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Ecole, Université : pour que la République tienne ses promesses

De
225 pages
Au sein de cet ouvrage, la Ligue de l'enseignement confronte ses positions et propositions aux regards et réflexions des militants associatifs de l'éducation populaire, de pédagogues, de praticiens, de chercheurs et universitaires de différentes disciplines, de responsables administratifs... Pour que l'Ecole et l'Université retrouvent leur place et leur légitimité dans une société maîtresse d'elle-même et forment des individus autonomes, responsables de leur avenir.
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ECOLE,

UNIVERSITÉ:

pour que la République tienne ses promesses

Jean Claude Guérin,
Arnold Bac, Annette Bon, André Chambon, Éric Favey

ÉCOLE,

UNIVERSITÉ:

pour que la .République

tienne ses promesses

L'Harmattan

@

L'HARMATTAN,

2007 75005

5-7, rue de l'École-Polytechnique;

Paris

http://www.1ibrairieharmattan.com diffusion. harmattan @wanadoo.fr harmattan 1@wanadoo.fr

ISBN: 978-2-296-03442-6 EAN : 9782296034426

Avertissement

Cet ouvrage résulte d'un sentiment d'urgence et de la conscience d'une absolue nécessité. L'urgence: réagir face au délitement de la France contemporaine, à l'accroissement des inégalités, à l'approfondissement des fractures sociales et aux craintes devant des mutations incomprises et non maîtrisées. La nécessité: dégager les grands enjeux d'un développement mondial équilibré et de la sauvegarde de ressources renouvelables, restaurer et étendre les valeurs de liberté, d'égalité et de solidarité. Une nécessité qui s'inscrit dans la construction d'une Europe sociale et humaniste. Devant les crises sociales, culturelles, politiques et les interrogations identitaires trop souvent sources de conflits, les replâtrages, colmatages, mesures ponctuelles ou fuite en avant ne sont plus de mise: ils sont une insulte à l'avenir. Le choix auquel nos sociétés sont confrontées devient de plus en plus évident: ou changer de type de développement (durable et coopératif) ou retour à la jungle et à la barbarie (conséquence d'un libéralisme économique sans bornes). Changer de type de développement suppose d'offrir des perspectives neuves quant à l'évolution d'une société, notamment sur l'ensemble des questions d'éducation: savoirs, apprentissages, formation, comportements... La Ligue de l'enseignement, initiatrice et accompagnatrice (héritière) de la fondation de l'institution scolaire, partie prenante d'une démocratisation pour une meilleure justice sociale, a voulu confronter le besoin de renouveau aux valeurs et principes dont la République est porteuse, en regardant les choses telles qu'elles sont et non comme les circulaires, discours, livres, débats médiatiques les rêvent ou les caricaturent. Ce dont nous avons besoin ce n'est ni d'anathèmes ou d'encensoirs ni de rumeurs ou de on-dit, ni de combats de coqs ou d'arguties. Mais avant tout d'observation et d'argumentation au regard des choix éducatifs que la société

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École, U niverJité : pour que la République

