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Education, travail, précarité

De
199 pages
Quels sont les débat qui traversent aujourd'hui la communauté des sociologues dans les domaines du travail, de l'emploi et de la formation, mais aussi de précarité et d'éducation? Ces lectures entendent resituer les principales lignes de forces développées ces dix dernières années par des spécialistes de ces sujets.
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Education, Travail, Précarité

Lectures sociologiques 1996-2006

Logiques Sociales Collection dirigée par Bruno Péquignot
En réunissant des chercheurs, des praticiens et des essayistes, même si la dominante reste universitaire, la collection Logiques Sociales entend favoriser les liens entre la recherche non finalisée et l'action sociale. En laissant toute liberté théorique aux auteurs, elle cherche à promouvoir les recherches qui partent d'un terrain, d'une enquête ou d'une expérience qui augmentent la connaissance empirique des phénomènes sociaux ou qui proposent une innovation méthodologique ou théorique, voire une réévaluation de méthodes ou de systèmes conceptuels classiques.

Dernières parutions

Jean-Yves FONTAINE, Socioanthropologie du gendarme, 2007. Michel VUILLE et Franz SCHULTHEIS (dir.), Entre flexibilité et précarité, 2007. Claude GIRAUD, De l'espoir, 2007. Marion CHARPENEL, Français en Irlande ou Français d'Irlande, 2007. V. PERRET, O. GIRAUD, M. HELBING, M. BATTAGLINI, Les cantons suisses face au chômage. Fédéralisme et politiques de l'emploi,2007. Virginie DIAZ, Commerce équitable, justice et développement, 2007. Géraldine BOUCHARD, Vivre avec la prison, 2007. Myriam HASHIMI ALAOUI, Les chemins de l'exil: les Algériens exilés en France et au Canada depuis les années 1990,2007. Isabel GEORGES, Les opératrices du téléphone en France et en Allemagne,2007. Emmanuel PLOT, Quelle organisation pour la maîtrise des risques industriels majeurs ?, 2007. Pascal LARDELLIER et Michel MELOT (dir.), Demain, le livre, 2007. Emmanuel PLOT, Quelle organisation pour la maîtrise des risques industriels majeurs ?, 2007. Martine BUFFIER-MOREL, L'emploi du temps auféminin, 2007. Lihua ZHENG, Xiaomin YANG (textes réunis par), France-Chine - Migrations de pensées et de technologies, 2006. Emmanuel AMOUGOU, Les grands ensembles. Un patrimoine paradoxal, 2006.

Cédric FRÉTIGNÉ

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Education,

Travail,

Précarité

Lectures sociologiques 1996-2006

L'Harmattan

Ouvrages du même auteur La formation en entreprise. Études de cas, Paris, L'Harmattan coll. « Savoir et formation », 2005, 149p. [avec V. Cohen] Uneformation à l'emploi? Paris, L'Harmattan coll. « Savoir et formation », 2004, 388p. Les vendeurs de la presse SDF. Étude ethnosociologique, Paris, L'Harmattan coll. « Logiques Sociales », 2003, 212p. Sociologie de classe. Lycéens à l'épreuve de l'exclusion, Paris, L'Harmattan coll. «Logiques Sociales », 2001, 152p. [avec la collaboration de T. Panel] Sociologie de l'exclusion, Paris, L'Harmattan coll. «Logiques Sociales », 1999, 208p.

