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Education, langage et sociétés

168 pages
important entre les mots et le sens. L'auteur tente de clarifier ces débats grâce à une approche originale : l'interdisciplinarité.
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ÉDUCATION, LANGAGE ET SOCIÉTÉS

Collection Dossiers Sciences Humaines et Sociales
Déjà parus
S. JOUBERT et E. MARCHANDET (dir. pub!.), Le social dans tous ses états, 1990. D. CUCHE (dir. pub!.), Jeunes professions, professions dejeunes ?, 1991. D. DESJEUX, 1. ORHANT, S. TAPONIER, L'édition en sciences humaines. La mise en scène des sciences de l'Homme et de la Société, 1991. A.-M. GREEN, Un festival de théâtre et ses compagnies, le off d'Avignon, 1992. P.FAVRE (ed), Sida et politique, lespremiers affrontements (1981-1987), 1992. W. ACKERMANN (ed), Police, justice, prisons,. trois études de cas, 1993. M.-P. BES et J.-L. LEBOULCH (eds.), L'information face au changement technique. Une approche multidisciplinaire, 1993. F. DELMEULLE, S. DUBREIL, T. LEFEBVRE, Du réel au simulacre. Cinéma, photographie et histoire, 1993. M. E. LE GOASCOZ et F. MADORÉ (dir. pub!.), Marché du logement et stratégies résidentielles: une approche de géographie sociale, 1993. O. FILLIEULE (dir. pub!.), Sociologie de la protestation: lesformes de l'action collective de la France contemporaine, 1993. I.-P. WARNIER (dir. pub!.), Le Paradoxe de la marchandise authentique: imaginaire et consommation de masse, 1994. P. CUVELIER, J. GADREY, E. TORRES, Patrimoine, modèles de tou-

risme et développementlocal, 1994.

.

A. TANESE, Anti-Racket. Une ville sicilienne contre la mafia, 1995. H. BERGERON, Soigner la toxicomanie. Les dispositifs de virus entre idéologie et action. 1996. M. CROS, Terrains de passage. Rites de jeunesse, 1996. I.-P. W ARNIER, C. ROSSELIN (éd.),Authentifier la marchandise. Anthropologie critique de la quête d'authenticité, 1996.

Série Premières Recherches
P. BEZES, L'action publique volontariste. Analyse des politiques de délocalisation.

<C L'Harmattan, 1997 ISBN: 2-7384-6112-3

Faculté des Sciences
et Sociales-Sorbonne

Humaines

Sous la coordination de Pierre PARLEBAS

ÉDUCATION,~GAGE ET socIÉTÉs
Approches plurielles

Actes de la Journée de l'École Doctorale (Novembre 1996) Université Paris V-René Descartes

L'Harmattan 5-7, rue de l'École Polytechnique 75005 Paris FRANCE

-

L'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) - CANADA H2Y

lK9

Présentation
Gabriel LANGOUËT de l'Education
Marie-Hélène ANTONI Yamina YESSAD Béatrice ]EANNOT Céline ROSSELIN Anne-Marie
-

des auteurs
Sociologie

Professeur,

Président
Docteur,

de l'Ecole Doctorale
Linguistique

Doctorante, Doctorante, Doctorante,

Sciences de l'Education Lingutstique Sociologie

HOUDEBINE

Professeur,

Lingutsttque Docteur, Sciences

Luc COLLARD

Docteur, Sociologie

Nicole DESGROPPES BARBEREUX
de l'Education Bernard VALADE VIce-Président Professeur,

Sociologie -

Pierre PARLE BAS

Professeur, Sociologie
de l'Ecole Doctorale

Membres du Comité Scientifique
Alain BENTOLILA Fernand BENTOLILA Yves CHARBIT Christos CLAIRIS Frédéric FRANCOIS Mireille FROMENT Monique HIRSCllliORN Gabriel LANGOUËT Jean-Sébastien MORVAN Pierre PARLEBAS Eric PLAISANCE François DE SINGLY Gérard VERGNAUD Jean-Pierre W ARNIER

Sommaire
Allocutions de Présidence Préface (Gabriel Langouët, Président de l'Ecole doctorale)
- Sur la piste des mots composés (Marie- Hélène Antoni) - Enseignement public et enseignement adéquation des méthodes aux objets (Gabriel Langouët) privé: 6 7