tienne JeJ promeJJeJ

doit opérer en relation avec sa vision d'avenir que représente la devise républicaine. Et d'anticipation sur les conséquences de telle ou telle orientation. La réalité vécue - celle des angoisses et de la souffrance, de l'incertitude et de l'incompréhension, de l'inquiétude et du repli, des pressions idéologiques et marchandes mais aussi la volonté de progresser dans les connaissances, les mobilisations innovantes, les initiatives responsables, les réussites locales - est aussi éloignée des thèses catastrophistes véhiculées par les « déclinologues » de tout poil que des pieux nostalgiques de l'imagerie d'Epinal. Avec son appel « L'École que nous voulons », lancé en 2000, la Ligue de l'enseignement a initié et conduit, dans ses 102 fédérations départementales et associations, une réflexion prenant appui sur leurs constats et leurs initiatives. Reprenant et synthétisant les résultats de cette démarche, soumis au débat, l'Assemblée générale de Lorient, en juin 2005, a adopté un projet pour «Refonder l'École pour qu'elle soit celle de tous ». Lors de son Assemblée générale de Dijon, en juin 2006, elle a formalisé ses positions et propositions pour une « Université permanente de tous les savoirs ». La Ligue de l'enseignement ne prétend pas posséder toutes les réponses, ni présenter un programme à prendre dans sa totalité. Elle ne prétend pas non plus se substituer aux associations de parents, aux syndicats, aux partis et, plus largement, aux citoyens dont l'avis argumenté est indispensable à la démocratie. Elle fait cependant le pari que la « dispute» sur les idées et les projets exige transparence, sérénité et argumentation raisonnée à partir de la confrontation au réel et au concret de ce qui se pratique ou s'est expérimenté. C'est pourquoi ce livre situe le débat indispensable dans le cadre de l'évolution du système scolaire (d'où venons nous et sur quels principes?) et face aux enjeux actuels du savoir et de la formation 0es impératifs culturels, socialLx, économiques nouveaux). Il s'agit de réfléchir à partir de fondamentaux et dans la continuité, tout en intégrant les conséquences des changements technologiques, de l'élargissement des droits et les apports scientifiques des neurosciences et des sciences cognitives. Participation, délibération, argumentation et discernement sont pour nous des termes plus parlants que celui de proximité dont on se gargarise. En tous les cas, les pratiques concrètes induites par ces termes s'avèrent nécessaires pour fonder les choix et les décisions qui, en dernier recours, doivent s'exprimer au nom de la société (attentes particulières et intérêts collectifs). D'où le contenu de cette publication qui veut offrir une eXplicitation et un examen réfléchi des prises de position de la Ligue de l'enseignement soumises au débat public. Des points d'appui théoriques et pratiques, des repères et références, des sources documentaires pour accompagner la pertinence et le bien fondé de ces propositions.

AœrtiJJement

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Chacune des deux premières parties de cet ouvrage comprend deux chapitres. Le premier reprend le projet de refonder l'École adopté par la Ligue, lors de son assemblée générale en juin 2005. Le deuxième explicite, développe et fait le point sur les réflexions qui ont conduit à ces prises de position, à partir des discussions collectives et l'apport de chercheurs, militants associatifs et praticiens de l'éducation. Les troisième et quatrième chapitres abordent les questions de l'enseignement supérieur selon la même méthode: présentation de la position et des propositions de la Ligue sur l'Université, débattues à son assemblée générale de juin 2006, suivies d'éléments apportant les précisions et compléments nécessaires au." discussions. Le dernier chapitre contient des documents, des extraits d'études citations significatives qui alimentent la réflexion. ou des

Une bibliographie, une chronologie et un glossaire des principaux termes utilisés veulent souligner, clarifier et apporter tous les éléments des débats. L'angle de réflexion s'est voulu pluri disciplinaire en associant les regards pédagogiques à ceux des sciences humaines (dont l'histoire, la psychologie, la sociologie), des sciences de la vie (dont la biologie, les sciences cognitives et les neurosciences) tout en les confrontant aux pratiques sociales et éducatives développées dans les écoles, établissements et lieux de formation et d'activités culturelles.

Ouvrage réalisé par Jean Claude Guérin, avec Arnold Bac, Annette Bon, André Chambon et Eric Favey à partir des travau." du Comité national pour l'École de tous.

