il pouvait faire pour l'aider. Il était totalement impuissant. A l'hôpital, il avait compris que c'était grave. Fantine ne reprenait pas connaissance. Tout le monde s'affairait autour d'elle. Il était inexistant. On l'écartait toujours, mais personne ne se préoccupait de ce qu'il pouvait entendre:
- Son pouls est faible...

- Rythme cardiaque du bébé en fibrillation... - Attention, on les perd tous les deux ! Finalement, une infirmière avait réalisé qu'il était là, qu'il assistait en direct à la mort de sa femme. Il y avait du sang partout. Elle ne parvenait pas à le raisonner. Il ne pouvait pas rester là. Il devait attendre dehors. Au bout de quelques heures, un médecin était venu lui donner quelques brèves informations et le rassurer sur le coma de Fantine. Mais il fallait qu'il se repose maintenant.

- 14-

Alors l'infmnière lui avait fait prendre un calmant, insidieusement. Cela faisait plus de sept ans, que Fantine et Jérôme avaient tout fait pour avoir un enfant. Voluptueusement et assidûment, au début. Puis avec la routine, la déception. Puis avec le suivi médical, la frustration. Puis avec les FlV, la dépression! Ils avaient décidé d'arrêter tout ça quelques temps. Ce n'était plus que de l'acharnement. Ils voulaient penser à autre chose. Ils voulaient se rapprocher autrement. C'était devenu urgent, leur couple battait de l'aile. Et voilà, que petit Ugo s'était accroché. Il y avait mis tout son cœur, car cela n'avait pas été une tâche facile. Fantine, ou plutôt son utérus, n'était pas conçu pour concevoir. Elle avait fait de nombreux malaises et avait eu des contractions, dès les premiers signes de grossesse. Malgré son bonheur évident de donner la vie, elle avait bien failli la reprendre involontairement. Trente-deux semaines. L'utérus n'avait pas pu faire mieux. Mais c'était suffisant. Ce qui avait manqué, c'était ces quelques minutes qui avaient suivi l'hémorragie. Ugo n'avait pas eu le temps de se préparer à sa sortie, à son arrivée au monde. Elle avait été trop brutale. Alors que Fantine reprenait conscience, tandis que Jérôme avait fini par s'endormir malgré lui dans le couloir, petit Ugo luttait encore. Avec courage, déjà.

- 15-

Le lendemain, quand Jérôme s'est réveillé, il a mis un moment avant de comprendre. n n'avait pas rêvé; ce n'était pas un cauchemar. L'infirmière de la veille n'était plus là. n a erré quelques minutes. n était encore aux urgences. - C'est pourquoi, monsieur? Personne ne semblait être au courant. Il était bientôt onze heures, il avait dormi sur une banquette, l'équipe de nuit était partie et personne ne savait pourquoi cet homme était là. - C'est ma femme, elle est arrivée ici hier soir, elle a accouché, elle était inconsciente. Je ne sais rien, on m'a fait sortir et on m'a donné quelque chose, après je ne me rappelle plus... Je ne sais même pas pour le bébé! - Ah, oui! Attendez, je me renseigne. Le Ah, oui... n'était pas franchement rassurant. Pourtant Jérôme n'en a rien perçu. Il n'était encore qu'à moitié conscient. Il n'avait même pas prévenu leur famille. n était là, seul, hébété. Finalement, une infirmière l'a pris en charge. Cet homme lui paraissait complètement ailleurs, désemparé, pathétique. En temps normal, jamais Jérôme ne se serait laissé ballotter ainsi, ni n'aurait accepté l'attitude infantilisante de l'infirmière. C'était un homme de décision, qui n'hésitait pas à protester pour obtenir gain de cause. Mais il n'était plus que l'ombre de lui-même, toujours aussi impuissant, fragile.

- 16-

Elle l'a emmené aux soins intensifs. Sans un mot. Là, un médecin l'attendait. Il l'a prié de s'asseoir et après s'être assuré qu'il avait bien capté son attention, a commencé à expliquer: - Voilà, je ne vous cache pas que l'accouchement ne s'est pas bien passé. Votre femme a fait une hémorragie importante. C'est pour cette raison, que nous l'avons plongée dans un coma artificiel. - Un coma? - Attendez, on ne vous a rien dit? - Si, je me souviens maintenant. .. Et elle ne pourra plus avoir d'enfant, mais elle est sortie du coma. - Oui, c'est ça. Elle est très faible mais elle va bien, elle s'en sortira. Vous pouvez même aller la voir, on va la transférer dans une autre chambre. - Et le bébé? On ne m'a rien dit, je ne me souviens de rien! Le bébé, il va bien? - Je suis absolument désolé, monsieur. C'est incroyable qu'on vous ait laissé ainsi, sans information. Et que vous ayez eu à dormir dans un couloir, c'est inouï! Je vous assure, je vais en référer au senior de l'équipe de nuit. Je me bats contre ces dysfonctionnements à longueur de temps. Mais là, ils ont fait fort. ., Excusez-moi, mais ça me contrarie énormément... Donc, je vous disais... Il fronçait les sourcils. Toujours agacé.

- 17 -