11 23

- Représentation des nombres chez l'enfant dysphasique : un exemple (Yamina Yessad) - Le créole martiniquais: genèse et évolution d'une langue (Béatrice ]eannot) - Terrain vague et vagues de terrain (Céline Rosselin) - Dynamique et imaginaire linguistiques des noms et des usages (Anne-Marie Houdebine) - Sports à risque et société (Luc Collard) - L'école maternelle: pratiques interactives de différenciation en grande section (Nicole Desgroppes Barbereux) - La sociabilité: travaux classiques, nouvelles recherches (Bernard Valade) Postface: L'entrechoc des disciplines (Pierre parlebas, Vice-Président de l'Ecole Doctorale)

41 63 77 91 109 131

153

161

Allocutions

de Présidence

Nous remercions Monsieur Pierre VILLARD, Président de l'Université Paris V et Monsieur Bernard BIGOT, Directeur Général de la Recherche et de la Technologie, qui ont honoré cette Journée de leur présence effective. Nous avons été particulièrement sensibles à leurs propos richement développés, qui ont replacé cette Journée dans le cadre général de la formation des étudiants à la recherche, et qui ont souligné l'intérêt des aspects interdisciplinaires abordés au cours de cette rencontre. Ces interventions ont été entendues comme un encouragement à poursuivre dans cette voie. Aussi, l'Ecole Doctorale envisage-t-elle de mettre sur pied une nouvelle Journée, qui fera encore appel à la participation des étudiants, dès le trimestre 1997 de la prochaine rentrée.
Le Bureau de l'Ecole Doctorale

Préface
Créée il Y a trois ans, notre Ecole s'était fixé pour but de resserrer les liens entre les trois formations doctorales de linguistique générale et appliquée, de sciences sociales et de sciences de l'éducation; de resserrer ces liens sans se substituer aucunement à chacune d'elles. Constituée d'une équipe solide et soudée, je crois qu'elle a réussi, à travers son action propre et en apportant sa contribution à la création de la Faculté des sciences humaines et sociales-Sorbonne; elle marque une plus belle réussite encore en publiant cet ouvrage regroupant les communications de qualité présentées lors de la première Journée scientifique que nous avons organisée. Cette journée, de l'avis de tous, a été un succès collectif. Et je voudrais d'abord remercier tous ceux qui ont contribué, par leur présence et leur participation, à cette réussite. En premier lieu, les communicants, mais surtout les étudiants sélectionnés par les formations sur la base de l'excellence de leurs travaux de DEA ou de thèse soutenus au cours de l'année et qui, malgré la peur bien compréhensible qui était la leur Cou à cause d'elle), ont présenté des communications Cnous en avons la preuve ici) tout à fait dignes de figurer dans des actes de congrès nationaux ou internationaux. Mais aussi, Monsieur le Professeur Pierre Villard, Président de l'Université René Descartes et Monsieur Bernard Bigot, Directeur de la Recherche et de la Technologie qui, non seulement par leur présence, mais aussi par leurs propos, ont montré tout l'intérêt qu'ils portaient à notre Ecole et à ses initiatives. Enfin, les responsables des formations qui ont œuvré à la préparation et au déroulement de cette Journée et tous les participants, étudiants et collègues de l'Ecole, mais aussi collègues représentant la quasi-totalité des disciplines de notre Université: la haute tenue des débats qui ont suivi les communications, la diversité et la pertinence des questions posées ont, s'il en était besoin, démontré la valeur et la richesse des échanges entre les disciplines, notamment de sciences humaines. Le potentiel que représente notre Ecole est sans doute encore trop méconnu. Près de 30 enseignants-chercheurs à 7