DES FONDAMENTAUX

Comenius
[Il est requis], pour tout ce qui sera présenté à l'intellect, à la mémoire, à la langue, à la main, que les élèves eux-mêmes le cherchent, le découvrent, le discutent, le fassent, le répètent, sans relâche, par leur effort propre, ne laissant aux maîtres que le rôle de surveiller si ce qui doit se faire se fait, et se fait comme il doit se faire. 1

Condorcet Offrir à tous les individus de l'espèce humaine les moyens de pourvoir à leurs besoins, d'assurer leur bien-être, de connaître et d'exercer leurs droits, d'entendre et de remplir leurs devoirs; Assurer à chacun d'eux la facilité de perfectionner son industrie, de se rendre capable des fonctions sociales au..xquelles il a droit d'être appelé, de développer toute l'étendue des talents qu'il a reçus de la nature, et par là, établir entre les citoyens une égalité de fait, et rendre réelle l'égalité politique reconnue par la loi: tel doit être le premier but d'une instruction nationale; et, sous ce point de vue, elle est pour la puissance publique un devoir de justice. Diriger l'enseignement de manière que la perfection des arts augmente les jouissances de la généralité des citoyens et l'aisance de ceux qui les cultivent, qu'un plus grand nombre d'hommes deviennent capables de bien remplir les fonctions nécessaires à la société, et que les progrès toujours croissants des lumières ouvrent une source inépuisable de secours dans nos besoins, de remèdes dans nos maux, de moyens de bonheur individuel et de prospérité commune. Cultiver enfin, dans chaque génération, les facultés physiques, intellectuelles et morales, et, par là, contribuer à ce perfectionnement général et graduel de l'espèce humaine, dernier but vers lequel toute institution sociale doit être dirigée. Tel doit être encore l'objet de l'instruction; et c'est pour la puissance publique un devoir imposé par l'intérêt commun de la société, par celui de l'humanité entière. Mais... nous avons senti qu'il existait une portion du système général de l'instruction qu'il était possible d'en détacher sans nuire à l'ensemble, et qu'il

1 Les lois d'une école bien ordonnée, 1653 - Komensky (Jean Amos), dit COMENIUS, Philosophe, théologien et pédagogue tchèque.

1592-1671.

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École, Univenité: pour que la République tienne J-eJpromeJJ-eJ

était nécessaire d'en séparer, pour accélérer la réalisation du nouveau système: c'est la distribution et l'organisation générale des établissements d'enseignement public (.. .). Nous avons pensé que, dans ce plan d'organisation générale, notre premier soin devait être de rendre, d'un côté, l'éducation aussi égale, aussi universelle; de l'autre, aussi complète que les circonstances pouvaient le permettre; qu'il fallait donner à tous également l'instruction qu'il est possible d'étendre sur tous, mais ne refuser à aucune portion de citoyens l'instruction plus élevée, qu'il est impossible de faire partager à la masse entière des individus; établir l'une, parce qu'elle est utile à ceux qui la reçoivent; et l'autre, parce qu'elle l'est à ceux même qui ne la reçoivent pas. La première condition de toute instruction étant de n'enseigner que des vérités, les établissements que la puissance publique y consacre doivent être aussi indépendants qu'il est possible de toute autorité politique (...). Nous avons observé, enfin, que l'instruction ne devait pas abandonner les individus au moment où il sortent des écoles; qu'elle devait embrasser tous les âges; qu'il n'yen avait aucun où il ne fût utile et possible d'apprendre, et que cette seconde instruction est d'autant plus nécessaire, que celle de l'enfance a été resserrée dans des bornes plus étroites (...). Ainsi, l'instruction doit être universelle, c'est à dire, s'étendre à tous les citoyens. Elle doit être répartie avec toute l'égalité que permettent les limites nécessaires de la dépense, la distribution des hommes sur le territoire, et le temps plus ou moins long, que les enfants peuvent y consacrer. Elle doit, dans ses divers degrés, embrasser le système entier des connaissances humaines, et assurer aux hommes, dans tous les âges de la vie, la facilité de conserver leurs connaissances, ou d'en acquérir de nouvelles. 2