@ L'HARMATTAN, 2007 5-7, rue de l'École-Polytechnique; 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com diffusion. harmattan@wanadoo. fr harmattan 1@wanadoo.fr ISBN: 978-2-296-03157-9 EAN: 9782296031579

SOMMAIRE
AVANT-PROPOS OUVERTURE Dominique Schnapper La relation à l'autre. Au cœur de la pensée sociologique. Patrick Cingolani La république, les sociologues et la question sociale. PREMIÈRE PARTIE TRAVAIL, EMPLOI, FORMATION PROFESSIONNELLE Chantal Nicole-Drancourt et Laurence Roulleau-Berger Les jeunes et le travail. 1950-2000. Danièle Linhart Perte d'emploi, perte de soi. Jorge Munoz L'accident du travail.De laprise en chargeauprocessusde reconnaissance. Gwenaële Rot Sociologie de l'atelier. Renault, le travail ouvrier et le sociologue. Françoise Piotet (coordination) La révolution des métiers. Bruno Milly Soigner en prison. François Eymard-Duvernay et Emmanuelle MarchaI Façons de recruter. Lejugement des compétencessur le marché du travail. Patrick Rozenblatt (coordination) Le mirage de la compétence. Gilles Moreau (coordination) Les patrons, l'État et laformation des jeunes. Emmanuel Quenson L'École d'apprentissage Renault 1919-1989. Jean-François Giret, Alberto Lopez, José Rose (coordination) Des formations pour quels emplois? Roger Cornu Éducation, savoir et production. Gilles Moreau Le monde apprenti. Il 15

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DEUXIÈME PARTIE PAUVRETÉ, PRÉCARITÉ, EXCLUSION
Serge Paugam Le salarié de la précarité. Les nouvelles formes de l'intégration professionnelle. Denis Castra L'insertion professionnelle des publics précaires. Sébastien Schehr La vie quotidienne des jeunes chômeurs. Patrick Cingolani La précarité. Laurence Roulleau-Berger Le travail en friche. Les mondes de la « petite» production urbaine. Serge Ebersold La naissance de l'inemployable. Ou l'insertion aux risques de l'exclusion. Isabelle Astier Revenu minimum et souci d'insertion. Numa Murard La morale de la question sociale. Vivianne Châtel, Marc-Henry Soulet (coordination) Agir en situation de vulnérabilité. Sophie Maurer Les chômeurs en action (décembre 1997-mars 1998). Mobilisation collective et ressources compensatoires. Isabelle Parizot Soigner les exclus. Identités et rapports sociaux dans les centres de soins gratuits. Annie Gamier-Muller Les « inutiles ». Survivre au quotidien en banlieue et dans la rue. Corinne Lanzarini Survivre dans le monde sous-prolétaire. Julien Damon La question SDF. Critique d'une action publique.

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TROISIÈME PARTIE ÉDUCATION, SOCIALISATION, SOCIABILITÉS Jean-Pierre Terrail / Marie Duru-Bellat De l'inégalité scolaire / Les inégalités sociales à l'école. Genèse et mythes. Yves Dutercq (coordination) Les régulations des politiques d'éducation. Rachel Gasparini Ordres et désordres scolaires. La discipline à l'école primaire. Gérard Deshays Un illettrisme républicain. Claire Bidart L'amitié, un lien social. François de Singly Le soi, le couple et la famille. Laurent Trémel Jeux de rôles, jeux vidéo, multimédia. Les faiseurs de mondes. CONCLUSION Luc Boltanski et Ève Chiapello Le nouvel esprit du capitalisme. Philippe Batifoulier (coordination) Théorie des conventions. SOURCES