temps plein et autant de collègues associés (directeurs de recherche CNRS et enseignants-chercheurs d'autres universités), s'appuyant sur plus de 10 équipes d'encadrement doctoral ou de jeunes équipes, dont deux unités CNRS de Paris V-René Descartes et deux autres unités associées, assurent la direction et le suivi des travaux de préparation d'un DEA ou d'une thèse de Doctorat des étudiants des trois formations qu'elle regroupe. Plus de 200 étudiants préparent un Diplôme d'Etudes Approfondies chaque année et suivent à la fois les enseignements de leurs formations propres et des enseignements communs organisés par l'Ecole, et ils sont 150 à obtenir annuellement ce diplôme; plus de 100 étudiants entrent en thèse chaque année, dont les trois quarts sont des étudiants ayant préparé et obtenu leur DEA dans notre Ecole, et on compte plus de 50 thèses et 7 à 8 habilitations à diriger des recherches soutenues. Une autre manière de vérifier notre rayonnement est de l'estimer au niveau international. Comme chacun d'entre vous, je suis frappé, où que je me rende dans les universités étrangères, par le fait de rencontrer sans cesse des collègues ou des étudiants (et le plus souvent des étudiants devenus des collègues) ayant effectué leur cursus dans les formations que nous regroupons. Une enquête encore sommaire, et qui mériterait d'être approfondie, met en évidence ce fort impact international: en DEA, en 1995-1996, près de 40 % de nos étudiants étaient de nationalité étrangère, et plus de 40 nations étaient représentées; en 1996, parmi 59 thèses soutenues, plus d'une sur deux l'était par des étudiants étrangers, représentant 25 nationalités étrangères différentes. Cette brève exploration a permis de cerner les orientations qui, aujourd'hui, se développent: maintien d'un accueil fort des étudiants d'Afrique, d'Asie ou d'Amérique du Sud par exemple, accroissement sensible du nombre des étudiants venant d'Amérique du Nord et des pays de la Communauté européenne, inscriptions croissantes d'étudiants de l'ex-Europe de l'Est, etc. Au total, et sur vingt ans, on peut estimer à plus d'un millier le nombre de doctorats soutenus dans l'ensemble des trois formations que regroupe cette Ecole; et à plus de 500 le nombre de collègues qui, dans les universités étrangères, exercent ou ont 8

exercé des fonctions, souvent prestigieuses, grâce aux formations et aux titres acquis sous la direction de nos enseignants-chercheurs. Dans ses objectifs généraux, l'Ecole doctorale visait notamment, dans le respect des spécificités et de l'autonomie des formations doctorales qui la composent, à améliorer le fonctionnement de ses équipes par la mise en commun de moyens (bibliothèque, centre informatique, etc.), à aider à la diffusion nationale et internationale de la connaissance produite, à développer des enseignements ouverts, tant pour les étudiants de DEA que pour les doctorants. Elle a franchi des pas significatifs dans nombre de ces domaines; et celui qu'elle franchit aujourd'hui en permettant à ses meilleurs étudiants de se faire plus largement connaître me paraît essentiel. Au moment de la publication de cet ouvrage, je voudrais formuler trois souhaits à la réalisation desquels le bureau de l'Ecole est prêt à s'employer activement.

.

D'abord,

celui

du

développement

d'enseignements

ouverts. En particulier en ce qui concerne les enseignements de langues étrangères, grâce à l'appui du Département de linguistique générale et appliquée de notre Faculté et du Centre de langues de l'Université récemment constitué; mais aussi en ce qui concerne l'indispensable maîtrise, pour la recherche, de l'utilisation des techniques liées à l'informatique.

de la recherche et des travaux de nos jeunes chercheurs

.

Ensuite,

celui de la poursuite

d'actions

de valorisation
:

communications vers la communauté scientifique, publications des meilleurs travaux de telle façon qu'ils soient mis à disposition d'un public plus large. Cet effort est à poursuivre à la fois au niveau de nos formations doctorales, qui organisent déjà leurs propres journées scientifiques, et au niveau de l'Ecole, qui doit renouveler l'expérience qu'elle vient de conduire afin de donner une visibilité plus grande aux travaux de qualité de nos étudiants. Car ces initiatives sont non seulement, pour nos jeunes chercheurs, l'occasion de se côtoyer, de se connaître, de se confronter, mais elles sont aussi de nature à les aider à préparer l'insertion professionnelle qu'ils méritent. 9

. Enfin, celui de contribuer, sous des formes qu'il nous appartiendra de définir, à valoriser, à regrouper la communauté scientifique, nationale et internationale, actuellement dispersée, que notre Ecole représente. Cette première publication, j'en suis sûr, fera date dans la récente histoire de notre jeune Ecole doctorale; mais elle n'est que la première. Les étudiants qui, avec talent et compétence, en ont été les principaux auteurs, n'ont selon moi pas dit leur dernier mot. Je les félicite encore, très chaleureusement.