Kant L'homme ne peut devenir homme que par l'éducation. Il n'est que ce que l'éducation fait de lui... L'homme peut ou bien être simplement dressé, dirigé, mécaniquement instruit, ou bien être réellement éclairé... L'éducation n'est pas encore à son terme avec le dressage; en effet, il importe avant tout que les enfants apprennent à penser. Cela concerne les principes dont toutes les actions découlent... Voici un principe de l'art de l'éducation que particulièrement les hommes qui font des plans d'éducation devraient avoir sous les yeux: on ne doit pas seulement éduquer des enfants d'après l'état présent de l'espèce humaine, mais d'après son état futur possible et meilleur, c'est-à-dire conformément à l'idée d'humanité et à sa destination totale3.
2 Rapport sm J'instruction sur l'éducation, publique (a\Til1792).

.3 Réflexions

Vrin éd. 1960.

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REFONDER

L'EcOLE:

PROJET ET PROPOSITIONS DE LA LIGUE DE L'ENSEIGNEMENT

Préambule.. . ,
Une Ecole pour tous les enfants de notre pays!

Lorsque, il y a 7 ans, la Ligue de l'enseignement met en chantier un travail l'École, les sceptiques, les désabusés, les aigris. .. bref, ceux qui sont revenus tout avant d'y être allés, furent nombreux à prédire soit la difficulté l'exercice, soit l'échec couru d'avance, soit la production du catalogue évidences ou des incantations.

sur de de des

Le 12 juin 2005 à Lorient, 400 délégués de ses 102 fédérations départementales adoptent à plus de 90% un ensemble cohérent et audacieux de propositions pour « Refonder l'École» afin qu'elle soit vraiment celle de tous. « Refonder l'École », afin que la République, si souvent convoquée par ceux qui s'affranchissent de sa dimension démocratique et sociale, tienne ses promesses et en premier lieu celle de l'égalité des droits. Laissons l'égalité des chances aux casinos. L'École de la République, pour la République démocratique laïque et sociale ne saurait être gouvernée par le vocabulaire du hasard et du loto. Car si malgré l'engagement de ses personnels, la mobilisation des parents, le travail des élèves, l'École peine tant à atteindre ses finalités d'accès aux savoirs pour tous, c'est qu'une partie de ses missions, de son organisation de son fonctionnement doit être refondée. Ce sont ces conclusions que la Ligue a retirées des réflexions, débats, rencontres qui ont émaillé les 500 rendez-vous qu'elle a provoqué sur le territoire avec son réseau, au contact des personnels, des parents, des élèves, des acteurs locaux, des organisations professionnelles, des associations et mouvements éducatifs. Evidemment, nous puisons également nos propositions dans nos convictions et dans la lente construction de cette École à laquelle nous avons largement contribué, mouvement laïque d'éducation populaire « complémentaire de

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École, Univenité:

pour que la République

tienne J-eJ"promeJJ"eJ"