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AVANT-PROPOS
Réunir, en un même volume, une série de comptes-rendus de lecture publiés sur une période de dix ans, ne va pas de soi. L'exercice est même particulièrement périlleux, sinon osé. La discordance possible du propos pose une première limite. En effet, l'hétérogénéité des productions peut l'emporter sur la cohérence d'ensemble voulu par l'auteur. Le travers de l'effet catalogue ne peut être, lui non plus, totalement ignoré. De fait, la compilation de textes peut confiner à l'élégante addition qu'au fond rien ne justifie. Le risque est grand, finalement, de tomber sous le coup du jugement d'illégitimité. À quoi bon ramasser cet ensemble d'écrits sur le travail des autres? À l'exclusion du dernier, les autres dangers ont de longue date été réduits. Le recueil d'articles pose les mêmes interrogations de fond. Les jalons temporels sont même fréquemment plus conséquents. Il n'est pas rare d'observer trente à quarante ans d'écart entre les premiers et les derniers articles regroupés. Les thématiques développées, les conceptualisations mobilisées et les analyses proposées retracent un parcours intellectuel bien souvent chaotique. Pour lever les préventions, les auteurs introduisent leur propos, resituent leur travail dans son contexte de production, en rappellent les enjeux et en fixent les apports. Ils établissement également des ponts entre les textes, précisant leur logique de progression. En un mot, ils offrent une grille de lecture et s'attachent ainsi à lever le caractère potentiellement anarchique de cette réunion d'écrits. Je ne m'y prendrai pas autrement. Chacun de mes comptesrendus sera ici précédé d'une notice évoquant, en quelques mots, la place de l'ouvrage étudié dans la littérature et les débats académiques du moment. Reste en suspens la question de la légitimité d'une telle entreprise. Pourquoi ramasser, en un ouvrage, des textes relativement

récents et généralement accessibles? Et surtout, pourquoi déroger à une pratique coutumière qui fait du compte-rendu de lecture l'enfant pauvre de la production universitaire 1. Dans la mesure où ces comptes-rendus sont des repères pour mes propres travaux, puisqu'ils accompagnent et aiguillonnent mes réflexions, ou pour mieux dire, comme ils sont un élément essentiel de mon activité de sociologue, il m'a paru instructif de les donner à lire en complément (en miroir ?) de mes écrits plus conventionnels (articles, ouvrages). Des effets d'opportunité (commande par une revue), la volonté de promouvoir de jeunes auteurs (beaucoup de « premier ouvrage» recensés), des coups de cœur (des sujets originaux ou des perspectives novatrices) et des lectures en prise directe avec mes intérêts de recherche (sans domicile fixe, chômeurs) expliquent les orientations thématiques de mes comptes-rendus. Assurément, des pans entiers de l'univers académique sont absents: sociologie urbaine, rurale, politique, religieuse, etc. Les sociologies du travail, de l'emploi, de l'exclusion sont sur-représentées. Quelques ouvrages de sociologie générale ont fait l'objet d'un traitement conséquent. La sociologie de l'école connaît un certain nombre de développements. Des incursions sont opérées dans les champs de la culture, de la famille, des sociabilités. Des coups de sonde sont réalisés, au gré de rencontres, dans des univers variés. Autant dire que la nature de mon corpus invite à raison garder. En aucun cas, je ne prétends brosser un tableau représentatif de la production livresque de ces dix dernières années. Néanmoins, on pourra relever, dans ma discussion des ouvrages, des éléments transversaux à différents secteurs de la discipline sociologique. Évidemment, chaque texte se suffit à lui-même. Initialement, tous ont été publiés indépendamment les uns des autres. Le lecteur pourra donc piocher, à sa convenance, dans la quarantaine de comptes-rendus de lecture proposés. Cependant, une lecture continue aidera à prendre la mesure des questionnements qui m'ont animé et qui ont donné un tour particulier à ces écrits sociologiques.
1 Peu de revues reprennent dans leurs tables annuelles ou décadaires les comptesrendus de lecture publiés dans leurs différentes livraisons. 12

Le volume comprend trois parties. Une première est consacrée aux ouvrages portant sur les thèmes du travail, de l'emploi et de la formation professionnelle. Elle couvre des interrogations qui ont parcouru tous mes travaux sur la période. La seconde porte spécifiquement sur les questions de précarité et d'exclusion, mes premières amours sociologiques. La dernière traite des questions de socialisation au sens large (éducation scolaire et familiale, sociabilités), objet modal de la sociologie à suivre Émile Durkheim. Au terme de ce bref avant-propos, je reprends volontiers à mon compte ce qu'écrivait Jacky Beillerot dans un recueil de textes dédié à « l'institution»: «c'est bien de 'lectures' dont il s'agit, c'est-à-dire de système d'interprétation avec tout ce que cela signifie d'originalité, de rigueur, mais aussi de rigidité »2. J'ose espérer que les qualités de rigueur et d'originalité que le lecteur pourra trouver dans cet ouvrage compenseront les défauts de rigidités et les tics sociologiques qu'il ne manquera pas de repérer au fil de cette quarantaine de comptes-rendus de lecture.