GABRIEL LANGOUËT

Président de l'Ecole doctorale

10

Sur la piste des mots composés!
Marie-Hélène Antoni

Les mots composés sont une réalité quotidienne partagée par tous: tout un chacun pratique ceux de sa langue maternelle. Toute personne dont la langue maternelle est le français en connaît, les connaît pour les avoir pratiqués toute sa vie. Tout un chacun peut fabriquer des phrases qui ne contiennent que des composés; un exemple en sera:
«

de la barbe à papa à la pomme de terre frite en passant

par le chemin de fer pour se rendre à l'hôtel de ville, la pire des têtes de pioche pourrait se faire tête chercheuse afin de mettre la main sur les oies blanches se la coulant douce dans des chaises longues ". Sans vouloir les énumérer tous, on aura reconnu ici barbe à papa, pomme de terre, en passant par, chemin de fer, hôtel de vtlle, tête de pioche, tête chercheuse, mettre la main sur, oie blanche, se la couler douce, chaise longue, autant de séquences que l'on recense parmi les mots composés. .

Les étrangers par contre sont moins à l'aise, et là encore cette réalité nous est directement perceptible: pour avoir fait sourire à tenter l'idiome ou pour avoir savouré ces quelques imperceptibles déviations, de celles qui répon-

dent à la question « est-il français ou pas? ». Un seul exemple entendu récemment: « paraît que ça a marché le
feu de Dieu ". Les connaître, les reconnaître, les pratiquer, en jouer et s'en jouer est une chose, mais comment les décrire et les définir. Ce problème a pris au cours de la dernière décennie un tour tout particulier que l'on peut expliquer par des évolutions du contexte socio-économique. L'étude des noms composés est très largement privilégiée: les évolutions techniques rapides avec lesquelles nous vivons engendrent leur lot de dénominations, la création sauvage
1. Cette communication s'inscrit dans le cadre d'une thèse primée par la Faculté, préparée sous la direction du Professeur Fernand Bentolila. 11

de termes techniques, et il devient vital de se mettre d'accord sur la façon de désigner les choses, vital de normaliser les nomenclatures, qu'il s'agisse de nomenclatures techniques ou juridiques par exemple. Il est certain que la création du parlement européen. a accéléré les choses dans ce domaine. Un autre contexte dans lequel la description des noms composés a pris une importance toujours croissante est celui de la linguistique informatique: l'indexation automatique ou la traduction automatique, pour ne prendre que ces deux exemples, nécessitent qu'il y ait identification des mots composés par la machine, et donc, qu'ils aient été recensés et décrits. La question est donc posée: qu'ont-ils donc de si particulier, et comment exprimer cette particularité? Pour tenter de répondre à ce type de questions, nous avons tous déve-

loppé deux réflexes: consulter

«

les dictionnaires et les

laisse un peu quelques cen(ce qui s'exune taille raisonnable à ces dictionnaires), le plus souvent avec des traits d'union (comme deux-chevaux ou bouton-d'or). Par ailleurs, ils ne sont pas forcément décrits de façon très homogène et l'on pourra trouver cheval de batatlle tant à l'entrée cheval qu'à l'entrée batatlle. 2. On tentera alors de se reporter aux grammaires d'usage: elles n'en font pour la plupart pas ou très peu mention (si ce n'est depuis deux ou trois ans, et l'on peut

grammaires ". 1. La consultation des dictionnaires nous sur notre faim. Peu de composés y figurent: taines dans un dictionnaire de type « usuel" plique en partie par la nécessité de garder

citer ici la remarquable évolution du « Grévisse ,,).Mais leur
absence n'étonne pas: les grammaires n'ont pas à traiter du lexique. On le voit, la piste des composés peut nous faire perdre le fil de nos certitudes, de nos habitudes; une question s'insinue: les mots composés ne sont pas véritablement décrits par les dictionnaires: ne sont-ils pas des faits de lexique? Peu étudiés des grammaires, ne relèvent-ils donc pas non plus des faits de syntaxe? Rares sont les occasions où l'on hésite de la sorte entre dictionnaire et grammaire. Allons-nous devoir réaménager nos découpages entre lexique et syntaxe? En effet, pour identifier les composés, et c'est là que la chose devient périlleuse et pas12