l'École ». Convictions que l'École commune, l'École publique est au cœur du projet démocratique de notre société, de sa cohésion, surtout quand les mutations inédites qui la travaillent sont déjà d'ordre culturel et qu'elles bouleversent la responsabilité humaine, tant individuelle que collective. L'histoire de notre École nous enseigne qu'elle assume d'autant mieux ses finalités, et qu'elle se transforme d'autant mieux pour y parvenir, qu'elle est l'affaire de tous, qu'elle est un projet compris et partagé par toute la population, mais également lorsque ses personnels, les parents et les élèves y sont étroitement et réellement associés. Et finalement nos propositions pour« Refonder l'École afin qu'elle soit celle de tous» sont une réponse à une question que la société française doit se poser, d'autant plus lorsqu'elle est invitée à se déterminer par les urnes sur la façon de s'organiser et d'être gouvernée, sur la nature de son «en-commun ». Cette question nous est apparue claire: « voulons-nous vraiment que les enfants et les jeunes de notre pays apprennent ensemble à vivre ensemble» ? Voulons-nous vraiment que notre École, de la maternelle à l'université, soit consacrée à cela? Si oui, et c'est l'engagement de la Ligue de l'enseignement, il faut reconnaître et valoriser ce qui y concoure, améliorer ce qui peut l'être, admettre ce qui le contredit, transformer ce qui doit l'être en créant les conditions de cette transformation. Cette refondation de l'École ne dispense aucunement, et même oblige, de la penser en relation étroite avec les autres institutions éducatives, culturelles et de jeunesse, avec tout ce qui interagit dans cet acte essentiel qui peut être à la fois paisible et douloureux, fait de bonheur et de peines, d'émancipations « sous contraintes» et de liberté créatrice: grandir ! Mais grandir ensemble, découvrir qu'on est unique mais fait de relations avec les autres, solitaires et solidaires... relèvent d'une certaine manière d'être dans la cité et de concevoir ses rapports aux autres. C'est en cela qu'un projet d'éducation n'est pas neutre quand il prépare à l'exercice de la citoyenneté démocratique, de la solidarité. C'est en cela qu'il est malheureusement contredit - et ce n'est pas nouveau mais c'est devenu insupportable - par une École qui reste marquée par « la fabrique des meilleurs », le fameux et ravageur « élitisme républicain ». Une École qui demeure, contre les convictions d'une majorité de ses personnels, une grande gare de triage tant par la séparation et la hiérarchisation arbitraires de ses contenus, par son mode de fonctionnement qui ne responsabilise pas ses acteurs et l'évaluation normative par l'échec qui y domine. Certains rêvent de conforter encore en son sein le tri social et culturel, le formatage et la docilité en communiant dans le mythe d'une École qui n'a jamais existé... sauf pour maintenir l'ordre social, l'ordre des choses avec quelques exemples « au mérite» qui lui servent d'alibi. Alors si nous voulons vraiment que l'École prépare les enfants à entrer et à vivre dans un monde commun, qui promeut la diversité et forge les outils du

Refonder l'École, la Ligue de l'enJeignement propoJe

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« vivre ensemble» dans les sociétés multiculturelles présent, l'École doit être refondée.

qui sont les nôtres à

Espace protecteur, émancipateur et lieu d'apprentissage de la citoyenneté démocratique, l'École doit être missionnée pour assurer l'acquisition des savoirs pour tous. Institution de la République, lieu de travail et de vie collective, ouverte sur les territoires proches et lointains, expérience de solidarité, l'École apprend à penser, être et faire. Elle doit le faire aujourd'hui dans un contexte de profusion de sources de diffusion des connaissances et d'individualisation qui l'obligent à construire le collectif et la cohésion à partir de chacun tout autant que des cadres communs dont elle permet l'accession. Là réside vraiment le débat national qui devrait présider à ce qu'il est indispensable de savoir, sur les fondamentaux, sur la boîte à outils qu'il convient de bien remplir, d'apprendre à utiliser et à renouveler. Sur la boussole, celle des valeurs, à acquérir et faire vivre, dans un cadre laïque et donc susceptible de faire éclore d'autres registres de valeurs qui perfectionnent la démocratie et la République! Refonder l'École, c'est prendre au sérieux la promesse républicaine et démocratique de permettre la qualification de personnes autonomes et solidaires, capables de construire et de conduire leurs projets, d'exercer de responsabilités petites et grandes, de créer, de coopérer, d'apprendre à se cultiver et se former tout au long de sa vie, de développer des relations apaisées aux autres, de s'insérer et d'agir dans un monde devenu incertain et complexe. C'est l'appel de la Ligue en ce début de siècle pour que la promesse soit tenue.