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J. Beillerot, L'institution. Textes français contemporains de base, Nanterre,
Paris X, dactylographié, 1994. 13

Université

OUVERTURE

Dominique Schnapper La relation à l'Autre. Au cœur de lapensée sociologique Paris, Gallimard, coll. « NRF Essais », 1998, 562 pages La relation à l'Autre poursuit la réflexion menée par Dominique Schnapper dans ses écrits sur la république et la citoyenneté en France. On pense notamment à La France de l'intégration ou La communauté des citoyens. L'auteur interroge ici le traitement réservé par les sociologies française, britannique et américaine au problème aigu de la confrontation à l'altérité. « La relation à l'Autre» est un objet nodal de la discipline sociologique. Entre promotion de principes universels et reconnaissance des collectivités historiques singulières, se trame une réflexion portant sur les diversités culturelles, les inégalités sociales et le principe de citoyenneté. La capacité d'intégration d'individus ou de collectifs étrangers dramatise cette tension entre logique universelle - politique et juridique - d'égal accès à la citoyenneté et pratiques effectives marquées par la puissance des sentiments nationaux. Aussi Dominique Schnapper organise-t-elle son ouvrage autour des débats académiques (américains, anglais et français) relatifs aux «relations interethniques» (p.31) car, «au cœur de la pensée sociologique », «la relation à l'Autre» est déterminante. La première partie de l'ouvrage interroge les deux «formes élémentaires» de la relation à l'Autre. Tantôt accepté comme un double de soi égal en dignité - héritage de l'universalisme des Lumières -, tantôt perçu comme inférieur, reflet déformé de soi - imaginaire du peuple tout-puissant élaboré au XIXe siècle -, l'Autre nourrit les réflexions sur l'irréductible identité ou l'indéfectible différence du genre humain. Montesquieu établit bien une position médiane entre les « assimilationnistes » et les « différentialistes» en pensant les singularités historiques et culturelles dans un cadre général d'universalité. Les apories des pratiques historiques tantôt « différentialistes », tantôt « assimilationnistes », ou encore les justifications paradoxales des premières au nom de l'universalité de la condition humaine sont également patentes. Pour autant, on attendra longtemps avant d'entrevoir le dépasse17

ment effectif de cette alternative. Dominique Schnapper rappelle ainsi que « les politiques modernes de colonisation, au sens large du terme, ont oscillé entre la justification universaliste, invoquant la mission civilisatrice de l'homme blanc, qui débouchait sur une politique assimilationniste, et la politique de 'respect' des civilisations indigènes, fondée sur un différentialisme plus ou moins tolérant, plus ou moins méprisant, plus ou moins destructeur» (pp.6869). La deuxième partie du livre s'attache à montrer l'affirmation progressive de la pensée universaliste, consubstantielle à l'émergence d'un projet politique sur fond d'égalité. Idéal des droits de l'homme et postulat d'une raison partagée sous-tendent cette pétition de principe. Les pensées essentialistes et déterministes qui naturalisent les différences sont dès lors démontées en historicisant les singularités culturelles. Ainsi, Max Weber reprend à son compte un poncif de son temps, à savoir l'existence de différentes races, mais refuse catégoriquement d'accorder au facteur biologique la primauté de l'explication des idiosyncrasies sociales. Émile Durkheim ajoute un élément supplémentaire pour dénier à la race le pouvoir explicatif qu'on lui accordait classiquement: le métissage invalide, dans le même temps où il en réduit la portée conceptuelle, le rôle de la race comme élément constitutif des «faits sociaux» différenciés. Dans un autre registre, le procès intenté par les « environnementalistes » aux « héréditaristes » tend à introduire le poids du milieu social au détriment des facteurs génétiques dans l'épineuse question des différences d'intelligence et d'usage de la raison. La victoire de la pensée universaliste mâtinée d'un respect des différences, note Dominique Schnapper, pose cependant un certain nombre d'interrogations. Si à l'intérieur d'un cadre universel les différentes pratiques culturelles sont, bien qu'hétérogènes, équivalentes, alors elles ne doivent pas être jugées à l'aune d'indicateurs ethnocentriques. La pensée relativiste s'impose donc. Dès lors guettent les dangers du différentialisme et du relativisme absolus. Ainsi, le « situationnisme absolu» évacuet-il du raisonnement l'ensemble des contraintes structurelles, politiques et économiques, unificatrices des collectivités historiques. Incidemment, cette approche amène aussi à minorer le processus sociohistorique à travers lequel ces sociétés se sont constituées. Le 18