sionnante, il faut arriver à détacher la notion d'unité linguistique de celle de mot graphique. Or les confondre l'une et l'autre correspond à une double réalité, technique et culturelle : visuellement (et pour l'ordinateur), le mot peut être défini comme une suite de lettres entourée par des blancs; et cette image visuelle coïncide avec une image culturelle fondamentale du mot, assimilé à l'unité de langue. Ainsi, mangera est perçu comme un mot qui vient d'un autre mot, manger. Il est aujourd'hui assez facile de démontrer qu'on se trouve avec mangera en présence de plusieurs unités de langue, dont l'une exprime le futur. Néanmoins, le poids culturel reste très fort, et si le lexicographe n'a pas de difficulté à décomposer les mots graphiques pour identifier les unités lexicales (sa mission étant de les recenser en son dictionnaire), les choses se compliquent singulièrement dès lors que l'unité lexicale dépasse le cadre du mot graphique. En effet, le lexicographe ne veut pas recenser n'importe quel groupe de mots, mais ceux seuls auxquels il attribuera le « statut de mot en se basant sur ses vues intuitives et les définitions des unités linguistiques par les linguistes2 ". Or il ne « dispose pas de critères bien certains pour les identifier3 et sera donc tenté de se baser sur des " indices - dont la présence du tiret (comme dans deux-chevaux). Ces indices ne sont bien sûr pas suffisants: la-mèrequt-comprend-tout est un composé stylistique et ne sera pas retenu comme entrée du dictionnaire. Le tout est donc bien de savoir comment on peut iden-

tifier ces

«

mots composés" qu'on a du mal à cerner. Un

débat assez vif a d'ailleurs lieu sur ce que recouvre le terme de «mot composé ", perçu comme une étiquette piégeante ; il peut s'agir: 1. du mode de formation du groupe de mot: [Nom de Nom), hôtel de vtlle, chemtn defer; 2. du fait qu'une dénomination est homologuée par une communauté langagière (cas des termes techniques) ; 3. de la perception de « quelque chose de plus ou moins figé ", comme une perte de la plasticité syntaxique du
2. Rey-Debove Josette, Etude linguistique et sémiotique des dictionnaires français contemporains, La Haye, Mouton, 1971,318 p. 3. Collignon et Glatigny, Les dictionnaires: initiation à la lexicographie, Paris, CEDIC, 1978, 206 p. 13

groupe de mots libres en français standard. Indépendamment du fait que le débat tourne vite au dialogue de sourds sur l'extension de la nomenclature de mots, on voit bien que chacun des points de vue est difficile à tenir: 1. Pour ce qui est des modes de formation, la variété des structures rencontrées finit toujours par enrichir la liste des structures autorisées - pour finalement retomber sur des structures très générales du français4. 2. Pour ce qui est de la terminologie, on ne peut se contenter du seul fait qu'un groupe de mots désigne un objet ou un concept dans un domaine technique, car d'une part, la langue n'est pas un calque du monde, d'autre part, une définition de dictionnaire désigne fort précisément un objet ou un concept du monde sans avoir jamais pu prétendre au statut d'unité lexicale. Il ne s'agit pas ici de distinguer entre langue générale et langue technique, retombant ainsi sur une distinction traditionnelle aussi ancienne que les dictionnaires (sous leur forme moderne5), ni d'opposer un point de vue de linguiste à un point de vue de terminologue, car ces points de vue finissent par se rejoindre, comme en témoignent les réflexions menées6 à partir du code suisse des obligations (choisi à cause de son élaboration d'emblée trilingue?) : les termes sont rapidement si nombreux qu'ils ne peuvent tous constituer légiti-

mement une entrée, et la même question se pose: didats possibles?
»

«

sans

critères linguistiques fermes, comment sélectionner les canIl ne nous reste plus qu'à repartir sur la piste des mots composés et à examiner ce que proposent les linguistes,

qui, tous, tournent autour de la notion de « figement
rière une grande diversité d'approches,