Éric FA VEY
Secrétaire national de la Ligue de l'enJeignement

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Refonder l'Ecole. . . pour qu'elle soit celle de tous

Refonder n'est pas faire table rase du passé ni ignorer l'évolution de la pensée et les changements sociaux, mais, bien au contraire, se situer dans le présent pour, à partir des valeurs républicaines et démocratiques, s'adapter ou monde réel, répondre aux questions nouvelles, tenir compte de l'évolution des esprits pour améliorer, corriger, infléchir le legs du passé. C'est ainsi s'inscrire dans une continuité de pensée et d'action, sans se laisser enfermer dans la routine ou les habitudes. Une adaptation qui s'enracine sur des valeurs et des principes considérés comme socle et héritage incontournables qui « fondent» et légitiment la refondation. La Ligue de l'enseignement, fidèle à ses engagements, le 12 juin 2005 en avançant un cadre et des propositions refondation. s'est prononcée permettant cette

Il Y a près de 140 ans, la Ligue de l'enseignement a été fondée pour la généralisation de l'instruction et la création d'une École publique laïque, gratuite et obligatoire: une École creuset de la République. Depuis, comme mouvement d'éducation populaire qui accompagne et prolonge l'éducation et la formation initiales, la Ligue de l'enseignement inscrit cet engagement dans son combat permanent pour une république démocratique, laïque et sociale par l'éducation, la culture, la solidarité et l'engagement civique. La laïcité, valeur de civilisation et principe de droit figurant dans notre Constitution, implique une lutte constante contre les injustices et pour la dignité de chaque individu.

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pour que la République

tienne JeJpromeJJeJ

Aujourd'hui, la Ligue de l'enseignement se mobilise contre les inégalités et les discriminations qui sapent le projet démocratique et social de la République. Elle agit 'pour la transformation et la démocratisation de l'École afin qu'elle soit bien « l'Ecole de tous », pour de futurs adultes qui auront à se former tout au long de leur vie et à décider et à agir en citoyens pour un monde solidaire. Des mutations profondes, inédites, rapides et incessantes affectent toutes les dimensions de la condition humaine; connaissances, techniques, vivant, relations sociales, identités, morale, économie, communication... Ces mutations créent des situations incertaines, contradictoires, paradoxales et interdépendantes. Elles engagent de nouveaux champs de responsabilités pour tous les humains. De plus, devant la montée des injustices et le délitement social, l'École s'efforce de maintenir ses valeurs, d'utiliser les marges de manœuvre dont elle dispose encore, de mobiliser ses ressources pour assurer sa mission. Cependant, dans une société où les repères se brouillent, les peurs s'insinuent, l'avenir est opaque, l'emploi change de nature, le repli sur soi s'accentue, les inégalités se creusent, l'éducation et l'École subissent de plein fouet les effets de cette crise. La production de richesses, le progrès des sciences, la multiplication des informations ne semblent plus des promesses d'émancipation, faute d'un partage plus équitable. Si l'École remplit encore, malgré les bouleversements sociaux et, de plus en plus difficilement, la plus grande part de ses fonctions, elle n'en est pas moins à un tournant, bousculée par des ghettoïsations territoriales, l'extension de la pauvreté, des inégalités et des injustices, les souffrances des populations marginalisées ou exclues, les inquiétudes et les interrogations des parents, le mal-être d'un nombre croissant d'élèves, le malaise d'une partie des personnels. Sous l'effet des incertitudes, face au développement des inégalités, l'École est victime d'une perte de sens. Elle est mise en question par une marchandisation rampante, y compris interne, par la concurrence d'officines parascolaires qui se nourrissent de l'angoisse et de l'échec, par les attentes multiples des parents, les exigences contradictoires qui lui sont assignées, la ségrégation interne qui se renforce. L'École, en trop d'endroits, est menacée de disqualification, d'implosion ou d'explosion. La Ligue de l'enseignement, comme d'autres organisations sociales et éducatives, ne s'y résigne pas. Le temps est venu de bousculer l'existant d'aujourd'hui pour un futur de fraternité, de justice sociale, de diversité culturelle, combinées à la recherche de l'unité, d'égalité effective des droits et de libertés. La Ligue de l'enseignement réaffirme que l'École laïque est une institution de la République. Ce n'est pas un service public ordinaire.