danger culturaliste affleure également dans la mesure où les différences relèvent dès lors, et en dernière analyse, d'une causalité objective, d'une rationalité substantialiste. En définitive, le « relativisme absolu» interdit toute condamnation de pratiques moralement contestables au nom du respect des traditions culturelles. Cela pose finalement la question des conditions de production de 1'« universalité d'une perspective morale par-delà la relativité des cultures» (p.169). Or, affirme Dominique Schnapper, le défi intellectuel est actuellement de lier les dimensions universelle et singulière des pratiques dans le raisonnement sociologique. «La compréhension sociologique doit s'élaborer en intégrant, dans une inévitable tension, le déterminisme des comportements collectifs et la liberté des hommes, la relativité des cultures et des situations sociales et la dimension universelle de la condition humaine.» (p.182) Cette tension marque les débats académiques outre-Atlantique. La troisième partie interroge ainsi les modalités de l'assimilation des minorités aux États-Unis et l'histoire de la «sociologie des relations interethniques» aux XXe siècle. Les premiers, les représentants de l'École de Chicago, étudient la répartition spatiale des minorités et interrogent les processus d'assimilation sociale et de ségrégation géographique. Les années 1930-1940 sont ensuite l'occasion de recherches approfondies sur le lien avéré entre stratification sociale et hiérarchisation des groupes ethniques et raciaux. Alors que les premières générations de sociologues se montraient favorables aux politiques d'assimilation qui, selon eux, finiraient par niveler les écarts entre minorités ethniques et WASP (WhiteAnglo-Saxon-Protestant), dès les années 1960, les sociologues revoient l'optimisme général à la baisse. Ces derniers remarquent que l'hégémonie de la théorie de l'assimilation culturelle a conduit à l'abandon du paradigme « antagoniste », au motif que les inégalités de pouvoir et l'irréductibilité des appartenances de classes étaient des scories en voie d'être dépassées. La dissymétrie demeure néanmoins tenace: assimilation culturelle n'est pas synonyme d'égalité des conditions économiques et sociales. Les études empiriques confirment la pérennité du pluralisme culturel et l'importance du facteur «ethnique» dans la structuration de la société américaine. Prenant acte de ces résultats, une sociologie 19