». Der-

il y a de fait une

4. On peut ici penser à la diversité des structures rencontrées dans l'exemple proposé au début de cette présentation. 5. Voir Quemada B., Les dictionnaires du français moderne, 15391863, Paris, Didier, 1968,683 p. 6. Voir Lerat P., « Composé syntagmatique, dénomination, terminologie ., in Cahiers de lexicographie, n065, Paris, Didier Erudition, 1994-2, pp. 151-158. 7. La traduction des termes pose en effet celui de leur identification, et amène toute une réflexion sur l'étude contrastive de la composition dans différente langues. 14

grande concordance dans les descriptions, et les propriétés retenues comme indices de figement sont toujours les mêmes. On peut les résumer très simplement comme suit8 : 1. changer une partie de l'ensemble (par commutation) entraîne le changement de sens de l'autre partie (pomme de terre vs pomme d'arrosoir par opposition à pied de lafillette vs pied du garçon) : monosémie9 » du composé; 2. l'ensemble se comporte comme un mot simple apparaissant dans le même contexte; un nom composé se comporte comme un nom, un adjectif composé comme un adjectif, etc. : intégration de l'unité dans une classe10; 3. difficulté à introduire dans le composé un terme qui ne porterait que sur l'un des composants; ainsi une carte très bleue n'est plus une carte bleue: figement.
I<

Pour préciser un peu ce dernier point, on comparera plus avant les différentes descriptions donnéesll ; les restrictions décrites concernent: la corne de l'Afrique.. / K les cornes de - la flexion l'Afrique..) ; -le remplacement de l'un des composants (garçon manqué / fille manquée» ; carte bleue / I<carte violette ») ; - la reprise ou la modification de l'un des composants
(I< I<

(chaise longue /

I<

chaise très longue»

/ I<chaise longue

et confortable .). On voit que ces propriétés peuvent avoir un corollaire sémantique: le sens du composé ne se déduit pas de celui de ses composants: une oie blanche n'est pas une oie, et une arme blanche est une arme qui n'est pas nécessairement blanche. Les divergences entre les descriptions vont venir essentiellement du contexte dans lequel ces observations sont tenues pour valides, les uns s'arrêtant aux noms
8. Collignon et Glatigny. 9. Cette conception de la monosémie nous semble assez étrange, pomme d'arrosoir n'étant pas plus monosémique que bouton de porte ou fils de fermier. 10. Il faudrait ici s'assurer que tout groupe nominal ne s'intègre pas à la classe des noms. 11. On comparera ici la locution (Rey et Chantreau), l'unité lexicalisée (Galisson et Coste), la synapsie (Benvéniste), la lexie (Pottier), le mot composé (Picoche), le synthème (Martinet), la composition (Travaux du Ladl).

15

composés12, les autres allant jusqu'aux phrases les plus variées13. Ce détour par la linguistique nous aurait-il mis sur une belle et bonne piste? Les composés semblent bien décrits et le lexicographe a des points de repères... qui s'avèrent malheureusement insuffisants: il souffre toujours. Comment expliquer pourquoi? En fait, toutes les restrictions observées le sont par référence implicite à une liberté supposée connue, celle du groupe de mots bien formé en français. Or cette référence ne va pas de soi. En effet, les composés sont des groupes point de vue de la syntaxe: il est bien clair que les hésitations sur leur statut ne concernent pas les unités qui enfrei-

de mots le plus souvent « réglas ", absolument réguliers du
«

comme à l'époque, à cet égard, en la matière, groupes de mots parfaitement bien formés qui déclenchent la sensation de « quelque chose de figé, de pas normal ". Mais qu'est-ce qui n'est « pas normal ", la structure du groupe de mots ou le comportement des mots du groupe? Il nous semble que cette sensation renvoie plutôt à une modification du comportement des composants plutôt qu'à la forme non libre du groupe de mots. Il reste maintenant à établir que ce déplacement de la problématique - ce passage de l'observation du composé à celle des composants - ne relève pas du simple « blancbonnet et bonnet-blanc ". Lorsque, comme nous l'avons fait précédemment, on pose oie blanche figé, et qu'on en prend pour preuve le fait que oie blanche ne s'oppose pas à oie très blanche dans les termes où robe blanche s'oppose à robe très blanche, on part classiquement du principe que ce figement concerne la structure du groupe de mots. On fait abstraction sur les exemples observés, on pose que pour un groupe de mots libre, la suite [Nom Adjectif] peut toujours donner la suite [Nom Adverbe Adjectif], et que, dans le cas contraire, on se trouve en présence d'un composé. Ce raisonnement est alors « validé" par des exemples comme oie blanche, carte bleue, billet vert, etc. Mais par
12. Benvéniste. 13. Pottier. 16

gnent les règles de bonne formation (comme chevaux ,,), mais celles qui les respectent

une deux-