radicale érige dans les années 1960-1970 un programme « séparatiste» axé sur une étude endogène et une défense du «peuple noir». Récemment, les débats se sont à nouveau exacerbés autour des pôles « assimilationniste » et « séparatiste» avec la discussion des effets de l'affirmative action. Institutionnalisant des quotas pour compenser les discriminations dont sont victimes les minorités ethniques, la politique de l'affirmative action (séparatiste) consacre le retour, par la bande et à nouveaux frais, d'une sémantique de la différenciation raciale. À l'opposé, les politiques dites d'« égalité des chances» (assimilationnistes) annulent le facteur « ethnique» pour revendiquer l'accès de tous les citoyens à la participation sociale effective... sachant que, dans les faits, les inégalités perdurent. Aucun de ces deux principes n'est complètement satisfaisant. Cependant, il serait illusoire de vouloir combiner leurs avantages respectifs dans la mesure où, rappelle Dominique Schnapper, ils entrent tous deux en contradiction logique. La quatrième partie trace le sillon de «l'intégration des Nations» dans les pensées sociologiques britannique et française. Héritière des modes de penser les problèmes de la société coloniale, la sociologie britannique ne rechigne pas à user d'un vocabulaire racial pour problématiser la: question de la coexistence de collectivités culturelles hétérogènes en un même espace national. La thématique du multiculturalisme recoupe bon nombre de contributions britanniques. L'hypothèse d'un non-alignement du pluralisme social sur le pluralisme culturel sous-tend ces recherches. Dès lors, la formule magique du respect des différences dans un espace social unifié et égalitaire paraît établie. Dominique Schnapper constate cependant qu'historiquement la disjonction des deux pluralismes n'est jamais avérée. Une évolution parallèle lie le pluralisme social au pluralisme culturel. En France, sous l'influence du modèle républicain centralisateur, l'expression de différences ethniques a toujours été combattue. La tradition de l'intégration nationale marginalise les spécificités culturelles pour les cantonner à la périphérie de l'espace public. De surcroît, l'accès à la citoyenneté est individuel et non rapporté à une quelconque appartenance « ethnique». Les interrogations sociologiques contemporaines portent sur la crise de ce modèle classique d'intégration. Restauration et modernisation de ce modèle régulateur ou abandon de ce 20

dernier et promotion de nouvelles formes de citoyenneté (postnationale et/ou économique et sociale) nourrissent les réflexions sociologiques actuelles. La dernière partie de l'ouvrage offre un résumé des principales tensions observées dans les sociologies nationales arpentées. Principes universels versus respect des différences culturelles, dialectique exclusion/inclusion nationale des non-citoyens ouvrent autant de champs d'investigation qui devraient conduire, selon Dominique Schnapper, à une « nouvelle étape de la sociologie» (p.439). En effet, la « tension entre le principe de la transcendance par le politique et l'idée démocratique de la souveraineté des individus» (p.455) demeure toujours, à ce jour, le principal aiguillon de la pensée sociologique. De manière convaincante, les tensions entre l'idéal démocratique d'égalité des conditions et la prise en compte des spécificités culturelles sont mesurées à l'aune des éclairages nationaux américains, britanniques et français. Le tableau d'ensemble témoigne du fait que, par-delà les réalités nationales, les matrices disciplinaires locales et les approches conceptuelles originales, certains questionnements sont récurrents. « La relation à l'Autre» est bien constitutive de la pensée sociologique. Par une étude nourrie des productions sociologiques nationales, l'auteur établit le point de croix autour duquel s'organisent les différentes communautés nationales de sociologues. La teneur du projet de connaissance retenu par Dominique Schnapper soulève toutefois quelques interrogations. Pour l'essentiel, elles sont inhérentes à son objet d'étude. Le caractère extensif du corpus sociologique disponible (<< relation à la l'Autre ») oblige l'auteur à quelques coupes cursives ainsi qu'à des développements limités sur certaines approches. On pense notamment aux expériences de psychologie sociale menées aux ÉtatsUnis dans les années 1950 qui font parfois l'objet de résumés d'une demi page. Par ailleurs, faute de justifier le choix du corpus et d'expliciter les critères de sélection, le lecteur peine parfois à repérer l'intérêt démonstratif de certaines des théories exposées. Que le titre même du livre entretienne l'ambiguïté sur le projet de l'auteur n'est, d'ailleurs, sans doute pas innocent. Faut-il l'interpréter comme un essai relatif à l'approche sociologique de 21